Bataille de Teutobourg

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Bataille de la Forêt de Teutobourg
La province de Germanie sous Varus (7-9)
La province de Germanie sous Varus (7-9)
Informations générales
Date an 9 de l'ère chrétienne
Lieu aux environs d'Osnabrück, dans l'actuel Land de Basse-Saxe
Issue Victoire germaine décisive.
Retrait stratégique romain de la Germanie.
Belligérants
Tribus germaniques:


Chérusques,
Marses,
Chatti,
Bructères,
Chauques,
Sicambre.

Empire romain
Commandants
Arminius Publius Quinctilius Varus
Forces en présence
inconnue, probablement entre 10 000 et 15 000 3 légions romaines (XVII, XVIII, et XIX),
3 ala et
6 cohortes d'auxiliaires, probablement entre 20 000 et 25 000
Pertes
Inconnues plus de 20 000
Coordonnées 52° 24′ 29″ N 8° 07′ 46″ E / 52.408055555556, 8.1294444444444 ()52° 24′ 29″ Nord 8° 07′ 46″ Est / 52.408055555556, 8.1294444444444 ()  

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Teutobourg.

La carte de la défaite de Varus dans la forêt de Teutoburg

La bataille de Teutobourg, également connue sous les noms de bataille du Teutoburger Wald ou bataille de Teutberg (Schlacht im Teutoburger Wald, Varusschlacht ou Hermannsschlacht en allemand) (clades Variana en latin) désigne la destruction de trois légions de l'Empire romain commandées par Publius Quinctilius Varus en l'an 9 par une alliance de tribus germaniques menée par le chef chérusque Arminius, dans le cadre de la conquête de la Germanie sous le Principat d'Auguste.

Les circonstances de la destruction des trois légions, ainsi que la localisation de l'événement, sont mal connues et donnent lieu à des querelles d'experts.

Les sources historiques[modifier | modifier le code]

Les sources historiques proviennent exclusivement d'historiens romains, en l'absence de sources germaniques ou tierces. Parmi les historiens romains, le plus détaillé est peu crédible (Dion Cassius), le plus fiable est fragmentaire sur le sujet (Tacite), d'autres se contentent de citer l'événement (Ovide, Manilius, Strabon) et les derniers ne le décrivent pas avec précision (Paterculus, Suétone, Florus). La relecture des auteurs fiables conclut à la disparition de trois légions plus qu'à la défaite militaire d'une armée en campagne.

Il semble qu'Auguste ait commis l'erreur de confier à son proche parent Varus une mission d'intégration de la Germanie à l'Empire, alors que le territoire n'était pas encore pacifié. Il semble également que Varus ait commis l'erreur de débuter l'administration fiscale et judiciaire du territoire, sans réellement mobiliser ses trois légions en terrain hostile. Il est enfin surprenant de mal connaître l'histoire des trois légions avant leur destruction. Cette situation aurait entraîné les historiens romains, peu soucieux d'encourir les foudres du pouvoir impérial, à pratiquer l'auto-censure (mollesse de Varus, traitrise d'Arminius, terrain défavorable, etc.) voire d'imaginer des détails exonérant l'empereur de ses responsabilités (Dion Cassius).

Une source historique remarquable : Velleius Paterculus[modifier | modifier le code]

« Germania » devant le monument à Arminius (carte postale, 1909)

Contemporain des faits, chargé de commandement militaire en Germanie, Velleius Paterculus a rédigé une Histoire romaine. Né vers 19 av. J.-C. et mort vers 31 ap. J.-C., Velleius Paterculus est tribun militaire, puis légat dans l'armée de Tibère, en particulier en Germanie, puis préteur. Bien que manquant d'impartialité envers Tibère, Velleius Paterculus fournit de précieuses indications sur « la mort de Varus, le massacre de trois légions, de trois corps de cavalerie et de six cohortes » ; de façon étonnante, il refuse de donner des détails sur les « circonstances de cet affreux désastre » (se proposant « de les exposer en détail dans un ouvrage plus étendu », mais inconnu des historiens) et il loue les remarquables qualités de l'armée « la plus courageuse » et qui « se distinguait par sa discipline, sa vigueur, et son expérience de la guerre » ; il dénonce avec force « la perfidie de l'ennemi » et la traîtrise d'Arminius ; il dénonce également en détail les faibles qualités militaires de Varus, son « imprévoyance », son « apathie », son « manque de discernement » et sa faible combativité. Cette source historique la plus proche des faits est compatible avec les autres sources historiques, sauf avec Dion Cassius. L'analyse de cette source révèle le caractère anormal de l'événement, la difficulté de l'historien à le décrire et donc la probable censure.

