Beni (ville)

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Ville de Beni
Administration
Pays Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo
Communes Beu, Bungulu,
Ruwenzori, Mulekera
Province Nord-Kivu
Députés
de la ville
Arsène Mwaka Bwenge et Grégoire Kiro Tsongo
Maire Masumbuko Nyonyi BwanakawaI
Démographie
Population 99 501 hab. (2012)
Géographie
Coordonnées 0° 29′ 18″ N 29° 27′ 32″ E / 0.488453, 29.458950° 29′ 18″ Nord 29° 27′ 32″ Est / 0.488453, 29.45895  
Divers
Langue nationale Kiswahili et Kinande
Langue officielle français
Localisation

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Ville de Beni

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Ville de Beni

Beni est une ville du nord-est de la République démocratique du Congo, située à proximité du Parc national des Virunga, sur le plateau du mont Ruwenzori (5119 m d'altitude), en bordure de la forêt de l'Ituri. Elle se trouve à 70 km de Kasindi, une cité qui fait frontière avec l'Ouganda.

La ville accueille un important marché local, et possède un aéroport (code AITA : BNC). Elle fut le théâtre de violents affrontements en 2001 au cours de la Deuxième guerre du Congo. Cette ville a permis au gouvernement central de Kinshasa de reprendre le contrôle militaire et administratif de l'est du pays pendant la guerre d'agression menée par les pays voisins qui souhaitaient la balkanisation de la République démocratique du Congo afin de contrôler les republiquettes qui en seraient issues, surtout dans sa partie orientale très convoitée pour ses minerais et son sol productif.

Depuis l'élection de Julien Kahongya au poste de Gouverneur du Nord-Kivu[1] en 2007, Beni était dirigée par Jules Mungwana Kasereka, jusqu'à sa suspension le lundi 14 avril 2008 par l'arrêté N0 052 du 12 avril 2008[2]. L'intérim a été assuré par le Chef de Bureau de la Mairie jusqu'à l'élection de Masumbuko Nyonyi Bwanakawa , un ancien joueur du Foot-Ball Club Beni-Sport, qui a commencé sa carrière politique aux côté de Antipas Mbusa Nyamwisi au sein du RCD/K-ML, avant de se tourner vers le MLC de Jean-Pierre Bemba et, finalement, de revenir au PPRD, le parti qui se réclame de Joseph Kabila.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le territoire administratif de Beni connut l'occupation coloniale en 1894, date à laquelle un poste d'État fut établi dans ce village[3]. Avant cette date, les archives sur Beni sont très peu éloquentes, excepté une mine d'informations socio-politiques recueillies auprès des missionnaires catholiques qui s'étaient lancés à la "conquête" spirituelle de cette contrée où ils craignaient d'être devancés par des anglicans anglophones venant de l'Ouganda ainsi que par des missions protestantes.

La correspondance datant de 1889 à 1897 et échangée entre le Père Auguste Achte depuis l'Ouganda où il servait en tant que missionnaire et son Supérieur général est très instructive à maints égards. On y apprend, par exemple, que les explorateurs Stanley et Emin Pacha (1889/1890) étaient de passage "dans cette contrée" de Beni. Ce fut d'ailleurs lors de ce passage en 1889 que Stanley découvrit le mont Rwenzori dont le sommet était à l'époque couvert de neige sur 7 km². Depuis, la fonte de ce glacier africain unique s'est accentuée par le fait du changement climatique au point qu'il ne reste plus qu'un petit km² des glaciers[4].

La correspondance des missionnaires susmentionnés renseigne également que le Père Auguste Achte se mit à l'apprentissage du swahili auprès du Père Guillermain, en prévision de son affectation "au-delà de la Semliki", expression qui désignait Beni et ses environs. On en déduit que la population de Beni parlait déjà swahili au XIXe siècle[5]. En effet, l'islam conduit par des arabes et des arabisés esclavagistes s’infiltra dans la région de Beni vers 1870, ce qui pourrait expliquer en partie l'usage du swahili en tant que langue véhiculaire de l'époque, sachant que le swahili tire de la langue arabe une bonne partie de son vocabulaire.

