Bataille de l'Artémision

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Bataille de l'Artémision
Lieux de la bataille des Thermopyles et de l'Artémision
Lieux de la bataille des Thermopyles et de l'Artémision
Informations générales
Date août 480
Lieu Cap de l'Artémision
Issue Victoire tactique perse
Belligérants
Empire perse Les cités grecques
Commandants
Ariabignès
Achéménès
Eurybiade
Thémistocle
Adimantos de Corinthe
Forces en présence
1207 navires 271 navires
Pertes
~200 navires ~100 navires
Guerres médiques
Batailles
Ladé · Marathon · Thermopyles · Artémision · Salamine · Platées · Mycale · Eurymédon
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Coordonnées 39° 03′ 10″ N 23° 19′ 04″ E / 39.0527, 23.317839° 03′ 10″ Nord 23° 19′ 04″ Est / 39.0527, 23.3178  

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La bataille de l'Artémision ou du cap Artémision est une série d'actions navales menées dans le cadre de la seconde guerre médique par une coalition de cités grecques opposées à l'empire perse de Xerxès, au large de la côte de l'Eubée. Elle eut lieu simultanément à la bataille des Thermopyles à la fin de l'été 480.

Cette bataille s'inscrit durant la seconde invasion perse (la première s'étant conclue par un échec des Perses à Marathon) lorsque Xerxès ayant rassemblé une immense armée partit à la conquête de la Grèce.

Dans le but de stopper l'invasion, le général athénien Thémistocle décida de contenir l'immense armée perse sur terre au niveau de la passe des Thermopyles et sur mer dans le détroit de l’Artémision (cap Artémision, situé au nord de l’île d’Eubée).

Une force navale alliée grecque de 271 trières fut envoyée dans le détroit attendre l'arrivée de l'armada perse. Après deux journées d'escarmouches entre les deux flottes, la bataille principale qui dura toute une journée fut très indécise. Plusieurs dizaines de navires furent perdus de chaque côté. À l'annonce de la mort de Léonidas et de la défaite des Grecs aux Thermopyles et compte tenu de leurs pertes navales, les alliés grecs décidèrent de se retirer à Salamine.

Les sources[modifier | modifier le code]

Buste d'Hérodote, Musée de l'Agora antique d'Athènes.

La principale source d'information sur les guerres médiques provient de l'historien grec Hérodote. Surnommé le « le père de l'Histoire » par Cicéron, Hérodote est né vers 484 à Halicarnasse en Asie Mineure (alors sous domination perse). Il écrit ses enquêtes (du grec Ἱστορίαι / Historíai donc traduit en français par Histoire.) autour de 440-430, avec pour but entre autres, de retracer les origines des conflits entre Grecs et Perses.

L’historien Diodore de Sicile, écrit au Ier siècle av. J.-C., dans sa Bibliothèque historique un compte-rendu des guerres médiques, en partie issus des écrits de Éphore de Cumes. Ce compte rendu est assez cohérent avec les écrits d’ Hérodote [1].

Les guerres médiques sont également décrites par d’autres historiens antiques comme Plutarque et Ctésias. On y trouve des références chez certains dramaturges comme Eschyle. On retrouve aussi de nombreux témoignages archéologiques comme la colonne serpentine.

Le contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres médiques.

Les cités-états grecques d'Athènes et d’Érétrie avaient soutenu la Révolte de l'Ionie contre l'Empire perse de Darius Ier en 499-494 av. J-C. L'empire perse était alors encore relativement jeune, et ses différentes peuplades encore enclines à la révolte[2] . Darius Ier a passé beaucoup de temps à éteindre les révoltes contre son régime. La révolte ionienne menaçait donc l'intégrité de son empire, et Darius promit de punir les personnes ainsi que les États étrangers impliqués[3]. Darius a également vu l'occasion d'étendre son empire sur le monde égéen et les cités grecques[4] . Une première expédition avec son gendre Mardonios à sa tête est lancée, en 492. La Thrace est reconquise et le Royaume de Macédoine devient un royaume client de la Perse[5].

