Belle Époque

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Último baile, 1905. Peinture d’Aurélio de Figueiredo.

La Belle Époque est une période marquée par les progrès sociaux, économiques, technologiques et politiques en Europe, s'étendant de la fin du XIXe siècle au début de la Première Guerre mondiale en 1914.

L'expression est née après la Première Guerre mondiale pour évoquer la période antérieure à la Grande Guerre et postérieure à la dépression économique de 1870 à 1896. Dans cette désignation, il y a une part de réalité (expansion, insouciance, foi dans le progrès, etc.).

Le terme est principalement usité en France et Belgique. Il correspond pour les Britanniques à la fin de l'époque victorienne et à l'époque édouardienne. Pour les Allemands, c'est le Wilhelminisme.

En Europe[modifier | modifier le code]

Généralités : une période de paix[modifier | modifier le code]

Après la guerre franco-prussienne, l'Europe vit une longue période de paix de quatre décennies, chose rare et favorable aux progrès économiques et techniques[réf. nécessaire]. Tous ces progrès touchent plus particulièrement la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche-Hongrie.

Dans toute l'Europe, la main-d’œuvre s'organise en syndicats ou en partis politiques : c'est pendant cette période qu'apparaissent les premiers partis socialistes européens, de plus en plus influents.

Les populations de cette époque sont très optimistes[réf. souhaitée] et insouciantes quant à l'avenir, grâce aux extraordinaires progrès techniques. Le positivisme et le scientisme ont fait leur apparition. La Belle Époque se fait ressentir essentiellement sur les boulevards des capitales européennes, dans les cafés et les cabarets, dans les ateliers et les galeries d'art, dans les salles de concert et les salons fréquentés par une moyenne bourgeoisie qui profite des progrès économiques.

La Belle Époque : La France de 1879 à 1914[modifier | modifier le code]

Intégration des provinces et enjeux socio-démographiques[modifier | modifier le code]

Après la Grande Dépression des années 1873 à 1896, la France entre dans une période de croissance soutenue dans le cadre de la deuxième révolution industrielle, sur fond d'expansion internationale galopante de la place financière de Paris.

La France s'est beaucoup agrandie pendant le Second Empire. Elle a acquis Nice et la Savoie, mais elle perd l'Alsace-Lorraine (l'Alsace en totalité hormis le territoire de Belfort et la Lorraine en partie) au traité de Francfort de 1871 et elle tombe dans un nationalisme revanchard, bien moins généralisé cependant qu'on ne le laisse entendre aujourd'hui.

L'espace national s'unifie en intégrant les nouvelles provinces et les campagnes. Ainsi le tacot, dont le réseau ferroviaire se densifie, contribue-t-il à désenclaver les campagnes (loi Freycinet). En effet, la population, qui s'urbanise progressivement, reste en majeure partie rurale (56 % en 1911). La démographie française reste en revanche peu dynamique.

La population française, toujours très hiérarchisée, prend conscience d'appartenir à une seule et même nation et acquiert la fierté d'être une grande puissance. Les classes moyennes exercent un poids important dans les conditions de la vie politique nationale, marquée par la constitution de nouveaux partis libéraux (modérés et radicaux), avec un large consensus républicain et patriotique.

Paris est une ville en pleine urbanisation et modernisation, à l'image de la France. Elle incarne à elle seule le prestige de la France à la Belle Époque. Fortement rénovée par Haussmann, la capitale se peuple de plus en plus.

Ce constat positif doit cependant être nuancé puisque l'on observe en France un retard économique indéniable dû à des problèmes d'ordre démographique (peu de naissances, malthusianisme), structurel (une majorité de très petites entreprises, très peu de salariés et un artisanat très attaché à la tradition qui ralentissent la production), malgré de nombreux investissements à l'étranger (les emprunts russes), et dans le domaine de l'agriculture (main d'œuvre agricole trop nombreuse : 40 % des actifs travaillent dans l'agriculture contre seulement 32 % dans le secondaire et 28 % dans le tertiaire). Ce retard dans le domaine agricole est dû à de petites propriétés héritées pendant la Révolution de la vente des domaines cléricaux, sur lesquelles on pratique la polyculture et l'élevage extensif ; de plus, la mécanisation agricole bien qu'existante, reste minoritaire. La France reste tout de même la quatrième puissance mondiale. De 1871 à 1913, le taux de croissance du PIB par tête (1,4 % par an) est inférieur à celui de l'Allemagne (1,7 %) mais supérieur à celui du Royaume-Uni (1,2 %).

