Bataille de Qadesh

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Bataille de Qadesh
Ramsès II à la bataille de Qadesh.
Ramsès II à la bataille de Qadesh.
Informations générales
Date Début du XIIIe siècle av. J.‑C.,
probablement 1274 av. J.-C.
Lieu Proche-Orient, sud-ouest de la Syrie actuelle
Issue Indécise
Belligérants
Égyptiens Hittites et leurs vassaux
Commandants
Ramsès II Muwatalli II
Forces en présence
env. 20 000 hommes, 2 000 chars env. 37 000 fantassins, 3 500 chars
Pertes
Inconnues Inconnues
Guerre Égypte-Hittites

La bataille de Qadesh est une bataille qui eut lieu aux environs de 1274 av. J.-C. et qui opposa deux des plus grandes puissances du Proche-Orient : l'empire hittite de Muwatalli, dont le centre était en Anatolie centrale, et l'Égypte de Ramsès II. La bataille se déroula aux abords de Qadesh, au sud de l'actuelle Syrie. Le résultat de la bataille est disputé parce qu'il semble indécis. Bien qu'ayant commencé à l'avantage des Hittites, elle se solda par un renversement de situation en faveur des Égyptiens. Mais il a parfois été considéré que les Hittites furent vainqueurs si on tient compte du fait qu'ils ont eu des gains territoriaux sur leurs adversaires après le conflit.

La bataille de Qadesh a la particularité intéressante d'être la première bataille documentée par des sources antiques, des textes et les images gravés sur les murs de temples égyptiens sur l'ordre de Ramsès II. L'absence de compte-rendu hittite de la bataille laisse cependant un point de vue biaisé sur celle-ci. Grâce à la précision des sources égyptiennes, la bataille de Qadesh est devenue un objet d'étude pour nombre d'amateurs, chercheurs spécialistes en sciences militaires et historiens. Elle est également un objet d'étude intéressant sur la propagande et l'idéologie royale au travers de son impressionnante commémoration par Ramsès II qui l'a vue comme une victoire personnelle même si elle n'a pas vraiment été un succès pour son royaume.

Sommaire

[modifier] Les sources

[modifier] Un événement commémoré dans plusieurs temples égyptiens

Rapidement après la bataille, Ramsès II a ordonné sa commémoration sur les murs de plusieurs de ses temples, témoignant de l'importance de l'événement pour son règne. La bataille de Qadesh a été retrouvée décrite dans cinq temples différents : dans un état fragmentaire sur deux murs du temple de à Abydos, sans doute la plus ancienne version ; en deux endroits dans le temple d'Amon à Karnak ; en trois emplacements dans le temple d'Amon à Louxor ; deux dans chacune des grandes cours du Ramesséum, le temple funéraire de Ramsès II à Thèbes-Ouest ; et enfin une présentation plus courte dans la première salle hypostyle du temple principal d'Abou Simbel en Nubie[1]. Des copies de ces textes sur papyrus en hiératique ont également été retrouvées[2].

[modifier] Les textes décrivant la bataille

Trois textes commandités par Ramsès et répétés en plusieurs exemplaires rapportent la bataille de façon différente[3] :

  • Le Poème de Pentaour (P) est un récit épique de la bataille que Ramsès II a fait écrire après le combat par le scribe Pentaour. Il s'agit d'un long texte, dont il existe huit copies en différents temples ainsi que d'autres sur des papyrii. C'est la présentation la plus détaillée mais aussi la plus poétique et romancée du combat, celle qui met le plus en avant les qualités du roi et surtout son lien avec le dieu Amon[4].
  • Le Bulletin (B), est un texte plus concis dont il existe sept copies en bas-relief, aux côtés de celles du Poème. Il sert de commentaire aux représentation sur bas-relief[5].
  • Les légendes des bas-reliefs (R) constituent une troisième source écrite, commentant les représentations figurées de la bataille qui parfois fournissent des informations non rapportées par les deux textes[6].

[modifier] Les représentations sur bas-relief

Les bas-reliefs des temples égyptiens ont été beaucoup utilisés par les rois de la XIXe dynastie pour commémorer leurs exploits militaires. Ramsès II suit en cela l'exemple de son père Séthi Ier qui a fait représenter sa victoire sur les Hittites sur les murs de Karnak. Parmi les différentes campagnes de Ramsès mises en image sur les murs, celle de Qadesh est la plus attestée. Ces représentations imagées sont en relation étroite avec les textes, avant tout leur légende. Elles sont traditionnellement divisées en plusieurs parties représentant des moments-clés de la bataille. Un premier groupe de scènes est constitué par les événements se déroulant dans le camp égyptien et un second concerne la bataille. Sont particulièrement mis en avant le camp égyptien et le conseil de guerre précédent la bataille, puis l'attaque hittite et surtout la réaction du roi qui défait ses adversaires sur son char, puis la débandade de l'armée hittite. D'autres tableaux représentent le roi capturant des prisonniers, et les offrandes qu'il effectue aux dieux lors de son retour en Égypte pour les remercier de lui avoir accordé la victoire[7]. Ces scènes narratives remarquables visent avant tout à magnifier les exploits du roi, tout comme les textes, mais elles apportent des représentations vivantes et dramatiques des événements comme la bastonnade des patrouilleurs hittites capturés ou encore la situation pathétique des vaincus lorsqu'ils sont repoussés vers les zones marécageuses et se noient. Elles rapportent des faits délaissés par les textes, comme le rôle des Na'arin. Ces documents sont également utilisés pour mieux connaître l'organisation, l'armement et les techniques de combat[8].

[modifier] Les sources hittites

Aucun texte hittite décrivant la bataille de Qadesh n'est connu. Muwatalli II n'a pas laissé de texte officiel commémorant ses campagnes militaires. Le conflit l'ayant opposé à Ramsès II est néanmoins mentionné dans des textes émanant de ses successeurs : l'Apologie (CTH 81) et un décret (CTH 86) de son frère Hatusili III qui était présent sur le champ de bataille ; et le prologue historique du traité conclu entre le fils de ce dernier, Tudhaliya IV, et le roi Shaushgamuwa d'Amurru (CTH 105)[9]. La bataille de Qadesh semble évoquée dans des lettres envoyées par Ramsès II à Hattusili III, mais il s'agit de sources provenant d'Égypte, qui de toute manière sont dans un état trop lacunaire pour être bien comprises[10].

[modifier] Contexte

[modifier] Le conflit égypto-hittite

La situation géopolitique du Moyen-Orient vers 1300 av. J.-C. (l'Amurru et Qadesh sont figurés parmi les vassaux des Hittites).