En 491 avant JC, Darius envoya des émissaires dans toutes les cités grecques demander un don de la terre et l'eau en signe de leur soumission[6]. Après avoir eu une démonstration de son pouvoir l'année précédente, la majorité des villes grecques acceptèrent. À Athènes, cependant, les ambassadeurs furent exécutés comme à Sparte où ils furent simplement jetés dans un puits[7].

La réponse de Darius ne se fit pas attendre; il monta une armée amphibie sous le commandement des généraux Datis et Artapherne en 490 qui attaqua Naxos, avant de recevoir la soumission des autres îles des Cyclades. Ensuite l’armée assiégea et détruisit Érétrie[8], avant de débarquer dans la baie de Marathon, où elle fut accueillie par une armée athénienne. Au cours de la bataille de Marathon, les Athéniens remportèrent une victoire surprenante, ce qui entraîna le retrait de l'armée perse vers l'Asie[9].

Carte illustrant le monde grec à l'époque de la bataille.

Darius commence alors à lever une nouvelle armée beaucoup plus grande avec laquelle il compte conquérir complètement la Grèce. Mais, en 486, ses sujets égyptiens se révoltent et il doit reporter son expédition contre les Grecs[10]. En 486, Darius meurt et le trône de Perse passe à son fils Xerxès Ier[11]. Xerxès écrase la révolte en Égypte très rapidement[12].

Xerxès recommence les préparatifs de l'invasion de la Grèce. Comme il s'agit d'une invasion à grande échelle, il faut une planification à long terme avec le stockage des biens utiles et l’instauration de la conscription. Xerxès décide de passer par la Thrace et la côte macédonienne avec un corps d'armée terrestre soutenu par une flotte amenant le ravitaillement et chargée d’empêcher les attaques de la flotte grecque sur ses arrières. Un canal qui coupe l'isthme de l'Acté, le canal de Xerxès, est creusé au pied de la péninsule du mont Athos et d’un double pont de bateaux sur l'Hellespont doit permettre un passage plus rapide et moins dangereux pour la grande armée[13]. Ces deux exploits sont d'une exceptionnelle ambition pour l’époque. Au début de l'année 480, les préparatifs sont terminés, et l’armée rassemblée à Sardes par Xerxès, marche vers l'Europe[14].

Les Athéniens se sont également préparés au retour des Perses et en 482, la décision a été prise, sous la direction de l'homme politique athénien Thémistocle, de construire une énorme flotte de trirèmes[15]. Cependant, les Athéniens ne sont pas assez nombreux pour combattre seuls sur terre et sur mer; les cités-états se réunissent à Corinthe à la fin de l'automne 481 et une alliance est formée[13]. Le congrès se réunit à nouveau au printemps 480 et la délégation de Thessalie suggère que les alliés se rassemblent dans l'étroite vallée de Tempé, aux frontières de la Thessalie, pour bloquer l’avancée de Xerxès[16].

Une force de 10 000 hoplites est donc envoyée dans la vallée de Tempe. Cependant, Alexandre Ier de Macédoine prévient les Grecs que la vallée peut être contournée par le biais de la passe de Sarantoporo et que l’armée de Xerxès, écrasante, a traversé l’Hellespont[17]. Thémistocle propose donc une seconde stratégie aux alliés. Pour bloquer la route vers le sud de la Grèce (Béotie, Attique et Péloponnèse) à Xerxès, il faudrait l’arrêter aux Thermopyles. La configuration du site permettrait plus facilement aux hoplites grecs de contenir l’immense armée perse. En outre, pour prévenir d’un contournement par la mer les Athéniens et les marines alliées devraient bloquer le détroit de l’Artémision. Cette double stratégie est adoptée par le congrès[18].

Prélude à la bataille[modifier | modifier le code]

Vers la fin juillet, début août, lorsqu’il fut appris que la flotte perse avançait le long de la côte du mont Olympe, la flotte alliée fit voile vers le nord en direction du cap de l’Artémision[19]. Une fois sur place les Grecs échouèrent leurs navires de manière à pouvoir les remettre à l’eau rapidement[20]. De là, ils envoyèrent trois bateaux vers l’île de Skiathos afin de les alerter à l’approche de la flotte perse[21].

