Bella ciao (chant)

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Bella, ciao! (it)
Blason rouge des partisansde la brigade Justice et Liberté (it)
Blason rouge des partisans
de la brigade Justice et Liberté (it)

Hymne des partisans italiens
Paroles anonyme
1944
Musique anonyme
début du XXe siècle
Adopté en 1948

Bella ciao est une chanson Italienne qui célèbre l'engagement dans le combat mené par les partisans de la seconde Guerre mondiale contre les troupes allemandes de la République sociale italienne durant la Guerre civile. Les paroles ont été écrites fin 1944 sur la musique d'une chanson populaire que chantaient au début du XXe siècle les mondine, ces saisonnières qui désherbaient les rizières de la plaine du Pô et repiquaient le riz, pour dénoncer leurs conditions de travail. Elle est chantée depuis 1963 dans le monde entier comme un hymne à la résistance.

Une origine confuse[modifier | modifier le code]

Les paroles de la version qui renvoie aux événements les plus anciens ont été fixées en 1951 par Vasco Scansani, un désherbeur de rizières originaire de Gualtieri[1]. Ces paroles célèbrent la victoire de la lutte sociale qui a abouti en 1908 à l'instauration d'une loi limitant le temps de travail journalier à huit heures[2]. « Ciao, Bella! » y est un salut à la mondina d'après la loi, ou un adieu à celle d'avant, cette ouvrière agricole qui était obligée de travailler sans limites dans les rizières de la plaine padane et a été choisie par l'auteur comme symbole de la condition du lumpenproletariat politisé du nord de l'Italie.

Cette version reprend une chanson folklorique de la région de Vercelli transcrite en 1906[3]. Alla mattina appena alzata dérive d'une ballade française du XVe[4] dont différentes régions ont, à la fin du XIXe[5], élaborées chacune une version spécifique, La daré d'côla môntagna dans le Piémont, Il fiore di Teresina dans le Trentin, Stamattina mi sono alzata en Vénétie[4]. Le refrain « Bella ciao » (« Ma belle, salut! ») est en italien d'une syntaxe inhabituelle mais peut aussi se lire avec une autre ponctuation : O Bella, ciao bella, ciao Bella, ciao ciao ciao. C'est un jeu de mot sur le double sens de Ciao, salut au sens de bonjour comme au sens d'au revoir, tiré d'une chanson de Lombardie, que recueillera tardivement l'ethnomusicologue Roberto Leydi (it), La me nona l'è vecchierella (Ma grand mère est une vieille). Une fillette y dénonce la corvée d'eau : « La me fa ciau, La me dis ciau, La me fa ciau ciau ciau... » (Elle me fait « Salut! », Elle me dit « Salut! », Elle me fait « Salut! Salut! Salut! » Et m'envoie à la fontaine...)[5]

Vidéos externes
Comparaison de Koilen et Bella, ciao!.

L'origine de la mélodie reste indéterminée. Il est possible qu'elle ait été proposée, que ce soit en 1908 ou ultérieurement, par un émigré revenu, par exemple à l'occasion de la Grande guerre, des États-Unis[6] où une musique ressemblante aurait été diffusée antérieurement par des immigrants ashkénazes. En effet, c'est sur une mélodie partiellement très semblable, ce qui n'est peut être qu'une coïncidence, qu'en octobre 1919 Mishka Ziganoff (it), accordéoniste tsigane et chrétien originaire d'Odessa devenu restaurateur à New York, enregistre dans cette ville une chanson klezmer intitulée Koilen. C'est une version d'une chanson yiddish, Dus Zekele Koilen[6], « Le petit sac de charbon » (Das Säckele Kohlen). Celle ci est enregistrée de nouveau, sous ce titre, en 1921 par Abraham Moskowitz et en 1922 par Morris Goldstein[6].

Une histoire récente[modifier | modifier le code]

Stamattina mi sono alzata,
Stamattina mi sono alzata,
Sono alzata - iolì
Sono alzata - iolà
Sono alzata prima del sol.
Sono andata alla finestra
E ho visto il mio primo amor
Che parlava a un'altra ragazza,
Discorreva di far l'amor.
Sono andata a confessarmi
E l'ho detto al confessor.
Penitenza che lui m'ha dato:
Di lasciare il mio primo amor.
Ma piuttosto che lasciarlo
Son contenta mì a morir.
Farem fare la cassa fonda
E andremo dentro in tri:
Prima il padre e poi la madre
E il mio amore in braccio a mi,
E il mio amore in braccio a mi.
Fleur de tombe.

