Bataille de Mazagran

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Bataille de Mazagran
Défense héroïque du capitaine Lelièvre à Mazagran par Jean-Adolphe Beaucé
Défense héroïque du capitaine Lelièvre à Mazagran par Jean-Adolphe Beaucé
Informations générales
Date février 1840
Lieu Mazagran, Algérie
Issue Victoire française
Belligérants
Drapeau français Royaume de France Dz flag-Abdelkader.gif État d'Abd el Kader
Commandants
Capitaine Lelièvre Mustapha ben Tami
Forces en présence
123 hommes[1] 4 000 hommes
2 canons[1]
Pertes
3 morts
16 blessés[2]
500 à 600 morts ou blessés[1],[2]
Conquête de l'Algérie par la France
Batailles
Campagne contre la Régence d'Alger (1830-1837)

Sidi-FerruchStaoueliSidi KhalefAlgerBlidaOranBône1re Constantine2e Constantine

Campagne contre Abd-el-Kader (1832-1834)

Kheng-Nettah1re Bougie

Campagne contre Abd-el-Kader (1835-1837)

2e BougieSigMactaMascaraHabrahTlemcenSikkakSomahTraité de Tafna

Campagne contre Abd-el-Kader (1839-1847)

Portes de FerMazagranAfroumMouzaïaMédéaLa SmalaIslySidi-Brahim

Campagne de la Grande Kabylie (1857)

ChellataMezegueneAït Aziz

Campagne de pacification (1830-1871)

El Ouffia (1832)Zibans (1844)Enfumades (1845)Zaatcha (1849)Laghouat (1852)Mokrani (1871)

Campagne du Sahara (1881-1902)

Flatters1re HoggarTit2e Hoggar

La bataille de Mazagran est un combat de la conquête de l'Algérie, qui eut lieu en février 1840 à Mazagran, ville de l'Ouest algérien, à 4 km au sud de Mostaganem. La bataille opposa 123 chasseurs de la 10e compagnie du 1er Bataillon d'infanterie lègère d'Afrique, sous les ordres du capitaine Lelièvre, à plusieurs milliers de soldats algériens, conduits par un lieutenant de l'émir Abd el-Kader, Mustapha ben-Tami, qui tentèrent sans succès d'investir une redoute sommaire.

Un monument commémoratif fut érigé, par souscription, à la mémoire du fait d'armes de Mazagran, popularisé par la presse française : une colonne corinthienne surmontée d'une statue de la France, placée dans la partie est de l'ancienne redoute.

Descriptions d'époque[modifier | modifier le code]

Version du général français Guéhéneuc[modifier | modifier le code]

« La province d'Oran devint presque en même temps que celle d'Alger le théâtre de la guerre sainte. Au commencement du mois de février les beys de Mascara et de Tlemcen vinrent, à la tête de douze mille hommes, attaquer le réduit fortifié de Mazagran, défendu seulement par cent vingt-trois hommes du premier bataillon d'Afrique, sous les ordres du capitaine Lelièvre. Voici l'ordre du jour adressé par le général Guéhéneuc aux troupes de la division d'Oran :
«  L'attaque a duré cinq jours : la force totale de l'ennemi est estimée à douze mille hommes, d'après les calculs les plus modérés; il avait avec lui deux pièces d'artillerie.
«  Le 3 février, entre dix et onze heures du matin, une colonne de huit cents hommes est venue attaquer le réduit de Mazagran... La ville, n'étant point occupée, fut envahie en un instant par l'ennemi : une vive fusillade s'engagea de part et d'autre ; l'artillerie ennemie ouvrit son feu : la nuit mit fin au combat.
«  Le 4 l'ennemi, plus nombreux que la veille, renouvela l'attaque, qui commença à six heures du matin et dura jusqu'à six heures du soir, et fut encore repoussé avec perte.
«  Le 5, nouvelle attaque, qui eut le même sort que les précédentes.
«  L'artillerie des Arabes ayant fait brèche dans les murs de Mazagran, la garnison profita de la nuit pour réparer les murailles, panser les blessés et se préparer à de nouveaux combats. Enfin le 6 l'ennemi fit une tentative désespérée pour se rendre maître de ce poste : une colonne de deux mille fantassins donna l'assaut ; l'ennemi parvint jusque sur la muraille ; mais, grâce à l'intrépide opiniâtreté de la garnison, il fut repoussé, tantôt à coups de baïonnettes, tantôt avec des grenades, et même à coups de pierres. Ce fut son dernier effort : entièrement découragé, il se retira, abandonnant l'attaque et ses positions[3]. »

— M. Philipoteaux, Galeries historiques du palais de Versailles, Imprimerie de Fain et Thunot, Paris, 1842