Une source archéologique, le centurion Marcus Caelius[modifier | modifier le code]

Cénotaphe de Marcus Caelius

Marcus Caelius est un centurion de la legio XVIII Augusta. Il nous est connu par sa pierre tombale, trouvée à Castra Vetera (Xanten), qui indique sa mort à la bataille de Teutobourg. Pendant longtemps, cette pierre tombale fut la seule trace archéologique de la bataille. Caelius est représenté en uniforme de parade, portant ses insignes : phalères (plaques de métal), armillae (colliers) et couronne civique. De la main, il tient son bâton de commandement (cep de vigne). Il est entouré de ses deux affranchis qui ont vraisemblablement trouvé la mort avec lui pendant la bataille.

Inscription latine :

« M(arco) Caelio T(iti) f(ilio) Lem(onia tribu) Bon(onia)
[I] o(rdini) leg(ionis) XIIX ann(orum) LIII
[ce]cidit bello Variano ossa
[lib(ertorum) i]nferre licebit P(ublius) Caelius T(iti) f(ilius)
Lem(onia tribu) frater fecit

Traduction :
À Marcus Caelius, fils de Titus, de la tribu Lemonia, de Bononia (Bologne), Centurion d'ordre 1, 18e Légion, âgé de 53 ans. Tombé pendant la guerre de Varus. Les corps de nos affranchis pourront reposer ici. Publius Caelius, fils de Titus, de la tribu Lemonia, son frère, a fait (cette tombe). »

La pierre tombale est exposée au Rheinisches Landesmuseum de Bonn.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Préambule[modifier | modifier le code]

À deux reprises, en 55 et en 53 av. J.-C., Jules César franchit le Rhin. Les troupes romaines s'aventurent, pour la première fois, dans ce que César nomme la Germanie. Du même coup, il trace une frontière qui ne correspond à aucune réalité ethnique car des Germains vivent sur la rive gauche du fleuve et des Celtes sur la rive droite.

En 19 av. J.-C., son successeur et fils adoptif, Auguste, achève la conquête de la péninsule Ibérique. Désormais, Auguste rêve d'étendre son empire sur les deux rives du Rhin. Il commence donc par déporter les Ubiens de la rive droite à la rive gauche puis mène une politique guerrière offensive. Malgré une lourde défaite à la bataille clades Lolliana, en 16 av. J.-C., contre les Sicambres et leurs alliés, les Légions romaines prennent pied sur la rive droite du Rhin et fortifient la frontière pour éviter les incursions germaniques. En l'an 12, les légions attaquent la Germanie indépendante. Cette date marque le début de 4 années de campagne.

En 11 av. J.-C., a lieu la bataille d'Arbalo. Selon Pline l'Ancien (Nat XI, XXVIII, 55), Obsequens et Florus (II 30 BG 24) au retour de la deuxième campagne de Drusus vers l'Elbe, c'est une embuscade des Chérusques à proximité de la Weser. Importantes pertes romaines.

