Bhartrihari

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Bhartrihari est le nom d'un poète indien d'expression sanskrite (entre le Ier et le VIIe siècle) et d'un grammairien du même nom (VIe-VIIe siècles). Pendant longtemps, ces deux auteurs furent confondus. On tend aujourd'hui à les dissocier.

Bhartrihari le poète[modifier | modifier le code]

D'après la tradition, Bhartrihari serait le frère ainé du roi Vikram d'Ujjain. Destiné à la couronne, il aurait abdiqué en faveur de son frère et se serait retiré dans une grotte qui est toujours visité. Il serait également le demi-frère du poète Bhatti. On lui attribue trois centuries (Sataka) correspondant aux quatre stades de la vie. La première (niti) relève de l'utile ou le la Loi comme règle de vie (artha), la seconde (sringara) relève de Kâma, l'amour, la troisième (vairagya) relève du renoncement et de la délivrance (moksa).

La centurie de la Loi[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'aphorismes exaltant les vertus védiques et donnant des règles de vie.

  • Strophe 11:

Mieux vaut errer, de-ci, de-là, dans le froid des montagnes en compagnie des bêtes fauves, que de fréquenter l'imbécile, même sous les ors du palais où festoient les Dieux.

  • Strophe 22:

Mourant de faim tout perclu et vieilli, les yeux éteints, sans souffle, le tigre s'abaisse-t-il à brouter l'herbe ? Mais non : son seul désir reste de chasser l'éléphant !

  • Strophe 35:

Tu le donnes, l'argent, ou tu le perds, ou tu jouis des plaisirs qu'il achète ; mais si tu n'en fais rien, ni ne le perds, ni ne le donnes, c'est toi qui seras perdu!

  • Strophe 41:

Dieu lui-même inscrivit sur les tablettes du destin les biens qu'il te réserve. Que tu te caches au désert, ou sur les pentes du Méru, tu recevras ton dû exactement compté, rien de plus.A quoi bon donc servir les puissants ? Qu'on le plonge en la mer ou dans un simple puits, le pot s'emplira toujours d'une égale quantité d'eau.

  • Strophe 57:

La goutte d'eau tombant sur le fer chauffé s'évapore et disparait tout entière ; mais la même, fragilement posée sur une feuille de lotus, devient un diamant magni­fique ! Et si, par aventure, elle tombe au fond de la mer dans une huitre entr'ouverte, voici qu'elle s'y mue en une perle de grand prix. Oui ! l'homme est ainsi fait que ses vices et ses vertus dépendent pour l'essentiel du hasard de ses fré­quentations.

  • Strophe 75:

Celui dont la nature est faite de constance souffrira le malheur en conservant un esprit ferme, de même qu'une torche renversée continue de pointer sa flamme vers le ciel!


La centurie de l'amour[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'aphorismes exaltant l'amour et ses affres, parfois en termes assez crus.

  • Strophe 25:

D'abord elle a dit : "non! non !" et puis elle a faibli, elle s'est abandonnée ; le désir est venu, son corps s'est alangui. Elle a quitté sa réserve ; et maintenant c'est elle qui a l'initiative aux jeux de la passion! Mon plaisir s'alimente aux gestes qu'elle invente dans le désordre de l'amour !

  • Strophe 28:

La passion érotique ne convient pas aux vieillards, pas plus que ne valent l'amour, même la vie, aux femmes dont les fesses pendent, flasques et desséchées !

  • Strophe 29:

L'Amour a le pouvoir de faire de deux âmes une seule; mais vient-il à manquer que les amants ne sont plus que deux cadavres accouplés

  • Strophe 35:

qu'est-ce que le printemps, sinon ceci qui ravit le coeur de tout homme de goût :un lit défait portant encore la marque des corps des amants, les cris amoureux des coucous, l'arc d'une guirlande de jasmin nouvellement fleuri et quelques heures de conversation avec un poète, au clair de lune ?

  • Strophe 37:

Avril ! le ciel embaume et la brise disperse partout le pollen produit à profusion par la fleur des manguiers. L'abeille même déserte la ruche et la réserve de miel ! Que dire alors des hommes que l'amour pousse à vagabonder ?

  • Strophe 44:

Les éclairs déchirent le ciel. Les pins embaument sous la pluie. Le tonnerre roule sous les nuages. Les paons lancent leurs cris déchi­rants : ah ! Comment les filles délaissées survivront­-elles aux tourments de la saison des pluies ?

  • Strophe 66:

 On voit des hommes vénérables s'avi­lir à faire leur cour pour être admis à la compagnie des princes: pourquoi perdent-ils ainsi leur dignité et leur intelligence, si ce n'est parce que les palais royaux résonnent du bruit des ceintures d'or nouées autour des hanches des filles aux seins lourds et aux visages pareils à la lune en sa splendeur ?

  • Strophe 77:

Bien sûr, il n'est pas vrai que la lune resplendisse dans le visage d'une fille ni que des lotus s'épanouissent dans ses yeux, ni que la peau de son corps soit faite d'or ! Et pourtant. L'homme le plus sage, le plus intelligent, acquiesce aux dires des poètes et rend un culte à la femme dont il sait bien, à part lui, qu'elle n'est qu'un sac de viande et d'os !

