Bernard Hinault

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Bernard Hinault
Image illustrative de l'article Bernard Hinault
Bernard Hinault lors du Critérium du Dauphiné 2012.
Informations
Nom Hinault
Prénom Bernard
Surnom le Blaireau
Date de naissance 14 novembre 1954 (59 ans)
Pays Drapeau de la France France
Équipe professionnelle
1975-1977
1978-1980
1981-1983
1984-1986
Gitane
Renault-Gitane
Renault-Elf
La Vie claire
Principales victoires
10 grands tours

Jersey yellow.svg 5 Tours de France 1978, 1979, 1981, 1982 et 1985
Jersey pink.svg 3 Tours d'Italie 1980, 1982 et 1985
Jersey yellow.svg 2 Tours d'Espagne 1978 et 1983
10 classements distinctifs sur un grand tour, dont
Jersey green.svg Vainqueur par points du Tour de France 1979
Jersey polkadot.svg Meilleur grimpeur du Tour de France 1986
Jersey white.svg Classement du combiné du Tour de France 1981 et 1982
42 étapes remportées dans les grands tours
Tour de France (28 étapes)
Tour d'Italie (7 étapes)
Tour d'Espagne (7 étapes)
Championnats
MaillotMundial.PNG Champion du monde sur route 1980
MaillotFra.PNG Champion de France sur route 1978
MaillotFra.PNG Champion de France de poursuite 1975, 1976
9 classiques
Gand-Wevelgem 1977
Paris-Roubaix 1981
Amstel Gold Race 1981
Flèche wallonne 1979 et 1983
Liège-Bastogne-Liège 1977 et 1980
Tour de Lombardie 1979 et 1984

Courses par étapes dont :
Critérium du Dauphiné libéré 1977, 1979 et 1981
Tour de Romandie 1980

Bernard Hinault (né le 14 novembre 1954 à Yffiniac) est un coureur cycliste français. Il est le troisième coureur à avoir remporté à cinq reprises le Tour de France après Jacques Anquetil et Eddy Merckx. En huit participations, il y gagne 28 étapes. Il compte également à son palmarès un titre de champion du monde sur route, trois Tours d'Italie et deux Tours d'Espagne. Surnommé le Blaireau, il a dominé le sport cycliste entre 1978 et 1986, remportant 216 victoires dont 144 hors critériums.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault naît le 14 novembre 1954 à Yffiniac, dans les Côtes-du-Nord, où ses parents, Joseph et Lucie, ont une petite exploitation agricole. Son père devient ensuite poseur de rails. Il a un frère aîné, Gilbert, une sœur et un frère cadets, Josianne et Pierre. Peu intéressé par l'école, Bernard Hinault obtient son certificat d'études primaires (CEP) à 14 ans. Il souhaite devenir ébéniste, mais la classe de menuiserie de Saint-Brieuc étant complète, il est inscrit d'office en métallurgie. Il décroche un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) d'ajusteur quatre ans plus tard.

À l'âge de huit ans, il roule pour la première fois sur une bicyclette, celle qui a été offerte à son frère Gilbert au Noël 1962. Il pratique l'athlétisme au collège du Sacré-Cœur de Saint-Brieuc, auquel il se rend à vélo, parcourant ainsi une vingtaine de kilomètres chaque jour. Il estime « avoir appris à domestiquer son souffle » grâce à l'athlétisme et avoir pris goût à la performance en montant la côte de Langueux lors de ses trajets quotidiens. Il accompagne régulièrement son cousin René aux courses qu'il dispute. C'est en le voyant gagner qu'il décide de prendre une licence au patronage catholique du Club olympique briochin (COB) deux jours plus tard, le 27 avril 1971, « conquis par l'acharnement à conquérir la victoire, par ces jeunes coureurs qui donnent le meilleur d'eux-mêmes jusqu'à l'épuisement pour triompher »[1].

En fin d'année 1974, il épouse Martine, rencontrée deux ans auparavant et secrétaire à la Société laitière de l'Ouest. Ils ont deux fils : Mickael, né en 1975[2] et Alexandre, né en 1981[3]. Bernard Hinault est le parrain de Christopher Anquetil, fils de Jacques Anquetil[4].

Carrière amateur[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault est entraîné au COB par Robert Leroux, dont il vante les enseignements. Il participe à sa première course le 2 mai 1971 à Planguenoual avec le vélo de son frère Gilbert, et la remporte. Sur vingt courses durant cette saison, il en gagne douze. En 1972, il gagne à Arras la finale du Premier pas Dunlop, ancêtre du championnat de France junior. Il fait forte impression en faisant la course en tête durant les 60 derniers kilomètres, pour finir avec 30 secondes d'avance sur le peloton[5]. Après ce titre, il court davantage avec les seniors, afin de progresser. En fin de saison, il gagne le Grand élan breton, une course contre-la-montre de 60 km, à une vitesse moyenne de 41,7 km/h.

En 1973, Hinault effectue à 18 ans son service militaire à Sissonne dans l'Aisne. À son retour au mois de décembre, il est manutentionnaire chez un chauffagiste et reprend le cyclisme. En mai 1974, il décide de se consacrer totalement au cyclisme et quitte son emploi. Il s'initie à la piste et remporte les championnats de Bretagne de poursuite et du kilomètre. Il est alors sélectionné pour les championnats de France. Il devient champion de France du kilomètre, en utilisant en finale des roues prêtées par Daniel Morelon, multiple champion de France, du monde et olympique qui constate qu'Hinault ne dispose pas du meilleur matériel. Quelques semaines plus tard, il est cette fois rapidement éliminé lors du tournoi du championnat du monde à Montréal. De retour en France, il remporte une étape et finit deuxième de la Route de France, une course par étapes, et participe en fin de saison à l'Étoile des Espoirs avec l'équipe de France. Il finit cinquième, après avoir été deuxième de l'étape contre-la-montre derrière le champion du monde de poursuite Roy Schuiten[6].