La République souveraine et libérale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième République.

La culture politique dominante était la République[1], sous la forme française de la démocratie libérale[2],[3] avec un large consensus patriotique.

La culture républicaine s'est imposée progressivement en s'enracinant dans des fêtes, rites et symboles nationaux, comme la Marseillaise[4] (hymne national en 1879) et la fête nationale du 14 juillet (fête nationale en 1880). La culture républicaine se voulait héritière du libéralisme des Lumières et s'inscrivait autour du positivisme. La culture dominante a essayé de répondre aux attentes de la classe moyenne et bourgeoise en protégeant notamment les droits des individus et en favorisant la liberté d'entreprise. Elle a eu un rôle décisif sur la laïcité, l'instruction publique et la formation du citoyen.

La laïcité : séparation des Églises et de l'État. Devise de la République française sur le tympan de l'église Aups, Var, conformément au Concordat qui précède la loi de 1905.

Le président du Conseil et l'ancien ministre de l'Instruction publique, Jules Ferry, instaure plusieurs grandes lois, la loi du 21 décembre 1880 qui ouvre aux filles l'accès à l'enseignement secondaire public, la loi du 16 juin 1881 qui établit la gratuité de l'enseignement primaire, et enfin la loi du 29 mars 1882 qui rend l'enseignement public, laïc et obligatoire. La sécularisation opérée par Jules Ferry a seulement réduit la place de la religion dans la définition des normes du savoir, des mœurs et dans l'espace public en général.

Les émeutes ouvrières de juin 1848 et la Commune de 1871, ont longtemps cultivé une légende noire et un souvenir horrifiant pour les principaux acteurs de la IIIe République. Dans ce contexte, le ministre Waldeck-Rousseau abolit la loi Le Chapelier (1791) le 21 mars 1884 et autorise les syndicats ouvriers.

Les démocrates sont incarnés entre autres par Édouard Herriot et Anatole France. D'autres cultures politiques nourrissent la vie politique : l'anarchisme, le socialisme, le radicalisme, le pacifisme, le patriotisme et le nationalisme (Maurice Barrès, Jacques Bainville, Action française) ; et faits politiques majeurs, tels l'affaire Dreyfus, ou l'Affaire Boulanger, un mouvement antiparlementaire de gauche et d'extrême-gauche né du Scandale de Panamá.

L'Affaire Dreyfus a bouleversé la société française pendant douze ans, de 1894 à 1906.

L’Affaire Dreyfus a durablement marqué les esprits, tant par son hostilité que son intensité, et malgré la grâce présidentielle dont a joui le militaire en 19 septembre 1899, cette affaire a eu pour conséquence de constituer en France deux blocs antagonistes[5], sur un fond religieux.

Après l'affaire Boulanger, la droite devient dominante notamment en récupérant le flambeau nationaliste[6], et parce que les penseurs républicains sortent grandis de l'affaire Dreyfus. De nombreux intellectuels basculent vers la droite (Péguy, Halévy).

La France connait une certaine fracture religieuse[7] aux débuts des années 1900, appelée parfois la « guerre des deux France ». L’année 1902 voit la victoire aux élections du Bloc des Gauches et la nomination au poste de Président du Conseil d’Emile Combes, figure du radicalisme et anticlérical convaincu. La place de l’Église catholique dans les affaires politiques provoque de violentes querelles (« le cléricalisme, voilà l’ennemi ! ») entre des partis cléricaux et des groupes politiques anticléricaux souvent à gauche[8] et représentés à la chambre des députés. L’anticléricalisme est donc la réaction contre cette tendance à subordonner le politique au religieux. Edgar Quinet voulait par exemple détruire toutes les églises et instaurer un athéisme et un laïcisme à l'ensemble de la société. Ces attaques frontales, aboutissent aux Loi de Séparation de l’Église et de l’État de 1905, dont Jules Ferry reste cependant à l'origine de la sécularisation concrète et réelle (l’enseignement public, laïque et obligatoire ; ci-dessus). La laïcité telle qu’elle s’est construite en France à partir de la loi de Séparation de l’Église et de l’État de 1905, a assuré la liberté de conscience et d’expression de chacun.

