Beti (peuple)

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Beti

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Ethnies liées

M'fang, Ìtón, Kóló, les Bulu

Les Beti sont un peuple d'Afrique centrale présent au Cameroun et au Gabon. Il comprend notamment les Eton (ou Ìtón), les Kóló (appelés abusivement Ewondo), les Bulu, les Menguiha (ou Menguissa), les Etenga et les Mvele.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Le nom Beti dérive de nti dont il constitue le pluriel, nti . Mais le terme nti a une autre signification : il signifie aussi « nonchalant, dans le sens de celui obéi avec une lourdeur majestueuse ».

Selon les sources, on peut rencontrer de multiples variantes de l'ethnonyme : Bati, Betis, Betsi, Betsis, Pahouin, Pahouins[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Au Cameroun, ils sont principalement situés dans la région du Mbam. Une légende prenant racine dans des faits historiques, rapporte que, les Beti viennent de l'autre côté du fleuve Sanaga qu'ils traversèrent à la fin du XVIIIe siècle sur le dos d'un serpent appelé Ngan-medza. Ils fuyaient Ousman dan Fodio, un chef musulman venant de la région de l'Adamaoua, qui avait décidé d’islamiser tous les peuples animistes. Tous les Beti sont montés sur le dos du Ngan-medza. Cependant, cette traversée se faisait à la tombée de la nuit et la personne qui tenait la torche de bambou afin d'éclairer se tenait à la queue du groupe. Alors qu'elle montait en dernier, la flamme était en train de se perdre. Elle a donc involontairement laissé tomber quelques flammèches sur le dos du serpent Ngan-medza lequel, brûlé, les laissa couler. Il en résulte que certains Beti ne sont pas passés de l'autre côté de la Sanaga et c'est pour cela qu'on en retrouve encore autour de la région du Mbam. Les villes de Yaoundé et Ebolowa, dans le Mbam, restent traditionnellement leur fief, compte tenu de la répartition presque ethnique des villes. Mais il faut dire qu'aujourd'hui, ils sont dispersés dans le pays entier, surtout du côté du littoral, à cause du foisonnement d'activités économiques.

Origine[modifier | modifier le code]

Ce sont des descendants de Bantous. Mais, l'orgine des Beti est complexe à définir, mais personne ne saurait dire plus qu'eux-mêmes qui ils sont. La thèse plus communément admise est l'origine donnée par la tradition orale. Pour les Beti, Nanga serait leur ancêtre d'origine bantou. Il aurait eu des descendants : Kolo Beti, Eton Beti, Mvele Beti, Mvan Beti, Meka Beti Bulu, la seule fille, et Ntumu, le dernier-né. Aujourd'hui, les principales tribus beti sont les Eton, les Ewondo, les Bene qui sont frères directs des Ewondo, les Fong qui sont Bene à travers leur père Otolo'o, les Bulu malgré des sources selon lesquelles ils seraient plus congolais conf. "Dulu be bon be Afri kara" écrit par un Bulu en service à la mission chrétienne protestante d'Élat, les Manguissa, les Ntumu et les Mvele, plus proches des Bulu que des Eton et des Ewondo. À l'origine tous les Beti parlaient une langue appelée ati. Arrivés à Yaoundé, ils se sont dispersés, certains Eton se retrouvaient à Nkometou (une région de Yaoundé). Leurs migrations avaient pour but de rechercher des terres riches pour l’agriculture, et se rapprocher des régions dans lesquelles il y avait du sel, lequel était devenu beaucoup plus disponible avec la colonisation. C'est dans cette optique que les Eton se dirigèrent notamment vers Douala et là ils se heurtèrent aux Bassas qui vivaient de ce côté du pays. Certaines régions ont des noms de guerre à cause de ces rencontres sanglantes, dont Enongal (coup de fusil).

Mœurs, coutumes et art et religion[modifier | modifier le code]

Le nom d'un individu chez les Beti est très important. Il est composé en premier du patronyme, en second du nom du père (ou de la mère dans les foyers polygames), et enfin du nom d'appel, tiré de la nature . Les Beti ont été de grands guerriers, et en ont gardé un sentiment développé de noblesse. Les beti sont traditionnellement sédentaires, agriculteurs, et forgerons.

