Be-Bop-A-Lula

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Be-Bop-A-Lula

Single par Gene Vincent
Face A Woman Love
Face B Be-Bop-A-Lula
Sortie 2 juin 1956
Enregistré 4 mai 1956
Nashville
Durée 2' 35"
Genre rockabilly
Format 78 tours et 45 tours
Auteur Tex Davis
Compositeur Gene Vincent
Producteur Ken Nelson (record producer et A&R man)
Label Capitol Records
Classement 7e du Billboard Hot 100

Singles par Gene Vincent

Be-Bop-A-Lula est une chanson figurant sur le premier disque du groupe Gene Vincent and His Blue Caps, édité par Capitol Records en 1956. Adaptée par de nombreux artistes, elle fait figure de classique du rock 'n' roll.

Genèse[modifier | modifier le code]

Sur les disques, Sheriff "Tex" Davis[1] et Gene Vincent sont crédités de la chanson. Mais la genèse est obscure. Plusieurs versions sont proposées :

  • Davis aurait écrit les paroles, et Gene la musique, après l'écoute de Don't Bring Lulu sur un 78 tours[2].
  • Don Graves, un camarade d'hôpital de Gene, aurait écrit les paroles, et Gene la musique[3].
  • Don Graves aurait écrit paroles et musique. Gene Vincent lui aurait acheté les droits de la chanson pour 25 dollars (ou 50 dollars, selon les sources), puis Davis aurait fait ajouter son nom en achetant à son tour des droits, pour 25 dollars[4]. L'achat de droits d'auteur est une pratique courante, à l'époque.
  • Gene dit souvent qu'il est le seul auteur, et qu'il a été inspiré non par un disque, mais par Little Lulu, une héroïne de bande dessinée[5].
  • Gene Vincent a aussi raconté avoir acheté les droits de la chanson à un musicien des rues, très heureux de gagner avec une simple signature l'équivalent de plusieurs semaines de mendicité[6]

Le titre est du scat, un jeu sur les sonorités rappelant le titre du jump blues Be-Baba-Leba, chanté par Helen Humes en 1945 et devenu Hey! Ba-Ba-Re-Bop l'année suivante avec Lionel Hampton.

Première interprétation[modifier | modifier le code]

À partir de février 1956, Gene Vincent se produit durant les week-ends dans le « Country Showtime » de WCMS, une radio de Norfolk. C'est là qu'il interprète pour la première fois Be-Bop-A-Lula en public.

En avril, Gene se trouve un directeur artistique en la personne de Sheriff "Tex" Davis, et forme un groupe avec quatre musiciens habitués de WCMS. Le groupe adresse une démo à Ken Nelson, record producer et A&R man chez Capitol. La démo reçoit un accueil favorable : elle va être réenregistrée à Nashville. Mais Ken Nelson n'est intéressé que par le chanteur. À Nashville, il trouvera « les meilleurs musiciens du monde[7] ». Sheriff "Tex" Davis insiste néanmoins pour qu'un bout d'essai soit effectué avec les musiciens du groupe.

Le mauvais sort semble vouloir s'en mêler car, au jour dit, Gene et son groupe se trouvent bloqués par le brouillard à l'aéroport de Norfolk. Ils trompent leur anxiété en jouant dans le hall de l'aéroport. Les voyageurs en attente apprécient tellement ce concert improvisé que, lorsque le premier avion peut décoller, certains cèdent leur place aux jeunes gens pour qu'ils puissent arriver à temps[8].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

L'enregistrement a lieu le 4 mai 1956, au studio d'Owen Bradley. Campé sur ses convictions, Ken Nelson a fait venir des « requins de studio ». Mais, très vite, ceux ci jugent eux-mêmes leur intervention inutile[9]. Ce sont donc bien les musiciens du groupe que l'on entend, à savoir Cliff Gallup à la guitare solo, Willie Williams à la guitare rythmique, Jack Neal à la contrebasse et Dickie Harrell, quinze ans, à la batterie. Race With The Devil (qui figurera sur le deuxième simple) est enregistré en premier, puis c'est le tour de Be-Bop-A-Lula. L'effroyable hurlement, en fin de couplet, est poussé par Dickie. Au sortir du studio, il explique qu'il voulait prouver à sa famille qu'il avait bien participé à l'enregistrement[5].