Au début du XIIIe siècle avant notre ère, les Égyptiens et les Hittites sont en relation conflictuelle depuis plus d'une vingtaine d'années[11]. Les deux pays se disputent la domination sur plusieurs principautés de Syrie, région riche mais fragmentée politiquement, ce qui facilite les intrusions des grands royaumes voisins qui se la disputent depuis plus de deux siècles. Les deux royaumes avaient pourtant des relations cordiales auparavant : sans frontière commune durable, ils ont longtemps entretenu chacun de leur côté une rivalité contre le royaume du Mitanni qui dominait la majeure partie de la Syrie. L'alliance entre l'Égypte et le Mitanni n'entacha pas les relations cordiales entre rois égyptiens et hittites. L'équilibre fut vraiment rompu par les campagnes que le monarque hittite Suppiluliuma Ier mena contre le Mitanni dans les années 1340-1330 av. J.-C., qui se soldèrent par la désagrégation du royaume mitannien et l'établissement de la domination hittite sur la majeure partie de la Syrie. Plusieurs vassaux égyptiens basculèrent même dans le camp hittite, comme l'Amurru et Qadesh, mais il ne semble pas que le pharaon de l'époque, Akhénaton, jugea nécessaire de combattre pour les récupérer. Le conflit entre l'Égypte et le Hatti éclata selon les sources hittites suite à l'affaire de la demande d'une reine égyptienne veuve (sans doute Ânkhésenamon, veuve de Toutânkhamon) qui réclamait à Suppiluliuma un de ses fils en mariage pour en faire le roi du pays égyptien. Après des hésitations le roi hittite accepta la proposition et envoya son fils Zannanza comme promis à la reine, mais il fut assassiné en chemin. Le roi hittite choisit alors de rentrer en conflit contre l'Égypte en dépit du traité d'amitié qui liait les deux pays depuis longtemps[12]. Les conflits, menés par les fils du roi hittite vieillissant, ne menèrent pas à des résultats significatifs. La réplique égyptienne aux progrès hittites ne vint qu'avec Horemheb, considéré comme le dernier pharaon de la XVIIIe dynastie, qui soutint une révolte de plusieurs vassaux hittites, notamment Qadesh et Nuhasse, qui furent difficilement soumis par les troupes hittites menées par des princes hittites, le roi Mursili II intervenant par la suite en personne pour rétablir la cohésion parmi ses vassaux en concluant plusieurs traités de paix avec eux[13].

Séthi Ier au combat, du temple d'Amon-Rê de Karnak.

Mais la situation a désormais tourné et les Hittites sont sur la défensive face aux Égyptiens. Séthi Ier, deuxième pharaon de la XIXe dynastie, veut mener la revanche égyptienne en reprenant les vassaux perdus. Il commémore sa victoire contre les Hittites par une inscription accompagnée de relief dans un temple de Karnak. Il réussit à s'emparer de Qadesh, alors que le roi Benteshina d'Amurru rallie son camp[14]. Les troupes hittites vaincues à ce moment sont sans doute dirigées par le vice-roi de Karkemish qui supervisait la domination hittite en Syrie, le roi Muwatalli II étant alors retenu en Anatolie occidentale où il doit mater des rébellions jugées sans doute plus menaçantes que la situation en Syrie, en dépit du fait que son autre adversaire dans la région, l'Assyrie, progresse également. La réaction hittite est lente. Qadesh revient dans l'orbite hittite dans les années qui suivent, dans des conditions qui nous échappent car les sources hittites ne documentent pas ces événements[15].

À l'avènement de Ramsès II vers 1279 av. J.-C., seul l'Amurru est resté dans le camp égyptien, mais Muwatalli accentue la pression pour le faire retourner dans son camp. Les trois premières années de règne du nouveau monarque égyptien sont consacrées à des affaires internes, puis il passe à l'action en 1275 av. J.-C. en menant une première campagne vers l'Amurru, en passant sans doute par la mer, laissant au passage une stèle à Nahr el-Kelb (sur le littoral du Liban central)[16]. Cette expédition vise sans doute à démontrer qu'il soutient son vassal face aux Hittites[17]. Les deux adversaires préparent leurs troupes pour l'année suivante, et c'est à ce moment que débutent les récits de la bataille de Qadesh laissés par Ramsès.

[modifier] Les objectifs

La Syrie à l'époque de la bataille de Qadesh.

La bataille de Qadesh est généralement présentée comme ayant pour but la domination de la ville de Qadesh[18] : les Égyptiens veulent la reprendre alors que les Hittites veulent la conserver, après l'avoir reprise suite au conflit contre Séthi Ier. Cela n'est jamais explicitement dit dans les textes égyptiens, car si c'était bien l'objectif de Ramsès il n'a pas à le rappeler vu qu'il n'a pas repris Qadesh. Cette ville, dont les ruines sont couramment identifiées à celles du Tell Nebi Mend (aujourd'hui au sud-ouest de la Syrie près de la frontière libanaise), était sans doute un vassal intéressant : elle dispose d'une situation avantageuse sur l'Oronte qui coule du sud vers le nord et constitue une artère commerciale importante, ouvrant au sud sur la plaine de la Bekaa. Vers l'ouest la Méditerranée est accessible par la « trouée de Homs », affaissement situé entre le Djebel Ansariye et le Mont Liban[19]. C'est donc une ville de carrefour. Mais le seul objectif explicitement connu à cette bataille est l'Amurru, situé vers le nord-ouest autour du Djebel Ansariye et le long du littoral. C'est un ancien vassal de l'Égypte, passé dans le camp hittite puis à nouveau dans celui de l'Égypte. Le traité conclu environ un demi-siècle après la bataille entre son roi Shaushgamuwa et le hittite Tudhaliya IV (neveu de Muwatalli), rappelant le conflit entre Muwatalli et Ramsès, désigne explicitement ce royaume comme objectif des Hittites :

« Quand Muwatalli, le frère du père de Mon Soleil (Tudhaliya), le peuple de l'Amurru l'a trahi et lui a dit : « D'hommes libres nous sommes devenus des vassaux. Mais désormais nous ne sommes plus tes vassaux ! » Et ils ont suivi le roi d'Égypte. Alors Muwatalli, le frère du père de Mon Soleil, et le roi d'Égypte se sont affrontés pour le peuple de l'Amurru.  »

— Traité entre Tudhaliya IV et Shaushgamuwa[9].

Il s'agit logiquement de récupérer un vassal perdu. Il se pourrait également que la défense de l'Amurru soit l'objectif premier de Ramsès, qui n'aurait alors pas cherché à prendre Qadesh mais se serait destiné seulement à traverser son territoire[20]. Quoi qu'il en soit, l'enjeu de la bataille dépasse le simple conflit territorial : les deux camps souhaitent apporter la preuve de sa supériorité sur l'adversaire sur le champ de bataille pour pouvoir affirmer l'hégémonie sur la Syrie[21]. Cette région est au cœur des rivalités durant le Bronze récent. Aucune grande puissance n'en est originaire depuis la chute d'Alep (Yamkhad) au début du XVIe siècle av. J.‑C. et elle est morcelée entre des petites principautés incapables de rivaliser avec les grands royaumes les entourant (les Hittites, l'Égypte, le Mitanni puis l'Assyrie), . En dépit de leur faiblesse politique, ces petits États sont souvent riches, grâce à leurs richesses agricoles et surtout commerciales, car ils sont situés aux débouchés de routes essentielles pour l'approvisionnement des régions voisines en divers métaux, notamment l'étain venu d'Iran, essentiel pour la réalisation d'objets en bronze qui est encore le métal le plus forgé pour les outils et les armes de cette période[22].

