Batterie de Longues-sur-Mer

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Carte des batteries côtières allemandes en Normandie avec leur portée et angle de tir.
Deux des casemates abritant un canon de 152 mm.
Traversée de la casemate ci-dessus.
Le poste de direction de tir, en bordure de falaise.
Le poste de direction de tir, vu de l'arrière.
Vue depuis le chemin côtier des 4 casemates de tir, situées plus en arrière de la falaise.
Trois des casemates vues depuis la casemate la plus à l'ouest.

La batterie de Longues-sur-Mer est l'une des batteries de tir du mur de l'Atlantique, située sur la commune littorale de Longues-sur-Mer dans le Calvados. Le site comprenait 4 canons de marine de 152 mm de longue portée, chacun protégé par une casemate en béton armé, et différentes installations pour les servir et les défendre. Située dans la zone du débarquement allié en Normandie, entre les plages d'Omaha Beach et de Gold Beach, la batterie fut soumise à d'intenses bombardements aériens puis navals l'empêchant d'entrer pleinement en action le jour J et fut prise dès le lendemain par les troupes britanniques. Dans un bon état de conservation et sur un site aménagé, elle est un lieu de passage fréquenté lors des visites des sites du débarquement.

Préambule[modifier | modifier le code]

Le 6 juin 1944, lorsque débute le débarquement de Normandie, les défenses allemandes ne peuvent pas empêcher les Alliés de prendre pied sur les plages et d'établir des têtes de pont. Le mur de l'Atlantique, censé repousser l'assaut, ne résiste que quelques heures, à l'exception du secteur d'Omaha Beach. Outre des défenses sur les plages ou juste aux abords destinées à empêcher le débarquement de troupes, les défenses allemandes comprenaient également plusieurs batteries de tir de longue portée, disposées le long du littoral, plus ou moins en arrière de celui-ci, et chargées d'empêcher l'approche des navires et des barges alliés mais pouvant également tirer sur les plages. La Marine-Küsten-Batterie (MKB) de Longues-Sur-Mer était l'une des douze batteries de ce type susceptibles d'atteindre, le jour J, les plages de débarquement ou les navires alliés au large[1].En revanche, la riposte des forces adverses sera décisive. Vers 6h45, les croiseurs Ajax (Royal Navy) et Georges Leygues (Forces Françaises Libres) ouvrent le feu et détruisent un canon puis en endommagent deux autres.  Le personnel (184 officiers et hommes de troupe) se rendra le 7 juin 1944  aux Britanniques.La batterie de Longues est le témoin fidèle de ce que pouvait représenter, par son importance, un ouvrage du mur de l'Atlantique.

Situation, construction et composition[modifier | modifier le code]

Le MKB de Longues-sur-Mer (code WN 48) se tient au sommet d'une légère crête, à 450 mètres environ du rivage, à mi-chemin entre Port-en-Bessin à l'ouest et Arromanches à l'est et à huit kilomètres au nord de Bayeux.

Construite à partir de septembre 1943 pour la Kriegsmarine[2], elle est typique des batteries de défense côtière allemande, elle comprend 4 casemates type Regelbau M272[3] avec mur et plafond en béton armé de deux mètres d'épaisseur[2], installées 300 mètres en arrière du haut de la petite la falaise littorale. Chacune abrite une pièce de marine de 152 mm TK C/36[3](Torpedobootkanone - canon pour destroyers, construit par Škoda à Pilsen[2]) sur affût à pivot central (Mittelpivotlafette - MPL) TL C/36 (Torpedolafette - affût pour destroyer, sorte de tourelle ouverte sur l'arrière). Ces canons de marine avaient une portée qui avoisinait les 20 000 mètres. À l'arrière de chacune des quatre salles de tir se trouvaient deux chambres à munitions, l'une contenant la poudre pour le tir, l'autre les obus[2].

Un poste de direction de tir (type Regelbau M262A[3]) situé 300 mètres en avant des casemates, au bord de la falaise littorale, commandait leurs feux. Il était équipé du système de commande de tir alors le plus moderne parmi ceux des batteries de la côte normande. Électrique, il fournissait automatiquement les coordonnées de tir aux canons[2]. Il comptait deux étages, un en hauteur pour l'observation et le calcul de la distance et l'autre plus enterré, pour le suivi des cibles[2].

La protection de la batterie fut considérablement améliorée au printemps 1944, dans les efforts menés par le maréchal Rommel dès début 1944 pour renforcer le mur de l'Atlantique en Normandie mais tous les travaux n'étaient pas totalement achevés en juin 1944.