En tant qu'amateur il remporte 36 victoires de 1971 à 1974.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

L'avènement (1975-1977)[modifier | modifier le code]

Jean Stablinski, en 1997

Bernard Hinault devient coureur professionnel le 1er janvier 1975 dans l'équipe Gitane-Campagnolo, par l'entremise de Paul Tertre, dépositaire de la marque de cycle Juaneda, utilisée par Hinault. Il perçoit alors un salaire de 2 500 francs. Il est dirigé par Jean Stablinski et compte notamment parmi ses coéquipiers le Belge Lucien Van Impe. Sa première grande course internationale est Paris-Nice en 1975 qu'il termine à la septième place et premier Français. Il découvre ensuite Milan-San Remo (54e) puis les classiques flandriennes qu'il n'apprécie pas et où il abandonne. En avril, Hinault acquiert sa première victoire en tant que coureur professionnel en remportant le Circuit de la Sarthe, épreuve jusqu'alors amateur et qui devient cette année-là « open », c'est-à-dire ouverte aux professionnels et aux amateurs. En juin, Stablinski aligne Hinault au Critérium du Dauphiné libéré, une erreur selon lui, après un début de saison qu'il juge chargé. Lorsque Jean Stablinski lui annonce son intention de le faire participer au Grand Prix du Midi libre, au Tour de l'Aude et aux premières étapes du tour de France, « uniquement pour les animer », Hinault décide de le quitter. Il rentre en Bretagne dès la fin du Dauphiné libéré et cherche une autre équipe. Il remporte le championnat de France de poursuite en août. En fin d'année, il est récompensé du trophée de la promotion Pernod, récompensant le meilleur coureur français de moins de 25 ans, et termine quatrième du Trophée Prestige, qui concerne l'ensemble des coureurs français[7].

En 1976, Cyrille Guimard devient le nouveau directeur sportif de l'équipe Gitane, en remplacement de Jean Stablinski, licencié. Il vient de terminer sa carrière de coureur, débutée en 1968, et commence celle de directeur sportif. Hinault, qui a côtoyé Guimard en course depuis plusieurs années et l'apprécie, décide alors de rester chez Gitane. Alors que Hinault reprochait à Stablinski un programme de course trop chargé, Guimard souhaite ne pas lui faire brûler les étapes. Commençant la saison en ayant pris douze kilogrammes durant l'hiver, Hinault se classe douzième de Paris-Nice. En avril, il gagne à nouveau le Circuit de la Sarthe, puis s'impose sur la semi-classique Paris-Vimoutiers et le Tour d'Indre-et-Loire, en battant cette fois Schuiten au contre-la-montre. Il conserve ensuite à Vincennes le titre de champion de France de poursuite acquis l'année précédente. En juin, il est troisième du Grand Prix du Midi libre, puis remporte le Tour de l'Aude, épreuve dominée par l'équipe Gitane. En juillet, celle-ci remporte avec Lucien Van Impe le tour de France, auquel Hinault ne participe pas. Se préparant pour le championnat du monde sur route 1976, il gagne le Tour du Limousin en conservant la tête du classement général du premier au dernier jour, comme au Tour de l'Aude. Au championnat du monde, il finit sixième, battu au sprint par Eddy Merckx, et se plaint auprès du sélectionneur Richard Marillier du manque d'aide de ses coéquipiers. Celui-ci lui donne alors rendez-vous pour le championnat du monde de 1980 qui a lieu en France[8]. En fin de saison, Hinault est récompensé du Trophée Prestige, destiné au meilleur coureur français de l'année[9].

Cyrille Guimard, en 1993

Hinault est cinquième de Paris-Nice en début d'année 1977. En avril, il provoque la colère de Guimard en ne prenant pas le départ du Tour des Flandres, disputé dans des conditions climatiques difficiles[10]. Conscient qu'il lui faut se racheter, il gagne quelques jours plus tard Gand-Wevelgem, une autre classique flamande jugée moins difficile. Il attaque à 15 km de l'arrivée et arrive à Wevelgem avec une minute et 24 secondes d'avance sur le second, Pietro Algeri. Cinq jours plus tard, il remporte la classique ardennaise Liège-Bastogne-Liège, l'un des cinq monuments du cyclisme. Il est le troisième Français à gagner cette course, après Camille Danguillaume et Jacques Anquetil. Il bat au sprint André Dierickx avec lequel il avait lâché les favoris dans la côte des Forges. En mai il prend le départ du Critérium du Dauphiné libéré afin de se tester en haute montagne. Il remporte cette épreuve en prenant la tête du classement général dès la première étape qu'il gagne. Il s'impose aussi lors de la cinquième étape à la Bastille malgré une chute dans un ravin dans la descente du col de Porte. Il montre durant cette semaine sa capacité à monter les cols parmi les meilleurs. Les organisateurs du Tour de France souhaitent sa participation en juillet. Guimard reste cependant sur sa position : il estime qu'il est trop tôt pour Hinault. Le Tour part sans lui, et voit la deuxième victoire de Bernard Thévenet. En fin de saison, Hinault est huitième du championnat du monde sur route 1977 et gagne le premier de ses cinq Grand Prix des Nations devant Joop Zoetemelk[11].

L'ère Hinault (1978-1983)[modifier | modifier le code]

1978 : première victoire au Tour d'Espagne et au Tour de France[modifier | modifier le code]

En 1978, Renault achète le fabricant de cycles Gitane. L'équipe Gitane-Campagnolo devient alors Renault-Gitane. Les objectifs de Hinault pour cette saison sont le championnat du monde au Nürburgring et le Tour de France, auquel sa participation reste conditionnée à ses résultats au Tour d'Espagne, qui est son premier grand tour. Il commence la saison avec une deuxième place dans Paris-Nice, à 19 secondes de Gerrie Knetemann, puis remporte le Critérium national et termine onzième du Tour des Flandres. Fin avril, Hinault remporte le prologue de la Vuelta. Il garde le maillot amarillo de leader du classement général durant trois jours, puis le cède au Belge Ferdi Van Den Haute. Il le reprend à la Tossa de Montbui à l'issue de la douzième étape, au parcours montagneux. Il s'impose à nouveau lors des 14e et 18e étapes. La dernière étape, un contre-la-montre, est annulée à cause d'une manifestation. Hinault remporte ainsi ce Tour d'Espagne 1978, son premier grand tour. Après avoir pris part en juin au Tour de Suisse, afin de préparer le Tour de France, il remporte le championnat de France sur route à Sarrebourg en effectuant seul les 55 derniers kilomètres[12].

