Behanzin

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Behanzin
Behanzin (1895)
Behanzin (1895)
Titre
Roi d'Abomey
janvier 18901894[1]
Prédécesseur Glélé
Successeur Agoli-Agbo
Biographie
Dynastie Rois d'Abomey
Nom de naissance Kondo
Date de naissance 1845
Date de décès 10 décembre 1906
Lieu de décès Blida (Algérie)
Père Glélé

Béhanzin (Gbêhanzin, Gbèhanzin) ou Bédazin Boaijéré Honu Bowelé, né en 1845 et mort en 1906, il est traditionnellement (si on ne compte pas Adandozan) le onzième roi d'Abomey. Roi du Dahomey du 6 janvier 1890 au 15 janvier 1894, date de sa reddition. Il décède à Blida le 10 décembre 1906.

Fils de Da-Da Glé-Glé Kini-Kini, mort le 30 décembre 1889. Il est d’abord connu sous le nom d'Ahokponu puis de prince Kondo à partir de 1875. Ennemi du roi Toffa de Porto-Novo, territoire réuni à la colonie du Dahomey. Être sacré, il porte plusieurs titres : Dada (père de toute la communauté), Dokounnon (détenteur et dispensateur de biens), Sèmèdo (maître du monde), Aïnon (maître de la terre), Jèhossou (maître des perles), etc. Son totem est le léopard. Ses insignes de pouvoir sont le kataklè (tabouret tripode), les afokpa (sandales), le avotita (pagne tissé et décoré de motifs appliqués), le awè (parasol), le mankpo (récade), le so (fusil) et le hwi (sabre). Il fut marié à 12 femmes et eut probablement plus de 50 enfants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Behanzin au poste de Goho.

En 1875, le prince Ahokponu est désigné par son père, le roi Da-Da Glélé Kini-Kini, comme héritier du royaume sous le nom de Kondo.

Il est couronné le 6 janvier 1890, après la mort de son père, le roi Da-Da Glélé Kini-Kini, le 28 décembre 1889, après 40 ans de règne. Son combat contre les troupes françaises commandées par le général Alfred Dodds (1892-1894) prend fin le 15 janvier 1894 lorsqu'il signe sa reddition.

Le 30 mars 1894, Béhanzin est déporté par les autorités françaises sur l'île de la Martinique où, avec sa famille et sa suite, il réside au Fort Tartenson. Il quitte la Martinique en 1906 et meurt d'une pneumonie à Blida en Algérie le 10 décembre de la même année. Sa dépouille retrouve le sol ancestral. Il est solennellement inhumé à Djimé, le 9 mars 1928[2].

L’exil en Martinique[modifier | modifier le code]

Un roi sans royaume[modifier | modifier le code]

Behanzin captif (Martinique)

Le roi déchu et sa cour embarquent à Cotonou, le 11 février 1894, à bord du croiseur Le Second. Cette cour est composée de quelques membres de sa famille et d’alliés restés fidèles : quatre de ses épouses (Etiomi, Sénocom, Ménousoué et Dononcoué), ses trois filles (Mécougnon, Kpotassi et Abopanou) et son jeune fils Ouanilo. À leurs côtés, un parent jouant le rôle de secrétaire : Adandédjan, ainsi qu’un interprète prénommé Fanou, accompagné de son épouse Falégué.

Ils arrivent en Martinique le 30 mars 1894, reçut par le gouverneur Moracchini. Les Martiniquais, curieux, viennent nombreux accueillir le roi déchu.

Tout d’abord, ils logèrent au Fort Tartenson, dans un modeste bâtiment, transformé en plusieurs petits appartements. Béhanzin bénéficie d’une domesticité réduite composée d’une cuisinière et de deux servantes. Dès son arrivée, Béhanzin privilégie l’éducation de son fils Ouanilo, qu’il inscrit chez les Frères de l'instruction chrétienne de Ploërmel à Fort-de-France, puis au lycée de Saint-Pierre.

Après quelques semaines de célébrité, entretenue par les journaux de l’époque (La Défense coloniale, Le Réveil), Béhanzin sera très vite oublié par la population. On l’apercevait lors de manifestations, réceptions ou promenades sur l’île. Ainsi le 25 avril 1894, il reçoit l’élite de la Martinique. En octobre de la même année, il est invité à bord de la frégate Le Duquesne de passage aux Antilles. Le 3 juillet 1894, il assiste, à la Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France, à la cérémonie religieuse en hommage au président Sadi Carnot assassiné par l’anarchiste Caserio. Le 21 août 1895, il assiste à la cérémonie de baptême des Cloches de la cathédrale de Fort-de-France.
Le budget attribué pour les dépenses de son installation et l’entretien quotidien de sa cour est progressivement diminué. Normalement ses frais étaient payés par les autorités coloniales du Dahomey, mais le gouverneur Victor Ballot les réduisit de moitié.