En 8 av. J.-C., les troupes romaines atteignent la Weser et l'Elbe. Des camps permanents sont construits au-delà du Rhin[1]. Du Rhin à l'Elbe, la soumission du peuple Germain semble acquise. Un triomphe est célébré à Rome, sur la Germanie, le 1er janvier 7 av. J.-C., marquant également la fin des opérations militaires dans cette zone. Une partie des troupes se trouve toutefois maintenue sur le Rhin, une autre partie étant chargée d'assurer la sécurité de cette nouvelle province. Pour gagner la fidélité politique des Germains, la citoyenneté romaine est accordée à certains membres des élites locales et, pour attacher ces peuples à Rome, on reprend un procédé qui avait bien fonctionné en Gaule : chaque année à Condate[2], dans un acte politique et religieux, les 60 peuples des 3 Gaules[3] se rassemblaient, élisaient un grand prêtre qui rendait hommage à la déesse Rome et à l'empereur au nom de tous. Un autel provincial et fédéral est donc édifié au centre de la nouvelle ville fondée sur le territoire des Ubiens, l'oppidum Ubiorum, la future Cologne, une ville de près de 96 hectares circonscrite par des murailles et appelée à devenir la capitale de la nouvelle province. Tout s'accélère : une administration financière est mise en place et, à 120 kilomètres à l'est de Cologne, un gisement de plomb est exploité[4]. Une implantation civile est fondée dans la vallée de la Lahn près de Waldgirmes, à 40 km au nord de l'actuelle Francfort. Rome quadrille le pays très rapidement afin de le sécuriser et d'y établir des structures qui permettent de le gérer comme une province de l'imperium romanum.

À cet effet, courant 7 ap. J.-C., le sénateur Publius Quintilius Varus est nommé gouverneur de la Germanie. Il la dirige comme une province pacifiée, multiplie à la hâte les réformes, lève les impôts, perçoit les tributs, rend la justice, effectue le recensement, recrute des soldats… Ces tâches qu'il remplit avec rudesse, autoritarisme et maladresse, sont inconvenantes et insupportables pour les Germains qui découvrent des pratiques humiliantes pour eux, ne supportant pas de recevoir des ordres comme s'ils étaient des esclaves. Ces mesures impérialistes, globalement acceptées par les peuples méditerranéens, se révèleront donc incompatibles avec la mentalité d'homme libre et de guerrier des Germains de l'est du Rhin ; on observera ultérieurement l'efficacité géopolitique des Germains de l'est du Rhin qui permettra aux Francs de créer l'empire mérovingien puis carolingien, socle de l'Europe occidentale moderne.

Parmi les conseillers du gouverneur Varus, se trouve un Germain devenu citoyen romain, Caius Julius Arminius, fils de Ségimerus, chef des Chérusques. Arminius assure au gouverneur romain que ses nouveaux administrés sont heureux de sa nomination et des réformes qu'il mène. Mais, en secret, Arminius, alors âgé de vingt-cinq ans, et les tribus germaniques qui ont constitué secrètement une alliance (Chérusques, Marses, Chattes et Bructères), décident de tendre une embuscade à un moment propice.

La bataille[modifier | modifier le code]

Arminius, jeune chef des tribus germaniques (monument achevé en 1875)

À l'automne de l'an 9 après J.-C., le gouverneur Publius Quintilius Varus part inspecter l'est de la province sans aucun incident. Sa mission terminée, il rentre vers sa capitale par une route familière et, malgré les renseignements qui lui parviennent indiquant qu'une attaque se prépare contre lui, il n'y prend garde. D'ailleurs Arminius et une forte force armée qui comprend les XVIIe, XVIIIe et XIXe légions ainsi que trois ailes de cavalerie et six cohortes de troupes auxiliaires, soit au total environ 20 000 à 25 000 hommes sont à ses côtés.

Lors du retour, il n'hésite pas à se détourner de son itinéraire pour aider un peuple germanique qui lui demande de l'aide. Son armée se trouve alors relativement étirée, et en désordre dans des contrées qui lui paraissent peu à peu inconnues, découvrant des forêts, marais et broussailles mais également des colonnes de civils accompagnés de chariots et d'animaux qui ralentissent l'avance de son armée. Par ailleurs, le temps d'automne est exécrable, la pluie succède au brouillard et au vent.

L'armée romaine s'engage sur une bande de terre étroite, longue de six kilomètres et de un de large. À droite des marais, à gauche des collines boisées. L'attaque est soudaine, brutale, une embuscade géante où les Germains lancent toutes leurs forces. La violence de l'attaque et la configuration géographique empêchent les Romains de se regrouper, de manœuvrer, de se mettre en position de combat. Les combattants romains pensent que les cohortes d'auxiliaires germains sont parties chercher des renforts. Il n'en est rien ! Ils ont rejoint les assaillants, Germains, comme eux.

