Bataille du Saint-Laurent

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Bataille du Saint-Laurent
Bataille du Saint-Laurent1.jpg
Informations générales
Date De mai 1942 à novembre 1944
Lieu Golfe du Saint-Laurent
Issue Victoire alliée
Belligérants
Drapeau du Canada Canada
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Bataille de l'Atlantique

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La bataille du Saint-Laurent (ou bataille du golfe du Saint-Laurent) est un épisode de la bataille de l'Atlantique qui opposa, de 1942 à 1944, les sous-marins (U-Boots) allemands de l'amiral Karl Dönitz à la Marine royale canadienne et à ses alliés dans le fleuve et le golfe Saint-Laurent. Ce fut la première fois depuis 1812 que des navires ennemis pénétrèrent dans les eaux intérieures du Canada pour tuer[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Bataille de l'Atlantique (1939-1945).
U-Boot de la Seconde guerre mondiale

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les forces sous-marines allemandes sous le commandement du grand-amiral Karl Dönitz attaquèrent les convois alliés qui, depuis l'Amérique du Nord, ravitaillaient la Grande-Bretagne. C'est ce qui fut appelé la « bataille de l'Atlantique ». D'un point de vue stratégique, les Allemands avaient décidé qu'il était plus profitable de perturber la circulation maritime au niveau du Saint-Laurent, par où transitait plus de marchandises qu'à partir de l'ensemble de tous les ports de la côte est du Canada. En effet, en 1939, le port de Montréal exportait davantage que tous les autres ports de la côte est canadienne réunis[1]. En bloquant cet accès commercial, les Allemands fermaient la voie à 25 % du transport de marchandises dont dépendaient les Alliés pour l'invasion de l'Europe[1].

De plus, le golfe du Saint-Laurent ne possède que deux voies de sortie :

Préparatifs défensifs[modifier | modifier le code]

En 1940, les autorités canadiennes décidèrent, face à la menace d'une invasion de la Grande-Bretagne par la Wehrmacht, de transformer le petit port de Gaspé (Québec) en base navale pour accueillir les navires de la Marine royale. Dans un discours tenu en mars 1942, le premier-ministre William Lyon Mackenzie King annonçait déjà ses craintes de la venue de sous-marins U-boot allemands dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent et ajouta à la tâche de la marine canadienne d'escorter les convois dans l'Atlantique celle de protéger les convois le long des côtes canadiennes[2]. La base de Gaspé s'appelait le NCSM Fort Ramsey et fut inaugurée le 1er mai 1942. Elle ne possédait qu'un seul navire, l'arraisonneur NCSM Venning de 18 mètres. De plus, des installations d'observation côtière furent réparties sur les côtes de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord. Un aérodrome militaire d'entraînement fut aussi aménagé à Mont-Joli (Québec).

Été-automne 1942[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 11 au 12 mai 1942 à 15 kilomètres au nord de Pointe-à-la-Frégate (Cloridorme), le U-Boot U-553 affecté à l'opération allemande Drumbeat sous le commandement du capitaine Karl Thurmann attaque et coule le Nicoya, un navire marchand britannique qui transportait du ravitaillement à partir de Montréal, entraînant dans la mort six membres d'équipage[1]. Le lendemain, au large de Rivière-de-la-Madeleine, il envoya par le fond un navire hollandais affrété par le ministère du Transport de guerre britannique, le Leto, tuant dix marins[1].

Dans les jours qui suivirent ces attaques, l'Aviation Royale du Canada (ARC) envoya des renforts à Mont-Joli et déplaça le 117e Escadron (bombardement et reconnaissance), équipé de Canso et de Catalina, à North Sidney (Nouvelle-Écosse). Un détachement fut installé à Gaspé.

Un Curtiss Kittyhawk de la RCAF identique à celui que pilotait Jacques Chevrier lorsqu'il disparut

Le 6 juillet, le convoi QS-15 (Québec-Sidney) est attaqué par l'U-132 du capitaine Ernst Vogelsang et voit trois de ses douze navires coulés en moins de trente minutes. Deux sont des navires britanniques (le Dinaric et le Hainaut) et l'autre est grec (l'Anastassios Pateras)[1]. Le sous-marin fut chassé par le navire d'escorte, le dragueur de mines de classe Bangor, NCSM Drummondville mené par le lieutenant J.P. Fraser qui lança une série d'attaques à la grenade sous-marine. Quatre chasseurs Curtiss Kittyhawk du 130e Escadron basé à Mont-Joli se lancèrent à la recherche du U-boot. Le commandant d’aviation J.A.J. Chevrier qui dirigeait cette mission n'en revint jamais, son appareil fut porté disparu.