Puis, Béhanzin est transféré dans une villa : la villa des Bosquets, située au-dessus de l’hôpital civil, à un bon kilomètre de Fort-de-France. Loin des siens et de son royaume, Béhanzin continue, sans relâche, à relancer le gouvernement français pour retourner dans son pays natal. Et, tous les six mois, il adresse une lettre au président de la République, dans laquelle il explique son vœu de revoir sa terre. Il va même jusqu’à se montrer coopératif et conciliant en affirmant son attachement à la France.

En 1897, il licencie son interprète Fanou et sa femme qui sont renvoyés au Dahomey. Au cours de son exil, sa petite famille s’agrandit : sa fille Abopanou donne naissance, en 1901, à un garçon prénommé Frédéric. Quelques mois plus tard, Mécougnon, accouche d’un petit garçon nommé Gabriel. En 1905, Abopanou accouche d’un deuxième enfant, une petite fille prénommée Andréa. À la mort de son secrétaire, en 1899, son fils Ouanilo lui succède et devient le secrétaire particulier de son père.

Vers un retour au pays ?[modifier | modifier le code]

Progressivement, la presse et des élus vont s’unir à sa cause pour son rapatriement. Ainsi le député guadeloupéen Gaston Gerville-Réache plaide en sa faveur, dans le journal qu’il a fondé avec Victor Schoelcher, Le moniteur des colonies. Cette lutte est relayée par Hildevert-Adolphe Lara, directeur du journal La Démocratie de la Guadeloupe. Il sera rejoint par Francis de Pressensé, député du Rhône et président de la Ligue des droits de l’homme. Le gouverneur Moracchini émettra également des rapports favorables pour mettre fin à l’exil de Béhanzin, mais en vain. Le gouvernement français tient compte des mises en garde de Victor Ballot, le résident en France du Dahomey.

C’est, en 1906, que les autorités françaises lui accordent le droit de quitter la Martinique. Le roi et sa famille bouclent une nouvelle fois leurs valises et quittent l’île. Ils partent à bord du paquebot Le Martinique mettant le cap vers Bordeaux. Le 17 avril 1906, Béhanzin arrive pour la première fois en France. Il débarque sous les acclamations d’une foule de journalistes et de curieux. Arrivés à Bordeaux par train, ils s’installent dans un hôtel pour se rendre, dès le lendemain, à l’Exposition coloniale de Marseille. Le jour suivant, ils embarquent tous pour le Maghreb sur l’Eugène-Péreire. Ce voyage devient très éprouvant pour Béhanzin, car il a réalisé pas moins de deux traversées en l’espace de douze années. Mais on le dirigea vers Alger et non vers Abomey, où il était toujours jugé indésirable par le ministre des colonies Albert Sarraut. Béhanzin meurt le 10 décembre 1906, loin de sa patrie, inhumé au cimetière Saint-Eugène. Ce n’est qu’en 1928 que le gouvernement français accorde à sa famille que ses cendres retournent à Abomey.

Emblèmes[modifier | modifier le code]

Armes de Behanzin.
Homme-requin de Sossa Dede (vers 1890), une statue bochio symbolisant Béhanzin (musée du quai Branly)

Les troupiers l’appelaient « Bec en zinc ». Son emblème personnel porte un œuf, un requin et deux cocotiers car son nom signifie « l’œuf du monde ou le fils du requin ». Grand amateur de vins français, sa cave fait le bonheur des troupes qui occupent son palais.

Son nom de prince Kondo vient de la formulation incantatoire choisie par son père : amanonu kun no do ko do bo no se o, ko n do do signifiant « la vipère qui a installé sa demeure dans l’argile durcie ne se déplace plus, j'ai installé ma demeure dans l'argile durcie ».

Comme pour tous les rois d'Abomey, la puissance de Behanzin se manifeste à travers une iconographie spécifique, abondamment reproduite sur des supports variés : tentures, statues, récades. Les symboles de Benhanzin sont multiples : la scène de pendaison qui symbolise une victoire sur les Nagots, un sous-groupe des Yorubas ; un requin, « le roi des mers », qui incarne la témérité ; un œuf qui matérialise le nom fort du souverain dérivé de cette sentence : « gbe hin azin bo ahi dje », c'est-à-dire « notre monde a produit un œuf dont la terre seule sent le poids »[3],[4].

La gravure ci-contre montre les armes de Behanzin peintes sur les panneaux de la Victoria (hippomobile) que lui avaient donnée les Anglais : le requin (Behanzin) sortant de l'œuf.

Son animal héraldique, le requin, lui vaut aussi son surnom axosu gbowele « roi requin », notamment dans la lutte qu'il mène contre le colonisateur.

Postérité[modifier | modifier le code]

Statue de Behanzin à Abomey

Le message marquant de son action anti-coloniale est représenté par sa statue, érigée sur la place Goho à Abomey au Bénin (anciennement Danhomè ou royaume du Dahomey) : cette statue représente Béhanzin, drapé dans son pagne royal, la main tendue vers l'avant intimant l'arrêt. Ce monument se trouvant à l'entrée de la ville d'Abomey, représente la résistance face au colon ainsi que le refus de laisser sa patrie aux mains de l'étranger. Sa détermination et son message-testament à l'endroit des Béninois d'aujourd'hui sont symbolisés par cette sentence qu'on lui attribue : « Le Requin se rend. Mais, les fils du Requin ne trahiront pas ».