Hinault prend le départ de son premier Tour de France à Leyde, aux Pays-Bas, avec l'intention de le gagner. Le quintuple vainqueur du Tour de France, Eddy Merckx, vient alors de prendre sa retraite et souhaite faire ses adieux durant cette course. Luis Ocaña, Raymond Poulidor ont mis fin à leur carrière à l'automne précédent. Plusieurs candidats à la victoire n'ont pas été à leur meilleur niveau en début de saison — le tenant du titre Bernard Thévenet, Freddy Maertens, Joop Zoetemelk — de sorte que Hinault apparaît comme un favori. Il considère le Belge Michel Pollentier, vainqueur du Critérium du Dauphiné libéré, comme un de ses principaux adversaires. Il estime qu'« il ne se passera rien d'essentiel avant la première épreuve contre-la-montre » : ainsi après la prise du maillot jaune par leur coéquipier Jacques Bossis, Hinault et les membres de l'équipe Gitane décident de se ménager lors du contre-la-montre par équipes, disputé le lendemain et en prennent la 4e place. Bernard Hinault remporte son premier objectif important de ce Tour, la 8e étape, un contre-la-montre de 59 km disputé en Gironde. Durant les deux étapes pyrénéennes, Hinault parvient à contenir les attaques de ses principaux rivaux, notamment Pollentier et Zoetemelk, et à réduire son retard sur Joseph Bruyère. Lors de la 12e étape, poussé par Gerben Karstens, il se fait porte-parole des coureurs qui, mécontents des horaires de course, ont parcouru la demi étape au ralenti et sont arrivés avec deux heures de retard à Valence-d'Agen. Cette prise de parole lui vaut une étiquette de meneur qui ne lui plaît pas. Après être passé de la deuxième à la troisième place du classement général en finissant quatrième du contre-la-montre du Puy-de-Dôme remporté par Zoetemelk, Hinault gagne au sprint à Saint-Étienne. Le lendemain, Pollentier prend éphémèrement le maillot en s'imposant à l'Alpe d'Huez, devant Kuiper, Hinault et Zoetemelk. Il est cependant exclu du Tour pour avoir tenté de frauder au contrôle antidopage. Hinault passe à la deuxième place du classement général derrière Zoetemelk, avec 14 secondes de retard. Aucun des deux n'attaque dans les Alpes, préférant attendre la vingtième étape disputée contre-la-montre entre Metz et Nancy. Hinault s'y impose et creuse un écart de quatre minutes sur Zoetemelk. À 23 ans, il gagne le premier de ses cinq Tours de France, dès sa première participation, comme Fausto Coppi, Hugo Koblet, Jacques Anquetil et Eddy Merckx[13],[14].

En août, il est cinquième du championnat du monde. Malgré un succès au Grand Prix des Nations, il s'incline pour le trophée Challenge Pernod derrière Francesco Moser, vainqueur du Tour de Lombardie[15]. Il est élu « champion des champions français » par le quotidien sportif L'Équipe[16].

1979 : deuxième victoire au Tour de France[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault décide avec Cyrille Guimard de ne pas participer aux Tours d'Italie et d'Espagne en 1979, mais de se rendre au Critérium du Dauphiné libéré, puis au Tour de France. En début de saison, il se classe sixième de Paris-Nice, remporté par Joop Zoetemelk, septième de Milan-San Remo, où Roger De Vlaeminck s'impose au sprint. Au Critérium international, il gagne l'étape contre-la-montre et est deuxième du classement général, derrière Zoetemelk. Huitième de la course flamande Gand-Wevelgem, il est ensuite obligé de participer à Paris-Roubaix. Il y prend la onzième place, après une course sans incident et à la fin de laquelle il n'est pas capable de suivre les meilleurs. Deux jours après cette course, il gagne la Flèche wallonne en battant au sprint Giuseppe Saronni et Bengt Johansson. En fin de semaine, il est deuxième de Liège-Bastogne-Liège derrière Dietrich Thurau. En mai, il surclasse ses adversaires au Critérium du Dauphiné libéré : il gagne quatre des neuf étapes, et s'impose au classement général avec plus de dix minutes d'avance sur Henk Lubberding, deuxième. Avant le Tour de France, il aide son coéquipier luxembourgeois Lucien Didier à gagner le Tour de Luxembourg, et participe au championnat de France à Plumelec, où un autre coureur de Renault-Gitane, Roland Berland, obtient son deuxième titre national[17].

Joop Zoetemelk, ici en 1973, principal adversaire de Bernard Hinault lors du Tour de France 1979.

Hinault aborde le Tour sûr de lui. Il est quatrième du prologue, puis voit son coéquipier Jean-René Bernaudeau prendre le maillot jaune le lendemain, dans les Pyrénées, à Luchon. La deuxième étape, un contre-la-montre de 24 km entre Luchon et Superbagnères, revient à Hinault, ainsi que le maillot jaune. Il s'impose également le lendemain, lors de l'étape Luchon-Pau. Il préserve sa première place au classement général à l'issue du contre-la-montre par équipes arrivant à Bordeaux avec 12 secondes d'avance sur Zoetemelk, dont l'équipe Miko-Mercier s'est classée quatrième, devant les Renault-Gitane. Le deuxième contre-la-montre par équipes (8e étape), qui arrive au Havre, lui permet d'accroître de nouveau son avance, le Renault terminant cette fois deuxième. Hinault perd cependant le maillot jaune lors de la neuvième étape entre Amiens et Roubaix. Victime de deux crevaisons, il termine avec trois minutes et quarante-cinq secondes sur le vainqueur et laisse la première place à Zoetemelk. Bernard Hinault réduit l'écart qui le sépare de celui-ci durant les jours qui suivent. Il commence par remporter le contre-la-montre de Bruxelles (11e étape), où il reprend 36 secondes, puis obtient des secondes de bonifications lors des sprints intermédiaires de la 14e étape. Le maillot jaune lui revient le lendemain, lors d'un contre-la-montre en côte entre Évian et Avoriaz, où il devance Zoetemelk, deuxième de deux minutes et 37 secondes. Zoetemelk s'impose à l'Alpe d'Huez mais son retard reste de près de deux minutes après le passage des Alpes. Hinault gagne trois des quatre dernières étapes de ce Tour : le contre-la-montre de Dijon, puis à Nogent-sur-Marne, et enfin sur les Champs-Élysées à Paris. Lors de cette dernière étape, il effectue les cinquante derniers kilomètres échappé avec Zoetemelk, qui lui avait dit vouloir tenter une dernière fois de lui reprendre le maillot jaune. Hinault est le premier coureur depuis Romain Maes en 1935, à gagner à la fois le Tour de France et sa dernière étape en ligne. Il a avec son équipe dominé la course : huit étapes remportées par Renault-Gitane, dont sept par Hinault, qui termine aussi premier du classement par points. Renault-Gitane s'impose au classement par équipes au temps et aux points, et Jean-René Bernaudeau, cinquième du classement général, est meilleur jeune[18].

En août, Hinault est 21e du championnat du monde à Fauquemont aux Pays-Bas. Son objectif de fin de saison est de s'adjuger le Super Prestige Pernod, pour lequel son seul adversaire est le vainqueur du Tour d'Italie, Giuseppe Saronni. Sixième du Grand Prix d'Automne, remporté par Zoetemelk, Hinault gagne le Tour de Lombardie après une échappée de 60 km sous la pluie en compagnie de l'Italien Silvano Contini. Il est ainsi lauréat du Super Prestige. Il achève cette saison en ayant gagné 35 courses, dont 23 hors-critériums[19]. Il est récompensé du Mendrisio d'or et est pour la deuxième fois « champion des champions français » de L'Équipe.