Le groupe prend alors le nom de Gene Vincent and His Blue Caps[10].

Instruments[modifier | modifier le code]

Les instruments sont typiques du rockabilly (parfois appelé hillbilly bop[11]) :

Rythme[modifier | modifier le code]

On est dans un rock 'n' roll, genre caractérisé par le rythme binaire et des deuxième et quatrième temps fortement appuyés. Le groupe joue en shuffle, figure rythmique sur laquelle repose l'essentiel de la technique rockabilly[12] :

  • La caisse claire de Dickie Harrell appuie bien le deuxième et le quatrième temps[13].
  • Sur son charleston, Dickie imprime au rythme binaire un ressenti ternaire[14], qui donne plus de finesse, plus de vie à la rythmique[15].

Sortie[modifier | modifier le code]

Be-Bop-A-Lula est d’abord placée en face B de Woman Love, le premier simple du groupe (la chanson Woman Love étant une adaptation d'une chanson hillbilly déjà interprétée par Jimmy Johnson[10]). Le disque sort le 2 juin 1956. Mais les résultats des passages radio de la face A sont décevants.

Un disque promotionnel où figure uniquement Be-Bop-A-Lula est alors envoyé aux programmateurs. La chanson crée une demande immédiate[16]. Elle grimpe jusqu’à la septième place[17] du Billboard Hot 100, faisant oublier Woman Love. Le 23 juin, plus de 200 000 copies du simple sont vendues ; et, début avril 1957, plus de deux millions. Le 28 avril, Gene Vincent et son groupe reçoivent un disque d'or. En 1999, on estime les ventes du simple à neuf millions de copies[5].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le groupe interprète Be-Bop-A-Lula dans le film The Girl Can't Help It (La Blonde et moi). La séquence est filmée le 26 septembre 1956[5]. Les guitaristes que l'on y voit sont le tout jeune Russell Wilaford (guitare solo) et Paul Peek (guitare rythmique) : ils remplacent Cliff Gallup et Willie Williams, qui viennent tout juste de quitter le groupe[18].

L'interprétation est filmée en entier. Lorsque le film sort, les musiciens sont évidemment déçus de l'y voir amputée.

Influence et reprises[modifier | modifier le code]

Cette chanson est au cœur des souvenirs des Beatles. Le premier disque acheté par Paul McCartney est Be-Bop-A-Lula. De plus, lorsqu'il rencontre pour la première fois John Lennon, celui-ci est en train de chanter Be-Bop-A-Lula avec les Quarrymen. John cite le morceau parmi ses sept rocks préférés[5].

Be-Bop-A-Lula est reprise par de nombreux artistes[19], notamment Buddy Holly, The Everly Brothers (1958), Jerry Lee Lewis (1971 et 1979), Billy Lee Riley, Johnny Carroll, Carl Perkins (1978), Jack Scott, Link Wray, Chuck Berry, Cliff Richard (1983), Les Chaussettes Noires (1961), Johnny Hallyday (1962), Les Beatles (Live! at the Star-Club in Hamburg, Germany; 1962), Eddy Mitchell (1963), Johnny Carroll (1974), John Lennon (1975), Paul McCartney (1991), Queen, les Stray Cats (1993), les Demented Are Go!, Elvis Presley, Foghat, Brian Setzer (2011)...

Gene Vincent en sort une version twist en 1962[18].

