Bataille de Marj as-Suffar

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Bataille de Marj as-Suffar
ou
Bataille de Chaqhab
Rencontre entre Héthoum II roi d'Arménie (à gauche) et Ghazan accompagné de ses émirs (à droite) en 1303.
Rencontre entre Héthoum II roi d'Arménie (à gauche) et Ghazan accompagné de ses émirs (à droite) en 1303.
Informations générales
Date 20 au 22 avril 1303
Lieu Marj as-Suffar à environ 35 km au sud de Damas
Issue Victoire des Mamelouks et dernières incursions mongole en Syrie
Belligérants
Il-khanides
Arméniens[1]
Géorgiens[1]
Mamelouks
Quelques Arabes.
Commandants
Mulay
Chupan
Qutlugh Châh
Emir Sayf ad-Dîn Salâr
Baybars al-Jashankir
An-Nâsir Muhammad
Forces en présence
50 000 Mongols, Arméniens et Géorgiens[1]  ?
Pertes
10 000 hommes sont faits prisonniers[2]
Au moins 2 600 morts[3]
environ 1.000 hommes
Invasions mongoles
Coordonnées 33° 21′ 39″ N 36° 14′ 53″ E / 33.36084, 36.248177 ()33° 21′ 39″ Nord 36° 14′ 53″ Est / 33.36084, 36.248177 ()  

La bataille de Marj as-Suffar[4] appelée aussi bataille de Chaqhab[5] est le dernier affrontement des Mongols il-khanides avec les Mamalouks en Syrie (20 au 22 avril 1303). Par la suite les Mongols ne refranchissent plus l’Euphrate.

Prémices[modifier | modifier le code]

Fin 1299, l’il-khan Ghazan a fait une première campagne en Syrie. Cette campagne s’est terminée par une victoire à la bataille de Wadi al-Khazandar qui s’est terminée par une victoire de Ghazan sur An-Nâsir Muhammad. Après cette bataille, une armée de renforts forte de 5 000 hommes venant d’Anatolie arrive avec le roi de Cilicie Héthoum II qui a retrouvé la vue après avoir été aveuglé lors de sa captivité. Le sultan An-Nâsir Muhammad arrive dans Homs au coucher du soleil, les habitants lui demandent que faire, il leur répond de se sauver comme ils le pourront. An-Nâsir Muhammad repart vers Le Caire. Le gouverneur de Homs vient apporter à Ghazan les clefs de la ville qui renferme les trésors du sultan. Ghazan distribue ces richesses à ses officiers et revêt plusieurs des robes du sultan. Il passe deux jours à Homs et se dirige ensuite vers Damas[6].

En janvier 1300, Damas se rend à Ghazan sans combat. Le 4 février Ghazan ayant reçu le tribut des villes conquises, repart vers ses états et franchit l’Euphrate le 16[7]. Ghazan laisse cependant derrière lui un contingent, dont l’émir Chupan fait partie, sous le commandement de Qutlugh Châh pour tenir les territoires conquis. Chupan commande l’avant garde de l’armée pendant la vaine campagne de 1300[8]. Pour cette nouvelle campagne Ghazan fait appel au Francs. Il leur donne rendez-vous à Antioche. Au mois de novembre, Amaury de Lusignan vient avec 300 chevaliers accompagné de chevaliers du Temple et de l’Hopital au moins aussi nombreux. L’hiver particulièrement rigoureux empêche Ghazan de venir au rendez-vous qu’il a fixé. Au mois de février, Qutlugh Châh arrive enfin avec 60 000 hommes. Il part vers Alep puis Homs[9] et revient sans rien faire de plus[10].

La campagne de 1303[modifier | modifier le code]

Tajet des campagnes mongoles de 1300 à 1303. Emplacement de la bataille de Wadi al-Khazandar (3rd Homs, victoire mongole en décembre 1299). Emplacement de la bataille de Marj as-Suffar.