[modifier] Préparatifs et forces en présence

[modifier] Du côté égyptien

Les troupes de Ramsès quittent l'Égypte vers mars-avril (le 9e jour du 2e mois de Shemou dans le calendrier égyptien) depuis Pi-Ramsès (à l'est du Delta du Nil), en direction de Qadesh et l'Amurru. Elles sont constituées de quatre « divisions » portant le nom d'une divinité : respectivement les divisions d'Amon, , Ptah et Seth, les quatre principaux dieux de la monarchie à cette époque, dont elles portaient les bannières. Elles sont respectivement basées à Thèbes, Héliopolis, Memphis et Pi-Ramsès. On estime qu'elles constituent chacune une force d'environ 5 000 soldats, qui sont des guerriers de métier disposant de ressources régulières (rations, salaires ou terres de service) et de conscrits. Le gros de chaque division est composé d'environ 4 000 soldats d'infanterie, regroupés en environ 200 compagnies dirigées par des « porte enseignes » et elles-mêmes subdivisées en sections de 50 hommes dirigées par des officiers. Les fantassins sont disposent de boucliers de cuir, de massues, de haches, de lances, de javelots, de dagues et d'épées recourbées (khepesh). Le corps d'élite est la charrerie, peut-être 500 chars par divisions, eux-mêmes regroupés en escadrons de 25 ou 50 chars. Ils sont montés par deux soldats, un conducteur et un archer qui dispose également d'autres armes pour le combat rapproché (javelot, bouclier), et tirés par deux chevaux. Les officiers encadrant les chars de combat sont parmi les plus prestigieux de l'armée égyptienne : le « lieutenant de charrerie », le « directeur des chevaux » et d'autres. Ce sont troupes de choc des champs de bataille du Moyen-Orient de l'Âge du Bronze récent. Chaque division est dirigée par un commandant en chef, et dispose également de ses services de logistique. C'est une force plus conséquente que celle de Séthi qui avait mobilisé trois divisions lors du précédent conflit contre les Hittites, et encore plus que celle dont Thoutmosis III disposait à Megiddo où il avait mobilisé « seulement » 924 chars[23],[24].

En plus des quatre divisions, l'armée égyptienne comptait d'autres troupes, notamment des auxiliaires, les mercenaires Shardanes (un des futurs « Peuples de la mer »), qui étaient d'anciens captifs de guerre que le roi avait intégré à ses propres troupes en raison de leur qualité militaire (notamment leurs armes spécifiques, comme leurs épées longues), et qui étaient encadrés par des Égyptiens[25]. Le dernier corps mentionné est celui des troupes dites Na'arin (souvent évaluées de façon arbitraire à 2 000 hommes environ), sans doute une division d'élite[24]. On ne sait pas exactement si elle a accompagné le reste des troupes depuis l'Égypte ou bien si elle est passée par le littoral et a rejoint le reste de l'armée au moment de la bataille depuis l'Amurru[26]. Cela constitue au total une force de plus de 20 000 hommes, peut-être 25 000, à laquelle il faut ajouter la logistique qui n'est pas comptabilisée dans les données des textes antiques qui ne s'intéressent qu'aux combattants. On notera que les vassaux égyptiens du Levant ne sont pas mentionnés, y compris l'Amurru. Il faut au moins admettre qu'ils ont apporté un soutien logistique à l'armée de leur suzerain (via le système tributaire). Ce dernier disposait également de garnisons permanentes installées dans ses dépendances, peu nombreuses mais qui ont pu avoir un rôle d'informateurs et de logistique[27].

Corps d'Armée Nom[réf. souhaitée] Emblème - Dieu Tutélaire Basé à[réf. souhaitée] Fondé par[réf. souhaitée] Effectif
Premier Corps Pouvoir des Arcs Amon Thèbes Traditionnel 500 chars et 5000 hommes ?
Deuxième Corps Abondance de Valeur Héliopolis Traditionnel 500 chars et 5000 hommes ?
Troisième Corps Force des Arcs Seth Pi-Ramsès Ramsès Ier ou Séthi Ier 500 chars et 5000 hommes ?
Quatrième Corps Inconnu Ptah Memphis Ramsès II 500 chars et 5000 hommes ?

[modifier] Du côté hittite

Un char de guerre hittite monté par deux guerriers, bas-relief d'Alacahöyük représentant une scène de chasse, Musée des civilisations anatoliennes d'Ankara.

Les textes égyptiens et les reliefs décrivent en détail les troupes mobilisées par les Hittites. Muwatalli aurait levé des contingents parmi tous ses vassaux et ainsi que des fonds considérables pour les équiper :

« Le vil ennemi du Hatti avait rassemblé autour de lui tous les pays étrangers, jusqu'aux confins de la mer : le pays du Hatti était venu tout entier, le Naharina (sans doute le Mitanni) de même, l'Arzawa, Dardanya, les Gasgas, les gens de Masa, les gens de Pitassa, d'Arawanna, Karkisa, Lukka, Kizzuwatna, Karkemish, Ugarit, Qode, le pays de Nuhasse tout entier, Mushanesh (?) et Qadesh. Il n'avait laissé aucun pays qu'il n'ait amené parmi toutes ces lointaines contrées, leurs chefs étaient là avec lui, chacun avec son infanterie, et sa charrerie, une formidable multitude,sans pareille. Ils recouvraient les collines et les vallées, ils ressemblaient à des sauterelles, à cause de leur grand nombre. Il n'avait laissé aucun argent dans son pays, il en avait dépouillé toutes ses possessions, pour le donner à l'ensemble des contrées étrangères, afin de la amener combattre avec lui »

— Poème de Pentaour[28].

L'identification des noms des pays mobilisées n'est pas toujours certaine. Après le Hatti vient le Naharina qui correspond sans doute au Mitanni (qui est alors devenu un vassal des Hittites), puis les pays de l'ouest et du nord anatolien soumis depuis le règne de Mursili II. Le premier est plus important est l'Arzawa, qui est évoqué en dépit du fait qu'il plus de réalité politique à cette époque car il a été éclaté entre trois entités politiques (Hapalla, Mira-Kuwaliya et le Pays de la rivière Seha)[29]. Dardanya correspond peut-être à la Troade, Masa à la Mysie, les Lukkas sont assurément les habitants de la Lycie, les Gasgas sont un peuple vivant au nord du Hatti et souvent une menace pour celui-ci ; la localisation des autres pays de cette région, connus par les sources hittites, est incertaine. Après le Kizzuwatna qui correspond à une partie de la Cilicie, le texte énumère les vassaux syriens des Hittites, dont Qadesh qui est repassée de leur côté, auxquels il faut rajouter Alep dont le prince est mentionné ailleurs parmi les alliés des Hittites. Il faut également évoquer l'Alshe, situé dans l'est anatolien, son prince étant présent dans les légendes des bas-reliefs[30]. Les légendes, textes et images évoquent en effet divers personnages éminents entourant Muwatalli, notamment plusieurs princes vassaux, et des frères du Grand roi, même si l'un d'eux, le futur Hattusili III, n'est pas présent alors qu'on sait par un autre source qu'il a participé à la bataille avec les troupes de son royaume Hakpissa[31].

