Bataille du Jarama

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Bataille du Jarama
Carte de l'Espagne en novembre 1936.
Carte de l'Espagne en novembre 1936.
Informations générales
Date du 6 au
Lieu Vallée du Jarama, au sud-est de Madrid, Espagne
Issue Victoire républicaine décisive
Belligérants
Flag of Spain (1931 - 1939).svg République espagnole
Flag of the International Brigades.svg Brigades internationales
Bandera del bando nacional 1936-1938.svg Camp nationaliste
Commandants
José Miaja
Sebastián Pozas Perea
Enrique Líster
Valentín González
Robert Merriman
Enrique Varela
García Escámez
Carlos Asensio
Fernando Barrón Ortiz
Forces en présence
env. 30 000 hommes entre 19 000 et 40 000 hommes
40 canons
Pertes
entre 10 000 et 25 000 morts, blessés et prisonniers
dont 2 500 brigadistes
entre 6 000 et 20 000 morts, blessés et prisonniers
Guerre d'Espagne
Coordonnées 40° 13′ 04″ N 3° 30′ 15″ O / 40.2179, -3.50403333 ()40° 13′ 04″ Nord 3° 30′ 15″ Ouest / 40.2179, -3.50403333 ()  

La bataille du Jarama est une des batailles de la guerre d'Espagne et s'est déroulée entre le 6 et le 27 février 1937, dans le contexte du siège de Madrid. L'offensive fut lancée par le camp franquiste, qui essayait de couper les routes principales de communication entre Madrid et l'est du pays (routes de Valence et de Barcelone) afin de compléter son siège[1].

Les nationalistes jetèrent dans la bataille leur meilleures unités, comme les légionnaires et les regulares marocains, qui traversèrent le fleuve Jarama à la hauteur de la ville d'Arganda del Rey : la bataille reçut d'ailleurs son nom à partir de ces premières opérations, qui avaient débuté par la conquête en quatre jours de la zone du Jarama. Mais elles furent arrêtées par les forces républicaines sous le commandement du général José Miaja. La victoire républicaine permit de repousser les nationalistes des environs immédiats de Madrid, et la ligne du front, après sa stabilisation, devint une ligne de tranchées jusqu'à la fin de la guerre.

Contexte[modifier | modifier le code]

Conditions stratégiques[modifier | modifier le code]

Au début de l'hiver 1937, les troupes nationalistes n'avaient toujours pas réussi à s'emparer de Madrid, malgré des tentatives répétées en novembre 1936. C'est le général Mola, qui assurait le commandement des forces nationalistes tout autour de Madrid, qui planifia l'opération. Il décida d'isoler complètement Madrid en achevant le blocus : le projet était donc une opération de grande envergure dans l'est de Madrid, qui devait commencer par la prise de Arganda del Rey, afin de couper les communications avec Valence, puis de poursuivre jusqu'à Alcalá de Henares afin de bloquer la route de Barcelone. Pour cela, les franquistes ambitionnaient pour commencer de s'emparer de la rive gauche du Jarama et des hauteurs qui la contrôlaient, puis, après avoir brisé les positions républicaines, de prendre pied sur la rive droite pour s'emparer des villes de Vaciamadrid et d'Arganda.

Le général Orgaz reçut le commandement du front, avec le général Varela. L'offensive devait coïncider avec une autre, menée par le général Roatta, soutenu par les alliés italiens, dans la région de Guadalajara. Comme les Italiens n'étaient pas prêts, Mola décida de lancer son offensive sans les attendre.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Les forces nationalistes étaient dirigées par l'état-major des généraux José Enrique Varela, Luis Orgaz Yoldi y Ricardo Rada Peral. Les unités étaient composées des IIe, IIIe, IVe et Ve brigades, dirigées par les colonels Carlos Asensio Cabanillas, Francisco García Escámez, Fernando Barrón Ortiz et Eduardo Sáenz de Buruaga. Elles intégraient quelques unités de la Légion, des Regulares, 55 chars Panzer I, de l'artillerie lourde (obusiers de 155 mm), de l'artillerie anti-aérienne, des unités anti-chars et des sapeurs. Il est remarquable qu'une « bandera » de la Légion était composée de volontaires irlandais dirigés par Eon O´Duffy : ils combattirent sur le front entre Ciempozuelos et Titulcia. Son action fut aussi rocambolesque qu'inefficace. Les forces aériennes étaient composée de bombardiers Junkers-52/3m et d'avions de chasse Fiat CR.32 « Chirri » pilotés par des Espagnols et des Italiens.