La France de la Belle Époque est aussi l'un des plus grands empires coloniaux de l'époque. Cet empire est exposé lors des Expositions universelles. La colonisation était à l'époque souvent perçue comme positive parmi une certaine élite républicaine, souvent de gauche, et les critiques ont mis du temps à se mettre en place, mais elles ont existé ; Georges Clemenceau (parti radical) s'y est opposé avec véhémence lors de joutes oratoires contre Jules Ferry. Excepté la droite monarchiste (Maurras, Barrès) et une certaine frange marginale de la gauche marxiste ou encore la masse des paysans et ouvriers, ont toujours été contre la colonisation lors de la Belle Époque.

Une lente mutation de la société[modifier | modifier le code]

Une population rurale nombreuse et peu homogène[modifier | modifier le code]

Les actifs de l’agriculture représentent encore 44 % de la population totale en 1906, soit un peu plus tard (1911) 5,3 millions d’hommes et 3,2 millions de femmes.

Les situations personnelles sont assez variables, mais sur ce total, environ la moitié sont des ouvriers agricoles. Ce sont pour la plupart des domestiques, des « valets de ferme » qui s’engagent pour un an à la Saint-Michel, au moment de la «foire aux valets».

Les conditions de vie sont difficiles, différentes d’une région à l’autre, un peu plus favorables dans les provinces des vignobles ou des grandes cultures céréalières. Dans l’ensemble, c’est l’impression d’une grande pauvreté du monde rural, même chez les propriétaires étant donné la faible superficie des exploitations qui domine.

La crise agricole qui se manifeste dans les années 1890 favorise un exode rural déjà entamé qui alimente en main-d'œuvre les centres industriels qui se développent ou la nombreuse domesticité (des femmes surtout) dans la bourgeoisie citadine. La volonté d’instruire les Français a conduit les différents gouvernements à généraliser les obligations scolaires dans les campagnes avec l’espoir d’homogénéiser les mentalités quitte à lutter contre les différences régionales et à estomper l’empreinte des cultures provinciales (par exemple l'interdiction de parler le breton même pendant les récréations). Ces projets coïncident avec le souci d’attacher à la République un électorat stable.

Une bourgeoisie citadine triomphante[modifier | modifier le code]

Loge dans la Sofiensaal Josef Engelhart, 1903.

La haute société mêle l’ancienne aristocratie bien implantée par ses propriétés rurales dans les provinces et la grande bourgeoisie d’affaires, des capitaines d’industrie (Schneider par exemple) et de hauts fonctionnaires, des hommes politiques ou des médecins célèbres constituent des élites qui partagent fortune, puissance et influence, au moment où Paris devient le lieu de toutes les spéculations internationales permettant un enrichissement rapide.

Les traditions familiales varient quelque peu pour chacun de ces groupes mais ils partagent le même genre de vie et fréquentent les mêmes lieux. À Paris, ils vivent dans des hôtels particuliers servis par de nombreux domestiques et animent la « saison », c’est-à-dire la période des réceptions et des spectacles qui ont façonné le mythe de la « Belle Époque ». En été, ils s’installent dans leurs châteaux à la campagne ou dans les villas de la côte normande. Les stations thermales et les stations balnéaires préférées sont Biarritz, Deauville, Vichy, Arcachon et la Côte d'Azur.

La moyenne et la petite bourgeoisie quant à elles ont la particularité de ne pas travailler de leurs mains, de rechercher l’ascension sociale et d’aspirer à mener une « vie bourgeoise ». Concernant les revenus dont elles disposent, l’échelle se révèle assez étendue : on y trouve des petits rentiers, des cadres et ingénieurs, des entrepreneurs industrielles mais aussi des fonctionnaires ainsi que des propriétaires ruraux habitant en ville.

Les mentalités ou plus exactement la « morale bourgeoise » qui s’inscrivent dans la tradition française appartiennent à ce groupe : il s’agit d’une vie fondée sur la respectabilité, le souci de l’épargne qui assure une certaine aisance et l’obsession des « bonnes manières » inculquées dans la famille.

Un monde ouvrier aux visages multiples et à la recherche de structures[modifier | modifier le code]

Des conditions très diverses[modifier | modifier le code]

Les ouvriers forment 30 % de la population à la Belle Époque et sont répartis de la manière suivante : environ 5 millions pour les hommes et 2,5 millions pour les femmes. Dans ces chiffres sont confondus les ouvriers des ateliers hautement qualifiés (artisans), les ouvriers de la grande industrie et les mineurs de fond. Tout les différencie : les salaires d’abord, qui sont par ailleurs plus élevés à Paris qu’en province (presque du simple au double pour un adulte).

Les femmes perçoivent un salaire inférieur de 30 à 50 % à celui des hommes.

