Bataille de Tunis (1574)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bataille de Tunis.
Bataille de Tunis de 1574
Attaque de la flotte ottomane sur Tunis et La Goulette représentée par Georg Braun et Frans Hogenberg.
Attaque de la flotte ottomane sur Tunis et La Goulette représentée par Georg Braun et Frans Hogenberg.
Informations générales
Date 15 juillet-3 septembre 1574
Lieu La Goulette et Tunis
Issue Victoire ottomane
Belligérants
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Empire ottoman
Dey Algier Flag.svg Régence d'Alger
Drapeau de l'Espagne Monarchie espagnole
Commandants
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Sinan Pacha
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Uludj Ali
Flag of Cross of Burgundy.svg Comte Gabrio Serbelloni, gouverneur de Tunis
Flag of Cross of Burgundy.svg Don Pedro Porto-Carrero, gouverneur de La Goulette,
Flag of Cross of Burgundy.svg Don Juan Zamoguerra, commandant du fort de Chikly
Forces en présence
40 000[1],[2],[3] à 100 000 selon Cervantes[4] 7 000
Pertes
10 000[3] à 20 000 selon Cervantes[4] 6 700 tués, 300 capturés

La bataille de Tunis de 1574 oppose les troupes du sultan ottoman Sélim II et celles du roi d'Espagne Philippe II. Elle a pour résultat l'éviction des Espagnols de la région de Tunis et l'établissement de la Régence de Tunis, sous tutelle ottomane.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête de Tunis (1535).

En 1574, la dynastie hafside règne encore à Tunis, mais il s'agit d'un gouvernement fantoche, placé sous la tutelle espagnole par Charles Quint lors de son expédition à Tunis en 1535, tutelle garantie par la garnison occupant la forteresse de La Goulette, qui est chargée de faire respecter les clauses du traité imposé au gouvernement de Tunis. La réalité du pouvoir est aux mains du gouverneur espagnol.

Les Espagnols ont eu plusieurs batailles à livrer contre les tribus de l'intérieur du pays, révoltées par le traité, et contre les forces du corsaire Dragut qui, en 1557, pénètrent jusqu'à Kairouan et installent une tête de pont pour enclaver Tunis.

En 1569, Uludj Ali, beylerbey de la Régence d'Alger (sous tutelle ottomane), parvient à prendre Tunis, mais la garnison espagnole de La Goulette résiste jusqu'à l'arrivée en 1573 d'un corps expéditionnaire de près de 20 000 hommes mené par Juan d'Autriche. Celui-ci reprend Tunis, qui est saccagée pendant près de trois jours.

Le sultan Sélim II, qui vient de subir une défaite grave à la bataille de Lépante (1571), veut mettre un terme définitif à la présence espagnole en Afrique du Nord. Il charge le vizir Sinan Pacha et le capitan pacha Uludj Ali de mener à bien une expédition contre Tunis.

Forces ottomanes[modifier | modifier le code]

Troupes ottomanes d'Uludj Ali venant d'Alger et marchant sur Tunis en 1569.

Plus de 200 galères embarquent à Istanbul plus de 20 000 soldats ottomans, dont la 101e compagnie (orta) de janissaires d'élite, ainsi que plusieurs pièces d'artillerie.

Le capitan pacha Uludj Ali arrive à Tunis via Alger, avec ses propres soldats auxquels se joignent des Turcs d'Alger et des contingents auxiliaires de cavalerie tribale. Ces derniers ne participent pas au siège du fait de leur inutilité devant les murailles. Miguel de Cervantes, alors soldat espagnol, retenu pendant le siège par une tempête en Sicile avec les renforts du roi Philippe II d'Espagne, avance le chiffre de 100 000 soldats pour accentuer la disproportion des forces durant le siège.

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Le 15 juillet 1574, le contingent ottoman de Sinan Pacha débarque sur les côtes du golfe de Tunis et prend rapidement possession de la forteresse de La Goulette, avec l'appui de sa puissante artillerie. Le gouverneur espagnol, Don Pedro Porto-Carrero est fait prisonnier.