En 1996 est sorti en salle le film L'Exil du roi Béhanzin de Guy Deslauriers.

Trône du roi Béhanzin[modifier | modifier le code]

De retour en France, après la conquête, le général Dodds offre, en 1893, dès son arrivée à Paris à l'amiral Henri Rieunier, ministre de la marine, un cadeau amical et personnel qui est un trône monoxyle du sacre de la famille royale d'Abomey ayant appartenu au dernier roi libre Béhanzin. La forme de ce trône correspond à un style, appelé en langue fon djandemen, généralement attribué au règne du roi Agonlgo (1789-1797).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Carnet de route de la compagnie de Légion étrangère au Dahomey - Centre de documentation du Musée de la Légion étrangère - Aubagne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Appolinaire Medagbe, Chants de Béhanzin, le résistant, Paris, L'Harmattan,‎ 2011, 198 p. (ISBN 978-2-296-55078-0)
  • Joseph Amegboh (dit Barthélémy Elaud), Béhanzin : roi d'Abomey, Paris ; Dakar, Abidjan ; Yaoundé, ABC ; NEA ; CLE,‎ 1975, 111 p.
  • (fr+en) Jean-Louis Vullierme, Joseph Adrien Djivo, Paulin J. Houtondji, Cyprien Tokoudagba, Jean-Pierre Mohen, Hélène Joubert et Gaëlle Beaujean-Batzer (préf. Jacques Chirac, Boni Yayi, Marie-Cécile Zinsou), Béhanzin Roi d'Abomey / Behanzin King of Abomey, Paris ; Cotonou, Musée du Quai Branly ; Fondation Zinssou,‎ 2006, 155 p. + 32 f. de fac-sim. issus de divers journaux, 1890-1906 (L'Illustration, Le Monde illustré, Le Petit parisien, etc.) p. (ISBN 90577909-47 et 2-915133-52-2) — ouvrage publié à l'occasion de l'exposition Béhanzin, roi d'Abomey présentée à la fondation Zinsou à Cotonou, Bénin du 16 décembre 2006 au 16 mars 2007, en coproduction avec le musée du quai Branly à Paris
  • Jean Coradin, Béhanzin, la résistance dahoméenne, ses antécédents historiques, Port-au-Prince, Impr. des Antilles,‎ 1981, 269 p.
  • Jack Corzani, Dictionnaire Encyclopédique Désormeaux, t. 2, Fort-de-France, Désormeaux,‎ 1992, 636 p. (ISBN 2-85275-020-1), p. 332-336
  • Maurice Ahanhanzo Glélé, Le Danxomẹ : du pouvoir aja à la nation fon, Paris, Nubia,‎ 1974, 282 p. (ISBN 2-85586-001-6)
  • Junzo Kawada (dir.), La restauration du Palais du Roi Gbèhanzin : Palais royaux d'Abomey : un bien du patrimoine mondial, Paris ; Villefontaine, Unesco ; CRATerre-ENSAG,‎ 2007, 28 p. (ISBN 2-906901-50-4)
  • Patrice Louis, Le roi Béhanzin : Du Dahomey à la Martinique, Paris, Arléa,‎ 2011, 137 p. (ISBN 978-2-86959-938-3)
  • Paul-Marie-Armand de La Loyère, L'Héritage de Béhanzin (présenté par Paul Mimande), Paris, AUPELF, CNRS, INLCO,‎ 1976 — reproduction de l'édition de Paris, Perrin, 1898, 291 p.
  • François Michel, La campagne du Dahomey, 1893-1894 : la reddition de Béhanzin : correspondance d'un commissaire des colonies présentée par son petit neveu Jacques Serre, Paris, L'Harmattan,‎ 2001, 147 p. (ISBN 2-7475-1478-1)
  • Catherine Coquery-Vidrovitch, Odile Goerg et Hervé Tenoux (dir.), Des historiens africains en Afrique : l'histoire d'hier et d'aujourd'hui : logiques du passé et dynamiques actuelles, Paris, Montréal, L'Harmattan,‎ 1998, 26 p. (ISBN 2-7384-6908-6)
  • Hildevert-Adolphe Lara, Pour Béhanzin, Storck,‎ 1905, 39 p. (lien OCLC?)

Documents sonores[modifier | modifier le code]

  • L'histoire de Guedegbé, devin des rois Ghézo, Glèlè et Béhanzin, conférence de Daa Bachalou Nondichao enregistrée au Salon de lecture Jacques Kerchache le 14 janvier 2010, dans le cadre de l'exposition Artistes d'Abomey, Musée du quai Branly, Paris, 2010, 1 h 13 min (CD)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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