Les conditions de travail sont aussi très diverses : dans les ateliers les ouvriers sont très proches de leur patron qui travaille avec eux depuis la fin de leur apprentissage mais dans les grandes entreprises, la rentabilité est recherchée par tous les moyens et on exige rapidité et efficacité sur des machines de plus en plus rapides et dangereuses.

Malgré la dureté de leur condition, les ouvriers ont connu depuis le Second Empire une amélioration de leurs salaires (environ 60 %) et de leur vie quotidienne.

Les revendications ouvrières[modifier | modifier le code]

Malgré la faible proportion d’ouvriers syndiqués avant 1914, certaines attentes sont en partie satisfaites : les journées de travail sont réduites à 10 heures par jour pour les trois-quarts des établissements et à huit heures par jour pour les mineurs de fond, le repos hebdomadaire est acquis à partir de 1906. Mais les retraites et l’assurance-chômage ou les remboursements médicaux sont encore du domaine de l’utopie.

Les syndicats ouvriers sont pourtant assez combatifs au sein de la C.G.T. En 1906 la charte d’Amiens qui est le document fondateur rappelle à tous que le syndicalisme est indépendant des partis politiques, que les ouvriers entendent penser et agir par eux-mêmes dans le domaine social mais aussi sur le plan politique en s’affirmant plus «révolutionnaires» que la S.F.I.O au moins pendant les premières années.

L’originalité de la C.G.T. réside aussi dans le fait qu’elle vise tous les corps de métiers alors que la plupart des syndicats ne s’adressent qu’à une catégorie professionnelle. C’est aussi dans ce sens qu’elle anime les Bourses du travail dans les grandes villes industrielles.

Une riche période culturelle, de divertissement et d'inventions[modifier | modifier le code]

Tableau de Georges Garen peint en 1889, intitulé Embrasement de la tour Eiffel pendant l’exposition universelle de 1889.

Dans l’imaginaire français, la Belle Époque reste le temps de l'avènement de l'idéal des Lumières (libéralisme et révolution de 1789) et d'un foisonnement de réalisations artistiques et d'inventions[9].

La croyance en un progrès de l’humanité anime une bonne partie des élites françaises, notamment dans les sciences (positivisme). Construite pour l'Exposition universelle de 1889, la Tour Eiffel, symbole de Paris, fait de la capitale française la vitrine du monde et du progrès. Certains penseurs, avant ou après le carnage de la « Grande Guerre », avaient cependant fait preuve de réserves ou d'ironie à l’encontre de l'idée d'un Progrès inéluctable (Bernanos).

D’importantes découvertes scientifiques[modifier | modifier le code]

Les savants français ont toujours une place de choix dans la recherche scientifique européenne mais, contrairement aux périodes précédentes, ils ne travaillent plus dans l’isolement; la publication systématique de leurs travaux les met en relation rapide avec leurs confrères étrangers, ce qui fait progresser plus rapidement les programmes entamés par chacun.

Les congrès scientifiques leur permettent d’échanger leurs idées et les expositions universelles les font connaître du grand public et des industriels. Désormais, leur prestige est très grand et leur statut social se modifie; ils deviennent les nouvelles figures qui bénéficient de la reconnaissance et du respect des autorités. Ils sont honorés par leurs compatriotes et respectés sur le plan international.

Les ingénieurs qui les relaient dans les entreprises acquièrent une stature nouvelle; ils ne sont plus de simples «fonctionnaires» mais des innovateurs qui introduisent des techniques révolutionnaires pour la rentabilité ou la sécurité.

Les découvertes les plus importantes ont été d’abord appliquées à la vie quotidienne. C’est le cas de la maîtrise de l’électricité quand Marcel Deprez et Aristide Bergès mettent au point un système pour transporter le courant. L’éclairage domestique en bénéficie et cette nouvelle forme d’énergie révolutionne les techniques industrielles. L’électrométallurgie se développe et l’électrolyse transforme le travail de l’aluminium en abaissant le prix de revient de ce métal.

Dans la foulée, des ingénieurs inventent la radio; la T.S.F. (Téléphonie Sans Fil) d’après les travaux d' Édouard Branly et le cinéma dont la base de fonctionnement est la maîtrise du courant (techniques des frères Lumière en 1895).

Pour l’automobile, les ingénieurs déploient une énergie et une inventivité efficaces qui en font les inventeurs du pneu démontable (Michelin en 1895) ou les acteurs d’améliorations notables pour le moteur à explosion comme Panhard et Levassor. Les frères Renault sont en France les pionniers de la fabrication industrielle de l’automobile. Ils contribuent à faire du pays l’un des mieux équipés, à savoir 100 000 voitures en 1914.