Deux semaines passèrent sans que la flotte perse ne soit en vue. Et finalement dix trirèmes de Sidon arrivèrent au large de Skiathos et la flotte des alliés grecs fut avertie par un feu allumé sur l’ile. Cependant, les navires de patrouille alliés furent pris au dépourvu, et deux furent capturés, tandis qu'un s’échoua[22]. Selon Hérodote, dans la confusion, les Grecs ne surent pas si la balise annonçait l’arrivée de l’ensemble de la flotte perse ou d’un simple détachement. Par précaution l’ensemble de la flotte alliée s’engagea dans le détroit de l’Artémision. Une fois devenu clair que la flotte perse n’arriverait pas ce jour, les Grecs décidèrent de naviguer vers Chalcis à mi-chemin sur la côte est de l’Eubée, laissant des hommes (héméroscopes) sur les hauteurs pour avertir de l’arrivée effective des bateaux perses[23].

Les historiens pensent que les Grecs ont mal interprété les mouvements perses et qu’ils en sont venus à la conclusion erronée que les Perses naviguaient vers l'est autour de Skiathos, et se dirigeaient vers la côte orientale de l’Eubée[24]. Effectivement, les signaux envoyés par les balises devaient être très simplistes et potentiellement interprétés à tort ; de même les hommes chargés d’envoyer les signaux ont pu mal estimer la direction de la flotte perse[24]. Et si les navires perses avaient contourné l’Eubée par sa côte est, ils auraient pu couper la ligne de retraite de la flotte grecque et avoir un accès direct sur l’Attique[24]. En outre, les Perses avaient largement assez de navires pour mener de front une attaque sur le détroit de l’Artémision et effectuer un contournement de l’Eubée[20]. Le retrait des Grecs sur Chalcis était donc de leur point de vue l’occasion de pouvoir s’échapper du détroit pour éviter le contournement perse mais leur laissait la possibilité de revenir à l’Artémision si ce contournement n’avait pas lieu[24].

Une dizaine de jours plus tard, l'armée perse est arrivée aux Thermopyles, et les Alliés à Chalcis ont été informés par le navire du capitaine Abronchius, qui avait été désigné pour assurer la liaison entre l'armée et la flotte[20]. Toutefois, il n'y avait toujours pas de signe de la flotte perse. Le lendemain, la flotte perse approche finalement de l’Artémision, en passant entre la côte de Magnésie et Skiathos, quand une tempête (hellespontias) éclata, entraînant la flotte perse vers la côte rocheuse[25]. La tempête a duré deux jours et détruit environ un tiers des navires perses[26],[27].

Au lendemain de la fin de la tempête, la flotte alliée se dirigea vers l’Artémision afin de protéger le flanc de l’armée aux Thermopyles [28]. Le jour suivant (le cinquième depuis l’arrivée des perses aux Thermopyles), les perses commencèrent leurs offensives sur la passe des Thermopyles et la flotte perse arriva finalement par le détroit formé entre la Magnésie et l’île de Skiathos et commença à mouiller sur la côte au niveau des Aphètes en face de l’Artemision[29]. Selon Hérodote, les Grecs capturèrent à ce moment une quinzaine de bateaux perses[30], mais malgré cela et la tempête précédente, le rapport des forces était encore de trois contre un en faveur des Perses[26]. En conséquence, les alliés envisagèrent de se retirer complètement[31]. Les Eubéens, demandèrent en vain à Eurybiade d'attendre qu'ils aient mis en lieu sûr leurs familles. Ils allèrent donc demander à Thémistocle, moyennant le somme de trente talents, de mener le combat contre les Perses ici même. Avec cette somme Thémistocle put corrompre l’amiral spartiate Eurybiade et l’amiral Adimantos de Corinthe afin de les faire rester[32].