Jusqu'aux années 1900, Beni et Irumu faisaient partie de la zone administrative du Haut-Ituri. Vers 1902, Beni fut rattaché à Rutshuru dans le Kivu, marquant ainsi sa séparation définitive d'avec Irumu.

La ville de Beni doit son nom à Mbene, un chef coutumier très influent qui administra cette agglomération avant l'"arrivée des Blancs". Par la tradition orale, il nous est parvenu l’anecdote suivante : Un colon belge s’enquit du nom du village auprès des autochtones. « Chez Mbene », ceux-ci lui répondirent. Mais dans ses notes, le belge retiendra « Beni » et ce fut dès lors le nom donné à ce village. La sacralisation de toute parole sortant de la bouche d'un Blanc à l'époque coloniale pourrait se vérifier dans plusieurs domaines.

Citons, par exemple, les noms donnés à plusieurs sites, quartiers et rivières autour de la ville de Beni. Ils témoigneraient d'une forte influence des colons belges au Congo-Léopoldville en général et dans l'est du pays en particulier. "Boïkene", c'est le nom d'un des quartiers huppés de Beni. Ce quartier doit ce nom à un belge qui aurait souhaité un "bon week-end", en fin de semaine, à l'équipe de cantonniers qu'il dirigeait. Nos cantonniers analphabètes ont cru entendre que le Blanc leur disait que ce lieu s’appellerait "Bo-ï-Kene" et se mirent à propager la nouvelle autour d'eux. De Cité Belge (vers Mabolio), un autre Blanc se serait intéressé à la montagne qui surplombe ce village et aurait demandé aux badauds : "Qu'y a-t-il là-haut?" Depuis, ladite montagne s'appelle "La-o". Et un autre colon belge, alors qu'il se trouvait sur la route de Mangina, donna ordre à ses accompagnateurs : "Passez ici et suivez le chemin de la brousse!". Ces pauvres gens se dirent entre eux, très enthousiasmés : "Le Blanc dit que ce village s'appelle 'Pa-sse-si' et que de l'autre côté où son doigt était pointé c'est 'Bou-rou-sse'". Ainsi seraient nés les noms de Pasisi et de Burutsu. Enfin, pour ce qui est de l'origine du nom porté par la rivière Semliki, on raconte qu'un explorateur aurait demandé à un pêcheur qu'il trouva entrain de pêcher de lui communiquer le nom de cette rivière. Pensant que ce Blanc s'intéressait à ses modestes prises de la journée, il lui glissa laconiquement en kinande : "Si-mu-li-ki" ce qui, traduit, veut dire : "Il n'y a rien dedans". Mais dans son carnet de voyages, l'explorateur indiqua qu'un indigène lui a révélé le vrai nom de cette majestueuse rivière...

Pour revenir à Beni, il convient de reconnaître que cette agglomération revêtait d'une importance capitale, eu égard à sa position stratégique. Les belges firent de ce lieu leur centre administratif et un carrefour commercial tourné vers l'Ouganda et le Kenya par le poste frontalier de Kasindi. Une communauté grecque rompue dans le commerce s'y implanta en y érigeant des maisons atypiques encore visibles de nos jours où le devant abritait l'échoppe tandis que l'arrière maison servait de résidence. Les missionnaires catholiques s'établirent sur les hauteurs de Beni-Païda où ils construisirent une église, des couvents et l'une de premières écoles de la région sous l'impulsion d'Henri Pierard, un missionnaire belge.

Dans le milieu des années 1970 jusqu’à la fin des années 1980, Beni connut son âge d’or grâce à l'implantation dans cette agglomération de nombreuses usines à café et de grandes sociétés d'exportations parmi lesquelles Enra, Sozadex, Capaco, Sozadechanges, Socotrac, Ets Tsongo Kasereka (Qualitex), Planoki, Ngba Mwana Matika, Soconoki, UTC, Ozacaf, Celza, Migros Comituri, Hasson & Frères, Cafekit, Socozaki, Sotexki (M. Lubenga), Zaïre Tools, KPM, Domaine de Katale à Matembo (Mavivi)... Beni est, en effet, la seule région au monde produisant à la fois l'arabica et le robusta. L’or vert ainsi que la papaïne se vendaient bien à l’export à telle enseigne que la cité attira l'attention de plusieurs banques nationales qui y ouvrirent des agences ou succursales. Ce fut le cas de la Banque Commerciale Zaïroise(BCZ)suivie plus tard de la Banque de Kinshasa (BK), de la Banque du Peuple (BDP) et de l'Union Zaïroise de Banques (UZB).