Le premier jour de la bataille, les pertes sont élevées. Tant bien que mal, un camp est construit. Pour alléger la colonne qui recule, qui fuit, les chariots sont abandonnés, détruits ou brûlés.

Le second jour de l'affrontement, les attaques se poursuivent avec une terrible intensité, si bien qu'au soir, il est impossible aux Romains de construire un campement.

Au troisième jour, les blessés sont nombreux du côté romain. La pluie et la boue alourdissent les vêtements et rendent inutilisables les arcs et les boucliers. Du côté germain, le nombre des assaillants ne cesse d'augmenter. Leur connaissance du terrain et la légèreté de leur armement sont de grands avantages. Les Romains, qui attaquent une fortification de terre sur une colline, voient leur assaut totalement anéanti, les Germains écroulant le mur de terre sur les assaillants. En fin de journée, l'avantage est largement aux Germains, qui attaquent sans cesse. Pour les Romains c'est l'hallali, quelques-uns parvenant toutefois à percer les lignes ennemies se réfugient dans le camp romain proche d'Aliso. Des légionnaires sont capturés, certains pendant 30 ans, les autres soldats romains sont exterminés et les trois aigles emblématiques des légions sont capturés. Numonius Vala tente de s'enfuir à la tête de la cavalerie mais en vain. Ceionius se rend. Lucius Eggius, préfet du camp romain, meurt à la tête de ses troupes et Varus se suicide sur son épée.

Tous les camps romains de la rive droite du Rhin sont pris par les Germains, à l'exception d'Aliso qui résiste jusqu'à une sortie des survivants vers Castra Vetera (Xanten) sur le Rhin.

La tête de Varus est envoyée aux Marcomans par les Chérusques, pour les entraîner dans le soulèvement. Ceux-ci refusent sagement et transmettent la tête de Varus à Rome où elle est inhumée.

Cette défaite traumatise l’empereur. Suétone écrit : « À ce qu’on raconte enfin, Auguste fut tellement abattu par ce désastre que, plusieurs mois de suite, il ne se coupa plus la barbe ni les cheveux, et qu'il lui arrivait de se frapper de temps en temps la tête contre la porte, avec ce cri : “Quintilius Varus, rends-moi mes légions !” » C'est le coup d'arrêt à l'expansion romaine en Grande Germanie (Germania Magna) durant son règne ; plusieurs siècles plus tard, l'armée romaine n'avait toujours pas reconstitué les légions XVII, XVIII et XIX.

Il s'avère que les trois légions perdues en 9 ap. J.-C. par Varus, Legio XVII, Legio XVIII et Legio XIX, sont très mal connues des historiens, à l'inverse des autres légions romaines, laissant planer des doutes sur la nature de leur existence en 9 ap. J.-C. La lugubre lamentation d'Auguste demandant à Varus, décédé, de « rendre les légions » (ou de rendre compte de l'utilisation des ressources), accrédite l'hypothèse d'une existence plus administrative que militaire. La non-reconstitution définitive des trois légions détruites, décision unique dans l'histoire militaire romaine, confirme le caractère anormal de la situation.

Les pertes[modifier | modifier le code]

Dans ce que Tacite nomme le Saltus Teutoburgiensis, la forêt de Teutoburg, trois légions furent massacrées ; la XVIIe, la XVIIIe et la XIXe, ainsi que trois unités de cavalerie, six cohortes d'auxiliaires et des civils. Au total, plus de 20 000 tués, deux aigles, emblèmes en or des légions, sont capturés, le troisième est brisé par son aquilifer qui réussit à le cacher.

Les représailles romaines[modifier | modifier le code]

De 10 à 14 après J.-C., Auguste fait renforcer la frontière du Rhin, les limes, par Tibère puis par Germanicus.

