Bataillon canadien des zouaves pontificaux

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Le bataillon canadien des zouaves pontificaux est une unité de l'armée pontificale, formée peu avant la fin de l'existence des États pontificaux. Sa formation obéit tout autant à des considérations liées à la politique canadienne qu’à la situation italienne liée aux guerres d’unification par Garibaldi. Les États pontificaux, contrôlés par le Pape, s'opposèrent pendant 16 siècles à l'unification des italiens en contrôlant une partie du territoire de l'Italie.

Origines[modifier | modifier le code]

La nouvelle de la proclamation du Royaume d'Italie en 1861, ne laissant des États pontificaux que le Latium, autour de la ville de Rome, survint à un moment où, au Canada-Est (actuel Québec), majoritairement francophone et catholique, l’Église, appuyée par les éléments conservateurs, entreprenait une intense lutte idéologique visant à éliminer les « Rouges ». Ces éléments étaient les plus radicaux du courant de pensée libérale, héritiers des Patriotes de 1837-1838, dont les idées de laïcité, suffrage universel, libre-échange et annexion aux États-Unis inquiétaient la hiérarchie et les catholiques conservateurs.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’appel à la solidarité avec le Pape, lancé en 1861, par l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, sous forme d’une série de lettres pastorales, défendant l’intégrité des États pontificaux. Des manifestations antilibérales confondant Rouges canadiens et Chemises rouges italiennes se tinrent un peu partout dans la colonie.

Dans la foulée de ce mouvement, l’évêque Guigues, d’Ottawa, suggéra au pontife que les diocèses du monde entier procèdent à des levées de fonds dans le but de financer une armée pontificale indépendante.

Une intense campagne de propagande catholique suivit l’acceptation de ce plan par Rome.

Volontaires et formation[modifier | modifier le code]

Le canadien-français C.-E. Roulleau, régiment des Zouaves Pontificaux, à Rome en mai 1868

Certains journaux encouragèrent la jeunesse du pays à s’enrôler dans cette armée et, en 1861, Benjamin Testard de Montigny devint le premier zouave pontifical canadien. D’autres le rejoignirent dans les années suivantes. Enfin, en 1867, la nouvelle de la bataille de Mentana, où un zouave canadien avait été blessé, parvint au pays et déclencha une nouvelle vague de ferveur papiste. Un comité fut formé dans le but de former un bataillon entièrement canadien de zouaves pontificaux.

En 1868, 135 hommes furent recrutés et expédiés à Rome. En tout, un peu plus de 500 zouaves furent recrutés et 388 Canadiens firent le voyage pour les États pontificaux.

Activité[modifier | modifier le code]

Sur place, les opérations militaires se limitèrent généralement à de longues patrouilles dans la campagne romaine, à la chasse aux « bandits ». L’expédition romaine fut surtout, pour les zouaves, une occasion de mise en condition idéologique à travers une longue série de pèlerinages, cérémonies et processions. Parallèlement, une intense campagne de propagande était organisée dans la province de Québec (créée en 1867) pour assimiler la défense du Pape à une cause nationale canado-française. Le succès en est démontré par la disparition rapide des critiques dans la presse libérale.

D’ailleurs, à cette époque, le Parti libéral était en nette perte de vitesse au Québec. La victoire conservatrice aux premières élections fédérales, garantissant la pérennité du projet de Confédération canadienne, avait été largement facilitée par l’appui du clergé au parti conservateur. Le gouvernement canadien ne souleva donc aucune objection à cette expédition d’une légalité douteuse.

Finalement, en 1870, la guerre franco-prussienne amena le départ des troupes françaises stationnées autour de Rome et qui formaient une force d’interposition entre les États pontificaux et l’Italie depuis 1864. Le 12 septembre, les troupes italiennes envahirent les États pontificaux. Le 20, le Pape ordonna la reddition de ses troupes.

Quelques unités de zouaves canadiens continuèrent le combat un certain temps après avoir reçu l’ordre de déposer les armes. Ils furent arrêtés et forcés de défiler à travers les rues avant que l'ambassade britannique puisse obtenir leur libération et leur renvoi au Canada.

Malgré cette fin plutôt piteuse, un détachement de 212 zouaves reçut un accueil triomphal à Montréal, le 9 novembre. Certains ne revinrent pas : l’un se fit moine, deux s’engagèrent dans l’armée française et 9 étaient morts de maladie. Aucun zouave canadien ne fut tué au combat malgré quelques blessés légers.

La défaite militaire se transforma néanmoins en un triomphe pour le clergé catholique au Canada et s’inscrit dans le processus de monopolisation du nationalisme canadien-français par l’idéologie cléricale-conservatrice qui devait dominer la province de Québec pour près d’un siècle.

Une nouvelle ville, Piopolis (en l’honneur de Pie IX), fut fondée dans les Cantons de l’Est afin d’établir les anciens zouaves. En 1899, l’ancien aumônier du bataillon présida à la fondation d’une Association des zouaves du Québec, groupe paramilitaire arborant uniformes et armes de 1868. Chaque ville du Québec eut bientôt son association locale et, dès 1914, la fête de la Saint-Jean-Baptiste et toutes les célébrations catholiques et nationalistes, furent accompagnées d’un bataillon de zouaves avec uniformes et armes de 1868, fournissant à la fois la fanfare et le service de sécurité.

L’Association commença à décliner avec le nationalisme conservateur dans les années 1960. Il restait suffisamment de zouaves pontificaux au Québec, en 1984, pour former une garde d’honneur pour le Pape Jean-Paul II lors de sa visite à Montréal.

  • Audy, Diane Les zouaves de Québec au XXe siècle, Québec : Presses de l'Université Laval, 2003.
  • Hardy, René et Lodolini, Elio Les zouaves pontificaux canadiens, Ottawa : National Museum of Man, 1976
  • Rouleau, Charles Edmond, 1841-1926 La papauté et les zouaves pontificaux, quelques pages d'histoire, Québec : Le Soleil, 1905 (Lire en ligne)
  • Rouleau, Charles Edmond, 1841-1926 Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX, Québec : L.J. Demers, 1881 (Lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]