Bataille du gué de Jacob (1179)

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Bataille du Gué de Jacob
Ruines de la forteresse croisée
Ruines de la forteresse croisée
Informations générales
Date 1179
Lieu Gué de Jacob (Israël)
Issue Victoire Ayyoubides
Belligérants
Royaume de Jérusalem Ayyoubides
Commandants
Baudouin IV de Jérusalem Saladin
Dolderim al-Yaruki
Nur ad-Din Ortoki[1]
Forces en présence
environ 1 500 hommes
Pertes
800 morts
700 blessés
Batailles
Nicée - Dorylée - Antioche - Jérusalem - Ascalon - Tripoli - Ramla - Harran - Dyrrachium - Sidon - Champ du Sang - Ba'rin (en) - Édesse - Bosra (en) - Dorylée - Damas - Inab - Aintab (en) - Ascalon - Lac Huleh (en) - Al-Buqaia (en) - Harim - Montgisard - Marj Ayoun - Gué de Jacob - Belvoir - Al-Fule - Kerak (en) - Cresson (en) - Hattin - Jérusalem - Iconium - Tyr (en) - Saint-Jean-d'Acre - Arsouf - Jaffa (en) - Jérusalem - Damiette - Damiette - Mansourah - Fariskur - Tunis
Coordonnées 33° 00′ 16″ N 35° 37′ 41″ E / 33.004489, 35.627954 ()33° 00′ 16″ Nord 35° 37′ 41″ Est / 33.004489, 35.627954 ()  

Jérusalem a été et est encore considérée par beaucoup comme l'une des villes les plus saintes dans le monde. Pour cette raison, Chrétiens et Musulmans se sont battus pour le contrôle de la ville sainte pendant plusieurs siècles. Vers 1095, les Chrétiens d'Europe ont marché vers la Terre Sainte pour reprendre le contrôle de Jérusalem. En 1099, les Croisés atteignent leur objectif et prennent Jérusalem aux Musulmans. Bien que la ville sainte fut en proie à des troubles après la Première croisade, les Croisés vainquirent toute armée qui s'opposait à eux durant de nombreuses années. Saladin, une des figures plus connues de l'histoire musulmane, a été en mesure de reprendre Jérusalem en 1187, après près d'un siècle sous autorité chrétienne. De nombreux chercheurs pensent que la prise de contrôle par l'Islam de la ville sainte peut être attribuée à la victoire musulmane sur les croisés au Pont des Filles de Jacob en Syrie, bataille du gué de Jacob, qui eut lieu en 1179 entre le sultan musulman Saladin et le roi chrétien Baudouin IV de Jérusalem. Le site est également connu sous le nom latin Vadum Iacob et en hébreu moderne Ateret.

Contexte[modifier | modifier le code]

Participants à la lutte pour le pouvoir en 1179 et les prémices[modifier | modifier le code]

Saladin, l'un des plus célèbres souverains islamiques, était Sultan d'Égypte et, en 1174, sultan de Syrie après la prise de contrôle de Damas[2]. Après avoir pris le pouvoir en Syrie, Saladin promet d'établir un empire islamique autour de Jérusalem. Naturellement, le but était de reprendre la ville sainte aux Croisés, pas important vers une fin du Jihad. Toutefois, un tel plan prendrait la Terre Sainte sans conflit militaire majeur. Baudouin IV prit le contrôle du Royaume de Jérusalem à l'âge de treize ans, après la mort de son père Amaury Ier en 1174, année d'arrivée au pouvoir de Saladin. Baudouin était un farouche partisan du christianisme et, par conséquent, le plus gros problème à surmonter pour Saladin. Bien que Baudouin ait été un chef riche et puissant, il fut frappé par la lèpre à un très jeune âge. Après près de trois ans sur le trône de Jérusalem, Baudouin fut confronté à son premier défi militaire. Saladin envahit le royaume chrétien vers 1177 mettant en déroute les Croisés. Alors que Saladin était près de vingt ans plus âgé et plus expérimenté que Baudouin, le jeune monarque chrétien put surmonter des situations stressantes. Baudouin et ses Croisés rusèrent face aux Musulmans au Montgisard le 25 novembre 1177[3]. Comme un auteur de la croisade l'écrivit à propos du Montgisard, « il s'agissait d'une réalisation remarquable – la seule défaite en bataille rangée que Saladin eut subi avant l'arrivée de Richard Cœur de lion et la troisième croisade[4].» À la fin de la bataille, Saladin fut contraint de fuir en Égypte après avoir échappé de peu à la mort. Alors que la victoire entraîna d'importantes pertes pour les armées de Baudouin, son image à travers le Royaume gagna en force. En fait, certains Chrétiens au Proche-Orient en étaient même venus à croire que "le « miracle » de sa victoire [au Montgisard] apparaî[ssai]t comme un signe d'autorité divine[4]."