Plus tard ce jour-là, un déserteur de la flotte perse, un Grec appelé Scyllias, nagea vers le camp des Alliés[33]. Il apporta de mauvaises nouvelles aux Grecs - alors que la plupart de la flotte perse était en cours de réparation, les Perses avaient détaché 200 navires pour contourner la côte extérieure de l'Eubée, afin de bloquer la voie d'évacuation de la flotte alliée. Les Perses ne voulaient pas attaquer de suite les Grecs, car ils pensaient les voir fuir ; ils ont donc cherché à les piéger pour être sûrs de pouvoir détruire entièrement leur flotte[34]. Les Alliés se résolurent à aller à la rencontre de ce détachement, pour éviter d'être pris au piège, mais attendant la nuit pour ne pas éveiller les soupçons perses[35].

Les alliés virent là une occasion pour détruire une partie de la flotte perse isolée[26],[36]. Hérodote n’est pas clair sur l’endroit où les Grecs comptaient attaquer ce détachement. Une des possibilités est que le détachement grec comptait descendre le détroit de l’Eubée en espérant que les autres bateaux alliés qui patrouillaient le long de la côte attique suivent les Perses lors de leur passage au sud du détroit d’Eubée afin de les prendre en tenaille[26]. Par ailleurs, les Grecs avaient sans doute prévu de prendre en embuscade le détachement perse lors de son passage par les Aphètes[36]. Mais de toute façon, les Grecs décidèrent de tester les Perses afin de mieux apprécier leur capacité à la manœuvre et leurs tactiques[35] ; cela en fin de journée pour éviter d’être entraînés dans un engagement à grande échelle[36],[26]. Ces décisions ont finalement conduit au début de la bataille[26].


La chronologie des événements est assez obscure et cette estimation a pu être effectuée avec les travaux de Tom Holland et de J.F. Lazenby. (Voir bibliographie)

Jour Événements
-15 L'armée perse quitte Therma en Macédoine.
-13 La flotte de reconnaissance perse arrive à Skiathos. Les Grecs se retirent à Chalcis.
-4 L'armée perse arrive aux Thermopyles. La flotte perse quitte Therma.
-3 Premier jour de la tempête.
-2 Second jour de la tempête.
-1 Fin de la tempête. Les grecs retournent à l'Artémision.
1 Premier jour de l'attaque perse aux Thermopyles. La flotte perse arrive à l'Artémision. Un détachement perse est envoyé contourner l'Eubée. Premier engagement de la bataille de l'Artémision.
2 Deuxième jour de ces deux batailles.
3 Troisième jour de ces deux batailles.

Situation[modifier | modifier le code]

Flotte perse[modifier | modifier le code]

Hérodote donne une description détaillée de la flotte perse réunis à Doriskos (Voir tableau)[37] . Cependant elle subit de fortes pertes au large de la Magnésie lorsqu’elle fut touchée par une tempête et on peut décompter environ 800 trirèmes présentes au large de l'Artémision.

Région Nombre de navires Région Nombre de navires Région Nombre de navires
Phénicie et Syrie 300 Égypte 200 Chypre 150
Cilicie 100 Ionie 100 Hellespont 100
Carie 70 Éolide 60 Lycie 50
Pamphylie 30 Doriens d'Anatolie 30 Cyclades 17
Total 1207


Certains chercheurs modernes ont accepté ces chiffres, d'autant plus que les sources antiques sont exceptionnellement cohérentes sur ce point[38],[39],[40] . D'autres auteurs rejettent ce nombre de 1 207 (vu plutôt comme une référence à la flotte grecque dans l'Iliade et acceptent un chiffre entre 600 à 700 vaisseaux de guerre perses[41],[42],[40],[43].

Flotte grecque[modifier | modifier le code]

Hérodote nous donne la flotte grecque présente à l'Artémision[44]. Les chiffres entre parenthèses correspondent à des navires légers (pentécontères). Tous les autres navires sont des trirèmes. Les Athéniens voulaient le commandement de la flotte, mais les alliés s'y étant opposés, les Athéniens se résolurent dans l'intérêt général à laisser le commandement à Eurybiade de Sparte[45].

