Bataille de l'Hydaspe

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Bataille de l'Hydaspe
Charles Le Brun, Alexandre et Porus (1673).
Charles Le Brun, Alexandre et Porus (1673).
Informations générales
Date Juillet 326 av. J.-C.
Lieu Sur les rives de l'Hydaspe
Issue Victoire d'Alexandre
Belligérants
Macédoniens et leurs alliés grecs, perses et indiens Indiens du royaume de Paurava
Commandants
Alexandre le Grand Pôros
Forces en présence
34 000 fantassins[1]
5 000 cavaliers indiens
30 000 fantassins

300éléphants de guerre
60 chars
Pertes
4 300 tués 23 000 tués
Batailles
Bataille du Granique
Siège de Milet
Siège d'Halicarnasse
Bataille d'Issos
Bataille de Gaugamèles
Bataille de l'Hydaspe

La bataille de l'Hydaspe oppose Alexandre le Grand à Pôros (ou Pûru), râja indien du royaume de Paurava, en juillet 326 av. J.-C. sur les rives de l'Hydaspe (ou Hydaspes), la Jhelum moderne, sur le territoire actuel du Pakistan. Les soldats macédoniens sont confrontés pour la première fois à un nombre important d'éléphants de guerre.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Au printemps 327 av. J.-C., Alexandre quitte Bactres à la tête d'une troupe considérable, près de 60 000 hommes, pour moitié des orientaux[2], sans compter la foule des épouses, serviteurs, marchands et esclaves qui accompagnent les soldats. Auparavant en Sogdiane, Alexandre a en effet reçu des émissaires du roi de Taxila qui craint les ambitions de son voisin, Pôros (qui est équipé de 200 éléphants et 60 000 hommes), allié au prince du Cachemire afin, semble-t-il, de soumettre le Pendjab. Cette ambassade explique en partie qu'Alexandre se lance dans une campagne en Inde ; un allié puissant dans la région représente une certaine garantie de succès, et les guerres entre roitelets un excellent prétexte pour pénétrer le monde indien. Il traverse le pays des Paraponisades et passe par Alexandrie du Caucase (actuelle Bagram près de Kaboul). La plus grande partie de l'armée emprunte la passe de Khyber, « vieille route » de l'Inde, tandis qu'une troupe commandée par Alexandre lui-même suit un itinéraire plus au nord. Il charge en effet Héphaistion et Perdiccas de conquérir la rive sud du Côphen (actuelle Kaboul-rud) et de préparer la traversée de l'Indus. Alexandre s'occupe quant à lui de soumettre les vallées septentrionales du Côphen et de ses affluents. Si l'avancée de ses deux généraux est rapide, Alexandre (avec Cratère pour lieutenant) est confronté aux populations montagnardes qui opposent une résistance acharnée autour de leurs places fortes (été 327). Au printemps 326 Alexandre fait sa jonction sur l'Indus avec Héphaistion et Perdiccas, qui ont eu le temps de bâtir un pont entre les deux rives. Une fois le fleuve franchi, Alexandre reçoit la soumission du roi de Taxila. L'armée séjourne un mois dans la cité de Taxila, puis au début de l'été 326, Alexandre lance ses forces contre Pôros et son armée d'éléphants.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Dispositif initial sur les rives de l'Hydaspe.
Attaque combinée de l'infanterie et de la cavalerie macédonienne.

Pôros a rangé son armée sur la rive gauche de l'Hydaspe de façon à repousser toute tentative de franchissement. Le fleuve, gonflé par la fonte des neiges et les premières pluies de mousson, est profond et rapide ; aussi toute armée qui tenterait de le passer se condamnerait à une destruction certaine. Alexandre attend plusieurs jours ; il fait quelques mouvements de diversion le long de la rive et organise une campagne de désinformation, faisant passer, par les paysans locaux, l'information qu'il considère que l'eau est trop haute pour tenter un franchissement, ce qui arrive aux oreilles de Pôros. Durant 28 nuits, alors que les Indiens ont une confiance excessive, Alexandre traverse en personne l'Hydaspe, quelque vingt-cinq kilomètres en amont, avec une troupe d'élite formée d'Hypaspistes et de Compagnons. Averti, Pôros, voyant toujours sur l'autre rive le corps de troupe principal, ne craint pas le danger. Pôros envoie seulement une petite troupe de cavaliers commandée par l'un de ses parents (fils, frère ou neveu) pour s'opposer à Alexandre. Il commet là une erreur car son bataillon est défait et son parent tué.