Le capitaine Vogelsang et son U-132 coulèrent le navire britannique Frederika Lensen dont quatre marins marchands trouvèrent la mort le 20 juillet à l'ouest de Pointe-à-la-Frégate[1].

Un Lockheed Hudson du 11e Escadron de Dartmouth en Nouvelle-Écosse.

Le 31 juillet le commandant du 113e Escadron de Yarmouth, le Squadron Leader Norville E. Small, repère le U-754 au sud de Yarmouth en Nouvelle-Écosse à bord de son Lockheed Hudson et l'attaque à la mitrailleuse et à la grenade anti-sous-marine avec une grande précision avant que le sous-marin n'ait pu plonger. Une énorme explosion sous-marine s'ensuit et le sous-marin disparaît alors dans les profondeurs entraînant ses 43 membres d'équipage avec lui[3]. Bien que le naufrage du U-754 se soit déroulé à l'extérieur du golfe du St-Laurent cet évènement mérite d'être mentionné car il s'agit là du premier sous-marin ennemi coulé par un avion du Commandement Aérien de l'Est de la RCAF[4].

Au mois d'août, l'amiral Karl Dönitz déploie trois U-boots dans le détroit de Belle Isle pour attaquer les convois de matériaux pour la construction de la base aérienne américaine de Goose Bay (Labrador) et ceux qui se rendaient de Sydney au Groenland. Il y avait entre autres le U-517 du capitaine Paul Hartwig[5] et le U-165 du capitaine Eberhard Hoffman[1].

Le 27 août, deux convois, le SG-6 (Sydney-Groenland) et le LN-6 (Québec-Goose Bay), entrent dans le détroit de Belle Isle. Le U-517 torpille et coule le transport de troupes américain Chatham[6] qui transportait 562 passagers[1]. Treize hommes perdent la vie malgré les efforts des gardes-côtes américains et de la corvette NCSM Trail sous les ordres du lieutenant G.S. Hall. Le lendemain, le navire marchand Laramie est torpillé et endommagé par le U-165 tandis que le U-517 coule le bâtiment américain Arlyn avec neuf marins[1]. Ces deux navires faisaient partie du convoi SG-6.

En septembre, une partie du 113e Escadron de Yarmouth (Nouvelle-Écosse), équipé de Hudson, est détaché à Chatham (Nouveau-Brunswick) pour la chasse aux sous-marins.

Le 3 septembre, le laquier[7] Donald Stewart est envoyé par le fond avec trois de ses membres d'équipage. Le NCSM Weyburn, une corvette commandée par le lieutenant Tom Golby, attaqua le U-517, mais sans l'atteindre. Plusieurs heures plus tard, un Digby du 10e Escadron (Gander) piloté par le lieutenant J.H. Sanderson de l'aviation royale du Canada lança ses grenades contre le sous-marin mais sans l'endommager.

Le navire marchand grec Aeas du convoi QS-33 fut coulé le 6 septembre par le U-165. Deux personnes périrent au cours de cette attaque. Dans la nuit qui suivit, le yacht armé NCSM Racoon qui était parti à la poursuite du sous-marin fut atteint et coula avec les trente-sept marins à son bord. Le lendemain, le U-517 attaqua le reste du convoi. Les bâtiments grecs Mount Pindus et Mount Taygetus sombrèrent avec deux pertes de vie pour le premier et cinq pour le second. L'Oaktor, un navire marchand canadien coula ensuite avec trois de ses marins.

Le 9 septembre, la fermeture du St-Laurent au navires transatlantiques est décidée par le gouvernement canadien. Dix-sept corvettes quittent le Saint-Laurent pour l'invasion de l'Afrique du Nord. Seul le transport côtier se poursuit donc. Toujours le 9, le sous-lieutenant R.S. Keetley du 113e Escadron attaque le sous-marin U-165 sans grands dommages pour celui-ci.

L'U-517 envoie par le fond le NCSM Charlottetown, une corvette, le 11 septembre. Il y eut dix victimes, des gens assistaient au naufrage depuis la grève.

la corvette NCSM Charlottetown

Le 15 septembre, le convoi SQ-36, sous escorte du HMS Salisbury de la Royal Navy, fut attaqué par les U-Boots U-165 et U-517. L'U-165 coula le Joannis, alors que l'U-517 envoya par le fond le Saturnus et l' Inger Elisabeth. Le sous-lieutenant R.S. Keetley du 113e Escadron attaqua l'U-517 le lendemain sans réussir à l'atteindre.

Le 21 septembre, le dragueur de mines de classe Bangor NCSM Georgian qui escortait le convoi QS-38, aperçut le U-517 avant que celui-ci n'ait le temps de tirer ses torpilles et se porta à l'attaque, mais le sous-marin put s'enfuir.