Cité Nombre de navires Cité Nombre de navires Cité Nombre de navires
Athènes 127 Corinthe 40 Égine 18
Chalcis 20 Mégare 20 Sicyone 12
Sparte 10 Épidaure 8 Érétrie 7
Trézène 5 Styre (ville d'Eubée) 2 Céos 2 (2)
Locriens Opuntiens (7) Total 271 (9)<

Considérations stratégiques et tactiques[modifier | modifier le code]

Stratégiquement, la mission des Grecs est assez simple : leur flotte doit protéger le flanc est de l’armée de terre aux Thermopyles sans être elle-même débordée [36],[46]. Pour les Perses aussi la situation stratégique est assez simple, mais ils possèdent plus d’options. Les Grecs ne peuvent céder ni aux Thermopyles ni à l’Artémision, alors que les Perses peuvent se contenter de ne déborder qu’une seule de ces positions. Sachant que théoriquement la position la plus facilement débordable est sans doute celle tenue par l’armada grecque (en contournant l’Eubée)[47], la position de la flotte à l’Artémision semble avoir été choisie pour éviter une telle tentative. Si l’étroitesse du détroit avait été le seul facteur important pour les Grecs, ils auraient sans doute trouvé une meilleure position près de la ville de Histiée[47].

Les Perses avaient un avantage tactique double ; ils surpassaient les Grecs en nombre (3 contre 1) et leurs bateaux possédaient une meilleure navigabilité[48]. Cette supériorité des navires perses que mentionne Hérodote est probablement due à la supériorité des équipages perses[49]; la plupart des navires d’Athènes (donc la majorité de la flotte) étaient récents et leurs équipages peu expérimentés [50]. À cette époque, les tactiques du combat naval pouvaient se résumer à l'éperonnage (les trirèmes étaient équipées d’un bélier à la proue) ou à l’abordage [51]. Les Perses et les Grecs d’Asie commencèrent à utiliser une nouvelle manœuvre connue sous le nom de diekplous (« navigation à travers » – voir Trière, section tactique) [51]. Cette manœuvre requérait des matelots bien entraînés et par conséquent, était plus encline à être utilisée par les Perses. Toutefois, les Grecs ont développé des tactiques pour contrer cette manœuvre [51].

Hérodote précise que les navires alliés étaient plus lourds et donc moins maniables[52]. Il était donc encore moins probable que les Grecs utilisent la manœuvre du diekplous[51]. La source de ce poids supplémentaire est incertaine; peut-être un problème de construction ou encore l’équipement lourd des hoplites embarqués. La manœuvrabilité de leurs navires à sans doute conditionné la tactique des Grecs en leur imposant plutôt l’abordage (et donc d’avoir des navires armés de lourds hoplites) pour prendre les navires ennemis[51]. En effet, Hérodote suggère que les Grecs cherchaient à capturer les navires perses plutôt qu’à les faire sombrer[53].

La bataille navale[modifier | modifier le code]

Premier jour de la bataille[modifier | modifier le code]

Croquis d'une reconstruction d'une trière grecque.

Quand les Perses virent la flotte alliée se diriger sur eux, ils décidèrent de saisir l’occasion d’attaquer même si la journée approchait de sa fin car ils pensaient remporter une victoire facile[54]. Ils se jetèrent donc rapidement sur les Grecs, cependant ces derniers avaient mis au point une tactique de défense pour l’occasion. Une formation de défense circulaire avec la proue et les béliers en direction de l’ennemi et l’arrière de leurs navires en direction du centre[53]. Thucydide rapporte que dans la guerre du Péloponnèse, à deux reprises, cette tactique fut utilisée[48]. Cependant, Hérodote n’utilise pas le mot cercle, et Lazenby souligne la difficulté de former un cercle avec 250 navires (dans la guerre du Péloponnèse, il n’était question que de 30 à 40 navires). Sans doute les Grecs ont-ils utilisé une position de défense en forme de croissant[48]. Il semble en tout cas que cette position eu pour but de compenser la supériorité en manœuvre des Perses et l’utilisation du diekplous [48],[53].