Lorsque la bataille débute réellement, la cavalerie d'Alexandre est à droite de la ligne de front, tandis que la phalange, commandée par Cratère, a pour ordre de traverser le fleuve au cas où Pôros fait face à Alexandre avec toutes ses troupes. L'armée indienne est rangée avec la cavalerie sur les deux flancs, les éléphants de guerre en avant, et l'infanterie derrière les éléphants. Ces éléphants de guerre offrent une difficulté nouvelle. Alexandre doit en effet revoir sa stratégie habituelle qui consiste à couper les lignes adverses afin de lancer la cavalerie dans l'ouverture ; ce qui a été d'une efficacité redoutable à la Bataille de Gaugamèles. De plus, les éléphants indiens rendent les chevaux macédoniens si nerveux qu'ils refusent de charger de front les pachydermes. Alexandre est donc forcé de modifier sa stratégie. Il envoie donc un groupe de cavaliers contourner les Indiens afin de les attaquer par l'arrière.

Alexandre débute la bataille par une charge de cavalerie sur le flanc gauche des Indiens. Pôros le renforce en y transférant une partie de sa cavalerie de son flanc droit ; ce qui permet à la cavalerie macédonienne envoyée pour contourner l'armée indienne de la prendre par l'arrière, comme Alexandre l'a prévu. La cavalerie indienne peut être détruite, sans forcer la cavalerie macédonienne à approcher les éléphants. Pendant ce temps, les phalangites macédoniens et l'infanterie perse, qui ont traversé le fleuve, s'opposent à la charge des éléphants, qui est arrêtée avec cependant de lourdes pertes parmi les fantassins. Un grand nombre de cornacs des éléphants sont tués et les forces d'Alexandre entourent bientôt l'armée indienne. Après de lourdes pertes, Poros, cerné et gravement blessé, se rend avec les honneurs à Alexandre aux termes de négociations[3]. Justin prétend, au contraire des autres auteurs antiques, qu'Alexandre et Pôros se seraient livré un combat singulier[4]. Mais Lucien de Samosate prétend qu'il s'agit d'une invention d'Aristobule[5]. Cet épisode légendaire a pourtant été repris du vivant d'Alexandre dans le « décadrachme de Pôros ».

Conséquences[modifier | modifier le code]

D'après Charles Le Brun. Pôros, blessé, se rend à Alexandre.

Il est difficile d'estimer les pertes des deux camps, mais les Indiens perdent probablement toute leur cavalerie, beaucoup (peut-être l'essentiel) de leur infanterie, et plus de 100 éléphants de guerre. Alexandre capture plus de 80 éléphants ; sa cavalerie est épargnée mais il perd une partie importante de son infanterie. L'historien Peter Green estime qu'Alexandre a perdu quelque 4 000 hommes, la plupart étant des phalangites qui ont subi le choc du combat contre les éléphants, car les chevaux de la cavalerie macédonienne avaient refusé de s'en approcher. Il convient de noter que ce n'est pas la première fois que les Macédoniens affrontent des éléphants de guerre, on en compte une vingtaine dans l'armée de Darius III à la bataille de Gaugamèles, mais ils n'avaient eu qu'un très faible impact sur la bataille. C'est donc au cours de la bataille de l'Hydaspe que les Macédoniens ont véritablement affronté une charge de pachydermes, la cavalerie s'étant au final montré peu convaincante contre elle et les phalangites ayant subi de lourdes pertes.

