Bathilde d'Orléans

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Bathilde d’Orléans

Description de cette image, également commentée ci-après

Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon (vers 1780).

Titre

Princesse de Condé

Depuis le 10 janvier 1822
(3 ans, 7 mois et 28 jours)

Prédécesseur Marie-Catherine Brignole
Successeur Disparition du titre
Biographie
Titulature Duchesse d’Enghien
Duchesse de Bourbon
Princesse de Condé
Dynastie Maison d’Orléans
Nom de naissance Louise Marie Thérèse Bathilde d'Orléans
Surnom « Mademoiselle »
« Citoyenne vérité »
Naissance 9 juillet 1750
Saint-Cloud (France)
Décès 10 janvier 1822 (à 71 ans)
Paris (France)
Sépulture Chapelle royale de Dreux
Père Louis-Philippe d’Orléans
Mère Louise-Henriette de Conti
Conjoint Louis VI Henri de Condé
Enfant Louis-Antoine de Condé,
duc d’Enghien
Résidence Hôtel d’Évreux

Louise Marie Thérèse Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon, est une princesse française, née le 5 juillet 1750 à Saint-Cloud et décédée le 10 janvier 1822, à Paris.

Sœur de Philippe Égalité, prince régicide qui n'en fut pas moins guillotiné sous la Terreur, elle épouse le dernier prince de Condé, qui l'abandonne peu après leur mariage. Elle est la mère du duc d'Enghien, fusillé par ordre de Napoléon, et la tante de Louis-Philippe Ier, roi des Français. Elle habite, avant la Révolution française, le palais de l'Élysée.

Enfance[modifier | modifier le code]

Les Enfants du duc d’Orléans par François-Hubert Drouais, huile sur toile. (1762)

Fille du duc d'Orléans et de Louise Henriette de Bourbon, Bathilde descend de Louis XIII par son grand-père et de Louis XIV par sa grand-mère. Louis-Philippe endossa la paternité malgré le doute sérieux qui pesait sur cette naissance du fait de la liberté de mœurs des deux époux[1].

Orpheline de mère à l'âge de neuf ans, elle n'a que son père qui, accaparé par une maîtresse jalouse, la fait élever chez les religieuses.

La duchesse de Bourbon par Carmontelle. (1770)

Le mariage malheureux[modifier | modifier le code]

Les armes de la duchesse de Bourbon.

Proposée vainement par le duc de Choiseul pour épouser l'empereur Joseph II du Saint-Empire puis le duc de Parme, petit-fils de Louis XV, en 1770, à l'âge de vingt ans, on lui fait épouser Louis-Henri de Bourbon-Condé, duc de Bourbon, son cousin, âgé de quatorze ans.

Le jeune homme étant jugé trop jeune pour consommer son union, la jeune mariée est renvoyée dans son couvent mais, si dans un moment d'exaltation romantique, le jeune duc l'enlève, il l'abandonne au bout de six mois.

Leurs rapprochements épisodiques permettent tout juste au couple de donner naissance à un fils et à une fille :

  •  ?

En 1779, au cours d'un bal, une altercation oppose la duchesse au comte d'Artois, frère du roi. Au mépris du scandale et de l'autorité du roi, les deux jeunes princes du sang se battent en duel ce qui n'empêcha pas l'épouse bafouée d'écrire et de faire représenter deux ans plus tard une pièce dans laquelle elle se moque ouvertement de sa belle-famille. L'adultère de son mari éclate au grand jour en 1781, le scandale est immense et retombe entièrement sur la duchesse. Le duc demande la séparation de corps.

En tant qu'épouse séparée, La duchesse de Bourbon n'est guère reçue à la Cour et doit réorganiser sa vie dans la solitude dorée du château de Chantilly.

Elle donne discrètement le jour à une fille, Adelaïde-Victoire, née d'une liaison avec le chevalier Alexandre-Amable de Roquefeuil, jeune Lieutenant de Vaisseau, un des héros du combat de la Surveillante contre le HMS Québec, qui mourra peu de temps après, à l'âge de 28 ans, noyé en rade de Dunkerque (22 août 1785), et fait passer cette enfant pour celle de son secrétaire, afin de la garder auprès d'elle. Cette fille illégitime est l'ancêtre de l'aviateur Georges Guynemer.

La mystique de l'Élysée[modifier | modifier le code]

Portique du palais de l'Élysée.
Article détaillé : Palais de l'Élysée.

En 1787, Bathilde d'Orléans achète à Louis XVI le palais de l'Élysée, où elle fait construire des hameaux, comme la reine Marie-Antoinette au Trianon.