Les navires grecs ayant pris cette position à l’aide d’un signal convenu à l’avance, un second signal dirigea un rapide mouvement des navires vers l’extérieur (à partir de leur position semi-circulaire) pour attaquer l’ennemi de front dans un espace étroit[53]. Ainsi, leur supériorité de manœuvre annulée, les Perses perdirent 30 de leurs navires[53]. Durant la bataille, Philaon (le frère de Gorgus roi des Salaminiens), un des commandants les plus respectés dans la flotte perse, fut pris et le capitaine Antidorus de Lemnos fit défection en faveur des Grecs[53]. La nuit tomba et mit fin à l’affrontement. Chacune des deux flottes s’en retourna à son mouillage sans qu’un vainqueur n'en ressortit. Ce qui en considérant la situation des Grecs avant la bataille peut être mis à leur avantage[26].

Au cours de la nuit, un orage éclata en provenance du mont Pélion [55] et empêcha le départ d’un groupe de navires grecs qui devaient intercepter le détachement perse chargé de contourner l’Eubée. Cependant, la tempête toucha également la flotte perse au mouillage aux Aphètes et le détachement perse qui perdit la plupart de ses navires[55].

Deuxième jour[modifier | modifier le code]

Le second jour de la bataille (qui est aussi le second jour de la bataille des Thermopyles), la flotte perse reporta l’affrontement, préférant remettre en état ses navires touchés par deux tempêtes successives[55].

Ce même jour, arriva la nouvelle du naufrage des Perses au large de l’Eubée ainsi qu’un renfort de 53 navires athéniens. Fort de cela, les grecs engagèrent en fin de journée, une patrouille de navires ciliciens et les coulèrent avant de se replier à la tombée de la nuit[56]. Ces navires étaient peut-être des survivants du détachement envoyé autour de l’Eubée ou peut-être étaient-ils partis d’un port isolé[48].

Troisième jour[modifier | modifier le code]

Le troisième jour de la bataille, la flotte perse vexée d’être tenue en échec par un ennemi plus faible était prête à en découdre. Les généraux Perses prirent donc cette fois l’initiative[57]. Ils avancèrent vers la position grecque de l’Artémision en effectuant une manœuvre d’encerclement en disposant leurs navires sur une ligne en forme de croissant[57]. En voyant la flotte ennemie se rapprocher, les Grecs tentèrent de bloquer le détroit du mieux qu’ils pouvaient et allèrent à leur rencontre[26]. La bataille fit rage toute la journée et les alliés eurent du mal à tenir leurs lignes de défense[26] mais la flotte de Xerxès se gêna elle-même dans ses manœuvres du fait de son ampleur. À la nuit venue, les engagements cessèrent ; les deux parties ayant subi des pertes à peu près égales[57]. Toutefois, la flotte grecque, plus petite, ne pouvait se permette de telles pertes[26], près de la moitié des navires athéniens étaient endommagés ou coulés[57].

De retour à l’Artémision, les Grecs ont compris qu’ils ne seraient probablement pas capables de tenir contre les Perses une journée supplémentaire compte tenu de leurs pertes [26]. Ils débattirent donc pour savoir s’ils devaient se retirer de l’Artémision en attendant des nouvelles des Thermopyles[58]. Thémistocle ordonna la politique de la terre brûlée et l’on tua les troupeaux afin qu’ils ne tombent pas aux mains de l’ennemi[59]. Abronychus, arrivé avec le navire de liaison des Thermopyles, apprit alors la nouvelle aux autres Grecs de la chute des Thermopyles et de la mort de Léonidas. Tenir le détroit avait donc perdu toute valeur stratégique et les Grecs décidèrent de l’évacuer sur le champ[60].

Aux lendemains[modifier | modifier le code]

Les Perses furent alertés du retrait des Grecs par un bateau en provenance d’Histiaea (Histiée), mais ne voulurent pas le croire[61]. Ils envoyèrent donc des navires de reconnaissance et purent constater que la totalité de la flotte grecque avait mis les voiles. Les Perses se mirent alors en marche vers Histiaea (Histiée) et saccagèrent la région environnante[61].