Les unités républicaines, dispersées au début de l'offensive, se regroupèrent sous le commandement des généraux Sebastián Pozas Perea, José Miaja[2] et du commandant Enrique Líster, formant un groupe de quatre divisions. Les 17e, 18e, 19e, 23e, 24e, 45e et 48e brigades mixtes étaient regroupées en trois groupes de combat d'infanterie, un groupe de réserve et un groupe d'artillerie. L'armée républicaine comptait dans ses rangs des combattants des XIe, XIIe, XIVe et XVe divisions des Brigades internationales, dont les bataillons de volontaires anglophones (Bataillon Britannique et Brigade Abraham Lincoln. Ils combattirent principalement entre le Jarama et Morata de Tajuña. Les forces aériennes comptaient des Polikarpov I-15 « Chato », des Polikarpov I-16 « Mosca », des Polikarpov R-5 SSS « Rasante » et des Tupolev SB-2 « Katiuska ».

Combats[modifier | modifier le code]

Offensive nationaliste[modifier | modifier le code]

Le 11 février, un petit groupe de regulares marocains traversa la rivière sans se faire remarquer et surprit la XIVe brigade internationale républicaine près de pont de chemin de fer de Pindoque à Vaciamadrid, en se glissant au milieu des unités et en coupant la gorge des sentinelles. Plus au sud, Asensio attaqua le village de San Martín de la Vega, où l'artillerie républicaine fut réduite au silence. La cavalerie nationaliste suivit, sous la direction de Barrón, et traversa la rivière à son tour par le pont ; le gros des troupes mené par Varela suivit.

Cependant, les républicains restaient retranchés sur les hauteurs du Pingarrón, sur la rive orientale du Jarama, tenant les nationalistes sous son feu. La brigade de Barrón fut arrêtée par la brigade internationale « Garibaldi », qui stationnait près d'Arganda. La dureté des combats amplifia dans la journée avec le recours aux chars T-26, à l'artillerie, puis aux Junkers de la légion Condor - mais jusqu'au 13 février, c'est l'aviation républicaine qui garda la maîtrise des airs.

Les nationalistes lancèrent alors une large attaque dans la direction de Morata. Les troupes d'Asensio prirent les collines du Pingarrón et prirent d'assaut les hauteurs de Pajares, plus au nord. C'est cette lutte pour le contrôle des hauteurs orientales du Jarama qui occasionna les combats les plus âpres.

Suicide Hill[modifier | modifier le code]

La XIe brigade internationale, composée de volontaires britanniques, yougoslaves, français et belges, défendant les Pajares se retrouva sous le feu de l'artillerie ennemie basée sur les hauteurs du Pingarrón. Le bataillon allemand « Thälmann » infligea de lourdes pertes aux regulares. Mais les Britanniques furent repoussés au sommet d'une colline qu'ils surnommèrent Suicide Hill : avec l'aide des soldats espagnols de Líster, ils tinrent leur position toute la journée, malgré des pertes élevées (375 hommes sur 600 furent tués).

Le 13 février, alors que les Français étaient repoussés du côté des Britanniques, et que les républicains se trouvaient forcés d'abandonner la colline, intervint le "colonel Gal" [3] , qui leur enjoignit de reprendre l'assaut[4]. Voyant que des soldats revenaient, les nationalistes les auraient confondus avec les leurs, ce qui les poussa à abandonner la place aux républicains.

Contre-attaque républicaine[modifier | modifier le code]

Drapeau du 1er bataillon de la brigade Abraham Lincoln

Le 14 février, les républicains lancèrent une contre-attaque avec 50 chars contre les hommes de Barrón, soutenus par l'infanterie, l'artillerie et l'aviation. Ce combat, s'il ne fit pas reculer les nationalistes, les épuisa et stoppa leur avance, au point que la journée fut commémorée comme « el día triste del Jarama » (« la triste journée du Jarama », en écho à la « noche triste » d'Hernán Cortés).

Le 17 février, le général Miaja prit le contrôle du commandement sur l'ensemble du front, alors qu'il avait jusque là dû le partager avec le général Pozas. Mais les attaques inutiles continuèrent, comme celle de Líster, qui attaqua frontalement le Pingarrón et perdit la moitié de ses hommes, ou Juan Modesto qui fut repoussé après avoir essayé d'approcher de la colline de Marañosa. C'est seulement plus au nord, du côté de la route Madrid-Valence, que les franquistes furent vraiment repoussés.

Les combats continuèrent entre le 23 et le 27 février. Le général Gal ordonna une autre tentative sur le Pingarrón, avec les 450 brigadistes américains de la brigade « Abraham Lincoln », sous les ordres de Robert Merriman : les troupes furent taillées en pièces (120 morts et 175 blessés au total dans cette attaque). Les fronts se stabilisèrent là où ils en étaient.

Conséquences[modifier | modifier le code]

À la fin du mois de février, les lignes de front étaient stabilisées. Les deux camps avaient fortifié leur position, de telle manière que tout assaut devenait impossible. Les deux camps en présence entrèrent dans la vie monotone des tranchées infestées de poux, au milieu des oliveraies détrempées et de fusillades aussi occasionnelles que meurtrières.