De 14 à 16 après J.-C., Tibère, devenu empereur, ordonne des représailles et confie à Germanicus huit légions soutenues par une flotte de mille navires. En 14, selon Tacite[5], suite aux mutineries des légions du Rhin au retour d'un raid de représailles contre les Marses, Germanicus et ses quatre légions sont attaqués dans la vallée de la Lippe par une coalition de Bructères et d'Usipètes qui est repoussée.

En 15 ap. J.-C., bataille de Pontes Longi. Selon Tacite[6], au retour de la campagne de Germanicus contre les Bructères et les Chérusques (libération de Segeste, capture de Thusnelda, visite de Teutoburg), les quatre légions (I Germanica, V Alaudae, XX Valeria Victrix, et XXI Rapax) du général Caecina sont attaquées par les Chérusques d'Arminius, qui sont mis en fuite mais qui infligent des pertes aux Romains. Selon Tacite, ce Pons Longus (pluriel Pontes Longi, route en madriers confectionnée pour traverser les marécages) avait été construit par Ahenobarbus en l'an 2 av. J.-C. au sein du pays des Chérusques.

Germanicus visite le site de la bataille de Teutoburg et récupère deux des trois aigles emblématiques chez les Bructères et les Marses. En 16, il bat Arminius à Idistaviso, sur la Weser, et capture son épouse Thusnelda[7]. Une seconde bataille a lieu au mur angrivarien, à proximité d’une fortification et d’un fleuve séparant les Angrivariens(ou Ampsivariens) des Chérusques. Lourdes pertes des Germains mais retour difficile des Romains par la voie fluviale et par la mer du Nord[8].

En 37 ap. J.-C., Lucius Pomponius bat les Chattes et délivre des légionnaires prisonniers depuis la bataille[9]. Enfin, en 41 ap. J.-C., le troisième aigle emblématique est récupéré par Publius Gabinius chez les Chauques.

Bilan[modifier | modifier le code]

Six ans plus tard, en l'an 15, les Romains revenus sur les lieux du massacre découvrent un spectacle effroyable. Tacite décrit la scène :

« Au milieu de la plaine, des ossements blanchis, épars ou amoncelés selon qu'on avait fui ou tenu ferme gisaient à côté d'armes ; des membres de chevaux ; à des troncs d'arbres étaient clouées des têtes. Dans les bois voisins, s'élevaient des autels barbares, près desquels avaient été immolés le tribun et les centurions du premier rang. »

— Tacite

Jamais Rome n'avait connu un pareil carnage depuis la bataille de Cannes contre les Carthaginois d'Hannibal Barca en 216 av. J.-C..

Auguste proclama toutefois sur son testament : « J'ai pacifié la Germanie ». Toutefois la ville de Waldgirmes est démantelée, l'exploitation du gisement de plomb arrêté et le rêve d'une grande Germanie abandonnée.

Arminius quant à lui, fédéra les peuples germains et constitua un royaume. Mais il fut trahi par les siens et la Germanie retourna à ses divisions et ses combats fratricides.

Localisations possibles[modifier | modifier le code]

Carte de la Germanie antique

La localisation de la bataille de Teutoburg est rendue possible par la citation de Tacite[10] : « ductum inde agmen ad ultimos Bructerorum, quantumque Amisiam et Lupiam amnis inter vastatum, haud procul Teutoburgiensi saltu in quo reliquae Vari legionumque insepultae dicebantur » (« ensuite l'armée s'avança jusqu'aux dernières limites des Bructères, et tout fut ravagé entre l'Ems et la Lippe, non loin de la forêt de Teutoburg où, disait-on, gisaient sans sépulture les restes de Varus et de ses légions »).

Plus de 700 localisations furent proposées. La traduction, controversée sur les noms des rivières et sur le mot saltus, aboutit à plusieurs centaines de thèses de localisation, dont les principales sont les suivantes :

La thèse de la localisation à Detmold dans l'Osning[modifier | modifier le code]

Cette thèse a pour origine la redécouverte des écrits de Tacite en 1505. Au XVIe siècle, dans le cadre du pangermanisme et de la création du mythe du héros Arminius, renommé Hermann, le site de la bataille est officiellement localisé dans la région de l'Osning, à proximité de Detmold.Depuis 1669, l'Osning fut rebaptisé forêt de Teutoburg. Un mémorial Hermannsdenkmal controversé est érigé en 1875 (photo ci-dessus). C'est quasiment le pendant allemand de la Statue de Vercingétorix sur le site du siège d'Alésia.

