Bataille de Tunis (1574)

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Bataille de Tunis de 1574
Attaque de la flotte ottomane sur Tunis et La Goulette représentée par Braun et Hogenberg
Attaque de la flotte ottomane sur Tunis et La Goulette représentée par Braun et Hogenberg
Informations générales
Date 15 juillet-3 septembre 1574
Lieu La Goulette et Tunis
Issue Victoire ottomane
Changements territoriaux Conquête de Tunis
Belligérants
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Empire ottoman Flag of Cross of Burgundy.svg Monarchie espagnole
Commandants
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Sinan Pacha
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Uludj Ali
Flag of Cross of Burgundy.svg Comte Gabrio Serbelloni, gouverneur de Tunis
Flag of Cross of Burgundy.svg Don Pedro Porto-Carrero, gouverneur de La Goulette,
Flag of Cross of Burgundy.svg Don Juan Zamoguerra, commandant du fort de Chikly
Forces en présence
40 000[1],[2],[3] à 100 000 selon Cervantes[4] 7 000
Pertes
10 000[3] à 20 000 selon Cervantes[4] 6 700 tués, 300 capturés

La bataille de Tunis est le nom d'une suite de sièges, à Tunis, ayant eu lieu en 1574 entre Ottomans et Espagnols.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Tunis (1535).

En 1574, la Régence de Tunis est encore sous le règne des derniers Hafsides mais il ne s'agit que d'un gouvernement fantoche maintenu par Charles Quint qui a conquis Tunis en 1535. En partant, Charles Quint laisse une importante garnison chargée de faire respecter les clauses du traité qu'il a imposé au gouvernement dont le paiement de tribus annuels et la livraison symbolique de chevaux et de faucons, mais surtout la mainmise sur les terres aux alentours de Tunis et l'attribution de permis de commerce. La réalité du pouvoir reste aux mains du gouverneur espagnol qui livre plusieurs batailles contre les tribus de l'intérieur du pays, révoltées par le traité, et contre les forces de Dragut qui pénètre jusqu'à Kairouan en 1557 et installe une tête de pont pour enclaver Tunis. Une incursion d'Uludj Ali avec la milice turque d'Alger parvient à reprendre Tunis en 1569 et à la garder pendant quatre ans. Mais la garnison de La Goulette résiste jusqu'aux renforts de Don Juan d'Autriche qui reprend Tunis en 1573 avec un corps expéditionnaire de près de 20 000 hommes et saccage la ville pendant près de trois jours.

Préparatifs de la flotte ottomane[modifier | modifier le code]

Troupes ottomanes d'Uludj Ali venant d'Alger et marchant sur Tunis en 1569

L'Empire ottoman décide de mettre un terme à la présence espagnole à Tunis et en Afrique du Nord, d'autant plus que celui-ci est avide de prendre sa revanche sur sa défaite à la bataille de Lépante trois ans auparavant. Bien que la reprise de Tunis soit le vœu de Soliman le Magnifique, c'est son fils, le sultan Sélim II, qui charge les amiraux Sinan Pacha et Uludj Ali de reprendre définitivement Tunis après avoir reconstruit la flotte ottomane en seulement six mois. Uludj Ali rejoint la Régence d'Alger, dont il est fait pacha en 1568, avec un contingent de janissaires ; il est chargé de prendre les forces espagnols en étaux. Plus de 200 galères embarquent d'Istanbul avec plus de 20 000 soldats ottomans, dont la 101e compagnie (orta) de janissaires d'élites et plusieurs pièces d'artillerie.

Bataille de Tunis[modifier | modifier le code]

Le 15 juillet 1574, le contingent ottoman de Sinan Pacha débarque sur les côtes du golfe de Tunis et prend rapidement possession de la forteresse espagnole de La Goulette, avec l'appui de sa puissante artillerie. Le gouverneur espagnol de La Goulette, Dom Pedro Porto-Carrero y est fait prisonnier. Pendant les deux mois d'été, plusieurs escarmouches ont lieu entre les camps ottomans établis sur la côte et espagnols repliés dans les deux forteresses encadrant Tunis. La plus importante à l'est, la nova arx (nouvelle forteresse située entre le lac de Tunis et Bab El Bhar), commandée par le comte Gabrio Serbelloni — officier italien au service du roi d'Espagne, fils d'une Médicis, gouverneur de Tunis depuis 1573 — et l'autre à l'ouest, la Kasbah.

Le petit fort de Chikly, commandé par Don Juan Zamoguerra, tente de retenir en vain les navires turcs qui pénètre par le canal de La Goulette. Après deux assauts meurtriers sur la forteresse de Tunis, le 3 septembre, les armées ottomanes entrent à Tunis, Sinan Pacha en tête.

