Bibliothèque britannique

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne un périodique. Pour la bibliothèque nationale britannique, voir British Library.

La Bibliothèque britannique est un périodique genevois créé en 1796. Il prend le nom en 1816 de Bibliothèque universelle. La partie scientifique de la publication sera renommée en 1846 Archives des sciences physiques et naturelles, alors que la partie littéraire disparaîtra en 1924 en fusionnant avec la Revue de Genève[1].

Création et succès[modifier | modifier le code]

La Bibliothèque britannique, (titre complet à sa création: Bibliothèque britannique - Extrait des ouvrages anglais, périodiques et autres, des Mémoires et Transactions des sociétés et académies de la Grande-Bretagne, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique rédigé à Genève par une Société de gens de Lettres), est un recueil périodique à la fois scientifique et littéraire, créé à Genève, en 1796, par les frères Marc-Auguste (1752-1825) et Charles Pictet (1755-1824), ainsi que par Frédéric-Guillaume Maurice (1750-1826).

Symbole de l'anglophilie genevoise, le but de la revue est de faire partager à ses lecteurs les dernières découvertes scientifiques et littéraire en provenance d'Angleterre. L'objectif est également d'apporter un éclairage intellectuel différent de la pensée diffusée par la Révolution française[2], l'Angleterre et son libéralisme traditionnel apparaissant aux patriciens genevois comme l'antithèse de la France jacobine. Comme son nom l'indique, la revue est principalement constituée par des traductions commentées d'articles sélectionnés parmi les publications anglaises et écossaises. Utilité, nouveauté et variété sont les trois critères principaux de sélection des articles[3].

La Bibliothèque britannique comporte deux séries qui paraissent successivement: Littérature, ainsi que Sciences et Arts. Alors que Frédéric-Guillaume Maurice, futur maire de Genève, se charge de l'administration du périodique, Charles s'occupe de la partie littéraire, ainsi que des articles liés à l'agronomie qui finiront par constituer une série à part sous le titre de Cours d'agriculture anglaise, dont 10 volumes furent publiés[4]. Marc-Auguste, qui fera cinq voyages en Angleterre afin d'y rencontrer des scientifiques et des penseurs influents de l'époque, prend en charge la partie scientifique. En publiant et en traduisant de nombreux articles, mémoires et commentaires, la revue acquiert rapidement une grande renommée. Chaque année, ce sont sept volumes qui sont publiés en plusieurs cahiers de 500 pages chacun: trois pour les sciences et les arts, trois pour la littérature, et un pour l'agriculture. Le nombre de ses abonnés se stabilisera autour de 500, même si elle en comptera jusqu'à plus de 600 dans les années 1800[5]. Entourés d'une petite équipe de collaborateurs attelés à traduire les articles de l'anglais au français, Maurice et les frères Pictet font connaître au monde francophone des auteurs comme Walter Scott, Jeremy Bentham ou Jane Austen et des découvertes comme la chimie de Davy[6].

Dès octobre 1798, cette revue appréciée pour ses talents de vulgarisation scientifique, fit connaître dans toute l'Europe les découvertes dans la vaccination contre la variole de l'anglais Edward Jenner, qui en innocule en petites doses sous le nom de « variole vaccine ». La découverte est popularisée grâce à un médecin, le traducteur en français des travaux de Jenner, Louis Odier. Le terme de vaccin apparaît ainsi pour la première fois dans le vocabulaire francophone.

Il semblerait que le succès d'estime fut tel que Napoléon n'osa pas interrompre la publication d'un périodique qui, bien qu'apolitique, entretenait cependant un courant d'opinion libérale peu apprécié au sein de l'Empire[7]. À la chute de Bonaparte, la Bibliothèque britannique compte 130 volumes de 500 pages.

La Bibliothèque universelle et ses suites[modifier | modifier le code]

Progressivement, le champ de publication de la Bibliothèque britannique s'élargit, le cadre imposé par son titre représentant de plus en plus une restriction pour les rédacteurs. De plus, la chute de Napoléon en 1815 change radicalement la donne politique et intellectuelle européenne. En 1816, le périodique est renommé Bibliothèque universelle avec pour objectif de s'ouvrir aux publications de l'Europe entière (principalement l'Allemagne et l'Italie).

Le décès des frères Pictet en 1824 et 1825 freine l'essor de la revue dont la direction est reprise par Auguste de la Rive en 1835 qui en réforme l'organisation en proposant de payer systématiquement un certain nombre de contributeurs. En 1846, la Bibliothèque universelle subit plusieurs changements: alors que la partie scientifique prend le nom d'Archives des sciences physiques et naturelles[8], publication toujours en cours de nos jours[9], la partie littéraire est confiée à un comité de rédaction spécial. Elle fusionne en 1861 avec la Revue suisse et rencontre à nouveau un grand succès en Suisse romande dès 1866 sous la direction d'Edouard Tallichet qui s'entoure de talentueuses personnalités intellectuelles et littéraires comme Eugène Rambert, Marc Monnier ou Philippe Godet[10]. La revue aura ensuite d'autres directeurs comme Edmond Rossier en 1909 et Maurice Millioud en 1915, mais elle perdra peu à peu ses lecteurs et, reprise par les éditions Payot en 1922, elle disparaît en fusionnant avec la Revue de Genève[11] en 1924.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edouard Chapuisat, "Les débuts d'une revue périodique à la fin du XVIIIe siècle", Bibliothèque universelle et revue suisse, LXVI, 1912, pp. 610-619.
  • Marc-Auguste Pictet, Correspondance : sciences et techniques, Genève, Slatkine, 2004, édité par René Sigrist, (4 tomes).
  • Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l'Europe universelle, 1752-1825, Genève, Slatkine, 1995.
  • David M. Bickerton, Marc-Auguste and Charles Pictet, the "Bibliothèque britannique" (1796-1815) and the dissemination of British literature and science on the Continent, Genève, Slatkine, 1986.
  • Daniel Maggetti, Yves Bridel, Roger Francillon, La Bibliothèque universelle, 1815-1924: miroir de la sensibilité romande au XIXe siècle, Lausanne, Payot, 1998.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Revue de Genève » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  2. Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l'Europe universelle, 1752-1825, Genève, Slatkine, 1995, pp. 124-125.
  3. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 278.
  4. Charles Pictet de Rochemont (1755-1824), Lettres écrites à sa famille pendant ses missions diplomatiques à Bâle, Paris, Vienne, Paris et Turin (1814-1816), Genève, Fondation des archives de la famille Pictet, 2010, p. 3.
  5. David M. Bickerton, Marc-Auguste and Charles Pictet, the "Bibliothèque britannique" (1796-1815) and the dissemination of British literature and science on the Continent, Genève, Slatkine, 1986, pp. 379-380.
  6. Des bergeries familiales d'Odessa à la Légation royale de Bavière à Paris: Charles René Pictet de Rochemont (1787-1856), Genève, Fondation des archives de la famille Pictet, 2011, p. 14.
  7. Pierre Kohler, Madame de Staël et la Suisse, Etude biographique et littéraire, Lausanne, Payot, 1916, p. 415.
  8. http://books.google.ch/books?id=XVXgAAAAMAAJ&hl=fr&pg=PA312
  9. Isaac Benguigui, Genève et ses savants: Physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIe et XIXe siècle, Genève, Slatkine, 2006, p. 90.
  10. « Bibliothèque universelle » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  11. « Revue de Genève » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.