Cela aurait donc abouti à la constitution d'une force de 18 000 fantassins et 19 000 guerriers-teher entourant le roi, et surtout 3 500 chars de combats tirés par deux chevaux et montés par 3 guerriers selon les représentations égyptiennes : un conducteur, un combattant avec un arc, plus un porte-bouclier qui n'était pas présent dans les représentations antérieures et serait une innovation de l'époque. En tout, cela ferait donc 47 500 combattants (et au moins 7 000 chevaux), donc une large supériorité numérique pour les Hittites[32]. Ces données ont manifestement pour but de glorifier l'exploit du roi égyptien, qui aurait vaincu une troupe largement supérieure en nombre à la sienne, représentant « tous les pays étrangers », ce qui correspond topos du combat du roi défendant seul son royaume seul face aux forces du chaos venant de l'étranger. La description de l'origine géographique des troupes mobilisées est généralement considérée comme fiable car elle correspond bien aux pays sous domination hittite à cette période, mais elle n'est pourtant pas sans soulever quelques doutes[33]. Il est surtout probable que le nombre des troupes hittites ait été gonflé, a fortiori si on prend en considération le fait que Ramsès prétend qu'ils se cachaient derrière la ville de Qadesh qui aurait eu du mal à dissimuler un camp de plus de 40 000 soldats avec sa logistique et ses milliers de chevaux qu'il fallait faire paître dans les espaces alentours[34].

Quoi qu'il en soit des débats sur les chiffres et l'origine des troupes, il apparaît que cette description correspond en gros à ce qui est connu de l'armée hittite, qui ne se différenciait pas fondamentalement des autres armées du Bronze récent[35]. La majorité des troupes était constituée de fantassins armés d'épées, de lances et d'arcs faits en bronze (et non pas en fer comme le veut une opinion courante), et protégés par des boucliers. Le corps d'élite était constitué par les chars de combat. La cavalerie montée est peu développée, réservée aux missions de surveillance et d'espionnage que l'on voit dans les récits sur Qadesh. Les Hittites avaient souvent recours aux troupes de leurs vassaux, dont les obligations contenues dans des traités de paix comportaient la nécessité d'assister militairement et financièrement leur suzerain en cas de besoin. L'encadrement des troupes hittites comprenait le roi et les hauts dignitaires de la cour hittite, notamment le Chef de la garde royale (les MEŠEDI) qui était généralement un frère du roi, et souvent les rois des dynasties hittites collatérales installées dans des cités syriennes, les « vice-rois » de Karkemish et d'Alep, représentées sur les reliefs de Qadesh, et qui jouent le rôle de relais du pouvoir hittite dans la région, et étaient donc au premier rang face aux Égyptiens et des Assyriens qui convoitaient la Syrie. Les autres agents du pouvoir hittite présents en Syrie sont les « Fils du roi », qui se trouvent dans les royaumes vassaux. Ils ont pu jouer un rôle dans la préparation du conflit, que ce soient les aspects logistiques et surtout ceux liés à l'information qui joue un rôle crucial dans ce conflit.

[modifier] Déroulement de la bataille

Depuis leur redécouverte et leur publication, les sources antiques sur la bataille de Qadesh ont fait l'objet de nombreuses études, parfois très poussées dans l'analyse militaire et tactique[36]. Elles fournissent en effet un matériau inédit sur le déroulement d'une bataille dans la Haute Antiquité : elles décrivent les préparatifs, les forces en présence chiffres à l'appui, les différents types d'unités, les mouvements et les tactiques des combattants. De quoi satisfaire les spécialistes d'histoire militaire. Mais pourtant, il ne faut pas oublier que le but premier de ces récits et de ces images n'est pas de raconter la bataille, mais de s'en servir pour illustrer le fait que Ramsès II est un roi idéal, aimé des dieux, au courage et à l'adresse au combat sans égaux. Il est donc impossible de prendre tout le contenu de ces documents pour argent comptant, de la même manière qu'il ne faut pas non plus les reléguer au rang de simple fable. Leur analyse nécessite de lire entre les lignes, le problème étant de déterminer quelles sont les informations les plus crédibles et lesquelles sont à rejeter, ce qui peut être assez périlleux. Cela est bien illustré par le fait que les historiens ne sont pas d'accord sur l'interprétation du résultat de l'affrontement : ceux qui gardent le plus d'éléments des documents ont tendance à en faire une victoire égyptienne, et ceux qui en rejettent plus en font une défaite égyptienne, ou de façon plus nuancée un match nul.

[modifier] L'avancée des troupes égyptiennes vers Qadesh

Représentation des possibles mouvements des troupes lors de l'attaque hittite.
Représentation des possibles mouvements des troupes lors de la contre-attaque égyptienne.

Les troupes égyptiennes mettent environ un mois à parvenir dans la Bekaa depuis leur départ d'Égypte, et reçoivent en chemin l'hommage de plusieurs vassaux cananéens. Elles s'établissent sur la rive droite de l'Oronte qui est franchissable par un gué sur le lieu nommé Shabtouna, une vingtaine de kilomètres au sud de Qadesh, vers l'actuelle Ribla. Ramsès a reçu deux patrouilleurs Shasou prétendant avoir quitté le camp hittite, qui ont dit que Muwatalli est avec ses troupes à Alep, 190 kilomètres plus au nord. Il s'agit en réalité d'une manœuvre de désinformation car l'armée hittite est déjà installée juste au nord-est de Qadesh[37].

Au matin du 9e jour du troisième mois de Shemou (vers le début du mois de mai), les troupes égyptiennes trompées par les agents doubles à la solde des Hittites se dirigent vers la gueule du loup. Le roi et ses proches, avec sa garde et la division d'Amon (et peut-être les Na'arin) franchissent en premier l'Oronte au gué de Shabtouna pour se rendre sur sa rive gauche et établissent leur camp à l'ouest de Qadesh, à l'opposé de la position des Hittites qui sont stationnés au nord-est derrière la ville, apparemment invisibles depuis la position des Égyptiens. Ces derniers montent leurs tentes, défont leur armement et mettent en place quelques patrouilles. Une d'entre elle réussit à capturer deux patrouilleurs hittites égarés, qui après une bastonnade révèlent la réelle position de leurs troupes :

« Sa Majesté leur demanda encore : « Où est-il, lui, le prince de Hatti ? Voyez, j'ai entendu dire qu'il était au pays d'Alep, au nord de Tunip ». Ils répondirent à Sa Majesté : « Vois, le vil prince du Hatti est venu avec les contrées innombrables qui sont avec lui et qu'il a acquises par force et toutes les contrées qui se trouvent dans le pays du Hatti [...]. Ils sont pourvus de leurs armées et de leurs charreries, et sont plus nombreux que les grains de sable de la berge. Et vois, ils se tiennent en armes, prêts au combat derrière Qadesh l'Ancienne ». »

— Bulletin, traduction de P. Grandet[38].

À ce moment, la division de Rê a traversé l'Oronte et se dirige vers le camp, tandis que la division de Ptah rejoint le gué et que celle de Seth est encore plus au sud. Les lignes égyptiennes sont étirées sur une bonne quarantaine de kilomètres[39].