1980 : victoire au Tour d'Italie et au championnat du monde[modifier | modifier le code]

En 1980, Bernard Hinault axe sa saison sur le Tour d'Italie, le Tour de France et les championnats du monde. En mars, il abandonne lors de Paris-Nice car il souffre du genou gauche. Au Critérium international, il gagne l'étape contre-la-montre. L'équipe Renault gagne peu depuis le début de l'année, ce qui agace Guimard et ternit ses relations avec les coureurs. Après avoir fait l'impasse sur Milan-San Remo et le Tour des Flandres, il ne termine pas Gand-Wevelgem, souffrant de la cheville et d'un début de bronchite. Au Tour du Tarn, il remporte l'étape contre-la-montre et se classe septième du classement général. Il prend la quatrième place de Paris-Roubaix, en ayant dû poursuivre la tête de la course pendant 70 km. Il est ensuite troisième de la Flèche wallonne, remportée par Giuseppe Saronni[20].

Le 20 avril, la neige commence à tomber dès le départ de Liège-Bastogne-Liège. Sur 174 coureurs, 110 abandonnent durant les deux premières heures. Après le ravitaillement à Vielsalm, Bernard Hinault se place en tête du peloton et le distance. Il passe la côte de Stockeu, puis rattrape le coureur de tête et le lâche. Il effectue seul en échappée les 80 derniers kilomètres. À l'arrivée à Liège, il a plus de 9 minutes d'avance sur Hennie Kuiper, deuxième. Seuls 21 coureurs terminent la course. Cette course, sa « plus belle victoire dans une classique » avec le Tour de Lombardie, lui laisse deux doigts toujours sensibles au froid et à la neige 25 ans plus tard[21].

En mai, Bernard Hinault remporte le Tour de Romandie puis part disputer son premier Tour d'Italie. Le prologue est remporté à Gênes par Francesco Moser, qui garde le maillot rose jusqu'à la cinquième étape. À l'issue de celle-ci, un contre-la-montre, Bernard Hinault s'en empare, avant de le céder deux jours plus tard à Roberto Visentini. À Roccaraso, Hinault gagne la 14e étape, en altitude. Il y bat au sprint Wladimiro Panizza, seul coureur à avoir pu le suivre et qui prend le maillot rose avec une minute d'avance sur Hinault. Lors de la 20e étape, Hinault lâche ses adversaires dans l'ascension du col de Stelvio puis rattrape son coéquipier Jean-René Bernaudeau, échappé, dans la descente. Ils effectuent ensemble les 70 derniers kilomètres, jusqu'à Sondrio où Bernaudeau gagne l'étape et Hinault reprend le maillot rose. Il remporte ce Giro avec plus de cinq et six minutes d'avance sur Wladimiro Panizza et Giovanni Battaglin, deuxième et troisième du classement général. Comme au Tour de France et d'Espagne, il s'impose lors de sa première participation. Il est le deuxième Français au palmarès du Tour d'Italie, après Jacques Anquetil[22].

Moins de trois semaines après ce succès, Hinault se rend à Francfort où démarre le Tour de France. Il y gagne le prologue, puis cède le maillot jaune dès le lendemain à Gerrie Knetemann dont l'équipe, Ti-Raleigh, remporte le contre-la-montre par équipes. C'est ensuite un coéquipier de Hinault, Yvon Bertin, qui prend la première place du classement général, puis Rudy Pevenage qui s'y maintient pendant huit jours. À Spa-Francorchamps, Hinault gagne un contre-la-montre (4e étape), puis s'impose le lendemain à Lille, au terme d'une étape ayant emprunté certains secteurs pavés de Paris-Roubaix. Entre Compiègne et Beauvais, il souffre du genou et son équipe se classe quatrième du contre-la-montre par équipes. La quinzième étape, un contre-la-montre entre Damazan et Laplume, est remportée par Joop Zoetemelk. Hinault, cinquième, reprend le maillot jaune. La douleur au genou persiste cependant. Le lendemain, il décide de se retirer de la course après l'arrivée de l'étape à Pau. Zoetemelk remporte ce Tour de France, après avoir été cinq fois deuxième, dont deux derrière Hinault[23].

En août, Bernard Hinault participe au Tour d'Allemagne, au Tour du Limousin et à la Ronde nivernaise, afin de préparer le championnat du monde sur route. Celui-ci a lieu à Sallanches, en Haute-Savoie. Hinault est le leader de l'équipe de France. Il durcit la course après cent kilomètres. Au dernier des vingt tours de circuit, il n'est plus accompagné que par l'Italien Gianbattista Baronchelli. Il le distance dans la côte de Domancy et remporte ce championnat du monde. Baronchelli arrive une minute plus tard et Juan Fernández complète le podium. La saison de Bernard Hinault s'achève au Critérium des As, à la suite d'une chute[24]. Il est à nouveau lauréat du Super Prestige Pernod, du Mendrisio d'or et « champion des champions français » de L'Équipe.

1981 : troisième victoire au Tour de France[modifier | modifier le code]

L'équipe Renault connaît des changements importants entre les années 1980 et 1981. Plusieurs coureurs la quittent, dont Jean-René Bernaudeau qui rejoint Peugeot, et d'autres y entrent, dont les Américains Greg LeMond et Jonathan Boyer et le Français Marc Madiot. Le programme de Bernard Hinault passe par Paris-Roubaix, le Critérium du Dauphiné libéré, le Tour de France et le championnat du monde.

En début de saison, il participe à Tirreno-Adriatico, où il fait partie des 120 coureurs sur 154 partants qui ne terminent pas. Lors de Milan-San Remo, il ne termine pas non plus, après avoir perdu du temps en ayant été pris dans une chute impliquant plusieurs dizaines de coureurs. Il remporte ensuite le Critérium international en gagnant les trois étapes[25]. Il gagne ensuite l'Amstel Gold Race. Au départ de Paris-Roubaix, il fait figure de favori. Il y subit trois chutes, dont une provoquée par un chien. Il arrive dans le groupe de tête au vélodrome de Roubaix. Il y court en tête et n'est pas dépassé. Il gagne Paris-Roubaix avec le maillot de champion du monde, comme Louison Bobet qui le félicite à l'arrivée[26].