Le Fort de Jacob et le château du Chastellet[modifier | modifier le code]

Le Gué de Jacob se trouve à une centaine de miles au nord de Jérusalem, sur le Jourdain, passage stratégique pour sa traversée, principale voie menant à Acre (Israël) et Damas[5]. Le Gué Jacob était également l'un des passages les plus sûrs pour traverser le Jourdain et, en raison de son emplacement et de son importance, était utilisé par les Chrétiens de Palestine et les musulmans de Syrie, carrefour majeur entre les deux civilisations. Au XIIè siècle, Baudouin et Saladin contestaient continuellement le territoire sur lequel se situait le Gué de Jacob. Comme une initiative stratégique audacieuse et à la suite de sa victoire au Montgisard, Baudouin décida de faire marche vers le Gué de Jacob et de construire une forteresse défensive sur son territoire. Le roi et ses Croisés émirent l'hypothèse qu'une telle fortification pourrait protéger Jérusalem d'une invasion du nord et mettrait sous pression le bastion de Saladin à Damas. Entre octobre 1178 et avril 1179, Baudouin entreprit les premières étapes de la construction de sa nouvelle ligne de défense, une fortification appelée Chastellet, au Gué de Jacob. Alors que la construction était en cours, Saladin devint pleinement conscient de la tâche qu'il aurait à surmonter au Gué de Jacob s'il devait protéger la Syrie et conquérir Jérusalem. Il était alors incapable d'arrêter la construction du Chastellet par la force militaire parce qu'une grande partie de ses troupes était postée au nord de la Syrie, réprimant les rébellions musulmanes. Comme l'écrivit un auteur, « Saladin a toujours pris soin de se représenter lui-même comme le champion de l'Islam contre les intrus européens, bien qu'en fait il ait passé une grande partie, sinon plus, de sa carrière impliqué dans une guerre contre… d'autres Musulmans[6].» Par conséquent, le sultan se tourna vers la corruption et offrit à Baudouin 60 000 dinars pour en interrompre la construction. Baudouin refusa, mais Saladin fit une contre-offre de 100 000 dinars[7].Le roi chrétien refusa de nouveau et continua à construire le Chastellet. À l'été 1179, les forces de Baudouin avaient construit un mur de pierre aux proportions massives. « Le château disposait désormais d'un formidable mur de dix mètres de haut – ce qu'un arabe contemporain décrivit plus tard comme « un rempart inexpugnable de pierre et de fer » – et un seul tour, mais il était encore en travaux[8]».

Plans et tactiques[modifier | modifier le code]

Après que Baudouin eut refusé les deux pots de vin, Saladin se détourna des soulèvements dans le nord de la Syrie et se concentra sur le Gué de Jacob et le Chastellet. Il savait pertinemment que tout nouveau marché ou négociation serait vain et que plus il attendrait et plus Baudouin pourrait terminer son imposante fortification. En 1179, quelques mois seulement après le début de la construction du Chastellet, Saladin convoqua une grande armée musulmane pour marcher au sud-est en direction du Gué de Jacob. Le plan était simple : faire le siège du château et de ses habitants avant que des renforts de Jérusalem ou de l'un des territoires voisins n'arrivent. Baudouin, en revanche, était situé à Tibériade, une province située sur le Lac de Tibériade, à environ une demi journée de marche du Gué de Jacob. Si une attaque devait advenir sur son projet, les renforts pourraient arriver assez rapidement. En outre, la fortification au Gué de Jacob, du moins ce qui avait été achevé, était relativement solide et était susceptible de tenir jusqu'à ce que les secours arrivent en cas de siège. Comme un auteur des croisades le soutient et le demande avec curiosité, « le siège était effectivement une course – les Musulmans pouvaient-ils venir à bout des défenses de la forteresse avant que les forces latines n'arrivent [8]?

La bataille[modifier | modifier le code]

Le 23 août 1179, Saladin arrive au Gué de Jacob et ordonne à ses troupes de tirer des flèches sur le château, initiant ainsi le siège de celui-ci. Alors que les archers distrayaient les hommes à l'intérieur de la fortification, les mineurs creusaient un tunnel, afin d'ouvrir une brèche dans les murs de pierre et de fer, à l'angle nord-est du Chastellet. Une fois le tunnel creusé, les forces de Saladin placèrent de gros morceaux de bois dans le tunnel et y mirent le feu. Ce procédé, appelé sape, était une méthode où les piliers de soutènement des tunnels sont brûlés, fragilisant les fondations, obligeant les murs à s'effondrer sous leur propre poids[9]. Pour Saladin et ses troupes, la sape échoua d'abord, les tunnels n'étant pas assez larges. Aussi, les troupes furent forcées d'éteindre le feu avec des seaux d'eau et furent payées une pièce d'or par seau pour le faire[9]. Une fois l'incendie éteint, et les tunnels élargis, les mineurs reçurent l'ordre de rallumer le feu. Au même moment, Baudouin, ayant appris cette attaque, demanda des renforts de Jérusalem. Toutefois, les communications entre Baudouin et le Chastellet étaient lentes et, à cette époque, le siège durait depuis plusieurs jours.