Les nationalistes et les républicains avaient subi de très fortes pertes, leurs troupes étaient épuisées, à court de munitions et de nourriture. La route de Madrid à Valence resta définitivement hors de portée des nationalistes (sauf au niveau de Rivas, où elle était exposée aux tirs nationalistes : une déviation dut être installée) , malgré tous leurs efforts pour déloger les républicains . La zone perdit donc finalement de son intérêt stratégique.

L'échec du corps expéditionnaire italien à la bataille de Guadalajara mit définitivement fin aux espoirs de Franco d'isoler Madrid.

Chansons de guerre[modifier | modifier le code]

La Jarama Valley[modifier | modifier le code]

Les membres de la Brigade Abraham Lincoln composèrent, à l'occasion de la bataille, une chanson qui aida à forger leur légende, la Jarama Valley ou There's a Valley in Spain Called Jarama. Composée à l'origine en anglais, elle fut également adaptée en espagnol. La chanson connut de très nombreuses versions dont en voici une [1] :

Jarama Valley

« There's a valley in Spain called Jarama
It's a place that we all know so well
It was there that we gave of our manhood
And so many of our brave comrades fell.

We are proud of the Lincoln Battalion[5]
And the fight for Madrid that it made
There we fought like true sons of the people
As part of the Fifteenth Brigade.

Now we're far from that valley of sorrow
But its memory we ne'er will forget
So before we conclude this reunion
Let us stand to our glorious dead. »

La vallée du Jarama

« Il y a en Espagne une vallée appelée Jarama
C'est un endroit que nous connaissons bien.
C'est là que nous avons montré notre virilité
Et où tant de nos courageux camarades sont tombés.

Nous sommes fiers du bataillon Lincoln
Et du combat que nous avons mené pour Madrid.
Là nous avons combattu comme de vrais enfants du peuple
Comme partie de la Quinzième Brigade.

Maintenant nous sommes loin de cette vallée de douleur
Mais sa mémoire jamais nous n'oublierons.
Aussi avant de conclure cette réunion
Levons-nous pour nos morts glorieux. »

Viva la Quince Brigada[modifier | modifier le code]

Sur l'air d'une vieille chanson espagnole, largement reprise durant la Guerre d'Espagne par les combattants républicains, El paso del Ebro, fut composée une chanson à la gloire de la XVe Brigade internationale.

Viva la Quince Brigada

« Viva la Quince Brigada,
rumba la rumba la rumba la.

Que se ha cubierto de gloria,
¡Ay Manuela! ¡Ay Manuela!

Luchamos contra los moros,
rumba la rumba la rumba la.

Mercenarios y fascistas,
¡Ay Manuela! ¡Ay Manuela!

Solo es nuestro deseo,
rumba la rumba la rumba la.

Acabar con el fascismo,
¡Ay Manuela! ¡Ay Manuela!

En el frente de Jarama,
rumba la rumba la rumba la.

No tenemos ni aviones, ni tanques ni cañones.
No tenemos ni aviones, ni tanques ni cañones.

Ya salimos de España,
rumba la rumba la rumba la.

A luchar en otros frentes,
¡Ay Manuela! ¡Ay Manuela! »

Vive la Quinzième Brigade

« Vive la Quinzième Brigade,
rumba la rumba la rumba la.

Qui s'est couverte de gloire,
Ah Manuela ! Ah Manuela !

Nous luttons contre les Maures,
rumba la rumba la rumba la.

Les mercenaires et les fascistes,
Ah Manuela ! Ah Manuela !

Notre seul désir,
rumba la rumba la rumba la.

Est d'en finir avec le fascisme,
Ah Manuela ! Ah Manuela !

Sur le front de Jarama,
rumba la rumba la rumba la.

Nous n'avons ni avions, ni tanks, ni canons.
Nous n'avons ni avions, ni tanks, ni canons.

Puis nous quittons l'Espagne,
rumba la rumba la rumba la.

Pour nous battre sur d'autres fronts,
Ah Manuela ! Ah Manuela ! »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antony Beevor (trad. Jean-François Sené), La Guerre d'Espagne, Paris, Le Livre de Poche,‎ 2008 (ISBN 978-2-253-12092-6).
  • (fr) THOMAS, Hugh, Guerre d'Espagne, Robert Laffont, Paris, 1997 (ISBN 2-221-08559-0)
  • (es) PERMUY LOPEZ, Rafael et MORTERA PEREZ, Artemio, La Batalla del Jarama, Ed. Quirón, Madrid, 2003.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les opérations de la bataille du Jarama sont d'ailleurs parfois incluses dans l'étude de la bataille de Madrid.
  2. Les rivalités entre Pozas Perea et Miaja eurent de fâcheuses répercussions sur le déroulement des opérations.
  3. dont l'identité n'a en fait jamais été clairement établie. Il s'agit sans doute de János Gálicz , dont les ordres ont été jugés suicidaires (voir le § "Controverses" de l'article János Gálicz
  4. Thomas, p. 489.
  5. Ou, selon les différentes versions possibles, Bataillon Britannique ou Bataillon Dimitrov.