[modifier] L'offensive hittite

Les stratèges hittites ont manifestement bien préparé la bataille et développé une stratégie qui consiste en une embuscade visant à détruire l'armée égyptienne morceau par morceau en profitant de son étalement qui la rend vulnérable et évite la confrontation directe avec la totalité de l'armée ennemie[40]. L'attaque est déclenchée contre la deuxième division arrivée, celle de Rê, au moment où Ramsès apprend la réalité de la position de ses ennemis :

« Mais comme Sa Majesté était assise à tenir conseil avec ses officiers, le vil vaincu de Hatti s'était avancé avec son armée et sa charrerie, ainsi que tous les pays étrangers qui étaient avec lui, dans l’intention de traverser le gué au sud de Qadesh. Soudain, ils enfoncèrent l'armée de Sa Majesté, qui progressait, ignorante du danger. Alors l’armée et la charrerie de Sa Majesté s'effondrèrent, courant devant eux vers le nord pour rejoindre l'endroit où se trouvait Sa Majesté. Les rangs des vaincus de Hatti encerclèrent alors la garde de Sa Majesté qui était à ses côtés. »

— Bulletin, traduction de P. Grandet[41].

Les chars hittites, positionnés sur la rive droite de l'Oronte, franchissent le fleuve et brisent les lignes de la division de Rê qui ne peut réagir. Ils remontent ensuite vers le nord en direction du camp égyptien où la division d'Amon n'a pas eu le temps de se réarmer complètement. Cette première partie de la bataille est un revers cinglant pour les troupes égyptiennes, et leur camp commence à être investi et leur roi est menacé[42]. Muwatalli, positionné de l'autre côté de l'Oronte avec de nombreuses troupes, peut contempler son succès.

[modifier] La réaction égyptienne

Le pillage du camp égyptien démobilise peut-être une partie des troupes hittites. En tout cas, Ramsès a eu le temps de se réarmer, de mettre ses fils à l'écart. Au moins une partie de la division d'Amon est prête au combat tandis que les Na'arin (dont la présence est peut-être ignorée de l'ennemi) rejoignent le camp à la hâte depuis le nord, créant un apport décisif pour vaincre l'encerclement des troupes égyptiennes par les Hittites. Dans le même temps, la division de Ptah est prévenue de l'assaut et hâte sa marche pour rejoindre le champ de bataille au plus vite. Les récits égyptiens font alors la part belle à l'action du Pharaon, qui aurait tenu tête seul aux hordes ennemies assaillant son campement. Il en ressort en tout cas que les troupes égyptiennes ont su renverser le cours du combat en leur faveur : les Hittites sont repoussés, malgré l'appui probable de nouveaux contingents. Ils sont forcés de battre en retraite en direction d'une zone marécageuse où beaucoup de soldats se seraient noyés, parmi lesquels un frère de Muwatalli, ce dernier assistant impuissant à la débâcle de ses troupes depuis l'autre rive de l'Oronte[43].

[modifier] Les derniers combats et la trêve

Au soir de la bataille, la division de Ptah a rejoint le gros de l'armée, et les troupes hittites ont été refoulées hors du camp. La division de Seth arrive sans encombre par la suite. Suivant le Poème, Ramsès est alors acclamé par ses troupes pour sa bravoure au combat, mais il réagit fermement en blâmant ses soldats pour leur lâcheté[44].

Le lendemain, les troupes égyptiennes enfin réunies et les troupes hittites encore nombreuses auraient fait une passe d'armes à l'initiative de Ramsès qui veut encore en découdre, mais selon le Poème ses ennemis refusent le combat. Ces combats n'aboutissent en tout cas à aucun résultat d'un côté ou de l'autre[45].

Dans l'impasse, les deux troupes cessent le combat. Suivant la description égyptienne des événements, c'est à ce moment que Ramsès reçoit un courrier de Muwatalli qui lui demande le « souffle de vie », c'est-à-dire de lui accorder sa bénédiction en l'épargnant après sa victoire[46]. Dans les faits, il s'agit plus certainement d'une demande d'armistice proposant à Ramsès de le laisser repartir sans encombres. Après avoir réuni son conseil, le roi égyptien accepte la proposition et repart dans son pays. Loin de ses bases et après avoir échappé à une débâcle, il s'agit sans doute pour le Pharaon de conserver ses forces encore disponibles et de les renforcer pour ensuite revenir dans la Bekaa pour faire valoir ses prétentions. Les deux ennemis se quittent en effet sans conclure de traité de paix : il s'agit donc d'une trêve[47].

[modifier] Les suites de la bataille

[modifier] Les derniers affrontements égypto-hittites et la conclusion de la paix

Copie de la version du traité égypto-hittite retrouvée à Hattusa (Musée Archéologique d'Istanbul)

Une fois les troupes égyptiennes reparties, les Hittites réussissent à reprendre le contrôle de l'Amurru, une dizaine d'années après sa défection. Son roi Benteshina est remplacé par un certain Sapilli, et il rejoint l'entourage du prince Hattusili. Si on suit un récit laissé par ce dernier une fois qu'il est devenu roi, les troupes hittites lancent ensuite une offensive contre le pays d'Apu (ou Upi, Aba), dans la région de Damas, un vassal de l'Égypte. Ramsès revient en Amurru en l'an 8 de son règne (1272 av. J.-C.), et réussit à prendre la cité de Dapur, événement commémoré sur les murs du Ramesséum. Puis il revient encore en l'an 10 (1270). Aucun succès durable ne ressort pour lui de ces affrontements. Le conflit entre l'Égypte et les Hittites s'achève de facto sur une situation de statu quo, un retour aux frontières telles qu'elles étaient avant les campagnes de Séthi Ier. Ni l'Amurru ni Qadesh ne passent dans le camp égyptien[48].

La situation pacifique qui s'est installée entre les deux royaumes est formalisée en 1259 av. J.-C. par le « traité éternel » conclu entre Ramsès II et Hatusili III. Ce dernier, frère de Muwatalli, est monté sur le trône en après avoir évincé son neveu Mursili III/Urhi-Teshub, héritier légitime mais peu solide d'autant plus qu'il était le fils d'une concubine et non de la reine en titre. Cette usurpation a incité Hattusili a conclure un accord avec le roi égyptien, d'autant plus que ce dernier avait probablement fourni l'asile à son neveu. La situation internationale est également en train de changer, et désormais les Hittites doivent affronter la menace de l'Assyrie, qui se fait de plus en plus pressante et est plus dangereuse que l'Égypte. Le contenu du traité est connu par une version recopiée sur les murs du Ramesséum et du temple d'Amon de Karnak[49] ainsi qu'une version sur une tablette d'argile retrouvée dans les ruines de Hattusa, la capitale hittite[50]. Il contient plusieurs clauses assurant la reconnaissance de la légitimité de Hattusili par Ramsès, et met en avant la situation de paix et fraternité qu'il instaure entre les deux dynasties :

« Ramsès, Grand Roi, Roi d'Égypte, est en bonne paix et bonne amitié avec [Hattusili], Grand Roi du Hatti. Les fils de Ramsès-aimé-d'Amon, < Grand Roi >, Roi d'Égypte, seront en paix et [en fraternité avec] les fils de Hattusili, Grand Roi, Roi du Hatti, pour toujours. Et ils resteront dans les mêmes relations de fraternité [et de] paix comme nous, ainsi l'Égypte et le Hatti seront en paix et en fraternité comme nous pour toujours. Ramsès-aimé-d'Amon, Grand Roi, Roi d'Égypte, n'ouvrira pas à l'avenir d'hostilités contre le Hatti pour y prendre quoi que ce soit, et Hattusili, Grand Roi, Roi du Hatti, n'ouvrira pas à l'avenir d'hostilités contre l'Égypte pour y prendre quoi que ce soit. »

— Traité entre Ramsès II et Hattusili III, version de Ramsès II retrouvée à Hattusa[51].