La chute des cours de café dans les années 90 et le pillage des biens de 1991 et 1993 sous le régime du dictateur Mobutu mirent à mal les opérateurs économiques. Pourtant, le marché du café était régulé et sa vente réglementée par un système assez complexe des timbres OIC sous l'égide de l'Office Zaïrois du Café (Ozacaf). Les autorités instaurèrent un autre principe, celui de la rétention de café afin de créer une rareté sur le marché mondial. Mais sans succès. Beaucoup de sociétés firent alors faillite, les plantations des caféiers furent laissées à l'abandon. Les usines à café qui ne fonctionnaient qu'avec de groupes électrogènes devinrent inexploitables à cause de la flambée des prix de carburant importé du Kenya, la région n'étant pas électrifiée. Les paysans revinrent à la production du café pilonné de piètre qualité car décortiqué de manière artisanale et sans être calibré ce qui, sur le marché mondial, contribua à dégrader l'image du café produit au Zaïre. Les routes de desserte agricole se dégradèrent inexorablement et l'évacuation des produits agricoles vers Beni devint un véritable cauchemar pour les entreprises. Le tronçon routier d'une importance vitale reliant Beni à Kisangani devint impraticable, celui de Beni-Kasindi très dangereux car non entretenu et occupé par endroits par des coupeurs de route, des rebelles "Mumbiri" ou "Ngilima" venant de Lume, le pied du mont Ruwenzori. La crise qui s'ensuivit fut douloureuse et plongea Beni dans une situation économique désastreuse.

Et comme si cela ne suffisait pas, la trachéomycose fit son apparition dans la région et affecta surtout le café robusta. Cette maladie agit sur la dégénérescence du système vasculaire du caféier, - c’est à juste titre qu’elle fut surnommée « le sida du café ». Et pour anéantir tous les efforts des opérateurs économiques de la région, une presse dite "spécialisée" allégua à l'époque, sans le prouver scientifiquement, que la consommation du café victime de trachéomycose pourrait être nuisible à la santé, voire cancérigène. Une telle rumeur aurait été fomentée vraisemblablement dans le but de promouvoir le café concurrent produit en Amérique latine. Tout cela mina la confiance de rares acheteurs potentiels et contribua à la dépréciation du prix du café produit au Kivu incriminé à tort ou à raison. Les palmeraies supplantèrent les caféiers. Toutefois, ces deux cultures pérennes ne se valaient pas l'une l'autre. L'huile de palme ne sera jamais rentable en comparaison avec le café vert. La vulgarisation de la culture de cet oléagineux aura néanmoins le mérite de rendre la région de Beni autosuffisante et de la voir ainsi se passer de Kisangani et d'Isiro jusqu'alors grandes pourvoyeuses de cette huile. Contrairement au café vert, l'huile de palme n'est pas arrivée à s'exporter. Pour autant, nos pauvres agriculteurs de Beni ne s'avouèrent pas vaincus : ils trouvèrent une alternative quelques années plus tard, en se reconvertissant dans la culture du cacao, leur dernière trouvaille.