  • Strophe 89:

Au borgne, au tordu, au chauve, à l'egrotant, à l'homme de basse caste. si laid soit-il, au lepreux même, elles livrent leurs corps splendides, pourvu qu'ils paient -et qu'ils paient beaucoup ! Ah qui peut s'intéresser à ces putains pa­reilles à des couteaux qui lacèrent la trame du discernement ?

La centurie du renoncement[modifier | modifier le code]

La centurie du désert ou du renoncement correspond à des aphorismes de la fin de la vie et de la vénération de Shiva qui est le dieu choisi par le poète.

  • Strophe 5:

J'ai creusé le sol pour y trouver des trésors. j'ai cuit des pierres dans mon creuset pour les changer en or, j'ai navigue sur les flots cruels de l'océan. j'ai servi les princes avec hu­milité, j'ai courbé le front devant les sorciers, j'ai pratique la magie noire dans les champs crématoires, et de tout cela je n'ai jamais tire le moindre benefice ! Ah, soif maudite, quand donc accepteras-tu de me laisser tranquille ?

  • Strophe 6:

Je supporte les sarcasmes des méchants dans le vain calcul de les amadouer ; je cache mes larmes et l'on croit que je ris du fond du coeur; à mes ennemis que la richesse affole je rends un hommage, ignominieusement. L'avenir est barré pour moi, et pourtant, comme elle me fait danser l'espérance !

  • Strophe 8:

Ce ne sont pas les aliments qui sont mangés. Mais nous qui sommes dévorés. : ce n'est pas l'ardeur qui est brûlée, mais nous qui sommes consumés ; ce n'est pas le temps qui passe, mais nous qui sommes dépassés ; ce n'est pas la soif qui est étanchée, mais nous, hélas, qui sommes bus

  • Strophe 11:

Je sais un fleuve; son nom est l'espérance, ses eaux sont les desirs, agités des mille vagues de nos convoitises ; les passions l'infestent comme des crocodiles et l'arbre de déci­sion qui pousse sur ses bords est attaqué par les oiseaux du doute. La peur ruine son lit et les rapi­des de l'illusion le rendent dangereux à franchir. Seuls les renonçants y parviennent et quand ils ont échappé à ses dangers leur coeur se réjouit à bon droit.

  • Strophe 30:

On ne peut servir deux maîtres à la fois ; il te faut donc choisir de vénérer Vishnu ou Shiva ; d'avoir commerce avec les rois ou avec les ascètes ; de vivre dans le monde, ou bien dans le désert; d'aimer les filles, ou les grottes.

  • Strophe 48:

Helas ! je n'ai jamais étudié sérieu­sement l'Écriture, ni réussi à me faire quelque argent. J'ai manqué à mes devoirs envers mes parents, et l'amour des filles, hélas, je l'ai raté, même en songe ! Qu'ai-je donc accompli ici-bas ? Rien d'autre que de voler quelques miettes aux gens riches

  • Strophe 52:

Toi, tu es un grand roi ; moi, mon renom n'est que le reflet de celui de mon guru vénéré. On te connait toi à tes exploits ; moi, ce sont les poètes qui ont chanté mon nom aux quatre coins du monde. Mais si l'on y réfléchit bien, noble prince. Le fossé n'est pas grand entre nous : toi te detour­nes de moi et moi je te dédaigne !

  • Strophe 59:

Qu'y-a-t-il de glorieux à régner sur de vastes territoires, à tailler dans les royaumes ennemis, à mener à bien des conquêtes ? Mais ces petits seigneurs qui tirent tant d'orgueil de gouverner leurs villages misérables ne sont-ils pas plus fous encore ?

  • Strophe 76:

C'est quand le corps est encore fort et la vieillesse bien loin d'être là ; c'est quand les sens sont encore alertes et la vie digne d'être vécue qu'il faut entreprendre de parfaire son âme : car seuls les fous attendent que la maison soit en flammes pour songer à creuser un puits

  • Strophe 96:

Terre, ma mère ! Vent, mon père ! Feu, mon ami! Onde, ma parente ! et toi, Ciel mon frère ainé, hommage à vous ! Grâce aux mérites que j'ai gagnés avec votre aide, voici qu'est mienne la Connaissance ! La puissance aveugle de l'orgueil a été brisée ; en toi, enfin, je me dissous : brahman

  • Strophe 98;

Connaitrai-je un jour la joie de m'asseoir en lotus sur une plateforme de pierre en surplomb du Gange ? Alors, j'entrerai dans le sommeil du savoir après avoir longtemps médité sur l'Absolu, et les antilopes viendront sans crainte se frotter à moi

Bhartrihari le grammairien[modifier | modifier le code]

Auteur d'un célèbre traité de grammaire, le Vakya padiya. La première partie du traité est consacrée au Verbe, à la Parole, la seconde à la phrase (vakya) et la troisième au mot (pāda).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]