La relation entre la cour hittite et celle d'Égypte sont cordiales : des lettres retrouvées à Hattusa montrent que les deux rois correspondaient régulièrement entre eux, mais aussi les reines et les princes[52]. À deux reprises Ramsès prit pour épouse une fille de son homologue hittite[53].

[modifier] Qui a gagné Qadesh ?

Du fait des évidentes exagérations des documents égyptiens relatant la bataille, le résultat final de celle-ci est discuté. L'idée selon laquelle Ramsès II avait gagné la bataille comme il le prétend a été remise en cause. S'ils dénigrent les ennemis du Pharaon, les documents égyptiens ne sont pas tendres avec leurs propres troupes, du moment que cela met encore plus en relief l'action du roi : ils accusent de lâcheté ceux qui n'auraient pas tenu leur rang au combat, et relèguent au second plan des corps qui ont manifestement joué un rôle décisif dans la réaction contre les Hittites, comme les Na'arin. Des défaillances dans l'appareil militaire égyptien sont également décelables : le fait que les Égyptiens soient facilement tombés facilement dans le piège tendu par leur adversaire (s'il ne s'agit pas d'une invention des récits, tant l'idée que l'armée hittite ait pu se cacher est étonnante), et la débandade d'une partie des troupes qui s'en est suivie. Ils sont imputables au moins en partie au chef de l'armée en personne[54].

Assurément, la bataille de Qadesh a été vue comme une victoire par les Hittites, comme le montrent les deux documents datés des règnes de Hattusili III et Tudhaliya IV déjà évoqués, qui disent que les troupes égyptiennes ont été vaincues du fait du résultat final voyant l'Amurru revenu dans leur giron (mais ils ne font que le récupérer). Pour autant, le déroulement du combat rapporté par les sources égyptiennes, qui est généralement considéré comme fiable, montre plusieurs échecs hittites : en dépit de leur supériorité numérique, du choix du terrain et de leur succès initial dû à une stratégie bien pensée, ils ne sont pas en mesure d'infliger une défaite totale à l'adversaire alors qu'elle leur semblait promise[55].

La bataille a donc pu être présentée comme une victoire égyptienne[56] ou du moins comme un succès tactique égyptien, mais le résultat final est souvent vu de façon nuancée comme une demi-victoire ou bien une victoire pour aucun des deux, donc une impasse[57]. Le fait que les Égyptiens n'aient aucun gain territorial mais au contraire perdent la domination sur l'Amurru interdit en tout cas de voir le conflit comme une victoire égyptienne. S'il a peut-être gagné la bataille, Ramsès a vu son pays perdre la guerre[58].

[modifier] La mise en récit de la bataille : l'épopée de Ramsès II

Ramsès II maîtrisant des prisonniers ennemis, temple principal d'Abou Simbel.

Que le résultat final de la guerre contre les Hittites ait été peu flatteur pour les troupes égyptiennes, il est évident que Ramsès II a vu dans la bataille de Qadesh un événement fondateur pour son règne, véritable « épreuve du feu » face à son plus grand rival, et sans cela elle ne serait pas aussi bien connue. Le roi était alors seulement dans sa cinquième année de règne, qui avait débuté alors qu'il était encore jeune. Cet affrontement l'a profondément marqué sur le plan personnel, sans doute parce qu'il a failli y perdre beaucoup et qu'il a dû faire montre de ses qualités. Certains chercheurs estiment qu'il est peu probable que Ramsès ait fait autant de tapage sur une bataille qu'il n'avait pas de bonnes raisons de considérer comme une victoire sur le plan personnel[59]. Quoi qu'il en soit, la propagande égyptienne a transformé cette bataille pas franchement glorieuse pour son armée et son chef en victoire légendaire.

De ce fait, le déroulement exact du conflit peut paraître secondaire, ce qui doit ressortir des nombreux documents qui « reconstruisent » la bataille est le fait que Ramsès a eu l'occasion d'y prouver qu'il était unique, digne de sa fonction et capable de protéger l'Égypte seul dans les pires circonstances. Les récits relatifs à cette bataille s'inscrivent dans un type de récit qui a pu être qualifié de « Conte royal » (allemand Königsnovelle) courant sous le Nouvel Empire sous des formes très différentes[60], par exemple dans le récit de la victoire de Kamosé contre les Hyksôs ou celui de la bataille de Megiddo remportée par Thoutmosis III . Le roi se retrouve confronté à une épreuve qu'il doit surmonter seul par sa volonté d'agir, et remporte un triomphe inespéré qui prouve toute sa valeur et son éclat et donne un dénouement heureux au récit. Les récits sur Qadesh décrivent ainsi une fable à la gloire de Ramsès II : il tombe dans le piège tendu par un ennemi fourbe, se retrouve acculé, abandonné de tous et croit sa fin proche, mais par son courage et l'appui divin il évite la catastrophe. Tous les témoins de ses exploits (serviteurs ou ennemis) sont forcés d'admettre qu'il est unique par sa grandeur[61]. Cela ressort bien dans le passage du Poème relatant le retour triomphal du roi en Égypte :

« Il revint en paix vers le Pays Bien-Aîmé avec son infanterie et sa charrerie ; toute vie, stabilité et force étaient auprès de lui, les dieux et les déesses assurant la protection magique de son corps. Il avait repoussé tous les pays à cause de la crainte qu'il inspirait, tandis que sa puissance avait protégé son armée. Tous les pays étrangers louaient et acclamaient son beau visage. »

— Poème de Pentaour, traduction de C. Lalouette[62].

Ramsès est le rempart qui a sauvé l'Égypte contre les ennemis extérieurs symbolisant le chaos, qu'il défait tout seul au cours du combat. Suivant l'expression consacrée, il est celui qui combat le chaos (isfet) et rétablit l'ordre juste (maât). Le roi apparaît donc dans les récits sur l'affrontement de Qadesh comme digne de gouverner l'Égypte, parce qu'il été l'élu et le fils des dieux, et avant tout d'Amon[63]. Cela ressort explicitement dans le Poème, au moment où le roi adresse une longue prière au dieu alors qu'il se prépare à affronter l'ennemi tout seul, l'implorant de lui venir en aide alors qu'il s'est comporté comme un souverain pieux[64] ; le dieu intervient alors :

« Je m'aperçois qu'Amon vient à mon appel ; il me donne sa main, et je suis joyeux ; derrière moi il s'écrie : « Face à face avec toi, Ramsès-aimé-d'Amon ! Je suis avec toi, c'est moi ton père, ma main est avec la tienne. Je vaux plus que des centaines de milliers d'hommes, moi, le maître de la victoire, qui aime la vaillance. » »

— Poème de Pentaour, traduction de C. Lalouette[65].