La flotte grecque navigua en direction de Salamine et participa à l’évacuation d’Athènes. En cours de route, Thémistocle adressa un message (laissé aux différents points de ravitaillement en eau potable) aux Ioniens, grecs alliés des Perses[62] :


« Ioniens, vous faites une action injuste en portant les armes contre vos pères, et en travaillant à asservir la Grèce. Prenez plutôt notre parti ; ou si vous ne le pouvez, du moins retirez-vous du combat, et engagez les Cariens à suivre votre exemple. Si ni l'un ni l'autre n'est possible, et que le joug de la nécessité vous retienne au service du roi, conduisez-vous du moins mollement dans l’action; n'oubliez pas que nous sommes vos pères, et que vous êtes la cause primitive de la guerre que nous avons aujourd'hui contre les Barbares. »

Hérodote, Histoire, livre VIII, para. 22.


Cette inscription, que purent lire les Ioniens en arrivant le lendemain dans la rade de l'Artémision, avait pour Thémistocle deux finalités. La première était bien sûr d'inciter les Grecs d'Asie Mineure à le rejoindre où pour le moins à ne plus combattre aux côtés de Xerxès. La seconde était de rendre suspects aux yeux des Perses ces mêmes alliés grecs afin de les dissuader de les utiliser à plein dans cette guerre[62].

Au lendemain, la situation est donc assez inquiétante pour les Grecs. Ils doivent fuir devant l’avancée des Perses. Ces derniers envahissent la Béotie (ils pillent et détruisent les deux cités qui avaient refusé de payer le tribut Thespies et Platées), puis l’Attique et Athènes[63] . Les populations se replient vers le Péloponnèse et l'isthme de Corinthe pour se protéger et afin de le défendre en le fortifiant[64]; pendant que la flotte grecque mouille à Salamine sur les conseils de Thémistocle. Car contre l’avis d’Eurybiade, ce dernier veut utiliser la passe étroite de Salamine pour infliger une défaite conséquente aux Perses. Il a retenu les leçons de la bataille de l’Artémision. Les Perses ne devraient pas pouvoir tenter leurs manœuvres d’encerclement effectuées à l’Artémision, à Salamine[65].

Conclusions[modifier | modifier le code]

En soi, la bataille navale de l’Artémision est une bataille indécise à l’importance relative. Les Grecs n’ont pas réussi à défaire la marine perse, ni à l’empêcher de pénétrer plus loin en Grèce[26]. Mais en même temps, la flotte grecque à relativement bien tenu face à une flotte beaucoup plus nombreuse et aguerrie[66],[26].

Néanmoins, dans le contexte élargi des guerres médiques, il s’agit d’une bataille très importante pour les Grecs. Les alliés ont démontré qu’ils pouvaient faire face à la marine perse et même avoir le dessus dans certains engagements[26]. Pour de nombreux marins Grecs, il s’agissait de leur première expérience du combat ; et cette expérience se montrera précieuse lors de leur prochaine bataille à Salamine[67]. En outre, la bataille de l’Artémision a permis aux amiraux Grecs de voir la flotte perse en action et de concevoir des tactiques pour la mettre en échec[67],[68] .