Il participe ensuite aux classiques ardennaises, tandis que sa femme vient de mettre au monde leur deuxième fils. Il est 28e de Liège-Bastogne-Liège. Fin mai, au Critérium du Dauphiné libéré, il remporte une étape à Lyon, puis le lendemain à Chambéry, où il prend le maillot jaune. Il s'impose encore à Villard-de-Lans et Avignon et gagne ainsi ce Dauphiné en s'adjugeant les quatre dernières étapes. Joaquim Agostinho, deuxième, est à 12 minutes, et Greg LeMond est troisième[27].

Au Tour de France, il remporte le prologue à Nice. Il cède le maillot jaune le lendemain à Gerrie Knetemann, après un contre-la-montre par équipes. Il gagne à Pau le contre-la-montre en côte et prend le maillot jaune, puis le contre-la-montre à Mulhouse où il accroit son avance sur Phil Anderson. Lors de la première étapes des Alpes, il se contente de gérer son avance, sans attaquer. Il s'impose en altitude au Pleynet-Les-Sept-Laux, après avoir attaqué seul à trois kilomètres de l'arrivée. Il gagne le dernier contre-la-montre à Saint-Priest dans le Rhône. Il remporte ce Tour avec une avance importante[28], et une vitesse moyenne de 38,960 km/h, nouveau record qui sera battu en 1992 par Miguel Indurain[29].

Les championnats du monde sur route ont lieu en Tchécoslovaquie. Hinault se plaint d'être trop marqué par ses adversaires. À 26 km de l'arrivée, il parvient à revenir grâce à son seul effort sur un groupe de 32 coureurs qui comptait 1 minute et 45 secondes d'avance. À l'arrivée, il est battu au sprint par Freddy Maertens et Giuseppe Saronni, satisfait d'avoir « réalisé l'exploit de la journée ». En fin de saison, il est quatrième du Grand Prix des Nations[30]. Il est lauréat pour la troisième fois du Super Prestige Pernod, pour la quatrième et dernière fois du titre de Champion des champions français de L'Équipe.

1982 : premier doublé Tour d'Italie-Tour de France[modifier | modifier le code]

L'équipe Renault voit l'arrivée de nouveaux jeunes en 1982, dont Laurent Fignon, Vincent Barteau, Charly Bérard. L'objectif de la saison pour Hinault est un doublé Tour de France-Tour d'Italie. En début d'année, il gagne le contre-la-montre en côte du Tour de Corse. Il participe ensuite à Tirreno-Adriatico, puis gagne le Tour d'Armor. Il est neuvième de Paris-Roubaix en avril. En Suisse, il dispute le Grand Prix de Zurich, puis le Tour de Romandie où il se plaint du froid. Il y gagne une étape contre-la-montre à Delémont[31].

Au Tour d'Italie, l'équipe Renault gagne le contre-la-montre par équipes d'ouverture, devant équipe de Francesco Moser. D'abord porté par Hinault, le maillot rose est revêtu ensuite par ses coéquipiers Patrick Bonnet et Laurent Fignon. Hinault le reprend à l'issue de la troisième étape, un contre-la-montre qu'il gagne. Francesco Moser gagne au sprint la septième étape à Damiante et s'empare du maillot rose grâce aux bonifications. Hinault revient à la tête du classement général en gagnant en altitude, à Campitello Matese, sans attaquer mais en usant ses adversaires par une ascension rapide. En attaquant le lendemain, Silvano Contini gagne l'étape et réduit son retard sur Hinault. Il attaque à nouveau lors de la 17e étape, avec ses coéquipiers de l'équipe Bianchi Tommy Prim et Gianbattista Baronchelli, ainsi que Lucien Van Impe et Marco Groppo, gagne l'étape à Boario Terme, et prend la tête du classement général. Le lendemain, Hinault attaque au début de l'ascension finale de l'étape, s'impose seul au Monte Campione, et reprend à Contini le maillot rose perdu la veille. Deuxième de l'avant-dernière étape à Pignerol, où il est battu au sprint par Saronni, et vainqueur de la dernière étape, disputée contre-la-montre, à Turin, Bernard Hinault remporte son deuxième Giro avec plus de deux minutes d'avance sur les deux coureurs de Bianchi Prim et Contini[32].

Troisième du Tour de l'Aude et vainqueur du Tour de Luxembourg, il abandonne lors du championnat de France, à Bailleul. Lorsque le Tour de France démarre de Bâle en Suisse, l'ambiance au sein de l'équipe Renault est tendue, « détestable » pour Bernard Hinault. Celui-ci souhaite faire valoir ses points de vue dans la direction de l'équipe et s'oppose notamment au souhait de Cyrille Guimard de rajeunir l'équipe en se séparant de plusieurs anciens coureurs. Bernard Hinault gagne le prologue du Tour. Le maillot jaune est pris le lendemain par le Belge Ludo Peeters, puis par l'Australien Phil Anderson. Renault est deuxième du contre-la-montre par équipes à Plumelec (9e étape), battu par les Ti Raleigh de Johan van der Velde et Gerrie Knetemann. Celui-ci s'impose au contre-la-montre individuel de Valence-d'Agen (11e étape), devant Hinault. Celui-ci reprend le maillot jaune à cette occasion. Grâce à ses deux victoires lors des étapes contre-la-montre de Martigues et Saint-Priest, à des étapes pyrénéennes et alpestres peu animées, il garde la première place jusqu'à Paris, où il s'impose au sprint sur les Champs-Élysées[33]. Il réalise son premier doublé Tour d'Italie-Tour de France.

En septembre, Bernard Hinault abandonne lors du championnat du monde sur route, à Goodwood en Angleterre. À la fin du mois, il remporte le Grand Prix des Nations. À l'issue de cette saison, il est pour la quatrième et dernière fois lauréat du Super Prestige Pernod[34].

1983 : dernière année chez Renault[modifier | modifier le code]

En début d'année 1983, Bernard Hinault décrit à nouveau une ambiance tendue au sein de l'équipe Renault. Il y constate une séparation entre « jeunes » et « anciens ». Il se trouve insuffisamment impliqué dans la conduite de l'équipe et apprécie de moins en moins la direction de Cyrille Guimard. Ses objectifs pour la saison sont le Tour d'Espagne et le Tour de France. Il reprend la compétition lors de Nice-Alassio, puis participe au Tour de Sardaigne, qu'il ne termine pas. Il se classe 25e de Tirreno-Adriatico puis abandonne lors de Milan-San Remo, tandis que sa relation avec Guimard se dégrade. En avril, il finit cinquième du Tour Midi-Pyrénées en gagnant la dernière étape. Il part ensuite aux États-Unis donner le départ d'étapes du Tour of America, auquel il ne peut pas participer. Il doit en effet se rendre en France pour Paris-Roubaix, course à laquelle il est tenu de participer du fait de son statut de première catégorie. Il ne la termine pas. Dans la semaine qui suit, il gagne le Grand Prix Pino Cerami et la Flèche wallonne[35].