Certaines découvertes ont été déterminantes pour les années futures : les expériences de Clément Ader en 1903-1906 permettent aux aviateurs Louis Blériot en 1909 de réussir la première traversée de la Manche et à Roland Garros la traversée de la Méditerranée en 1913.

Pour la médecine, les travaux des physiciens et des chimistes ont été des étapes primordiales : Pierre et Marie Curie isolent le radium en 1898 en travaillant à partir des travaux de Becquerel qui a mis en évidence la radioactivité de l’uranium en 1896. Ils partagent d'ailleurs avec ce dernier le Prix Nobel de physique 1903, pour la découverte de la radioactivité. Marie Curie obtiendra quant à elle un deuxième Prix Nobel en 1911 et reste comme la plus grande savante française de son époque avec Louis Pasteur.

Ils font ainsi progresser les possibilités d’utilisation des rayons X découverts en 1895 par l’Allemand Wilhelm Röntgen appliquées à la radiographie dont l’usage se généralise pour le dépistage de la tuberculose.

Le prestige du monde intellectuel[modifier | modifier le code]

Henri Fantin-Latour, Un atelier aux Batignolles qui réunissait des artistes ou écrivains tels qu’Émile Zola, Auguste Renoir, Claude Monet…

Le terme « intellectuel » peu utilisé avant 1898 apparaît dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Il devient alors un substantif qui désigne aussi bien les hommes de science que les écrivains et certains artistes, des « hommes de pur labeur intellectuel ». Les romans suivent des tendances variées, le naturalisme de Zola voisine avec l’exotisme de Pierre Loti et des romans plus personnels comme ceux d’André Gide ou de Marcel Proust.

La culture française se distingue en tout cas par son caractère novateur et son rayonnement singulier à l'échelle mondiale. Plusieurs mouvements d'avant-garde se développent. Dans les arts, on peut citer l'impressionnisme[10], ouvrant voie au fauvisme, cubisme, expressionnisme et à l'Art nouveau (Alfons Mucha, Hector Guimard, Eugène Grasset, Louis Majorelle). De grands marchands et galeriste tel Ambroise Vollard ou des collectionneurs tels que Gustave Fayet sont alors les fervents révélateurs de ces avant-gardes. Fayet rassemble près de soixante-dix œuvres de Gauguin et les prêtera pour les premières rétrospectives à Weimar d'abord, puis à Paris au Salon d'automne en 1906.

On retrouve une activité littéraire intense et excentrique[11] : Baudelaire, chantre de la modernité parisienne, Léon Bloy, Pierre Louÿs, Octave Mirbeau, qui en ont fait une époque d'excès et de fantaisie. Victor Hugo et Émile Zola, à la fois intellectuels et écrivains, qui croyaient au progrès social et militaient pour une société plus harmonieuse, et qui n’auront de cesse de dénoncer les conditions de vie déplorables de la classe ouvrière, marquent le siècle, de même que Voltaire a marqué le XVIIIe siècle.

Le théâtre et la poésie explorent aussi des voies nouvelles, à caractère dénonciateur; c’est ce que veut atteindre Alfred Jarry avec Ubu roi où il tourne en dérision les dictatures.

La France connaît également une période riche de divertissement et de loisirs. Les Français s'amusent ou se réjouissent dans des activités principalement ludiques, hors des contraintes de la vie sociale et du travail, avec la De Dion-Bouton, la "fée électricité", le premier tour de France, ... Les frères Lumière, considérés comme inventeurs du cinématographe, ce qui en ferait une invention française, présentent leurs films sur des écrans géants. Les cabarets du quartier Pigalle comme le Chat noir (fréquenté entre autres par Verlaine et Satie), Le Divan japonais ou la Nouvelle Athènes "encanaillent" leurs publics. Au Moulin Rouge qui a ouvert depuis 1889, Mistinguett lance en 1907 la "valse chaloupée". Dans la plupart de ces lieux il n'y a pas de scène jusqu'en 1918[12]. Les Jeux Olympiques, IIe de l'ère moderne après ceux d'Athènes, se déroulent dans le bois de Vincennes. Paris apparaît comme la capitale mondiale du divertissement, de la mode et du luxe. En 1900 avec l'Exposition Universelle, la Ville Lumière est au faîte de son rayonnement.