À cette période, les batailles sont vues comme des jugements divins, des ordalies dont l'issue est tranchée par les grands dieux : celui qui gagne est celui qui a leurs faveurs[66]. Ainsi, une représentation d'Abou Simbel dans laquelle Amon tend l'épée-khepesh de la victoire à Ramsès maîtrisant des ennemis[67]. Ramsès est présenté comme un guerrier au courage et à l'adresse au combat sans égaux, abattant avec aisance ses ennemis en les criblant de flèches depuis son char :

« Alors il (Ramsès) monta sur Nakhtemouasé (« Victoire-dans-Thèbes »), son grand attelage, se lançant au galop tout seul. Sa Majesté était puissante, son esprit était intrépide, et on ne savait se mettre debout devant lui. Tout le terrain sur lequel il se tenait brûlait, et une flamme avait consumé tous les pays étrangers par sa chaleur. Ses yeux étaient féroces depuis qu’ils les avaient vus et sa puissance crachait du feu contre eux. Il lui était impossible de prêter la moindre attention fût-ce à un million d'étrangers, car il ne les considérait que comme des fétus de paille, quand il enfonçait les rangs des vaincus de Hatti, et des pays étrangers innombrables qui étaient avec eux, Sa Majesté ressemblant à Soutekh à la grande force, à Sekhmet au moment où elle se met en rage, Sa Majesté exterminant jusqu’au dernier homme l’armée du vaincu de Hatti, ainsi que ses nombreux officiers et tous leurs frères et tous les princes de tous les pays étrangers qui étaient venus avec lui. De leur armée et de leur charrerie les soldats se retrouvèrent tombés sur la face, l'un sur l'autre, Sa Majesté les tuant sur place, de sorte qu’ils formaient des rangées de cadavres devant ses chevaux, Sa Majesté étant toute seule, sans personne avec elle. »

— Bulletin, traduction de P. Grandet[68].

Il porte à son paroxysme l'image du roi-guerrier du Nouvel Empire. Le Poème fait reconnaître sa supériorité par le calame même de son adversaire Muwatalli II , dans un texte inventé pour l'occasion qui est un bon révélateur de l'idéologie royale égyptienne de la période :

« Ô souverain protecteur de son armée, vaillant grâce à son bras puissant, muraille pour ses soldats le jour du combat, roi de Haute et de Basse Égypte, prince de la joie, Seigneur du Double Pays, Ousermaâtrê-Setepenrê[69], fils de Rê, maître de puissance, Ramsès-aimé-d'Amon, doué éternellement de vie, ton serviteur parle, afin de faire connaître que tu es le fils de Rê, issu de son corps et qu'il t'a donné tous les pays réunis en un seul. Le pays d'Égypte et le pays du Hatti sont tes serviteurs ; ils sont tous à tes pieds ; Rê, ton père auguste, te les a donnés. »

— Poème de Pentaour, traduction de C. Lalouette[46].

Tout cela justifie la transformation de la bataille de Qadesh en véritable épopée de Ramsès II, qui trouvait un surcroît de légitimité dans les nombreux récits et représentations de celle-ci qu'il a commandités[70]. Ils ont participé à sa légende et à en faire un modèle pour les dynasties suivantes[71].