Laurent Fignon (ici en 1993) remporte le Tour de France en 1983 et 1984.

Au Tour d'Espagne, son principal rival, Giuseppe Saronni, chute lors du prologue et perd du temps dès le lendemain : il est écarté de la victoire. Dominique Gaigne, coéquipier de Bernard Hinault et vainqueur du prologue, est le leader du classement général durant la première semaine. Les Espagnols Marino Lejarreta, puis Julián Gorospe, Alberto Fernández et Álvaro Pino lui succèdent. Le deuxième secteur de la 15e étape, un contre-la-montre à Valladolid, est remporté par Bernard Hinault. Julian Gorospe reprend le maillot jaune à cette occasion. Deux jours plus tard, il s'impose de nouveau à Ávila et prend la première place du classement général, qu'il ne quitte plus. Cette nouvelle victoire sur un grand tour, la huitième de sa carrière, est selon lui la plus difficile[36].

Dès les derniers jours de cette Vuelta, Bernard Hinault souffre d'une tendinite au genou droit. Il renonce à participer au Critérium du Dauphiné libéré. Il participe au Tour du Luxembourg afin de préparer le Tour de France. Son genou reste toutefois douloureux. Il ne termine pas la compétition et déclare forfait pour le Tour de France. En son absence, Laurent Fignon est désigné leader de l'équipe Renault et remporte la compétition. À l'exception du critérium de Callac fin juillet, Hinault ne court plus durant cette année. Il est opéré en août et reprend le vélo trois semaines plus tard[37].

En négociation avec la régie Renault, il impose un choix entre Cyrille Guimard et lui. Renault préfère poursuivre sa collaboration avec Guimard, Hinault quitte l'équipe[38].

Ses derniers grands succès (1984-1986)[modifier | modifier le code]

1984 : une nouvelle équipe[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault rencontre l'homme d'affaires Bernard Tapie par l'intermédiaire de Jean de Gribaldy, dirigeant d'équipes cyclistes de 1964 à 1986. Celui-ci a collaboré en 1983 avec Tapie, qui a participé au financement de l'équipe Sem-France-Loire via la société La Vie Claire. Bernard Hinault présente son projet de « bâtir une équipe professionnelle selon [ses] idées » à Bernard Tapie. Ce dernier, intéressé, s'engage à ses côtés avec plusieurs entreprises qu'il contrôle dont La Vie claire, qui devient le nom de l'équipe, et Look, marque de ski qui fabriquera des pédales, et Terraillon et Mic-Mac. Philippe Crepel, dirigeant de l'équipe La Redoute de 1979 à 1983, devient manager de l'équipe et Paul Köchli, préparateur physique alors réputé pour ses méthodes modernes, son entraîneur. Il n'y a pas de directeur sportif, car Bernard Tapie n'en veut pas[39]. Parmi les dix-sept coéquipiers de Hinault, quatre viennent de l'équipe Renault : Charly Bérard, Maurice Le Guilloux et Alain Vigneron.

La première course de l'équipe, le Tour de Valence, est remportée par l'un de ses membres, Bruno Cornillet, qui commence alors sa carrière. En mars, Hinault est troisième de Paris-Nice, durant lequel il se fracture une côte lors d'une bousculade avec des manifestants qui interrompent la course. Il abandonne Milan-San Remo après une chute, puis n'obtient pas de résultat satisfaisant lors des classiques ardennaises. Les Quatre jours de Dunkerque, en mai, sont sa première victoire de l'année. Au Critérium du Dauphiné libéré, il gagne le classement de la montagne et termine à la deuxième place du classement général, derrière Martín Ramírez, premier vainqueur colombien de cette course[40].

Au Tour de France, les favoris sont Bernard Hinault et les coureurs de Renault : Greg LeMond et Laurent Fignon. Hinault gagne le prologue à Noisy-le-Sec et abandonne le maillot jaune dès le lendemain. Le contre-la-montre par équipes (3e étape) est remporté par l'équipe Renault, La Vie Claire est sixième. Fignon s'impose en contre-la-montre au Mans. Hinault parvient à reprendre 28 secondes entre Nantes et Bordeaux, mais perd ensuite près d'une minute à Guzet-Neige. Il est quatrième du contre-la-montre en côte arrivant à La Ruchère en Chartreuse, nouvelle victoire de Fignon. Malgré plusieurs attaques, Hinault ne parvient pas à lâcher ce dernier à l'Alpe d'Huez et y perd près de trois minutes. Fignon prend le maillot jaune à cette occasion. Il gagne un dernier contre-la-montre et gagne son deuxième Tour de France. Bernard Hinault est deuxième, avec plus de dix minutes de retard[41]. En remportant en fin de saison le Grand Prix des Nations, le Tour de Lombardie, et le Trophée Baracchi avec Francesco Moser, il se sent « redevenu un grand coureur »[42].

1985 : deuxième doublé Tour d'Italie-Tour de France[modifier | modifier le code]

Pour l'année 1985, La Vie Claire engage Greg LeMond, en provenance de l'équipe Renault, Niki Rüttimann, Kim Andersen et Steve Bauer. En début de saison, Hinault abandonne au Tour de Valence et lors de Tirreno-Adriatico. De retour au Tour Midi-Pyrénées, il aide LeMond à prendre la troisième place. Il se classe 23e de la Flèche wallonne et 18e de Liège-Bastogne-Liège[43].

En mai, il se rend au Tour d'Italie, avec Greg LeMond. Sixième du prologue, il parvient à la deuxième place du classement général, derrière Roberto Visentini, à l'issue de la quatrième étape à Selva di Val Gardena, tandis que Giuseppe Saronni, précédent maillot rose et un des favoris de la course, perd cinq minutes. Hinault remporte un contre-la-montre (12e étape) à Maddaloni et prend le maillot rose. Avec l'aide de LeMond, il distance Visentini durant les étapes suivantes. Son principal adversaire devient Francesco Moser, qui gagne deux étapes, dont le contre-la-montre final. Ces victoires ne lui permettent pas de rattraper Hinault, qui gagne son troisième Giro. Moser est deuxième, LeMond troisième[44].