En dépit de la défaite de Pôros, Alexandre épargne sa vie et le réinstalle sur son trône car il a besoin d'un facteur de stabilité dans une région aux peuplades turbulentes. Après avoir soumis le Pendjab actuel, l'armée macédonienne s'oppose à Alexandre et refuse de traverser l'Hyphase (fleuve le plus oriental de la vallée de l'Indus). Alexandre meurt quelques années plus tard en 323 av. J.-C. et son empire ne survit pas à la guerre entre les diadoques. Le royaume d'Hydaspe retrouve son indépendance. En commémoration de la bataille, Alexandre fonde deux cités, Alexandrie Nicée (du grec ancien : Νικαία / Nikaia : « victoire ») sur le site de la ville moderne de Jalapur au Pakistan et Alexandrie Bucéphale, probablement sur le site de Bhora, en hommage à son cheval Bucéphale qui meurt pendant, ou peu après, la bataille.

Le « décadrachme de Pôros »[modifier | modifier le code]

Alexandre commémore cette victoire en frappant monnaie à l'effigie de Pôros. Sur ce décadrachme, frappé à Babylone vers 323 av. J.-C., on peut remarquer :

  • au droit : Pôros, juché sur la nuque d'un éléphant, brandit une lance vers Alexandre qui le poursuit à cheval armé lui aussi d'une lance ; derrière Pôros, un cornac attrape la lance d'Alexandre.
  • au revers : Alexandre divinisé est debout de face, avec la tête de profil ; l'étui de son épée dépassant de son dos, il s'appuie de la main gauche sur un long sceptre et tient de la main droite le foudre de Zeus ; il est coiffé de la tiare perse et est couronné par une Niké.

Ce décadrachme conforte donc l'idée selon laquelle Alexandre et Pôros se seraient livrés un combat singulier. Il faut cependant noter que la date et le lieu de frappe de cette monnaie exceptionnelle restent sujet à caution. En effet, la découverte de l'un des plus vastes trésors monétaires de l'Antiquité à Mir Zaka, en Afghanistan, a remis en question l'hypothèse d'une frappe à Babylone. Ce trésor comprenait beaucoup de décadrachmes incitant à replacer l'émission de ceux-ci plus à l'Est. D'ailleurs la qualité assez fruste de la frappe pourrait indiquer la marque d'un atelier itinérant ; il est à noter aussi que certains chercheurs privilégient une frappe posthume, réalisée par l'un des Diadoques, peut-être Séleucos Ier.

Film[modifier | modifier le code]

La bataille de l'Hydaspe est représentée dans le film Alexandre, mais elle se résume à une charge des éléphants de Poros contre les phalanges macédoniennes suivie d'une contre-attaque de la cavalerie d'Alexandre au cours de laquelle il est grièvement blessé lors d'un duel contre Poros.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le montant des effectifs et des pertes des deux armées, à prendre avec précaution, est basé sur un consensus entre les historiens modernes.
  2. Recrutés dès 330, certains de ces épigones orientaux sont équipés à la macédonienne et versés dans les phalanges, les autres forment des bataillons de cavaliers légers.
  3. Sur ces négociations, voir Arrien, Anabase, 5, 18, 6-8.
  4. Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée [détail des éditions] [lire en ligne], 12, 8.
  5. Lucien de Samosate, Comment écrire l'histoire, 12.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Goukowsky :
    • Alexandre et la conquête de l’Orient, dans Le monde grec et l’Orient, II, PUF, 1975, p. 247-333.
    • « Le roi Pôros, son éléphant et quelques autres », Bulletin de Correspondances Helléniques, no 76 (1972), p. 473-502.
  • (en) Peter Green, Alexander to Actium : The Historical Evolution of the Hellenistic Age, University of California Press, 1990 ;
  • (en) N. Sekunda et J. Warry, Alexander the Great : His Armies and Campaigns 334-323 BC, London, 1998.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]