Souvenir[modifier | modifier le code]

Les deux premières mesures de Be-Bop-A-Lula sont gravées sur la tombe de Gene Vincent[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. William Douchette, dit Bill Davis, dit Sheriff "Tex" Davis, est animateur de la station de radio WCMS, de Norfolk, lorsqu'il rencontre Gene Vincent. « "Sheriff Tex" Davis died », sur gene-vincent-forum.niceboard.com.
  2. (en) « Gene Vincent & The Blue Caps: Be bop a lula », sur rockabillyhall.com. La chanson est de Lew Brown, Billy Rose et Ray Henderson. Elle est enregistrée en 1925 par Ernie (Ernest) Hare et Billy Jones, par Billy Murray et par Van et Schenck ; puis en 1937 chez Decca, par les New Dixie Demons. En 1961 une nouvelle version apparaît, interprétée par Dorothy Provine. (en) « Don't Bring Lulu », sur lyricsplayground.com. (en) « 5000 - 5500 Numerical Listing », sur settlet.fateback.com.
  3. D'après Gene Vincent, interviewé par Mick Farren en 1971. (en) « Gene Vincent », sur funtopia.pwp.blueyonder.co.uk, International Times, mars 1971. Par ailleurs, un compagnon d'hôpital de Gene Vincent et de Donald Graves évoque des souvenirs dans (en) « The True Story on How "Be Bop A Lula" was Written », sur rockabillyhall.com.
  4. « "Sheriff Tex" Davis died », sur gene-vincent-forum.niceboard.com.
  5. a, b, c, d et e (en) « Gene Vincent & The Blue Caps: Be bop a lula », sur rockabillyhall.com.
  6. Daniel Lesueur L'argus Eddy Mitchell, Éditions Alternatives, 2004, p. 20 : « L'histoire de cette chanson est édifiante ! Aux États-Unis, tout S'achète. Gene Vincent racontequ'il a acheté Be Bop A Lula à un misérable musicien des rues, trop content de gagner, en apposant simplement sa signature en bas d'un contrat, l'équivalent de plusieurs semaines à faire la manche". Grâce à ce modeste investissement, Gene Vincent devint une idole du rock'n'roll. »
  7. (en) King Kaufman, « Drummer, Dickie "Be-Bop" Harrell », sur rockabillyhall.com, 18 avril 2001.
  8. Gene Vincent Fan Club, « 1956 », sur fr-fr.facebook.com, 5 janvier 2011.
  9. (en) Richie Unterberger, « Cliff Gallup », sur hotguitarist.com.
  10. a et b Boris The Spider, « Gene Vincent story », sur addictif-zine.com, 19 mars 2010.
  11. a et b Paul Du Noyer (dir.), L'Encyclopédie illustrée de toutes les musiques, Hachette, 2004, p. 18.
  12. « Le rockabilly », sur guitarecountry.chez.com.
  13. Philippe Ballot, « Le shuffle-rock », sur latoiledesbatteurs.com.
  14. Anthony Boile, « Rodolphe Burger et l’art de la reprise », sur explosant-fixe.com, 22 février 2011.
  15. « Le Shuffle ou Swing Feel », sur cameratabs.com.
  16. Selon Gene Vincent, dans son entretien de 1971 avec Mick Farren, c'est un DJ de Baltimore qui aurait ouvert le bal en décidant de matraquer Be-Bop-A-Lula. (en) « Gene Vincent », sur funtopia.pwp.blueyonder.co.uk, International Times, mars 1971.
  17. Jean-William Thoury, in Michka Assayas (dir.), Dictionnaire du rock, coll. « Bouquins », Robert Laffont, 2001, t. II, p. 2083.
  18. a et b (en) « Gene Vincent & The Blue Caps: Biography », sur rockabillyhall.com.
  19. (en) « Song: Be-Bop-a-Lula », sur secondhandsongs.com.
  20. « Gene Vincent », sur findagrave.com, 22 janvier 2001. Le graveur a commis une erreur : il a bien placé le premier bémol sur la ligne de si, mais l'a fait suivre d'un (au lieu d'un si).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Phil Hardy & Dave Laing, The Faber Companion to 20th Century Popular Music, Faber and Faber (3e édition), 2001, 1 236 p. (ISBN 057119608X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]