Après cette victoire, Bernard Hinault apparaît comme le favori du Tour de France. Le tenant du titre, Laurent Fignon, souffre d'une tendinite et n'y participe pas. Hinault remporte le prologue et abandonne le maillot jaune le lendemain. La victoire de La Vie Claire lors du contre-la-montre par équipes permet à Kim Andersen de prendre maillot jaune le lendemain. Hinault retrouve le maillot jaune à Strasbourg, où il gagne le contre-la-montre individuel avec plus de deux minutes d'avance sur ses principaux rivaux Charly Mottet, Stephen Roche et Greg LeMond, désormais deuxième. Il accroît son avance dans les Alpes. Une chute à l'arrivée à Saint-Étienne lui cause une fracture du nez. En difficulté à Luz-Ardiden, il perd un peu de temps. Voyant Hinault en difficulté, LeMond se plaint de ne pas pouvoir tenter sa chance pour gagner le Tour. Hinault lui promet de l'aider à gagner l'année suivante s'il joue son rôle de coéquipier. Le lendemain, l'étape comprend deux ascensions du col du Tourmalet. Hinault y est à nouveau en difficulté mais garde le maillot jaune. Il remporte son cinquième Tour de France, égalant le record de Jacques Anquetil et Eddy Merckx. Son coéquipier LeMond est deuxième[45].

En août, Bernard Hinault dispute aux États-Unis la Coors Classic, que remporte LeMond. Il prend également part au championnat du monde, où il n'est pas en grande forme[46].

1986 : dernière saison[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault effectue en 1986 sa dernière saison de cycliste professionnel. Il reçoit la Légion d'honneur des mains de François Mitterrand le 21 janvier 1986. Il commence l'année avec des victoires au Trophée Luis Puig et Tour de Valence. Il abandonne lors de Tirreno-Adriatico, Milan-San Remo, et la Semaine catalane, s'y plaignant du mauvais temps. Il aide son coéquipier suisse Niki Rüttimann à s'imposer au classement général du Tour Midi-Pyrénées et y remporte l'étape Tarbes-Pamiers. Lors des classiques ardennaises, il se classe 17e de la Flèche wallonne et ne termine pas Liège-Bastogne-Liège. Il participe ensuite au Clásico RCN, en Colombie et y emporte une étape contre-la-montre, puis dispute le Tour de Suisse[47].

Au départ du Tour de France, à Boulogne-Billancourt, Hinault est susceptible d'être le premier coureur à remporter six Tours de France. Son principal rival est Laurent Fignon. Un autre concurrent est son propre coéquipier Greg LeMond. Troisième du prologue, Hinault finit le lendemain à la cinquième place du contre-la-montre par équipe, remporté par l'équipe Système U de Fignon. Une semaine plus tard, il gagne l'étape contre-la-montre de Nantes, où son coéquipier LeMond est deuxième, à 44 secondes. Hinault s'empare du maillot jaune à Pau, à l'issue de la première étape pyrénéenne. Arrivé avec le vainqueur de l'étape Pedro Delgado, il compte plus de cinq minutes d'avance sur LeMond, deuxième. Tandis que Fignon, fiévreux, ne prend pas le départ le lendemain, Hinault perd une grande partie de son avance à Superbagnères, en étant victime d'une fringale dans l'ascension finale, après avoir attaqué seul dans la descente du col d'Aspin. LeMond gagne l'étape et reproche à Hinault son attaque. Lors de l'étape de Gap, Hinault encore en jaune, est présent dans un groupe d'échappés, puis est repris. Son coéquipier Jean-François Bernard s'impose. Lemond est alors, d'après Hinault, « vert de rage ». Bernard Tapie annonce à la télévision que l'harmonie règne entre les coureurs et que les Alpes décideront du vainqueur. Entre Gap et Serre Chevalier, Hinault souffre du genou et est lâché. Au sommet du Granon, il arrive trois minutes après LeMond, qui prend le maillot jaune. Hinault passe à la troisième place. Le seul adversaire pour la victoire finale est alors le Suisse Urs Zimmermann. Lors de l'étape Briançon-l'Alpe d'Huez, la douleur a disparu. Hinault part seul dans la descente du col du Galibier. LeMond le rejoint plus tard. Ils effectuent ensemble l'ascension du col de la Croix-de-Fer, puis vers l'Alpe d'Huez, où ils passent la ligne main dans la main, Hinault le premier. Zimmermann arrive avec plus de cinq minutes de retard. Hinault remporte une troisième étape durant ce Tour, le contre-la-montre de Saint-Étienne. À Paris, Greg LeMond devient le premier Américain à gagner le Tour de France. Hinault achève son dernier Tour à la deuxième place et remporte le classement de la montagne, ainsi que le classement par équipes avec La Vie Claire[48],[49].

Afin de préparer les championnats du monde, Hinault se rend aux États-Unis, où il est le premier coureur européen à remporter la Coors Classic. Il se classe 59e de son dernier championnat du monde, dans le Colorado. Il remporte sa dernière course à Angers le 19 septembre 1986. Il prend sa retraite sportive le dimanche 9 novembre 1986, lors d'un cyclo-cross organisé à Quessoy, près d'Yffiniac[50].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Un champion au caractère bien trempé[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault est également connu par "ses coups de sang". Ainsi durant sa carrière, il se distingue des autres coureurs par son anticonformisme. En 1977, à la grande colère de Cyrille Guimard, il se fait remarquer en ne participant pas au Tour des Flandres alors qu'il est inscrit au départ de cette course. Dans le Tour 1978, il met pieds à terre avec Freddy Maertens, Pollentier et les autres coureurs à l'arrivée d'une étape à Valence d'Agen pour protester contre la fatigue des transferts et les courtes nuits des coureurs. En 1981, malgré sa victoire à Paris-Roubaix, il dit que cette course - pourtant mythique - « est une belle cochonnerie ». Enfin, à Paris-Nice en 1984, alors qu'il est dans un groupe d'échappés, il est stoppé net par des grévistes. Bousculé violemment, il se fait justice lui-même en tapant du poing l'un des manifestants.

Hinault face au dopage[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault n'a jamais été contrôlé positif. Cependant en 1982, au Critérium de Callac, il prit position pour un mouvement de protestation contre les contrôles antidopage[51].

En 2009, il déclare « On n'est pas les moutons noirs du sport[52]. »

En 2011 : « Pourquoi on met des contrôles aussi sévères dans notre sport et pas dans les autres ? (…) Le public il s'en fout éperdument[53]. » Interrogé sur le fait que Laurent Fignon révéla avoir eu recours au dopage[54], Hinault rétorque « C'est pas parce que lui l'a fait que les autres l'ont fait[55]. »

En 2012, suite à l'annonce de l'éventuelle perte des sept titres du Tour de France de Lance Armstrong, il déclare « Je m’en fous éperdument. C’est son problème pas le mien. C’est un problème qui aurait dû être réglé depuis 10 ou 15 ans et qui ne l’a pas été… »[56].