Une création artistique foisonnante[modifier | modifier le code]

Les Joueurs de cartes de Paul Cézanne. À cette époque, les jeux de cartes deviennent très populaires dans les bars

Les impressionnistes avaient ouvert la voie en 1874 en étudiant la variation des couleurs en fonction de la lumière. Auguste Renoir et Claude Monet continuent à travailler de cette façon à la Belle Époque. Mais d’autres peintres ouvrent de nouvelles voies de recherche. C’est le cas de Gauguin qui juxtapose des aplats de couleurs vives et simplifie à l’extrême le tracé pour faire ressortir l’authenticité des scènes. Cézanne et Van Gogh accentuent ces tendances en recourant à des couleurs très heurtées et à un dessin qui fait de Cézanne le précurseur des cubistes.

Les formes sont traitées par les cubistes de façon révolutionnaire; la vision du réel est éclatée, décomposée, pour être restructurée selon des conceptions intellectuelles où les formes qui s’imposent sont le cube, la sphère et le cylindre. Pablo Picasso et Georges Braque ou Juan Gris sont les maîtres de la tendance.

Les Demoiselles d'Avignon achevées par Picasso en 1907 sont considérées comme le premier manifeste cubiste. La construction du tableau est rigoureuse, les tracés géométriques articulent la composition, les emprunts du peintre aux civilisations africaines donnent à l'œuvre un caractère étrange qui a été très contesté au moment de l’exposition.

Ce sont les Russes qui ont exploré toutes les possibilités de rejet de la réalité. Malévitch utilise la couleur comme unique support de sa pensée et fonde le suprématisme. Kandinsky en 1910 fait disparaître toute représentation figurative, donnant à la forme et à la couleur le sens « d’une représentation graphique d’un état d’âme »; il fonde ainsi l’art abstrait.

Le succès des arts décoratifs[modifier | modifier le code]

Parce que l’Art nouveau utilise des matériaux de l’industrie comme le fer ou le verre qui sont faciles à travailler et offrent beaucoup de possibilités, il est très significatif de la Belle Époque. Les arts décoratifs adoptent les motifs végétaux pour créer des objets utilitaires (mobilier, vaisselle) traités comme des œuvres d’art. Les bouches de métro imaginées par Hector Guimard utilisent une forme de végétalisme abstrait et les vases d'Émile Gallé (« École de Nancy ») évoquent des silhouettes de fleurs. Les immeubles de l'architecte Jules Lavirotte en collaboration avec le céramiste Alexandre Bigot prônent un style antiacadémique au symbolisme érotique parfois exubérant. Quant aux bijoux de René Lalique, ils mêlent métaux précieux et corolles florales.

Une musique qui rompt avec le passé[modifier | modifier le code]

La vie musicale est marquée par Fauré, Saint-Saëns, Debussy et Ravel mais aussi par les Espagnols à Paris : Albeniz, Granados ou Manuel de Falla. Le pianiste espagnol Vines sera d'ailleurs aussi bien le créateur des œuvres pianistiques majeures des premiers que des seconds, qu'il fera connaître dans toute l'Europe et l'Amérique latine[13]. À partir de 1909, les Ballets russes éblouissent la scène parisienne par leur nouveauté chorégraphique et musicale (par exemple Stravinski et son Sacre du printemps en 1913 au théâtre des Champs-Élysées). Les grands salons parisiens animent cette intense vie artistique, ceux de la comtesse Greffuhle[14], de la princesse de Polignac, de la princesse de Cystria ou encore de Misia ou de madame de Saint-Marceaux[15]. Les premiers festivals de musique se développent dans le Sud de la France, comme au théâtre antique d'Orange et aux arènes de Béziers où l'on monte de grandioses spectacles, tels la Déjanire de Saint-Saëns ou l'Héliogabale de Séverac[16].

En outre, c’est à Paris que les compositeurs, français ou étrangers installés à Paris, ont présenté leurs œuvres, productions musicales jugées scandaleuses tant elles rompent avec la tradition. Ainsi Claude Debussy doit-il affronter les critiques les plus acerbes pour Pelléas et Mélisande, et son Martyre de saint Sébastien n’est pas mieux accueilli.

Mais c’est Igor Stravinsky qui déroute le plus avec L'Oiseau de feu, Petrouchka, ou le Sacre du Printemps en 1913. Les Ballets russes de Diaghilev provoquent les mêmes réactions horrifiées lors de la première de l’Après-midi d’un faune, sur la musique de Debussy, où l’art du chorégraphe est dynamisé par le talent de Nijinski.