La société se caractérise par son caractère égalitaire : tous les Hommes sont égaux. Dans le passé, il n'y avait donc pas de chef chez les Beti. Cependant, il existait un chef spirituel, détenteur d'un pouvoir magique, qui était pour les hommes, le Zomloa, et lorsqu’il s'agissait d'une femme, Asouzoa. Mais cette hiérarchie n’était que symbolique. La seule hiérarchie existante était celle qui résultait de prestations individuelles entre clans( Mvog)qui s'invitaient les uns les autres. Les membres de chaque clan rivalisaient alors d'adresse et de courage, ce qui permettait de les distinguer les uns des autres. Le clan qui en invitait un autre pendant la durée la plus longue et l'entretenait pendant ce temps était considéré comme étant le plus prestigieux. On appelait ce rite Bilabi, du verbe Lab qui signifie « battre ». Le terme « battre » renvoie aux joutes.

Article connexe : Potlatch (anthropologie).

Au niveau des clans, on ne peut pas véritablement parler de hiérarchie. Mais, tout s'organise autour de la famille étendue, gouvernée par un chef, l'aîné. Le chef, quand ce n'est pas l'aîné, est choisi sur la base de sa prestance physique, de son éloquence, de sa générosité et de son courage, le respect des aînés, et la générosité étant les qualités les plus importantes. Chaque membre de la famille doit obéissance à ce chef. C'est avec la colonisation que la chefferie fait son apparition, les colons désirant instituer des paliers d'administration.

Les instruments de musique, traditionnellement, sont le tam-tam, le balafon, le Mvet. Les beti ont été de grands forgerons, ils ne travaillaient donc pas beaucoup le bois.

Le rite de la purification, appelé tsogo chez les Eton, Tso chez les Ewondo, et Esobino chez les Fang que l'on pratique publiquement pour se laver d'une faute morale, afin d'éloigner de soi, la maladie ou la punition des ancêtres.

Le mariage selon la tradition est très codifiée. Aujourd'hui, il est pratiqué avant le mariage civil et le mariage religieux. L'union n'est pas valide tant que le mariage coutumier n'a pas été fait. Après maintes discussions trainant de long en large, et visant à éprouver la patience du futur marié le marié se verra contraint de subir des épreuves prouvant sa maturité, son intelligence, son courage, tel manger une papaye verte. De même en sa faveur joue l'éloquence de la délégation familiale qui l'accompagne, afin d'amadouer la famille de la mariée. Le troc était institutionnalisé dans le cadre des alliances matrimoniales qui étaient l'occasion d'échanges de biens. Ces échanges duraient toute la vie, et ils étaient effectués à l'occasion de mariages exogamiques.

Une autre coutume, appelée Isani chez les Étons, est celle d'une danse spéciale, pratiquée uniquement par les petits-enfants et arrières petits-enfants d'un patriarche le jour de son décès.

Avant l'arrivée des Européens, les Beti sont monothéistes, ils connaissent un seul vrai dieu qu'il appellent Zamba, Zama, "Ntondobe" ou plutôt "Ntondobot"c'est-à-dire Celui qui fait sortir l'Homme à la manière d'un doigt de banane qu'on fait sortir de ses peaux; Le Dieu est aussi appelé Nkombot le créateur de L'Homme ; parallèlement ils croient en l'existence de génies qu'ils héritent de leurs parents ou qu'ils soumettent et utilisent à des fins diverses occasionnellement ils ont un culte qu'ils rendent aux ancêtres selon les événements sans que ceux-ci soient pour eux des Dieux (et l'expression "les dieux" donne directement un sens d'hérésie et de partisan des forces du mal)et quelques rites animistes. Les religions chrétiennes arrivent en fin du XIXe siècleles missionnaires européens ayant précédé ou accompagné les colons contribuent à la reforme de ces croyances à travers l'inculturation ;les Betis sont christianisés, L'expansion de l'Islam s'étant arrêtée à l'époque au Nord du Cameroun.De nos jours Les beti sont en majorité catholiques et protestants malgre une augmentation considérable de musulmans, résultant de la montée de l'Islam ces trente dernières années au sein des grands lobbies afro américains.