Retraite sportive[modifier | modifier le code]

Bernard Hinault au village départ de l'étape Monteux - Sorgues du Dauphiné Libéré 2010

Dès le début de sa carrière, Bernard Hinault avait déjà pensé à sa reconversion dans l'agriculture. Son métier de coureur cycliste derrière lui, il exerce la profession d'éleveur à Calorguen dans les Côtes-d'Armor, jusqu'au début des années 2000, non sans difficultés, car comme beaucoup d'éleveurs, il fut touché par les conséquences médiatiques de l'épidémie de la vache folle[57].[réf. insuffisante]

Cependant, Bernard Hinault ne s'est pas coupé totalement du monde cycliste. En 1988, il succède à Jacques Anquetil au poste de sélectionneur de l'équipe de France professionnelle. Il conserve cette fonction jusqu'au Championnat du Monde de 1993. Il exerce également des responsabilités dans la société organisatrice du Tour de France.

Enfin, n'ayant plus guère touché son vélo depuis 1986, Bernard Hinault pratique à nouveau son sport favori, seul ou avec des amis, lors de longues sorties dans sa Bretagne natale. Depuis qu'il a pris sa retraite d'agriculteur, il a renoué de façon plus soutenue avec le vélo en participant à des cyclosportives, dont celle qui porte son nom, organisée au mois de juin dans les Côtes-d'Armor. Il est également partenaire de l'enseigne "Vélo Hinault" commercialisant les vélos à son nom[58].

Équipes successives[modifier | modifier le code]

Son premier directeur sportif professionnel est l'ancien coureur Jean Stablinski, chez Sonolor-Gitane, auquel succède un autre ancien coureur, Cyrille Guimard, chez Gitane-Campagnolo. Bernard Hinault rejoint ensuite Paul Köchli dans l'équipe La Vie Claire.

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès junior et amateur[modifier | modifier le code]

Palmarès professionnel[modifier | modifier le code]

Résultats sur les Grands Tours[modifier | modifier le code]

Tour de France[modifier | modifier le code]

Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

Tour d'Espagne[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Hinault, Le Peloton des souvenirs, éditions Robert Laffont, 1988, (ISBN 9782221055441).
  • Jean-Paul Ollivier, Bernard Hinault, éditions Glénat, 1998, (ISBN 9782723426404).
  • Bernard Hinault, Hinault par Hinault, éditions Jacob-Duvernet,‎ 2005 (ISBN 9782847240924)
  • L'Équipe Légendes Hors-Série N° 5 : 1978-1986 Quand Le "Blaireau" Montrait Les Dents. Spécial Bernard Hinault 01/07/2008
  • Pierre Chany, La fabuleuse histoire du Tour de France : livre officiel du centenaire, Minerva,‎ 2004, 959 p. (ISBN 2830707664)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hinault 2005, p. 15-18
  2. Hinault 2005, p. 26, 33
  3. Hinault 2005, p. 129
  4. « Maitre Jacques » (consulté le 13 octobre 2009)
  5. « Premiers Pas dans la carrière », sur cyclismag.com,‎ 29 mars 2005 (consulté le 5 janvier 2011)
  6. Hinault 2005, p. 22-26
  7. Hinault 2005, p. 27-34
  8. « Bernard Hinault : « Ils ne se font plus mal » », sur lavoixdessports.com,‎ 30 août 2010 (consulté le 6 janvier 2011)
  9. Hinault 2005, p. 35-46
  10. Seuls 26 coureurs sur 167 partants finissent la course.
  11. Hinault 2005, p. 47-59
  12. Hinault 2005, p. 61-67
  13. Chany 2004, p. 627-633
  14. Hinault 2005, p. 69-78
  15. Hinault 2005, p. 78-79
  16. Hinault 2005, p. 82
  17. Hinault 2005, p. 81-88
  18. Hinault 2005, p. 89-100
  19. Hinault 2005, p. 101-102
  20. Hinault 2005, p. 103-106
  21. Hinault 2005, p. 106-108
  22. Hinault 2005, p. 110-112
  23. Hinault 2005, p. 112-117
  24. Hinault 2005, p. 117-121
  25. Hinault 2005, p. 123-125
  26. Hinault 2005, p. 126-128
  27. Hinault 2005, p. 129-130
  28. Hinault 2005, p. 129-133
  29. « Le palmarès depuis 1903 », sur letour.fr (consulté le 12 janvier 2012)
  30. Hinault 2005, p. 134-135
  31. Hinault 2005, p. 137-139
  32. Hinault 2005, p. 140-146
  33. Hinault 2005, p. 146-150
  34. Hinault 2005, p. 150
  35. Hinault 2005, p. 151-154
  36. Hinault 2005, p. 155-157
  37. Hinault 2005, p. 157-159
  38. Hinault 2005, p. 159-160
  39. Hinault 2005, p. 161-165
  40. Hinault 2005, p. 170-172
  41. Hinault 2005, p. 173-175
  42. Hinault 2005, p. 175-176
  43. Hinault 2005, p. 177-178
  44. Hinault 2005, p. 179-181
  45. Hinault 2005, p. 181-185
  46. Hinault 2005, p. 185-186
  47. Hinault 2005, p. 187-189
  48. La Vie Claire remporte six étapes de ce Tour, classe trois coureurs parmi les quatre premiers (Andrew Hampsten est quatrième) et gagne le maillot de meilleur jeune.
  49. Hinault 2005, p. 189-196
  50. Hinault 2005, p. 196-199
  51. http://www.velochrono.fr/actu/2010/bernard-hinault-contador-va-se-balader/
  52. http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoafMz9l.html
  53. http://www.lunion.presse.fr/video/Dopage%2B%253A%2Ble%2Bcoup%2Bde%2Bgueule%2Bde%2BBernard%2BHinault/iLyROoaf28yN
  54. http://www.ladepeche.fr/article/2009/06/13/623689-Velo-cancer-dopage-Fignon-dit-tout.html
  55. http://www.rtl.fr/actualites/sante/article/bernard-hinault-mais-arretez-donc-de-parler-de-dopage-5325300
  56. http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Dopage.-La-chute-de-Lance-Armstrong-Bernard-Hinault-s-en-fout-eperdument-_53907-2106651_filDMA.Htm?google_editors_picks=true
  57. En visite au Space - Bernard Hinault, éleveur : « Sachons nous vendre »
  58. Enseigne Vélo Hinault

Liens externes[modifier | modifier le code]

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