La thèse de la localisation à Hildesheim[modifier | modifier le code]

Cette thèse est étayée par le butin romain trouvé à proximité d'Hildesheim en 1868. Jürgen Regel et Marianne Zocher défendent l'hypothèse que Drusus aurait franchi la Weser très tôt, avant d'atteindre l'Elbe. Cette thèse situe Arbalo, Teutoburg, Aliso et Idistaviso à proximité de Hildesheim[11].

La thèse de la localisation à Paderborn[modifier | modifier le code]

La récente théorie de Peter Oppitz[12], situe la défaite de Varus à l'intérieur d'un camp d'été ; ce camp d'été serait situé au centre-ville de Paderborn, lieu des sources de la rivière Pader, affluent de la Lippe ; la défaite de Varus serait intervenue en deux temps : d'abord, une attaque surprise des Chérusques d'Arminius, en période de paix, à l'issue d'un repas et d'une assemblée, réunissant l'état-major des trois légions et les Germains dans le camp d'été ; ensuite, les défaites successives des cohortes réparties dans les camps militaires le long de la rivière Lippe, occupées à des travaux quotidiens, non mobilisées et privées d'encadrement. La théorie de Paderborn est issue de la relecture critique de Florus, de Velleius Paterculus et de Tacite, ainsi que de l'abandon de Dion Cassius. Cette théorie de légions démobilisées explique enfin comment la redoutable force de trois légions a pu être totalement défaite. Par ailleurs, cette théorie situe le camp mythique d'Aliso à proximité immédiate de Paderborn, sur l'importante route militaire ouverte par Drusus, de Xanten à la Weser puis à l'Elbe.

La thèse de la localisation à Kalkriese[modifier | modifier le code]

Reconstitution du site hypothétique de la bataille à Kalkriese

Depuis 1885, l'historien allemand Theodor Mommsen situe la bataille de Teutobourg au Kalkrieser Berg, une colline au sud-est de Bramsche et nord du Wiehengebirge. Ce site de fouille archéologique, situé à 16 km au nord d'Osnabrück, Land de Basse-Saxe, a révélé depuis le XVIIIe siècle des monnaies romaines datées de l'époque d'Auguste (collection Familie von Bar). À partir de 1987, l'archéologue amateur Tony Clunn utilise un détecteur de métaux et découvre d'autres monnaies et trois plombs de fronde attribués à des troupes auxiliaires romaines. Dans cette zone de 300 hectares, située entre un marais asséché et la colline de Kalkriese, des fouilles systématiques ont exhumé plus de 6 000 objets parmi lesquels : des pièces de monnaie portant les lettres VAR, abréviation du nom de Varus, un masque de casque cérémonial d'officier romain de cavalerie (en 1990) et un fourreau d'épée identifié en 2007 comme appartenant à la LPA - Legio Prima Augusta (Legio I Germanica)[réf. nécessaire] (en 1992). À une distance de 10 km du site des fouilles, ont été découverts les restes d'une chaussée en bois (pontes longi) datée de 15 ap. J.-C. par dendrochronologie[réf. nécessaire]. Suite à ces découvertes, une majorité d'historiens et d'archéologues considèrent que la Kalkriese est bien le lieu de la défaite de Varus.

Ainsi dans son ouvrage Renseignement et espionnage dans la Rome antique, paru en 2009, Rose Mary Sheldon situe la bataille dans la passe de Kalkriese[13]. On citera ce passage : « Les pièces de monnaie, en revanche, apportent un témoignage définitif sur la date et sur l'identité des victimes de la passe. Sur les cinq cent cinquante pièces de bronze (asses) trouvées depuis 1987, quatre-vingt-treize pour cent sont de la série Lugdunum I, frappée entre 8 avant J.-C. et 3 après J.-C. C'est le type de pièce qui était utilisé pour payer les troupes romaines. Sur ces pièces de la série Lugdunum I, quatre-vingt-seize-pour cent sont contremarquées avec AVG (Auguste), IMP (Imperator), C-VAL ( C. Numonius Vala) ou VAR (Varus). »

Toutefois une minorité de chercheurs refusent de voir dans le site de la Kalkriese le lieu de la défaite de Varus.