Bilan du siège[modifier | modifier le code]

Vestiges du fort de la Goulette, dit El Karraka, première cible de l'attaque ottomane

Toutes les sources, tant ottomanes ou tunisiennes qu'occidentales, s'accordent sur le nombre de soldats espagnols présents et sur leurs pertes. Les garnisons des forteresses de La Goulette, de Tunis, de la Kasbah et de Chikly, sont prises : 7 000 soldats espagnols sont massacrés ou exécutés avec 3 000 de leurs alliés chrétiens. Cervantes indique que Sorbelloni est tué à Tunis mais celui-ci se rend à Sinan Pacha avant d'être envoyé à Istanbul. Il n'y aurait eu que 300 prisonniers, en majorité des artilleurs et quelques nobles, dont Porto-Carrero, qui décède plus tard en route vers Istanbul, le capitaine Zamoguerra, envoyé à Alger, ainsi que et le dernier sultan hafside, Abu Abdallah Muhammad El Hafsi envoyé à Istanbul[3]. 225 pièces d'artillerie espagnoles sont prises[3], une centaine sont envoyées en trophée au sultan ottoman.

Par contre, l'évaluation des forces ottomanes est difficile à faire car, en plus du corps expéditionnaire de Sinan Pacha composé de près de 40 000 hommes, l'amiral et pacha d'Alger Uludj Ali arrive à Tunis par l'Algérie, avec ses propres soldats auxquels se joignent des Turcs d'Alger et des contingents auxiliaires de cavalerie tribale. Ces derniers n'ont pas participé au siège du fait de leur inutilité devant les murailles. Cervantes, alors soldat espagnol, retenu pendant le siège par une tempête en Sicile avec les renforts du roi Philippe II d'Espagne, avance le chiffre de 100 000 soldats pour accentuer la disproportion des forces durant le siège.

Sinan Pacha rase définitivement la forteresse de Tunis, devenue dangereuse si une armée d'invasion devait revenir à Tunis, et une partie du fort de La Goulette, fortement endommagé. Toutefois, il répare le fort de la Kasbah, tourné vers l'intérieur des terres, et y installe une importante garnison.

Sélim II est mis au courant de la victoire seulement quelques jours avant son décès en décembre 1574. Malgré la maladie du souverain, la nouvelle est annoncée par une importante salve d'artillerie tirée du Palais de Topkapı.

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régence de Tunis.
Revanche de la défaite de Lépante : Sélim II apprendra la conquête de Tunis quelques jours avant sa mort

La perte de Tunis s'annonce comme le début du déclin de l'Empire des Habsbourg espagnols en Méditerranée. Phillipe II renonce à toute velléité d'établir des colonies en Afrique du Nord et se tourne vers la conquête des Amériques et de l'Océan Indien.

Sinan Pacha, qui est fait grand vizir, fait de la Tunisie un pachalik, une province ottomane placée sous l'autorité du sultan ottoman, représenté sur place par un pacha avec le titre de beylerbey (bey des beys). À Tunis et dans plusieurs autres villes de la province est instauré une milice (jund el tourki) de 4 000 soldats et janissaires placée sous les ordres d'un commandant militaire, l'agha, assisté du diwan, le conseil militaire des officiers turcs qui siège à Tunis.

Les premiers pachas envoyés pour gouverner la régence sont Hayder Pacha, Rajab Pacha et Romdhane Pacha ; leurs mandats ne durent pas plus de deux ans. Mais leurs influences déclinent rapidement face à la montée du pouvoir des deys. En 1591, les soldats ottomans renversent l'agha et le diwan ; ils élisent et imposent Ibrahim Rodesli (Ibrahim de Rhodes), puis Othman Dey comme dey de Tunis pour les représenter ; le régime s'apparente de plus en plus à une aristocratie militaire. La nomination du pacha par le sultan reste néanmoins la garante du rattachement de la Tunisie à l'Empire ottoman jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ibn Abi Dinar, Al Mu’nis fi Akhbar Ifriqya wa Tunis, manuscrit de 1681
  2. Abbé Mignot, Histoire de l'Empire ottoman, éd. Le Clerc, Paris, 1771, p. 216
  3. a, b, c et d Louis Frank, Tunis, description de cette Régence, éd. Firmin-Didot, Paris, 1883, p. 181
  4. a et b María Antonia Garcés, Cervantes in Algiers: A Captive's Tale, éd. Vanderbilt University Press, Nashville, 2002, citant Cervantes qui n'était pas présent à Tunis lors de la conquête en 1574.