Avant guerre, une certaine version de la chanson des mondine est chantée lors des banquets, entre autres par Giovanna Daffini, fille d'un violoniste ambulant qui l'a apprise de sa grand mère et la chantait quand elle travaillait, dès l'âge de treize ans, en 1926, dans les rizières de Vercelli et de Pavie. Installée en 1932 à Gualtieri, en Émilie, elle chante alors tel un aède dans les mariages, accompagnée par sa guitare et le violon de son mari[7], un répertoire anarchiste. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle s'engage dans la Résistance

La mélodie, qui n'a jamais été enregistrée en Italie, est connue de quelques résistants des unités gappistes de la région de Modène et de Bologne dans l'Apennin émilien, tels les combattants de la Section russe du Bataillon allié qu'encadrent les commissaires politiques Vladimir Piériéladoff (ru) et Anatol Makarovitch Tarasoff (ru) ou ceux des autres unités de la République des partisans (it) de Montefiorino, partis le 1er août 1944 se réfugier dans la montagne au sein de la Brigade Justice et Liberté (it) du Parti d'action. Des paroles sont posées dessus au plus tard vers la fin de l'année 1944 ou au début de l'année 1945[6] en s'inspirant du thème et du scénario d'une autre chanson populaire, Fior di tomba[5]. La « fleur de tombe » devient la « fleur du partisan ». Le partisan chante non pas le salut que la mondina libérée adresse à l'esclave qu'elle était mais celui qu'il adresse à sa bien aimée. Toutefois, les révolutionnaires italiens chantent plus volontiers Fischia il vento[7], sur l'air de Katioucha.

A l'été 1948, dans les suites du premier Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui s'est tenu à Prague un an plus tôt, du 25 juillet au 25 août 1947, un groupe d'étudiants italiens invité par le Kominform à Berlin chante leur hymne des partisans[7]. Le chant est traduit en plusieurs langues et très applaudi. Durant la Guerre froide, Fischia il vento est relégué progressivement parce qu'il affiche un engagement pro soviétique trop marqué et c'est Bella ciao!, aux paroles plus consensuelles, qui finira par s'imposer comme l'hymne de la résistance italienne[6].

Giovanna Daffini et sa chanson « mondine » dans sa version de 1951, celle de Vasco Scansani, sont découvertes en 1962 par l'ethnomusicologue Roberto Leydi (it), promoteur de la renaissance de la musique populaire en Italie inspiré par l'activiste Gianni Bosio (it)[8].

Dès l'année suivante, aux lendemains de la crise de Cuba que le Traité de Moscou vient apaiser, Yves Montand donne un retentissement international à la version « partigiana », déjà répandue dans le milieu de la jeunesse communiste. En Union soviétique, c'est Muslim Magomayev qui la fait connaître cette même année, en italien et en russe.

Vidéos externes
La version partigiana d'Yves Montand en 1963.
Les deux versions de Sandra Montovani en 1964.

En 1964, initiative de Roberto Leydi (it) et du producteur Nanni Ricordi (it) soutenue par l'anthropologue Ernesto De Martino, par de nombreux musiciens amis[8] et par Giovanna Daffini elle même, les deux versions, chantées par Sandra Montovani respectivement sur un ton pathétique et un ton révolutionnaire, sont le thème principal d'un récital que le Nouveau chansonnier italien (it) inaugure dans un théâtre de Spolète le 21 juin. Vilipendées par les conservateurs[8], ces deux versions sont reprises par différentes formations[8] qui les popularisent auprès du public, offrant à celui ci une sorte d'« invention d'une tradition »[6].

Chanson originale des mondines[modifier | modifier le code]

C'est une chanson de travail et de protestation piémontaise. Elle exprime la protestation des mondine, les saisonnières qui désherbaient les rizières d'Italie du Nord et y repiquaient les plants de riz, contre les dures conditions de travail : les femmes devaient rester courbées toute la journée, dans l'eau jusqu'aux genoux, sous le regard et les brimades des surveillants. Les conditions de travail et de vie des mondine sont illustrées par le film Riz amer de Giuseppe De Santis, chef-d'œuvre du néoréalisme italien.