Les deux dernières guerres du Congo (1996, 1998) eurent pour conséquence l'exode rurale des populations. Ainsi Beni, à l'instar de Butembo et des autres villes de l'est du pays, verra la cité se développer très rapidement, les nouveaux venus étant essentiellement des déplacés de guerre fuyant leurs villages suite aux exactions commises par des éléments incontrôlés de l'armée régulière ou par des rebelles. Paradoxalement, lorsque le mouvement rebelle RCD-KML dirigé par Mbusa Nyamwisi, un natif de la région, contrôla cette partie du territoire congolais, il s'observa un nouveau dynamisme entrepreneurial auprès de jeunes commerçants. En fait, ce mouvement rebelle très calculateur - et visionnaire aussi - favorisa les importations des biens et des produits manufacturés en instaurant, aux frontières qu'il contrôlait, des tarifs forfaitaires très compétitifs. Ces mesures douanières incitatives firent oublier que la région était trop dangereuse pour y investir. Les commerçants saisirent ce ballon au bond et dégagèrent en retour des marges colossales au point que la prospérité de leurs affaires intrigua les autorités de Kinshasa lors de la réunification du territoire national. En effet, ces autorités se rendirent compte des progrès économiques enregistrés et de la montée en puissance d'une classe moyenne à l'Est du pays, territoire qui échappait jusqu'alors à leur contrôle.

Ayant encore en mémoire le traumatisme causé par le pillage de leurs biens aux jours de Mobutu (1991, 1993), les habitants de Beni et de ses environs s'investirent dans l'immobilier en construisant des maisons, des villas et des immeubles "que personne ne pourra leur dérober la nuit". Cette prise de conscience se révéla payante et, du jour au lendemain, ce que fut une cité sans âme devint une ville urbanisée, propre et grouillante d'activités. Et officiellement, la cité de Beni fut élevée au rang de "ville" en 1998 par le Président de la République Laurent-Désiré Kabila. La majorité de sa population est composée des gens issus de l'ethnie Nande, un peuple très entreprenant et solidaire. Beni se veut une ville hospitalière et ouverte au monde extérieur. Le projet en cours relatif à la réhabilitation de l'aéroport de Beni-Mavivi va dans le sens de l'ouverture à l'international de cette région enclavée. En effet, la quasi-totalité de missions d'affaires vers ou au départ de Beni-Lubero passent jusqu'à présent par l'aéroport d'Entebbe, en Ouganda.

Une loi votée en 2014 par le Parlement porte sur la création en RDC des Zones Economiques Spéciales (ZES), autrement dit des "zones franches". Ce sont des espaces industriels spécifiques bénéficiant d'exonérations fiscales pour les entreprises qui s'y implantent, un modèle qui a déjà fait ses preuves dans le monde entier à l'instar de Shenzhen, Dubaï, Hong Kong... La zone qui abritera la ZES de Beni-Butembo n'est pas encore délimitée ni encore moins son emplacement connu. Toutefois, cette zone se situera entre les deux villes précitées. La question de l'électricité se posera alors avec acuité car jusqu'en 2014, la ville de Beni n'était toujours pas électrifiée, freinant les opérateurs économiques dans l'industrialisation de la région[6].

Route principale à Beni

Administrations[modifier | modifier le code]

La cité de Beni était dirigée successivement par plusieurs autorités depuis l'accession du pays à l'indépendance. Parmi celles qui se sont distinguées par leur bravoure en période difficile, figurent :

  • Kilembo Manda
  • Sikul'yvasaka Makala
  • Masumbuko Nyonyi BwanakawaI, un ancien du MLC de Bemba ; aujourd'hui allié du PPRD, parti au pouvoir.
Liste des maires depuis la Libération
Période Identité Étiquette Qualité
septembre 2008 - Mafunza Bayengo RDC-KML maire[7]
Toutes les données ne sont pas encore connues.
septembre 2008 - Masumbuko Nyonyi BwanakawaI PPRD maire

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. JeuneOnline CONGO
  2. 18.14.08 Le Maire de la ville de Beni suspendu de ses foctions (BLO) sur congoforum.be
  3. "Naissance et croissance d'une église locale (1896/97-1996)", Matthieu Muhemu Subao Sitone, Université Lumière Lyon 2, 2006
  4. http://fr.africatime.com/ouganda/articles/en-ouganda-les-alpes-africaines-toujours-plus-exposees-la-fonte-des-neiges
  5. Cf. "Naissance et croissance d'une église locale (1896/97-1996)", Matthieu Muhemu Subao Sitone, Université Lyon 2, 2006
  6. Kasereka Katchelewa, www.benilubero.com
  7. Ordonnance n°08/055 du 24 septembre 2008 portant nomination des maires et maires adjoints des villes. ]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]