Les 24 et 25 septembre, le U-517 subit trois attaques aériennes de la part des appareils du 113e Escadron. Deux de ces attaques ont été dirigées par le lieutenant M.J. Bélanger. Aucune ne parvint à couler le submersible.

Le lieutenant Bélanger mena encore une fois le 113e à l'assaut le 29 septembre contre l'U-517 sans plus de résultats.

Le 9 octobre, le vraquier Carolus coula en emportant onze membres de l'équipage suite à l'attaque du U-69.

Le Waterton du convoi BS-31 fut coulé par le U-106 du capitaine Hermann Rasch le 11 octobre. Le yacht armé NCSM Vison et les appareils du 117e Escadron réussirent à le forcer à faire surface.

Le 14 octobre, le traversier S.S. Caribou, sous le commandement du capitaine Ben Taverner, qui effectuait la liaison entre Sidney et Port-aux-Basques (Terre-Neuve), fut coulé par le U-69. Cent trente-sept passagers et membres de l'équipage trouvèrent la mort dans cette tragédie. Le NCSM Grand-mère, un dragueur Bangor, commandé par le lieutenant James Cuthbert tenta de toucher le sous-marin avec ses grenades mais n'y parvint pas. Puis il se porta au secours des naufragés.

Le 9 novembre, un espion allemand fut débarqué sur la côte près de Gaspé. Le lieutenant von Jarnowski sera arrêté presque aussitôt dans le train entre Gaspé et Québec. Ce sera le dernier événement de la saison 1942 avant que le fleuve ne se couvre de glaces.

Saison 1943[modifier | modifier le code]

La station WFL-26 au Musée canadien de la guerre

En 1943, une station météorologique fut installée par les Allemands sur la côte du Labrador. Il s'agissait de la station de Martin Bay (WFL-26).

Le 6 mai, une tentative d'évasion de prisonniers de guerre par sous-marin (U-262) fut déjouée par les autorités dans le secteur de North Point à l'Île-du-Prince-Édouard.

En juin, l'U-119 mouille des mines à Halifax.

Le 28 septembre, nouvelle tentative ratée d'évasion de prisonniers, cette fois par le U-536 à Pointe de Maisonnette (Nouveau-Brunswick).

Le U-220 mouille des mines à Saint-Jean de Terre-Neuve en octobre.

Automne 1944[modifier | modifier le code]

Corvette NCSM Shawinigan

En 1944, les U-Boots sont équipés de schnorkels et peuvent recharger leurs batteries en plongée périscopique ce qui les rend plus difficiles à repérer.

Le 14 octobre, la frégate NCSM Magog est gravement avariée par le U-1223 près du phare de Pointe-des-Monts sur la Côte-Nord. Le navire pourra rallier Québec par ses propres moyens mais sera néanmoins déclaré perte totale à son arrivée.

Le U-1223 endommagea le céréalier Fort Thompson près de Matane le 2 novembre.

La corvette NCSM Shawinigan coule avec quatre-vingt-onze marins suite à l'attaque du U-1228 le 25 novembre.

Le 24 décembre, le U-806 coule le NCSM Clayoquot, un dragueur de classe Bangor.

1945[modifier | modifier le code]

Le NCSM Esquimalt, coulé par le U-190 en 1945
Le U-190 capturé par la Marine Royale Canadienne

Le U-190 va couler le dernier navire de la Bataille du Saint-Laurent le 16 avril près d'Halifax. Il s'agit du NCSM Esquimalt, un dragueur Bangor. Le U-Boot se rendra à la Marine royale du Canada le 11 mai et il sera intégré à la flotte en juin sous le nom de NCSM U-190. Il sera sabordé en 1947 sur le site du naufrage de l'Esquimalt.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Anciens Combattants Canada, La bataille du golfe du Saint-Laurent, Série du Souvenir, Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2005, (ISBN : 0-662-69036-2)
  2. Chambre des communes, Débats, 25 mars 1942, p. 1689
  3. http://www.cda.forces.gc.ca/cfli/engraph/research/pdf/36.pdf.
  4. Douglas 1986, p. 520.
  5. Le capitaine Paul Hartwig, après la guerre, deviendra vice-amiral de la Marine de la République Fédérale d'Allemagne.
  6. Le Chatham fut le premier navire américain détruit pendant la Seconde Guerre mondiale
  7. navire pouvant remonter les écluses du Saint-Laurent pour rejoindre les Grands lacs

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Documentaire disponible à l'Office National du Film (ONF). La dernière mission: l'histoire du U-190 d'Alain Vézina, Merlin Films et PixMedia (2006)

Liens externes[modifier | modifier le code]