Ghazan traverse l’Euphrate à Hilla. Le 30 janvier 1303, il visite le tombeau de Husayn à Kerbala et fait des aumônes aux habitants de ce lieu saint des chiites. Il longe ensuite le fleuve vers le nord. Il laisse en route ses femmes et sa suite leur ordonnant de l’attendre à Sinjâr. Il arrive le 18 mars à Al-Rahba. Le surlendemain, il envoie trois messagers porteurs d’une lettre de sommation au gouverneur qui s’est retranché dans la citadelle avec les habitants de la ville. Les habitants de la citadelle demandent un délai pour donner leur réponse. Le lendemain, les assiégés envoient deux émissaires pour annoncer leur reddition. Ghazan apprend alors que Qutlugh Châh, Chupan et Mulay ont traversé l’Euphrate à Raqqa et viennent d’arriver à Alep. Ghazan s’arrête à Deir ez-Zor envoie les troupes qui l’accompagnent rejoindre le gros de l’armée. Il retraverse l’Euphrate et va retrouver sa suite à Sinjâr[11].

L’ex-sultan mamelouk Kitbugha, devenu gouverneur de Hama à la tête d’un régiment de Géorgiens attaque le détachement mongol se trouvant à Arz[12]. Il libère 6 000 prisonniers turcs des deux sexes (31 mars 1303). Lorsque Qutlugh Châh s’approche de Hama, Kitbugha se replie sur Damas. Il quitte la ville et rejoint le gros des armées égyptiennes commandées par le sultan An-Nâsir, sur les hauteurs (18 avril). An-Nâsir était parti du Caire accompagné du calife Al-Mustakfi Ier le 23 mars. Il campe devant Damas le vendredi 19 avril premier jour du mois de ramadan. La population de la ville est terrifiée d’être restée sans défense. Le samedi, la population s’attendait à une bataille dans les rues de Damas, mais l’armée mongole contourne Damas et se dirige vers Al-Kiswa[13]. Arrivés à Al-Kiswa, les mongols s’arrêtent[11].

La bataille[modifier | modifier le code]

L’armée mongole compte environ 50 000 hommes et comprend deux corps auxiliaires d’Arméniens et de Géorgiens sous les ordre de Qutlugh Châh. De son côté le sultan An-Nâsir met ses troues en ordre de bataille dans une plaine verdoyante appelée Marj as-Suffar. Il se place au centre avec le calife Al-Mustakfi et l’émir Sayf ad-Dîn Salâr, Baybars al-Jashankir et d’autres chefs dont le gouverneur de Damas. A l’aile droite les troupes de Hama et les Arabes, à gauche les troupes d’Alep et de Tripoli. An-Nâsir dit aux Mamelouks de sa garde : « Vous tuerez qui vous verrez fuir et à vous sa dépouille. » La bataille commence le Samedi en milieu de journée par une charge de Qutlugh Châh sur la droite des égyptiens qui perdent environ 1 000 hommes. Plusieurs corps du centre et de l’aile gauche viennent à son secours. Sayf ad-Dîn Salâr et Baybars al-Jashankir amènent les autres généraux à suivre leur exemple et parviennent à faire reculer Qutlugh Châh qui est alors secouru par l’émir Chupan. La plus grande partie de l’aile droite égyptienne a lâché prise. Les troupes qui sont restées en arrière croient la bataille perdue et abandonnent les bagages du sultan qui sont pillés. Le combat s’arrête et Qutlugh Châh se retire avec ses troupes sur la montagne. Mulay qui revient de sa poursuite de l’aile droite mamelouke, ramène des prisonniers qui apprennent à Qutlugh Châh la présence du sultan An-Nâsir et du calife Al-Mustakfi. Mulay ne prévoyant rien de bon pour le lendemain part avec sa division après le coucher du soleil[11].

Pendant la nuit, les fuyards de l’armée mamelouke reviennent par petits groupes. Les armées égyptiennes cernent la montagne occupée par les mongols. Un prisonnier égyptien parvenu à s’échapper informe An-Nâsir que l’armée mongole souffre de la soif. Les tentatives mongoles pour rejoindre la plaine sont repoussées jusqu’au milieu de la journée. Le sultan fait alors ouvrir un passage aux assiégés afin de les détruire plus aisément. Les Mongols passent par cet intervalle d’abord une division commandée par Chupan puis le centre où se trouvait Qutlugh Châh enfin un troisième corps. Ils se dirigent vers la rivière et s’y précipitent. Des chevaux enfoncent dans le terrain marécageux. Cette armée en déroute est poursuivie jusqu’au soir[11].