Version de l'officier français Pellissier de Reynaud[modifier | modifier le code]

« ...dans les premiers jours de février 1840, Mustapha ben-Tami, khalifa de Mascara, à la tête de 1500 à 2000 hommes, dont un quart environ d'infanterie, vint attaquer avec quelque vigueur un poste fermé situé sur les ruines de Mazagran et défendu par 123 hommes du 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique, commandés par le capitaine Lelièvre. L'ennemi espérait forcer cette faible garnison à se rendre par le manque d'eau, ignorant qu'il existait un puits dans l'enceinte du poste. Du 2 au 6 février, Ben-Tami ne fit que tirailler; il avait une mauvaise pièce de canon qui ne put tirer qu'un seul coup. Le 6 au matin, il manifesta quelques velléités d'assaut; mais bientôt découragé par l'inutilité de ses efforts, il abandonna la partie et se retira complètement, non sans avoir éprouvé des pertes assez considérables. Le même jour, la garnison de Mostaganem, commandée par le lieutenant-colonel Dubarail, avait tenté dans la matinée une diversion qui ne laissa pas d'inquiéter Mustapha ben-Tami, bien que cet officier eüt été obligé de se retirer devant la cavalerie arabe, dont les forces lui étaient extrêmement supérieures. La même chose lui était arrivée le 3. La garnison de Mazagran n'eut qu'un homme tué dans les quatre jours de combat qu'elle eut à soutenir; cette circonstance, rapprochée du prodigieux retentissement qu'eut dans le temps la défense de ce poste, suffirait, sans autres détails, pour démontrer qu'il y eut beaucoup d'exagération dans la manière dont on présenta cette action de guerre, qui, néanmoins, est loin d'être sans gloire pour le 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique. Seulement, la vérité historique nous oblige de dire que le Gouvernement et le public firent en plus pour les défenseurs de Mazagran ce qu'ils avaient fait en moins, en 1838, pour ceux de Djemilah, dont on s'occupa à peine. »

— Edmond Pellissier de Reynaud, Annales algériennes, édition de 1854, Alger, tome 2, pp. 428-429

Version du cavalier El-Hossin-ben-Ali-ben-Abi-Taleb, cousin germain et beau-frère de l'émir Abd-el-Kader[modifier | modifier le code]

« De cet endroit (Tagdemt), j'allais rejoindre El hadj Moçtafa, K'ralifa de Mascara. Les contingents arabes et les soldats étaient campés près d'Oran. Avec eux nous nous dirigeâmes sur Mazer'eran (Mazagran). La ville (?) fut entourée de toutes parts. Les soldats se précipitèrent aux murailles. Nous pointâmes une pièce de canon qui abattit la hampe à laquelle ils arboraient le drapeau. Certain jour, un homme du nom de Sid Mohamed ben Mezrona', bach-kateb (trésorier) des soldats, répandit le bruit parmi ceux-ci que le sultan avait écrit de retourner ; les soldats partirent. C'était un mensonge. J'eus un cheval tué à ce siège. De retour auprès du sultan qui était revenu à Tak'edemt (Tagdemt), je lui rendis compte de ce qui était arrivé ; il destitua le bach-kateb. »

— El-Hossin-ben-Ali-ben-Abi-Taleb, Histoire d'el hadj Abd-el-Kader[4]

Le Mazagran[modifier | modifier le code]

« Les cent vingt trois Français qui, sous le commandement du capitaine Lelièvre, défendirent Mazagran contre douze mille Arabes, étaient abondamment pourvus d'eau par un excellent puits qui se trouvait dans le retrait du fort; mais l'eau-de-vie vint à manquer, et nos braves prenaient du café noir un peu sucré et fortement étendu d'eau. Or, une fois délivrés, nos soldats aimaient à prendre le café « comme à Mazagran », et cette expression, bientôt réduite à « Mazagran » tout court, se répandit parmi les militaires, et les civils l'adoptèrent. »

— Eugène Muller, Curiosités historiques et littéraires, Delagrave, 1897

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Léon Galibert, Histoire de l'Algérie ancienne et moderne, 1843, p.615.
  2. a et b P. Christian, L'Afrique française, l'Empire du Maroc et les déserts de Sahara, p.341.
  3. La Bataille de Mazagran in Galeries historiques du palais de Versailles
  4. El-Hossin-ben-Ali-ben-Abi-Taleb, Histoire d'El hadj Abd-el-Kader, 1847-1848, traduit par Adrien Delpech dans la Revue africaine 1876 -pp. 418-455 -, p. 436 ; Lire en ligne

Lien externe[modifier | modifier le code]