Version originale des mondines
Alla mattina appena alzata
O bella ciao bella ciao bella ciao, ciao, ciao
Alla mattina appena alzata
In risaia mi tocca andar
E fra gli insetti e le zanzare
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
E fra gli insetti e le zanzare
Un dur lavoro mi tocca far
Il capo in piedi col suo bastone
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Il capo in piedi col suo bastone
E noi curve a lavorar
O mamma mia o che tormento
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
O mamma mia o che tormento
Io t'invoco ogni doman
Ed ogni ora che qui passiamo
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Ed ogni ora che qui passiamo
Noi perdiam la gioventù
Ma verrà un giorno che tutte quante
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Ma verrà un giorno che tutte quante
Lavoreremo in libertà.
Traduction
Le matin, à peine levée
Bonjour belle, bonjour belle bonjour belle belle belle !
Le matin, à peine levée
À la rizière je dois aller
Et entre les insectes et les moustiques
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Et entre les insectes et les moustiques
Un dur labeur je dois faire
Le chef debout avec son bâton
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Le chef debout avec son bâton
Et nous courbées à travailler
O Bonne mère quel tourment
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
O Bonne mère quel tourment
Je t'invoque chaque jour
Et toutes les heures que nous passons ici
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Et toutes les heures que nous passons ici
Nous perdons notre jeunesse
Mais tu verras qu'un jour toutes autant que nous sommes
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Mais tu verras un jour où toutes autant que nous sommes
Nous travaillerons en liberté.

Version adaptée des partisans[modifier | modifier le code]

Sur l'air de la chanson traditionnelle des mondines, les paroles ont été écrites pour la lutte antifasciste.

Version adaptée des partisans
Stamattina mi sono alzato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Stamattina mi sono alzato
E ho trovato l'invasor
O partigiano portami via
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
O partigiano portami via
Ché mi sento di morir
E se io muoio da partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E se io muoio da partigiano
Tu mi devi seppellir
E seppellire lassù in montagna
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E seppellire lassù in montagna
Sotto l'ombra di un bel fior
Tutte la gente che passeranno
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E la gente che passeranno
Mi diranno: che bel fior
E quest' è il fiore del partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Quest'è il fiore del partigiano
Morto per la libertà.
Traduction
Je me suis réveillé un matin,
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Je me suis réveillé un matin,
Et j'ai trouvé l'envahisseur.
Hé ! partisan emmène-moi
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Hé ! partisan emmène-moi,
Car je me sens mourir
Et si je meurs en partisan
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et si je meurs en partisan,
Il faudra que tu m'enterres.
Que tu m'enterres sur la montagne
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Que tu m'enterres sur la montagne,
À l'ombre d'une belle fleur
Et les gens qui passeront
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et les gens qui passeront
Me diront « Quelle belle fleur »
C'est la fleur du partisan
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
C'est la fleur du partisan
Mort pour la liberté

Bella ciao et le militantisme politique[modifier | modifier le code]

Vidéos externes
Bella ciao en neuf langues différentes.

En France, cette chanson fréquemment liée à la gauche ainsi qu'à la mouvance anarchiste, est souvent reprise lors des manifestations.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Vidéos externes
L'interprétation de Milva.
L'interprétation des Chics Types.
L'interprétation en italien des chœurs de l'Armée rouge.
L'interprétation de l'association gasconne Kimbalajeuness.
L'interprétation de Talco en concert.
Hbiba Ciao en arabe de Bendir Man soutenant la Révolution tunisienne de 2010.
Interprétation en kurmandji mise en ligne par le bataillon féminin YPG combattant à Kobané en 2014.

Illustrations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. C. Bermani (it), Guerra guerra ai palazzi e alle chiese. Saggi sul canto sociale., Odradek (it), Rome, 2003
  2. D. Massa, R. Palazzi & S. Vittone, Riseri dal me cœur : canti in risaia : parole, musica e commento, pp. 24-25, Edizioni musicali SM Publishing, Vercelli, 1981.
  3. D. Massa, R. Palazzi & S. Vittone, Riseri dal me cœur : canti in risaia : parole, musica e commento, pp. 24-25, Edizioni musicali SM Publishing, Vercelli, 1981.
  4. a et b V. Savona (it) & Michele Straniero (it), , Canzoni italiane, vol. I, p. 179, Fabbri (it), Milan, 1994.
  5. a, b et c C. Bermani (it), Guerra guerra ai palazzi e alle chiese. Saggi sul canto sociale., Odradek (it), Rome, 2003
  6. a, b, c, d, e et f J. Meletti, Da ballata yiddish a inno partigiano, il lungo viaggio di Bella ciao, in La Repubblica, Rome, 12 avril 2008,
    cité La véritable histoire de l'hymne de la Résistance, in Courrier International, Paris, 25 avril 2008..
  7. a, b et c G. Bertelli (it), Bella ciao : una battaglia!, in L'altra musica, p. 38, Zelig, Milan, 2010.
  8. a, b, c et d G. Bertelli (it), Bella ciao : una battaglia!, in L'altra musica, p. 39, Zelig, Milan, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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