Baudroie commune

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La baudroie commune (Lophius piscatorius), souvent nommée lotte ou baudroie, est un poisson marin vivant le long des côtes d'Europe ; on la trouve fréquemment sur les côtes de Provence. Sa tête énorme la fait ressembler à un crapaud, sa peau est totalement lisse et ne possède aucune écaille. Son corps est oblong et presque cylindrique ; le dos est brun-jaune ou vert avec des marbrures sombres, les flancs sont clairs et le ventre est blanc. À vingt ans, elle peut atteindre 2 mètres pour un poids de 45 kg[1]. Cependant les individus de plus de 50-60 cm sont rares.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Lophius piscatorius a été décrite par le naturaliste suédois Carl Von Linné en 1758[2].

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Acceptions anciennes

D'après Émile Littré, auteur du Dictionnaire de la Langue Française, la baudroie est définie ainsi [3]:

« Un des noms vulgaires de la lophie pêcheuse, poisson des côtes de France. Nom donné aussi par quelques auteurs au genre lophie.

Dans un texte cité par Du Cange, au mot baudroy, on trouve : poisson nommé par les Italiens martin-pêcheur, diable de mer, par les Marseillais baudroy, à cause de la grande ouverture de sa bouche, semblable à une bourse dite dans le pays baudrier. Baudroy et par corruption baudroie est donc l'ancien français baudrei ou baudroi, signifiant baudrier. »

Acceptations actuelles
  • Baudroie commune
  • Baudroie (ou lotte) blanche[4]
  • Boultous
  • Crapaud-pêcheur[5]
  • Diable de mer
  • Marache
  • Marimorgan
  • Saillot

La dénomination (commerciale) de lotte est ambigüe, car elle désigne par ailleurs un poisson d'eau douce, la lotte de rivière.

Distribution, habitat[modifier | modifier le code]

Cette espèce se rencontre[6] dans l'Est de l'Atlantique, du Sud-Ouest de la mer de Barents jusqu'au détroit de Gibraltar ainsi qu'en mer Méditerranée et en mer Noire. Elle a également été observée sur les côtes islandaises et au large de la Mauritanie. Les individus de l'Atlantique Nord sont généralement plus grands que ceux pêchés au large de l'Afrique et sont présents à des profondeurs plus importantes.

Elle habite les fonds de sable, de graviers ou de vase, de 20 à 1 000 m[6] de profondeur.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

C’est un poisson de fond surtout nocturne qui est essentiellement piscivore. Elle s'enfouit dans le sable ou la vase et attend ses proies plutôt que de les chasser. Elle agite un appendice luminescent juste au-dessus de sa bouche pour capturer ses proies. Dès qu'un poisson s'approche, elle l'aspire avant que sa bouche, tapissée de nombreuses dents pointues et recourbées en tous sens, ne se referme comme un piège.

Éléments d'anatomie[7][modifier | modifier le code]

La gueule de la baudroie commune est impressionnante et même quelque peu terrifiante. Cela à cause de sa denture. En effet, les dents de la baudroie, des canines, sont pointues et aigües comme des stylets. Elles sont aussi tournées vers l’arrière afin d’interdire toute fuite à la proie happée (souvent des petits poissons) et de déglutir. De chaque côté de la mâchoire inférieure, on peut distinguer un seul rang de dents sur une certaine longueur. Puis apparaît une seconde rangée de dents plus longues et très pointues. La mâchoire supérieure comprend trois rangs de dents aigües. Les baudroies âgées ont certaines dents usées ou cassées. La denture de la baudroie sert uniquement à retenir les proies. Les dents ne sont pas utilisées pour broyer. La baudroie possède également des dents au fond de sa cavité buccale. Elles sont moins longues mais tout aussi pointues. La mâchoire inférieure est fixe. C’est la mâchoire supérieure qui s’ouvre (vers le haut). Une fois morte, la gueule de certaines baudroies s’ouvre totalement et c’est dans cette position que la baudroie (commune) apparaît la plus impressionnante.

Les nageoires pectorales de la baudroie commune sont longues, larges, horizontales et musclées. Elles lui servent à se mouvoir sur les fonds et à s’enfoncer dans la vase ou le sable mais pas à nager avec aisance. En effet, la baudroie n’est pas une bonne nageuse, c’est un poisson qui se déplace peu. Vu la largueur importante et disproportionnée de la tête de la baudroie et malgré la longueur des nageoires pectorales, ces dernières donnent l’impression d’être deux pattes trapues et palmées.