Outre les casemates, achevées elles en mai 1944[2], le site disposait d'une protection antiaérienne avec 3 emplacements[3] équipés de Flaks de 20 mm[2] et pour la défense terrestre, de divers petits bunkers et tobrouks ainsi que d'une ceinture de fils barbelés. Des tranchées de protection reliaient les différents installations, permettant une circulation même lorsque les batteries tiraient. Pour les combats de nuit, la batterie disposait d'un projecteur et d'un canon soviétique K390 de 122 mm, pris sur le front de l'Est, et chargé de faire des tirs d'illumination[2].

Comme plusieurs autres batteries côtières de la Kriegsmarine situées loin des grands ports (elle dépendait alors du commandement maritime de Cherbourg) et pour harmoniser le commandement de la défense du secteur, elle passa sous le contrôle de l'armée fin 1943[4]. À l'inverse des batteries côtières construites pour la Wehrmacht, la marine avait privilégié pour les siennes l'installation de canons fixes, non transportables et des bunkers plus fermés sur l'arrière[2] (au contraire, par exemple, de la batterie de l'armée à la pointe du Hoc).

La batterie de Longues-sur-Mer comptait une garnison de 180 hommes. En plus, stationné non loin, un bataillon d'infanterie pouvait renforcer sa défense en cas d'attaque terrestre[2].

Face au débarquement[modifier | modifier le code]

La batterie de Longues-sur-Mer se situa pratiquement à la limite des secteurs de débarquement américain, à l'ouest, et anglo-canadien, à l'est. La portée des 4 canons permettait à la batterie de prendre sous ses feux Omaha Beach et Gold Beach ainsi que les bâtiments au large.

Comme les autres fortifications du mur de l'Atlantique, elle a subi des bombardements aériens alliés courant 1944 dont deux bombardements massifs la semaine précédant le débarquement[2]. Ces deux raids aériens ne réduisirent pas la capacité des canons mais ils détruisirent le câblage électrique souterrain reliant le poste de tir aux casemates de tir ce qui allait obliger les Allemands, le jour du débarquement, à utiliser des signaux visuels beaucoup moins efficaces pour la direction de leurs tirs[2].

Au matin du 6 juin 1944, à 5h30, le croiseur britannique HMS Ajax ouvre le feu sur la batterie sans causer de dégâts majeurs[2]. Vers 6 heures, la batterie ouvre le feu sur le HMS Bulolo[2], navire de commandement allié pour le secteur de Gold Beach, l'obligeant à changer de position. Le HMS Ajax et le HMS Argonaut se rapprochent alors et reprennent leurs tirs contre la batterie allemande[2]. Le feu cesse à 8h45, 2 canons ont été mis hors service par tir direct dans l'embrasure[2] de la casemate. Les deux navires ont tiré plus de 179 fois sur la batterie[2].

Les soldats allemands mettent à profit ce répit de la matinée pour remettre en fonctionnement et réparer ce qui peut l'être et ouvrent le feu en direction d'Omaha Beach. Ces tirs attirent l'attention du croiseur français Georges Leygues, alors en soutien au difficile débarquement américain sur cette plage[2] qui met hors d'état de tir la batterie qui aura tiré 115 fois dans cette journée[2]. Les servants allemands utiliseront également dans la journée le canon de 122mm russe, pourtant peu protégé, pour tirer sur les plages de Gold et d'Omaha[2].

Le lendemain, le bataillon d'infanterie allemand de protection est rappelé sur Bayeux. Dans la matinée, la batterie subit un nouveau bombardement aérien de la RAF et elle est prise en fin de matinée par la compagnie C du 2e régiment du Devonshire[2] sans difficultés face à des Allemands dont la volonté de continuer à se battre avait probablement été largement entamée par les bombardements, la mise hors de combat des canons et l'isolement du reste de l'armée allemande. Les 120 hommes qui restent de la garnison de 180 soldats se rendent[2].

Le site après la guerre[modifier | modifier le code]

Le poste de direction de tir de la batterie de Longues-sur-Mer, ainsi que les batteries avoisinantes ont servi de décor à l'une des scènes du film Le Jour le plus long, sorti en 1962[5].

De nos jours, l'intérêt de cette batterie est dû au bon état de ses bunkers et au fait qu'elle conserve deux de ses pièces de 150 mm d'origine. Le site est aménagé pour la visite.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et notes[modifier | modifier le code]

  1. D-Day fortifications in Normandy de Steven J. Zaloga et illustré par Hugh Johnson, Osprey Publishing, carte page 27.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w D-Day fortifications in Normandy, page 38.
  3. a, b, c et d Histoire de guerre N°40
  4. D-Day fortifications in Normandy, page 9.
  5. Pour situer, on y voit au début de la scène un officier jouer avec son berger allemand devant le bunker de poste de tir.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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49° 20′ 36″ N 0° 41′ 42″ O / 49.34333, -0.695