Elle s'éloigne du christianisme pour s'adonner aux sciences occultes, au mysticisme des chiromanciennes, astrologues, interprètes de songes et magnétiseurs dans son palais, tel Mesmer. Elle devient l'amie de Saint-Martin qu'elle rencontre à Paris, à Strasbourg et chez Frédérique Dorothée Sophia von Brandenburg-Schwedt (de), duchesse de Wutemberg, dans sa résidence d'été au château d'Étupes[2]. Elle peint et idolâtre son fils. Son salon est connu dans toute l'Europe pour sa liberté de pensée et les esprits brillants qu'on y rencontre.

« Citoyenne vérité »[modifier | modifier le code]

À la Révolution, Bathilde d'Orléans se découvre animée d'une foi en la République, comme son frère, Philippe Égalité. Elle se fâche avec son mari et avec son fils, qui choisissent l'émigration. Quand les choses se gâtent pour ces aristocrates avec lesquels elle ne sent plus rien de commun, elle prend le nom de « citoyenne Vérité ». Menacée, elle offre ses biens à la République avant de se les voir confisquer.

La malédiction familiale continue de la poursuivre. En avril 1793, son neveu Louis-Philippe, duc de Chartres, âgé de vingt ans, vaincu en Allemagne et risquant la guillotine, déserte et passe dans le camp autrichien. Par mesure de rétorsion, la Convention décrète l'emprisonnement à Marseille de tous les membres de la famille royale restés en France. Mal récompensée de sa fidélité à la République, elle survit un an et demi dans une cellule sinistre. En novembre de la même année, son frère est guillotiné.

Miraculeusement réchappée de la Terreur, Bathilde d'Orléans est libérée après Thermidor et retourne s'installer au palais de l'Élysée. Elle se voit forcée d'en louer la majeure partie, qui devient un bal public à vingt sous l'entrée.

L'exil en Espagne[modifier | modifier le code]

Portrait de Napoléon Ier.

En 1797, le Directoire décide d'exiler les derniers Bourbons. On la fait monter dans un vieux carrosse où l'on entasse ses derniers biens, et on l'envoie en Espagne avec sa fille adultérine. À quarante-sept ans, durant le mois que dure ce voyage, elle noue une intrigue amoureuse avec un gendarme de vingt-sept ans chargé de la surveiller. Ils entretiendront une correspondance jusqu'à son retour en France.

Reléguée près de Barcelone, Bathilde d'Orléans fonde, malgré ses petits moyens, une pharmacie et un dispensaire à l'usage des nécessiteux, dont sa maison devient le rendez-vous, et qu'elle soigne elle-même. Elle devient alors tout à fait républicaine, ce qui ne met pas fin pour autant à son exil.

En 1804, elle apprend que Napoléon Ier, qu'elle admirait, vient de faire enlever et de fusiller son fils dans les fossés du château de Vincennes. Pendant dix ans, l'empereur refuse que sa mère remette les pieds en France. Bathilde reçoit sa revanche en 1814, quand le peuple, voyant en elle la mère du « fusillé de Vincennes », l'acclame tout au long du trajet qui la ramène à Paris.

Le retour à Paris[modifier | modifier le code]

Louis XVIII lui permet de s'installer à l'hôtel de Matignon, bien qu'elle ait d'abord voulu se réinstaller au palais de l'Élysée. Sa famille, dans l'ordre moral qui caractérise la Restauration, voudrait la voir reprendre avec son mari une vie commune interrompue depuis quarante ans ; ce qu'elle refuse. Elle retrouve en revanche sa relation avec le gendarme de 1797, mais c'est pour le voir mourir de maladie trois ans plus tard.

La signature de la duchesse de Bourbon, princesse du sang, en 1778.

En 1818 en hommage à son fils, elle fonde dans le village de Reuilly près de Paris, l'hospice d'Enghien, destiné à accueillir les vieillards pauvres notamment les anciens domestiques de la maison d'Orléans et où œuvrera sainte Catherine Labouré.

En 1822, alors qu'elle prend part à une procession en marche vers le Panthéon, Bathilde d'Orléans perd connaissance et pousse son dernier soupir sur le canapé d'un professeur de droit de la Sorbonne.

Louis-Philippe fait brûler le manuscrit de ses mémoires, ainsi que le dossier du jeune gendarme aux archives de la Guerre, pour tenter de donner un air de respectabilité bourgeoise à celle dont la vie fut un combat entre ses aspirations et le poids de sa naissance. Elle repose à la Chapelle royale de Dreux.

Galerie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Evelyne Lever, Philippe Égalité, Fayard 1996, p. 39
  2. Jacques Matter, Saint-Martin, le philosophe inconnu : sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits, Didier et cie,‎ 1862 (lire en ligne)