Pendant les deux mois d'été, plusieurs escarmouches ont lieu entre les Ottomans établis sur la côte et les Espagnols repliés dans deux forteresses encadrant Tunis : la plus importante à l'est, la nova arx (nouvelle forteresse située entre le lac de Tunis et Bab El Bhar), commandée par le comte Gabrio Serbelloni, officier italien au service du roi d'Espagne, fils d'une Médicis, gouverneur de Tunis depuis 1573 ; la seconde à l'ouest, la Kasbah. Le petit fort de Chikly, commandé par Don Juan Zamoguerra, tente en vain de retenir les navires turcs qui pénètrent par le canal de La Goulette.

Après deux assauts meurtriers sur la forteresse de Tunis, les armées ottomanes entrent à Tunis, Sinan Pacha en tête, le 3 septembre.

Bilan de la bataille[modifier | modifier le code]

Vestiges du fort de la Goulette, dit El Karraka, première cible de l'attaque ottomane.

Toutes les sources, tant ottomanes ou tunisiennes qu'occidentales, s'accordent sur le nombre de soldats espagnols présents et sur leurs pertes. Les garnisons des forteresses de La Goulette, de Tunis, de la Kasbah et de Chikly, sont prises, et 7 000 soldats espagnols sont massacrés ou exécutés avec 3 000 de leurs alliés chrétiens.

Cervantes écrit que Sorbelloni a été tué à Tunis, mais celui-ci se rend à Sinan Pacha avant d'être envoyé à Istanbul. Il n'y aurait eu que 300 prisonniers, en majorité des artilleurs et quelques nobles, dont Porto-Carrero, qui décède plus tard en route vers Istanbul, le capitaine Zamoguerra, envoyé à Alger, ainsi que le dernier sultan hafside, Abû `Abd Allâh Muhammad VI ibn al-Hasan envoyé à Istanbul[3]. 225 pièces d'artillerie espagnoles sont prises[3], une centaine est envoyée en trophée au sultan ottoman.

Le bilan des pertes ottomanes n'est en revanche pas établi.

Sinan Pacha rase la forteresse de Tunis, ainsi qu'une partie du fort de La Goulette, fortement endommagé. En revanche, il restaure le fort de la Kasbah, tourné vers l'intérieur des terres, et y installe une importante garnison.

Sélim II est informé de la victoire seulement quelques jours avant son décès, en décembre 1574. Malgré la maladie du souverain, la nouvelle est annoncée par une importante salve d'artillerie tirée du palais de Topkapı.

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régence de Tunis.
Revanche de la défaite de Lépante : Sélim II apprendra la conquête de Tunis quelques jours avant sa mort

La perte de Tunis marque le début du déclin de la présence espagnole en Méditerranée. Philippe II renonce alors à toute velléité de rétablir des colonies en Afrique du Nord ; il conserve cependant Oran et Mers el-Kébir) et se tourne vers la conquête des Amériques et de l'Océan Indien.

Sinan Pacha, devenu grand vizir, fait de la Tunisie un pachalik, province sous l'autorité du sultan ottoman, représenté sur place par un pacha doté du titre de beylerbey. À Tunis et dans plusieurs autres villes de la province est établie une milice turque (jund el tourki) de 4 000 soldats et janissaires placée sous les ordres d'un commandant militaire, l'agha, assisté du diwan, le conseil militaire des officiers turcs qui siège à Tunis.

Les premiers pachas envoyés pour gouverner la régence sont Hayder Pacha, Rajab Pacha et Romdhane Pacha ; leurs mandats ne durent pas plus de deux ans. Mais ils se heurtent rapidement à la montée du pouvoir des deys, désignés par les troupes ottomanes. En 1591, les soldats ottomans renversent l'agha et le diwan ; ils élisent et imposent Ibrahim Roudesli (Ibrahim de Rhodes), puis Othman Dey comme dey de Tunis pour les représenter ; le régime s'apparente de plus en plus à une aristocratie militaire. La nomination du pacha par le sultan reste néanmoins la garante du rattachement de la Tunisie à l'Empire ottoman jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ibn Abi Dinar, Al Mu’nis fi Akhbar Ifriqya wa Tunis, manuscrit de 1681
  2. Abbé Mignot, Histoire de l'Empire ottoman, éd. Le Clerc, Paris, 1771, p. 216
  3. a, b, c et d Louis Frank, Tunis, description de cette Régence, éd. Firmin-Didot, Paris, 1883, p. 181
  4. a et b María Antonia Garcés, Cervantes in Algiers: A Captive's Tale, éd. Vanderbilt University Press, Nashville, 2002, citant Cervantes qui n'était pas présent à Tunis lors de la conquête en 1574.