Une fois camouflée dans le sable ou la vase, la baudroie commune chasse à l’affut d’une façon bien particulière à l’aide d’un filament pêcheur. La première nageoire dorsale est très modifiée. Elle est constituée par six rayons épineux dont les trois premiers sont entièrement libres. Le premier rayon de cette première nageoire dorsale est donc un longue épine libre, mais aussi très mobile et pourvue à son extrémité d’un lambeau de peau faisant office d’appât pour attirer les proies. C’est ce rayon muni d’un leurre charnu qui est appelé « filament pêcheur ».

Sur la tête de la baudroie commune aux dimensions disproportionnées par rapport au reste du corps, les yeux sont situés haut et très en arrière de l’articulation du filament pêcheur et du second rayon libre de la première nageoire dorsale. Comme tous les poissons, la baudroie commune a des yeux sans paupières. Ses arcades orbitaires sont hypertrophiées. De la tête de la baudroie commune sont extraites les joues à des fins culinaires.

Pêche[modifier | modifier le code]

La baudroie est un poisson statique qui vit sur le fond. Une fois confondue au sol, elle utilise ce « filament pêcheur » (situé au-dessus de sa gigantesque gueule) en lui faisant effectuer des mouvements d'avant en arrière et vice versa. Les poissonets attirés par cet étrange appendice qui décolle du fond et qui s'agite s'approchent. La baudroie ouvre alors sa gueule, et l'aspiration d'eau créée suffit à attirer les poissons droit dans la gueule béante. Ainsi, il suffit qu'un appât ou qu'un leurre passe au-dessus d'elle pour qu'elle l'attrape et qu'elle se fasse elle-même pêcher.

Sa densité étant insuffisante pour la rechercher spécifiquement, sa capture demeure occasionnelle.

La Baudroie se pêche généralement au chalut ou à la ligne. Annuellement, environ 50 000 tonnes de baudroies (toutes espèces confondues) sont capturées.

Gastronomie[modifier | modifier le code]

La baudroie est un poisson prisé pour sa chair très fine. Son foie, ses joues et sa queue sont des mets particulièrement recherchés. Sur les étals des poissonniers, l'animal est rarement présenté entier car la tête de baudroie n'est pas esthétique. On ne présente que sa queue sous la dénomination lotte. Sa chair, quasiment sans arêtes, est souvent comparée à celle de la langouste et reste ferme à la cuisson.

La bourride de baudroie dite aussi baudroie en bourride ou baudroie à la sétoise est un plat incontournable de la gastronomie de la ville de Sète. On la prépare dans toutes les familles de gourmets et est proposée dans les bons restaurants de la région de l'étang de Thau[8].

Espèce menacée[modifier | modifier le code]

Greenpeace a placé la baudroie sur sa liste rouge et recommande d'en cesser la consommation jusqu'à ce que sa survie soit assurée. En effet il s'agit d'une espèce à la croissance lente et parvenant tardivement à l’âge adulte, vulnérable face à la surexploitation[9],[10]. Les méthodes de pêche utilisées sont dans le collimateur des écologistes, surtout le chalut de fond, qui dévaste le plancher océanique et entraîne tout un cortège de prises involontaires. Autre problème : le poisson, très prisé des gourmets, n'est pas soumis à des tailles minimales de capture et de nombreuses baudroies, parfois de la taille de la main, sont décimées. Seuls des filets à grandes mailles permettent une meilleure sélection.

Photographies[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lophius piscatorius sur le site Cybernat de l'Université du Havre
  2. Linnaeus, C. 1758. Systema Naturae, Ed. X. (Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Tomus I. Editio decima, reformata.) Holmiae. Systema Naturae, Ed. X. v. 1: i-ii + 1-824.
  3. , Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré.
  4. Référence DORIS : espèce Lophius piscatorius Linnaeus, 1758 (fr)
  5. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Crapaud » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  6. a et b Référence FishBase : espèce Lophius piscatorius (en) (+ traduction (fr)) (+ noms vernaculaires 1 & 2).
  7. Les caractéristiques présentées dans cette section ne s'appliquent pas qu'à la baudroie commune mais également aux autres espèces de baudroies.
  8. [1], Recettes et bons plans pour les marmitons de la Méditerranée. Les recettes des chefs - La bourride de baudroie
  9. (en) Liste Rouge Internationale des poissons et crustacés
  10. Guide « Et ta mer, t'y penses » de Greenpeace [PDF]