Selon Reinhard Wolters[14],[15], plusieurs éléments récents pourraient désigner Kalkriese comme site de la bataille de Pontes Longi, de préférence à celui de la bataille de Teutoburg : découverte des restes d'une chaussée en bois, participation attestée par Tacite de la Legio I Germanica commandée par Caecina à la bataille de Pontes Longi en 15 ap. J.-C., présence attestée par Tacite[16] d'auxiliaires frondeurs au sein de l'armée de Germanicus, et analyse fine de l'origine des monnaies par légion. L'économiste Siegfried Schoppe, de l'Université d'Hambourg, et ses fils contestent radicalement le site de la localisation de la défaite de Varus à Kalkriese[17].

Protagonistes de la bataille de Teutoburg[modifier | modifier le code]

Les peuples germains[modifier | modifier le code]

La plupart de ces peuples germains se regrouperont aux IIe siècle et IIIe siècle et formeront la confédération des Francs de la rive droite du Rhin (ou Francs Ripuaires). Ultérieurement, ils s'allieront aux Francs de la rive gauche du Rhin (ou Francs saliens) et formeront la souche des deux dynasties des Mérovingiens puis des Carolingiens.

Les principaux acteurs[modifier | modifier le code]

D'autres légions romaines défaites par les Germains[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la Guerre des Gaules, la XIVe légion, placée sous les ordres de César, est détruite en 54 av. J.-C. à la bataille d'Aduatuca, à proximité de Tongres (dans l'actuelle Belgique), par les Eburons commandés par Ambiorix. Cette humiliation romaine sera suivie de très lourdes représailles effectuées par César à l'encontre des Eburons, Ambiorix se réfugiant chez les Germains. La Légion XIV, créée en 57 av. J.-C., sera immédiatement reconstituée, combattra à Alésia en 52 av. J.-C. et cessera son existence sur le Danube en 430.

Dans le cadre de l'organisation de la conquête de la Gaule par Auguste, la Legio V Alaudae (Alouette) a perdu son aigle en 16 av. J.-C. à la bataille clades Lolliana[18], à proximité de Tongres ou de Maastricht, par une coalition de Germains : Sicambres, Tenctères et Usipètes. Venus de la rive droite du Rhin, les Germains se heurtent au gouverneur romain Marcus Lollius, qu'ils battent en s'emparant (provisoirement) de l'Aigle emblématique de la légion romaine. Cette humiliante défaite déclenche la visite d'Auguste en Gaule, en 16 av. J.-C., pour une durée de trois ans, consacrée à la réorganisation de la Gaule en Trois Gaules et au projet de conquête de la Germanie jusqu'à l'Elbe. La Légion V, créée en 52 av. J.-C., continua son existence au moins jusqu'à la révolte des Bataves en 70 ap. J.-C.

La révolte des Bataves débute en septembre 69 ap. J.-C. par le siège de Castra Vetera (Xanten) défendue par la Legio V Alaudae et par la Legio XV Primigenia. Suite au suicide de Néron et à la guerre civile (Année des quatre empereurs), les cohortes d'auxiliaires germains Bataves se rebellent, commandés par Civilis leur prince héréditaire, par ailleurs officier romain. Après la reddition de Castra Vetera en 70 ap. J.-C., les deux légions sont anéanties par les Bataves. Une armée de huit légions vaincra la rébellion et détruira Nimègue. Par ailleurs, suspectées d'infidélité, la Legio I Germanica sera démantelée et la Legio XVI Gallica sera transformée.