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Vers 1917, le cacao, le café, le manioc et le maïs sont introduits par les colons et cela modifie profondément l'organisation du travail tout comme l'écosystème, puisque les hommes qui se consacraient à la culture de l'igname devaient laisser cela pour les cultures de rente aux fins d'impôt de colonisation. Alors qu'avant, cueillette et ramassage, agriculture sur brûlis, jachère, piégeage permettaient d'assurer la subsistance, désormais, cacao et café occupèrent les hommes, jusqu'à présent. Dans le cadre de l'économie de marché, cela permet de payer un certain nombre de choses nécessaires dans la vie quotidienne. La femme et la terre sont liées dans la culture beti. Aussi, maïs et arachide sont cultivés par les femmes. La poterie est aussi l'apanage des femmes, de même que la pêche à l'écope appelée alog. Dans le cadre de l’alog, elles allaient chercher du poisson en saison sèche alors que les hommes pratiquaient du piégeage. Avec l'arrivée de la colonisation, l'arme à feu est introduite et elle vient supplanter l'arc et la flèche. Au niveau des échanges, alors qu'auparavant, c'était le troc qui permettait de se pourvoir en denrées et objets non disponibles, avec la colonisation qui a banni le bilabi, le marché est institué. Le plat typique des Beti est l'okok généralement accompagné de tubercules. L'okok est fait à base de feuilles d'une plante de genre Gnetum découpées très finement, bouillies avec du beurre de cacahuètes et du jus de noix de palme. Un autre plat typique est le Kpem, fait à base de feuille de manioc, de beurre de cacahuètes. Une autre manière de consommer le kpem est de remplacer le beurre de cacahuètes par du jus de noix de palme, dans ce cas, on dit Kpem Isouk. Un autre plat typique appelé Sangha chez les Ewondo et Sangla chez les Eton est préparé à base d'épinards, de maïs et de jus de noix de palme. Le manioc constitue l'aliment de base de la gastronomie beti. Il est consommé sous toutes ses formes: feuilles, tubercule bouilli, farine pour en faire des beignets ou du couscous. Les noix de palme, les cacahuètes font partie de l'alimentation de base. Traditionnellement, on mange peu de viande, et encore moins du poisson, étant donné la situation du pays beti à l'intérieur des terres. La banane plantain, le macabo(plante de la famille du manioc dont on consomme les jeunes feuilles, et les tubercules), les ignames, le mais, le safou, des comi (petites noix rondes ressemblant aux amandes), les goyaves, papayes, avocats ainsi que énormément d'autres plantes et fruits font partie de l'alimentation des beti. Bien sur, elle a été enrichie par les plantes importées d'Amérique et par les contacts entre ethnies et tribus voisines. Et plusieurs plats tendent à disparaitre. On trouve comme boisson, le vin de palme, et le vin de bambou, ainsi que l'Odontol une liqueur fabriquée à partir de mais, et de vin de palme. Toutes ces boissons ne sont évidemment pas spécifiques aux Beti, ce sont simplement des produits du terroir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source : RAMEAU, BnF [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Frederick Quinn, In search of salt : changes in Beti (Cameroon) society, 1880-1960, Berghahn Books, New York, Oxford, 2006, VII-175 p. (ISBN 978-1-8454-5006-9)
  • Philippe Laburthe-Tolra, Les Seigneurs de la forêt : essai sur le passé historique, l'organisation sociale et les normes éthiques des anciens Beti du Cameroun, L'Harmattan, Paris, 2009 (nouvelle éd.), 487 p. (ISBN 978-2-296-06925-1) (texte remanié d'une thèse, Paris 5, 1975)
  • Jean-Pierre Ombolo, Être Beti, un art africain d'être un homme et de vivre en société ? Essai d'analyse de l'esprit d'une population, une étude ethno-historique, Presses universitaires de Yaoundé, Yaoundé, 2000, 111 p. (ISBN 2-911541-41-3)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]