De plus, les événements précédents et au cours de la bataille ont eu pour incidence de réduire considérablement la taille de la flotte perse. Diminuant donc le rapport des forces en faveur des Grecs et augmentant les chances d’une victoire grecque à Salamine[26],[69],[70]. La victoire tactique perse est cependant incontestable.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XI, 28–34
  2. Holland, p. 47-55
  3. Hérodote, V, 105
  4. Holland, 171–178
  5. Hérodote, VI, 44
  6. Holland, p. 178-179
  7. Holland, p. 178-179
  8. Hérodote, VI, 101
  9. Hérodote, VI, 113
  10. Holland, p. 203
  11. Holland, p. 206
  12. Holland, p. 208
  13. a et b Amouretti, Ruzé, p. 133
  14. Hérodote VII, 37
  15. Holland, p. 217, p. 233
  16. Holland, p. 248, p. 249
  17. Hérodote, VII, 173
  18. Holland, p. 255-257
  19. Holland, p. 257–258
  20. a, b et c Holland, p. 264–269
  21. Hérodote, VII, 179
  22. Hérodote, VII, 80-82
  23. Hérodote, VII, 82
  24. a, b, c et d Lazenby, p. 123–125
  25. Hérodote, VII, 188
  26. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Holland, p. 276–281
  27. Hérodote, VII, 190
  28. Hérodote, VII, 192
  29. Hérodote, VII, 193
  30. Hérodote, VII, 194
  31. Hérodote, VIII, 4
  32. Hérodote, VIII, 5-6
  33. Hérodote, VIII, 8
  34. Hérodote, VIII, 6
  35. a et b Hérodote, VIII, 9
  36. a, b, c et d Lazenby, p. 128–130
  37. Hérodote, VII, 89
  38. Köster (1934)
  39. Holland, p. 320
  40. a et b Lazenby, p. 93–94
  41. Green, p. 61
  42. Burn, p. 331
  43. Amouretti & Ruzé, p. 133
  44. Hérodote, VIII, 1
  45. Hérodote, VIII, 3
  46. Holland, p. 255
  47. a et b Lazenby, p. 125
  48. a, b, c, d et e Lazenby, p. 138–140
  49. Lazenby, p. 138
  50. Holland, p. 222–224
  51. a, b, c, d et e Lazenby, p. 34–37
  52. Hérodote, VIII, 60
  53. a, b, c, d, e et f Hérodote, VIII, 11
  54. Hérodote, VIII, 10
  55. a, b et c Hérodote VIII, 12-13
  56. Hérodote, VIII, 14
  57. a, b, c et d Hérodote, VIII, 15-16
  58. Hérodote, VIII, 18
  59. Hérodote, VIII, 19
  60. Hérodote, VIII, 21
  61. a et b Hérodote, VII, 23
  62. a et b Hérodote, VIII, 22
  63. Hérodote, VIII, 50
  64. Hérodote, VIII, 71
  65. Holland, p. 327–334
  66. Holland, p. 294–295
  67. a et b Holland, p. 317
  68. Holland, p. 303
  69. Hérodote, VIII, 13
  70. Lazenby, p. 150

Sources[modifier | modifier le code]

Sources anciennes[modifier | modifier le code]

  • Hérodote, Histoire, trad. du grec en français par Larcher ; avec des notes de Bochard, Wesseling, Scaliger..., Paris, Charpentier, 1850. Disponible en ligne sur ce site Hérodote, Histoire.
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, trad. du grec en anglais disponible sur ce site : Perseus

Sources modernes en anglais[modifier | modifier le code]

  • (en) John Drogo Montagu, Battles of the Greek and Roman Worlds [détail des éditions]
  • Holland, Tom. Persian Fire. Londres, Abacus, 2005 (ISBN 978-0-349-11717-1)
  • Green, Peter. The Greco-Persian Wars. Berkeley: University of California Press, 1970; revised ed., 1996 (hardcover, ISBN 0-520-20573-1); 1998 (paperback, ISBN 0-520-20313-5).
  • Lazenby, JF. The Defence of Greece 490–479 BC. Aris & Phillips Ltd., 1993 (ISBN 0-85668-591-7)
  • Fehling, D. Herodotus and His "Sources": Citation, Invention, and Narrative Art. Translated by J.G. Howie. Leeds: Francis Cairns, 1989.
  • Burn, A.R., "Persia and the Greeks" in The Cambridge History of Iran, Volume 2: The Median and Achaemenid Periods, Ilya Gershevitch, ed. (1985). Cambridge University Press.
  • Köster, A.J. Studien zur Geschichte des Antikes Seewesens. Klio Belheft 32 (1934).
  • (en) Moses Finley, Thucydides – History of the Peloponnesian War (translated by Rex Warner), Penguin,‎ 1972 (ISBN 0140440399), « Introduction »

Sources modernes en français[modifier | modifier le code]

  • Guerres et sociétés, mondes grecs, Ve-IVe siècles, ouvrage collectif, édition Atlande, 2000, ISBN 2-912232-14-7
  • Amouretti M.C., Ruzé F., Le Monde grec antique, Hachette Supérieur, 1990, ISBN 2-01-016010-X
  • Morkot R., Atlas de la Grèce antique - 6500 à 30 av. J.-C., Autrement, 1999, ISBN 2-7028-2283-5

Autres[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]