Il y avait aussi une grande palette musicale populaire : chansons d'amour, comiques troupiers, rengaines graveleuses, chahut comique, les refrains répétitifs des vers d'oreille et le ragtime[17].

Innovations sculpturales[modifier | modifier le code]

Le sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) symbolise à lui seul le prestige des arts français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Ses premières œuvres sont assez classiques dans leur facture, mais, des Bourgeois de Calais au Penseur, elles deviennent de plus en plus expressives. Les sentiments y sont de plus en plus visibles pour devenir ce que Rodin souhaitait obtenir avec son Balzac. « La ressemblance… est celle de l’âme », écrit-il peu après avoir terminé cette œuvre qui est refusée par les commanditaires de la Société des gens de lettres.

Une « communauté féconde d'artistes, tous arts confondus, qui résident à Paris ou alentours, en synergie et aussi en compétition, a érigé l'innovation permanente en principe moteur seul capable d'apporter une distinction et une valeur ajoutée au travail artistique. La concentration des artistes et des créateurs, des industriels de la culture (cinéma, disque, presse, livre), des marchands et galeristes comme des entrepreneurs, des mécènes, collectionneurs et faiseurs de mode (...) les met tous dans une fructueuse proximité et facilite le rapport entre l'offre et la demande. »[18] C'est donc une centralisation de la vie artistique, littéraire et culturelle qui caractérise cet extraordinaire foisonnement de la Belle Époque en France.

Technologies nouvelles[modifier | modifier le code]

La Ford T.

Une succession d'inventions va modifier profondément le mode de vie. La photographie va engendrer le cinéma, le vélocipède se mue en bicyclette, la réalisation de moteurs plus petits et légers permet la mise au point des motocyclettes, des automobiles, des avions. Des progrès immenses sont aussi accomplis dans la chimie (Pierre et Marie Curie), l'électronique et la sidérurgie. Le développement de la médecine et de l'hygiène permet de faire baisser la mortalité des nourrissons et d'augmenter l'espérance de vie. La France s'équipe de plus en plus de l'électricité. En 1895, la projection du premier film de l'histoire à Paris marque le succès qui attend la cinématographie.

Les hommes de l'époque voient un espoir sur le développement dans la technologie ; pour eux, elle est capable de tout, même de ce qui était jugé impossible un siècle auparavant.

Le phénomène des expositions universelles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Exposition universelle.

« Le XIXe siècle a été le grand siècle du progrès. Pour fêter les prodiges des arts, des sciences, de l'industrie et de l'agriculture, la France invita toutes les nations à participer à l'Exposition universelle qu'elle organisait à Paris. Toutes répondirent à cette invitation ; elles tenaient à comparer les progrès de leur industrie avec ceux des autres nations. L'Exposition de 1900 fut une merveille. Le Champ-de-Mars avait son château d'eau et ses fontaines lumineuses qui, le soir, transformaient cette partie de l'Exposition en une véritable féerie, les quais de la rive gauche de la Seine étaient occupés par les palais des nations, chacun dans son architecture nationale. »

— Jeanne Bouvier (1865-1964), Mes mémoires, éditions Marcineau, Poitiers, 1936

Les expositions universelles de 1889 (présentation de la tour Eiffel) et de 1900 (électricité) sont les symboles de la Belle Époque.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie générale[modifier | modifier le code]

  • Pierre du Bois de Dunilac, Les mythologies de la Belle Époque : La Chaux-de-Fonds, André Evard et l'Art Nouveau, Lausanne, 1975, W.Suter, 1975, 34 p.
  • Jean-Baptiste Duroselle, La France de la « Belle Époque, 2e éd., Paris, Presses de la FNSP, 1992.
  • Michel Winock, La belle époque. La France de 1900 à 1914, Coll. "Pour l'histoire", Paris, Perrin, 2002

Sur la vie politique[modifier | modifier le code]

  • Raoul Girardet, Le Nationalisme français (1871–1914), Armand Colin, coll. « U / Idées politiques », Paris, 1966.
  • Anne Steiner, Le goût de l'émeute - Manifestations et violences de rue dans Paris et sa banlieue à la "Belle Époque", Éd. L'Échappée, 2012 (critique Libération).
  • Bruno Fuligni, Les frasques de la Belle-Époque : Les plus belles unes du Petit journal, Albin Michel, 2012.
  • Anne Steiner, Les militantes anarchistes individualistes : des femmes libres à la Belle Époque, Amnis, 8/2008, texte intégral.