Après la bataille[modifier | modifier le code]

Le lendemain, An-Nâsir envoie des troupes sur les traces des Mongols. Les chevaux des fuyards étaient épuisés de fatigue. Ils jettent leurs armes et se laissent tuer. Beaucoup périssent des mains des valets de l’armée qui amassant un grand butin Des bandes de fuyards trompés par leurs guides bédouins sont abandonnés au milieu du désert où ils meurent de soif. D’autres sont conduits jusqu’à la Ghûta de Damas et tués par la populace. Le lundi An-Nâsir quitte le champ de bataille et passe la nuit à Al-Kiswa. Des pigeons sont envoyés pour porter la nouvelle de la victoire à Gaza. L’ordre est donné d’arrêter les fuyards et de les empêcher d’entrer en Égypte, et de rechercher tous ceux qui on participé au pillage du trésor du sultan. Le matin du mardi 23 avril 1303, An-Nâsir entre dans Damas et est accueilli en sauveur. L’un des émirs d’Alep qui s’était enfui au cours de la bataille est repris. Il est cloué sur un chameau et promené dans Damas. Le Gouverneur de Gaza pend les fuyards et récupère la plus grande partie du trésor qui a été pillé. An-Nâsir part de Damas le 21 mai et rentre triomphalement au Caire. Son cortège est précédé de 1 600 prisonniers enchaînés portant chacun la tête d’un cadavre pendue à son cou et de 1 000 têtes de mongols fichées sur des lances[11]. Qutlugh Châh est puni de quatre-vingt-sept coups de fouet. Chupan qui a soutenu le moral des troupes pendant la retraite reçoit trois coups de fouet pour sauver les apparences[8].

Gazan arrive à Tabriz le 8 septembre et donne ses ordres pour les préparatifs d’une nouvelle expédition en Syrie. Il avait récemment sollicité les souverains de la Chrétienté de venir intervenir en Syrie. Des individus qui se disent ses messagers arrivent à Paris en 1303 pour renouveler au roi de France Philippe le Bel ses propositions d’alliance et l’assurer qu’il est disposé se convertir au Christianisme. Le roi d’Angleterre Édouard Ier reçoit une lettre de Ghazan par celui même qui avait été chargé de la même mission par Arghoun quatorze ans auparavant. Quelques jours plus tard, Ghazan est attaqué d’une ophtalmie. Pour le guérir des médecins chinois lui firent des scarifications en deux endroits du corps. Le 31 octobre il prend la route d’Ujan mais la douleur que lui font les séquelles de l’opération subie l’empêchent de monter à cheval. En cours de route, il donne à Qutlugh Châh le commandement de la frontière de l’Arran. Il a l’intention de se rendre à Bagdad mais les chemins sont devenus impraticables. Il décide de passer l’hiver au bord la rivière Hûlân mûrân (Sefid Rûd) [11].

Ghazan quitte sa retraite partit à la fin de mars 1305, il prend la route vers Ray où il retombe malade. Il fait son testament où il désigne son frère Oldjaïtou comme successeur. Il décède le dimanche 17 mai 1304[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VIII », p. 330
  2. Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VIII », p. 334 (note 1)
  3. 1 600 + 1 000 d’après Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VIII », p. 337
  4. Marj as-Suffar en arabe : marj al-ṣuffar, مرج الصُفر, le pré jaune.
  5. Chaqhab en arabe : šaqḥab, شقحب.
  6. Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VI », p. 230-241
  7. Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VI », p. 256-257
  8. a et b (en) Charles Melville, « Čobān », dans Encyclopædia Iranica en ligne.
  9. Homs est appelée La Chamelle dans le texte de Guillaume de Tyr
  10. Guillaume de Tyr, « Historia rerum in partibus transmarinis gestarum », p. 400 §620-624.
  11. a, b, c, d, e et f Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VIII », p. 324-348
  12. Arz, lieu non identifié de manière précise. Le mot arabe ʾarz, , signifie cèdre, d’où l’on peut penser qu’il s’agit d’un lieu situé dans la montagne libanaise à une centaine de kilomètres au sud de Hama. Voir Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VIII », p. 328.
  13. Al-Kiswa (en arabe : al-kiswa, الكسوة) actuellement une banlieue à 20 km au sud du centre de Damas. 33° 21′ 39″ N 36° 14′ 53″ E / 33.36084, 36.248177 (). Le mot Kiswa signifie draperie ; vêtement et désigne la draperie qui recouvre la Ka`ba à La Mecque.
  14. Constantin d’Ohsson, op. cit., vol. IV (lire en ligne), « livre VI, chapitre VIII », p. 349-350

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]