Filmographie[modifier | modifier le code]

La bataille de la forêt de Teutberg a déjà été représentée trois fois au cinéma :

  • La première fois dans les années 1922 et 1923, comme film muet, sous le titre de Hermannschlacht. La mise en scène dirigée par Leo König était tournée non loin du monument d'Arminius et des Externsteine. Cette version, que la critique a généralement considérée comme une œuvre nationaliste, fut projetée au théâtre régional de Lippe, à Detmold, le 27 février 1924. Elle a longtemps passé pour disparue, et c'est seulement après la chute de l'Union soviétique qu'on l'a redécouverte dans une filmothèque de Moscou.
  • La deuxième adaptation cinématographique porte en allemand le titre de Hermann der Cherusker – Die Schlacht im Teutoburger Wald. Il s'agit d'une coproduction italo-germano-yougoslave qui a été réalisée à Zagreb en marge d'autres péplums sous la direction de Freddy Baldwin (pseudonyme de Ferdinando Baldi). Bien que cette œuvre eût été réalisée dès les années soixante avec Hans von Borsody dans le rôle d'Hermann, il a fallu attendre dix ans pour qu'elle fût présentée pour la première fois en Allemagne, le 3 février 1977.
  • Dans les années 1993-1995 a paru la troisième version cinématographique. Les producteurs et auteurs étaient Christian Deckert, Hartmut Kiesel, Christoph Köster, Stefan Mischer et Cornelius Völker. La bataille a été tournée dans la forêt de Teutobourg et en Rhénanie. À côté des acteurs principaux et de centaines de figurants, les artistes Markus Lüpertz, Tony Cragg et Alfonso Hüppi ainsi que l'historien de l'art Werner Spies jouent dans ce film comme acteurs. La première de Die Hermannsschlacht a eu lieu en mai 1995 à Düsseldorf et est sortie sur DVD en 2005, dans une édition accompagnée d'une notice sur le tournage et commentée par Werner Broer, spécialiste de philologie classique, et l'archéologue Martin Schmidt.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un camp permanent a été découvert en 2004 sur la Werra au Sud-Ouest de Göttingen
  2. Le bourg de Condate était située au bas de la colline.
  3. Gaule cisalpine, Gaule narbonnaise et Gaule transalpine
  4. Des lingots poinçonnés ont été retrouvés en Méditerranée
  5. Annales I, 51
  6. Annales I,63
  7. Tacite, Annales II,16
  8. Tacite, Annales II, 19
  9. Tacite, annales, xii 27
  10. Annales I 60
  11. (de) Jürgen Regel: site de la thèse d'Hildesheim
  12. Peter Oppitz, Das Geheimnis der Varusschlacht, Zadara-Verlag, 2006
  13. Voir le chapitre 10 Un échec des systèmes de renseignement le massacre de Varus dans le Teutobuger Wald, p. 241 à 265, avec 92 appels de notes, p. 429 à 440, qui donnent de très nombreuses références.
  14. [1]
  15. [2]
  16. Annales II, 20
  17. (de) Site de S. Schoppe et ses fils
  18. Velleius Paterculus, 2, 97, 1 ; S. Ratti, « À propos de quelques difficultés gromatiques : sur la datation d'Hygin le Gromatique, d'Hygin et sur les mots decuria et pittacium (Hygin 73 Th.) », DHA, 1998, 24-1, p. 125-138 ici p. 125-129

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Michel Reddé, Siegmar von Schnurbein (Hg.): Alésia et la bataille du Teutoburg. Un parallèle critique des sources. Jan Thorbecke Verlag, Ostfildern 2008 (Beihefte der Francia, hrsg. vom Deutschen Historischen Institut Paris, Bd. 66), ISBN 978-3-7995-7461-7
  • (de) Peter Oppitz, Das Geheimnis der Varusschlacht, Zadara-Verlag, 2006, ISBN 3-00-019973-X : thèse de Paderborn comme site de la bataille.
  • (fr) Yann Le Bohec, La bataille du Teutoburg, 9 ap. J.-C., Illustoria, Les éditions Maison, 92 pages Nantes, 2008.
  • (fr) Rose Mary Sheldon, Renseignement et espionnage dans la Rome antique, Ed. Les Belles Lettres, Paris, 2009.
  • (fr) Luc Mary, Rends-moi mes légions !, Larousse, 2010.
  • (fr) Werner Eck, la romanisation de la Germanie, Éditions Errance 104 pages

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]