Sur la vie artistique et culturelle[modifier | modifier le code]

  • Myriam Chimènes, Mécènes et musiciens : Du salon au concert à Paris sous la IIIe République, Paris, Fayard, 2004
  • Mario d'Angelo (dir.), La Musique à la Belle Époque : Autour du foyer artistique de Gustave Fayet (Béziers, Paris, Fontfroide), Narbonne, MAGFF, 2010
  • Stefan Zweig, Le Monde d'hier, Paris, Belfond, 1987
  • Jean-Yves Tadié, Marcel Proust, Paris, Gallimard, 1996
  • Roseline Bacou, Odilon Redon, Genève, Pierre Cailler, 1956
  • Suzy Levy, Le Journal inédit de Ricardo Vines, Paris, Aux amateurs de livres, 1987
  • Vladimir Jankelevitch, La Présence lointaine, Paris, Seuil, 1983.
  • Arthur Mabelly, La Belle Époque : Souvenirs et récits, Aix-en-Provence, Mabell-Brunel.
  • Vincent Bouvet, Paris, de la Belle Époque aux Années folles, éd. Place des Victoires, 2012.
  • L'art social à la Belle Époque : Aristide Delannoy, Jules Grandjouan, Maximilien Luce : trois artistes engagés, plaquette de l'exposition 19 novembre 2005 - 16 janvier 2006, Adiamos 89, Musée-Abbaye Saint Germain d'Auxerre, 2005, (ISBN 2-909418-26-X)[19].

Divers témoignages[modifier | modifier le code]

  • Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, Robert Laffont, collection Bouquins
  • Jules Romains, Les Hommes de bonne volonté, cycle romanesque en 28 volumes (1932-1946)

Films sur la Belle Époque[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René REMOND, La vie politique en France, 1848-1879, Armand Colin, 378 p.
  2. BERSTEIN Serge, « La culture politique », dans R10UX Jean-Pierre et SIRINELU Jean-François (s.d. de), Pour une histoire culturelle, Seuil, « L'univers historique », 1997, pages 371-386.
  3. « la synthèse démocrate-libérale de 1871-1970 » in La démocratie libérale (dir. BERSTEIN Serge), Paris, PUF, 1998, 950 p.
  4. Michel Vovelle, Les Lieux de mémoire. Sous la direction de Pierre Nora.
  5. Jean-François Sirinelli, Pascal Ory, Les Intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours, 3e édition mise à jour, Éditions Perrin, coll. « Tempus » (ISSN 1633-8294) nº 73, Paris, 2004 (1re éd. 1986), 435 p. (ISBN 2-262-02235-6)
  6. René REMOND, La République souveraine. La vie politique en France, 1879-1939, Fayard, 2002, 435 p
  7. Jacqueline LALOUETTE, La République anticléricale, XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, « L’Univers historique », 2002.
  8. René RÉMOND, L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, Fayard, 1976.
  9. Mario d'Angelo (dir.), La Musique à la Belle Époque : Autour du foyer artistique de Gustave Fayet (Béziers, Paris, Fontfroide), Narbonne, MAGFF, 2010.
  10. Pascal Bonafoux, Correspondances impressionnistes, Diane de Selliers, 2008.
  11. Présentés par Marie-Claire Bancquart, Écrivains fin de siècles, Gallimard, « Folio classique », 382 p.
  12. Mario d'Angelo, Socio-économie de la musique en France, La Documentation Française, Paris, 1997.
  13. Il tient très régulièrement un journal, entre 1898 et 1914, exceptionnel témoignage de la vie artistique de la Belle Époque. Voir Mildred Clary, Ricardo Vines, Actes Sud, 2010.
  14. Très liée à Gabriel Fauré, elle est le principal modèle de la duchesse de Guermantes dans À la recherche du temps perdu.
  15. Voir Marguerite de Saint-Marceaux, Journal, Myriam Chimènes (éd.), Paris, Fayard, 2007. Voir également Myriam Chimènes, Mécènes et musiciens : Du salon au concert à Paris sous la IIIe République, Paris, Fayard, 1964.
  16. Mario d'Angelo (dir.), La Musique à la Belle Époque : Autour du foyer artistique de Gustave Fayet (Béziers, Paris, Fontfroide), édité avec le concours de l'Observatoire musical français, MAGFF, 2010.
  17. Chansons de la Belle Époque
  18. Idem, p.116.
  19. Institut international d'histoire sociale - notice.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]