[modifier] Notes et références

  1. Kitchen 1982, p. 95-96. Spalinger 2005, p. 209.
  2. (en) A. Spalinger, The Transformation of an Ancient Egyptian Narrative: P. Sallier III and the Battle of Kadesh, Wiesbaden, 2002
  3. Les textes en hiéroglyphes des inscriptions monumentales sont transcrits dans (en) K. A. Kitchen, Ramesside Inscriptions II, Historical and Biographical, Oxford, 1979, p. 2-147.
  4. Kitchen 1999, p. 5-7. Traductions dans C. Lalouette Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, 1. Des Pharaons et des hommes, Paris, 1984, p. 108-124 et Grandet 2008, p. 313-323
  5. Kitchen 1999, p. 7-8. Traduction dans Grandet 2008, p. 323-327
  6. Traduction dans Grandet 2008, p. 327-335
  7. Kitchen 1982, p. 94-95. Kitchen 1999, p. 9-10. Spalinger 2005, p. 209-211.
  8. Par exemple (en) A. Spalinger, « Notes on the Reliefs of the Battle of Kadesh », dans H. Goedicke (dir.), Perspectives on the Battle of Kadesh, Baltimore, 1985, p. 1–42
  9. a et b (en) G. Beckman, Hittite Diplomatic Texts, Atlanta, 1999, p. 99-100
  10. Voir cependant Kitchen 1999, p. 13-15
  11. Grandet 2008, p. 165-185
  12. Bryce 2005, p. 178-183. J. Freu, Šuppiluliuma et la veuve du pharaon, Histoire d'un mariage manqué : Essai sur les relations égypto-hittites, Paris, 2005.
  13. Bryce 2005, p. 199-201 et 204-205
  14. Lalouette 1985, p. 94-95. Spalinger 2005, p. 195-197. Grandet 2008, p. 188-195
  15. Bryce 2005, p. 227-230. Freu 2008, p. 132-137.
  16. Kitchen 1999, p. 1-3
  17. Grandet 2008, p. 196-199.
  18. Spalinger 2005, p. 211. Freu 2008, p. 142.
  19. Voir la discussion détaillée sur les éléments topographiques intéressant la bataille de Qadesh dans Kitchen 1999, p. 15-21.
  20. Vandersleyen 1995, p. 524. Grandet 2008, p. 210 et 240.
  21. Bryce 2005, p. 234
  22. Cf. Grandet 2008 (notamment l'introduction) dont la thèse principale est que les Pharaons du Nouvel Empire cherchent à dominer le Levant pour avoir un approvisionnement sûr en diverses matières premières, en premier lieu l'étain.
  23. Lalouette 1985, p. 81-85 ; D. Valbelle et G. Husson, L'État et les institutions en Égypte, des premiers Pharaons aux empereurs romains, Paris, 1992, p. 139-155 ; (en) A. M. Gnirs, « Military: An Overview », dans D. B. Redford (dir.), The Oxford Encyclopaedia of Ancient Egypt, volume 2, Oxford et New York, 2001, p. 400-406.
  24. a et b Kitchen 1999, p. 39-41. Grandet 2008, p. 204-205. Spalinger 2005, p. 229-230.
  25. Lalouette 1985, p. 82-83 ; D. Valbelle et G. Husson, op. cit., p. 151.
  26. Spalinger 2005, p. 211. Vandersleyen 1995, p. 528-529. Grandet 2008, p. 215-216.
  27. (en) E. F. Morris, The Architecture of Imperialism: Military Bases and the Evolution of Foreign Policy in Egypt's New Kingdom, Leyde, 2005.
  28. Adapté de la traduction de C. Lalouette, Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, 1. Des Pharaons et des hommes, Paris, 1984, p. 110 ; les pays sont identifiés à partir de Bryce 2005, p. 235 et Freu 2008, p. 140-141.
  29. Bryce 2005, p. 192-197
  30. Voir les commentaires de (en) A. Goetze, « The Hittites and Syria (1300-1200 B.C.) », dans I. E. S. Edwards et al. (dir.), The Cambridge Ancient History II/2, Cambridge, 1975, p. 253 et Freu 2008, p. 140.
  31. Bryce 2005, p. 249-250. Cette information est extraite de l'Apologie de Hattusili III, §9, II 60–74.
  32. Bryce 2005, p. 235. Grandet 2008, p. 210-211.
  33. Freu 2008, p. 140 pense que cette liste est issue d'un acte administratif hittite et n'est donc pas fiable pour indiquer l'origine des troupes réellement mobilisées.
  34. Spalinger 2005, p. 214-216. Freu 2008, p. 144. Position plus nuancée de Bryce 2005, p. 235.
  35. Sur l'armée hittite, voir notamment (en) R. H. Beal, The Organisation of Hittite Military, Heidelberg, 1992 ; et (en) id., « Hittite Military Organization », dans J. M. Sasson (dir.), Civilizations of the Ancient Near East, New York, 1995, p. 545-554 pour une synthèse plus courte. Voir également (en) T. Bryce, Hittite Warrior, Oxford, 2007.
  36. Kitchen 1999, p. 21-42 présente longuement les différents travaux marquants sur la bataille antérieurs à ceux utilisés ici, et les propositions qu'ils ont avancées.
  37. Kitchen 1999, p. 42-43. Bryce 2005, p. 235-237. Grandet 2008, p. 205-207.
  38. Grandet 2008, p. 324-325
  39. Kitchen 1999, p. 44-45. Spalinger 2005, p. 210-213. Grandet 2008, p. 213-217.
  40. Vandersleyen 1995, p. 528
  41. Grandet 2008, p. 325-326
  42. Kitchen 1999, p. 45-46. Spalinger 2005, p. 214-216. Grandet 2008, p. 218-222.
  43. Kitchen 1999, p. 46-47. Spalinger 2005, p. 216 et 226. Grandet 2008, p. 223-224.
  44. Grandet 2008, p. 224-225
  45. Lalouette 1985, p. 121. Kitchen 1999, p. 47. Grandet 2008, p. 225-226
  46. a et b Lalouette 1985, p. 122
  47. Kitchen 1999, p. 47-48. Grandet 2008, p. 226. Freu 2008, p. 144.
  48. Grandet 2008, p. 237-245. Freu 2008, p. 144-146.
  49. Kitchen 1999, p. 136-144. Grandet 2008, p. 337-344
  50. (en) G. Beckman, Hittite Diplomatic Texts, Atlanta, 1999, p. 127-143
  51. A. obv. 19-21, traduit à partir de (en) G. Beckman, Hittite Diplomatic Texts, Atlanta, 1999, p. 92. On trouvera une transcription des deux versions du texte dans (de) E. Edel, Der Vertrag zwischen Ramses II. von Ägypten und Ḫattušili III. von Ḫatti, Berlin, 1997.
  52. (de) E. Edel, Die ägyptisch-hethitische Korrespondenz aus Boghazköi in babylonischer und hethitischer Sprache, 2 t., Opladen, 1994
  53. Lalouette 1985, p. 127-139. Bryce 2005, p. 273-286. Grandet 2008, p. 245-250.
  54. Pour J.-C. Goyon, De l'Afrique à l'Orient, L'Égypte des pharaons et son rôle historique (1800-330 avant notre ère), Paris, 2005, p. 160 : « la géniale victoire de la « Bataille de Qadesh » n'est, en dépit d'une indéniable bravoure des combattants venus d'Egypte et de leurs alliés, qu'une accumulation de cafouillages et de désastreuses initiatives à inscrire au débit de l'état-major égyptien comme de son chef suprême, Ramsès II. »
  55. Grandet 2008, p. 229 qualifie la prestation des troupes hittites de « médiocre ».
  56. Par exemple Lalouette 1985, p. 122-123
  57. Voir les discussion dans B. Menu, Ramsès II : Souverain des souverains, Paris, 1998, p. 88 ; Vandersleyen 1995, p. 529-530 ; Bryce 2005, p. 239-240 ; Grandet 2008, p. 227-230 et 274 ; Freu 2008, p. 144.
  58. Ce qui peut être résumé par la formule « Ramsès a gagné, l'Égypte a perdu », cf. Kitchen 1999, p. 49 ou encore P. Garelli, Le Proche-Orient asiatique, Des origines aux invasions des peuples de la mer, Paris, 1969, p. 185.
  59. Vandersleyen 1995, p. 530
  60. Au point que l'unité du genre est discutable. Cf. (en) A. Loprieno, « The 'King’s Novel' », dans A. Loprieno (dir.), Ancient Egyptian Literature, History and Forms, Leyde, New York et Cologne, 1996, p. 277-295
  61. Voir aussi Liverani 1990, p. 115-125
  62. C. Lalouette, Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte, 1. Des Pharaons et des hommes, Paris, 1984, p. 119
  63. Lalouette 1985, p. 384-387
  64. Lalouette 1985, p. 119-120
  65. Lalouette 1985, p. 120
  66. Lalouette 1985, p. 391-399 ; Liverani 1990, p. 150-159
  67. B. Menu, Ramsès II : Souverain des souverains, Paris, 1998, p. 88 et 90-91 ; Lalouette 1985, p. 373-379 et 388.
  68. Grandet 2008, p. 326-327. Voir aussi les passages correspondant du Poème : Lalouette 1985, p. 116 et 120-121
  69. « La justice de Rê est puissante, l'élu de Rê », nom de Nesout-bity de Ramsès II .
  70. D. Amman, « Face aux étrangers », dans R.-M. Jouret (dir.), Thèbes 1250 av. J.-C. : Ramsès II et le Rêve du pouvoir absolu, Paris, 2002, p. 55
  71. Lalouette 1985, p. 121-122. Kitchen 1982, p. 309-310.

[modifier] Bibliographie

  • (en) T. Bryce, The Kingdom of the Hittites, Oxford, 2005 
  • J. Freu et M. Mazoyer, L'apogée du nouvel empire hittite, Les Hittites et leur histoire 3, Paris, 2008 
  • P. Grandet, Les Pharaons du Nouvel Empire : une pensée stratégique (1550-1069 avant J.-C.), Paris, 2008 
  • K. A. Kitchen, Ramsès II, le pharaon triomphant : sa vie et son époque, Paris, 1982 
  • (en) K. A. Kitchen, Ramesside Inscriptions, Translated and Annotated, Notes and Comments II, Malden et Oxford, 1999 
  • C. Lalouette, L'Empire des Ramsès, Paris, 1985 
  • (en) M. Liverani, Prestige and Interest, International Relations in the Near East, 1600-1100 B.C., Padoue, 1990 
  • (en) A. Spalinger, War in Ancient Egypt, Malden, Oxford et Victoria, 2005 
  • C. Vandersleyen, L'Égypte et la vallée du Nil, vol. 2 : De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel empire, Paris, 1995 

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