Les forces de Baudouin à l'intérieur du château commencèrent à renforcer les portes principales entourant le château. Peu de temps après, les musulmans rallumèrent le feu dans le tunnel sous le château et les murs s'effondrèrent. Ainsi, les tentatives des Croisés pour refortifier le château furent vaines et, environ six jours après le début du siège, Saladin et ses troupes entrèrent dans le Chastellet. Le 30 août 1179, les envahisseurs musulmans avaient pillé le château au Gué de Jacob et tué la plupart de ses résidents. Le même jour, moins d'une semaine après que les renforts eurent été appelés, Baudouin avec le soutien de son armée partit de Tibériade, pour seulement découvrir la fumée couvrant l'horizon au-dessus du Chastellet. De toute évidence, il était trop tard pour sauver les 700 chevaliers du Temple, architectes et ouvriers du bâtiment qui avaient été tués et les 800 autres qui avaient été faits prisonniers[9]. Baudouin et ses renforts retournèrent en direction de Tibériade et Saladin ordonna la démolition des restes de fortification.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Saladin revendiqua une victoire militaire au Chastellet, alors que ses troupes ont été victimes d'un autre ennemi. Immédiatement après le siège, les 700 Croisés tués au Gué de Jacob furent jetés dans le puits qui alimentait en eau le Chastellet. En raison de la chaleur d'août, les cadavres dans la fosse commencèrent à se décomposer et, ensuite, une épidémie fit subir au corps d'officiers de Saladin d'importantes pertes ; par ailleurs, dix officiers supérieurs de Saladin moururent de cette épidémie[10],[11].

Toutefois, ce revers n'a pas diminué les prouesses militaires de Saladin. En 1180, Saladin et Baudouin ont signé une trêve[12]. Puis, sept ans après que la paix eut été instaurée entre les Musulmans et les Croisés, Saladin s'empara de Jérusalem aux dépens des Chrétiens après la Bataille de Hattin en 1187[13]. Comme le suggèrent certains spécialistes, après la conquête réussie de Saladin au Gué de Jacob en 1179, Jérusalem fut extrêmement vulnérable parce que "l'entrée dans le Royaume via la traversée du fleuve Jourdain immédiatement au sud du lac de Tibériade… fut utilisée par Saladin en 1182, 1184 et 1187, car pratiquement sans défense. »[14]. Saladin demeurait militairement et politiquement couronné de succès au Proche-Orient après la prise de Jérusalem jusqu'à une rencontre militaire avec Richard Cœur de Lion, après quoi il fut contraint de faire la paix en 1192. Il mourut l'année suivante. En revanche, Baudouin IV n'a pas réussi à réaliser un quelconque retour. La lèpre ôta la vie au jeune roi et il mourut à l'âge de vingt-trois ans en 1185, l'empêchant de se racheter face aux Croisés de l'échec au Gué de Jacob[15].

Importance archéologique[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la plupart des informations connues des historiens et des spécialistes de la bataille du Gué de Jacob découlent des vestiges archéologiques découverts sur le site.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.scribd.com/doc/71091453/The-Life-of-Saladin-Behaudin-Tekstualno
  2. Antony Bridge. The Crusades. (New York: Franklin Watts, 1982), 186.
  3. Thomas Madden, ed., Crusades: An Illustrated History. (University of Michigan Press, Ann Arbor, 2004), 72.
  4. a et b Thomas Asbridge. "The Crusaders’ Lost Fort: Battle at Jacob’s Ford." Available from http://www.bbc.co.uk/history/programmes/timewatch/article_crusader_01.shtml; Internet; (accessed 17 February 2008).
  5. Alan V. Murray, ed., “Jacob’s Ford.” in The Crusades: An Encyclopedia, 2006 ed., 649.
  6. Madden, Crusades, 70.
  7. Asbridge, “The Crusaders.’” Murray, “Jacob’s,” 649
  8. a et b Asbridge, “Crusaders.’”
  9. a, b et c David B. Green. "A Plum Conquest Gone Bad." The Jerusalem Report (1998): 40. [database on-line] Available from LexisNexis(accessed 17 February 2008).
  10. France 5. La déroute des Templiers, 18 décembre 2011, 22h10
  11. Green, “A Plum.”
  12. Bridge, The Crusades, 189
  13. John L. Esposito, ed., “Saladin.” In The Islamic World: Past and Present. Available from Oxford Islamic Studies Online, http://www.oxfordislamicstudies.com/article/opr/t243/e293?_hi=1&_pos=1 (accessed 17 February 2008).
  14. R.C. Smail, “Crusaders’ Castles of the Twelfth Century,” Cambridge Historical Journal 10, no. 2 (1951): 138.
  15. Bridge, The Crusades, 197.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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