Bataille de Leuctres

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Bataille de Leuctres
Informations générales
Date 6 juillet -371
Lieu Leuctres, Béotie
Issue Victoire thébaine décisive
Belligérants
Thèbes Sparte
Commandants
Épaminondas Cléombrote II
Forces en présence
6 000 à 7 000 hoplites
1 500 cavaliers
10 000 à 11 000 hoplites
1 000 cavaliers
Pertes
environ 300 morts plus de 1 000 morts
Coordonnées 38° 25′ 00″ N 23° 05′ 00″ E / 38.416666666667, 23.08333333333338° 25′ 00″ Nord 23° 05′ 00″ Est / 38.416666666667, 23.083333333333  

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Leuctres.

La bataille de Leuctres (un lieu-dit de Béotie, situé au sud-ouest de Thèbes, non loin de Thespies) a lieu le 6 juillet 371 av. J.-C.[1], et voit la victoire des Thébains, conduits par le béotarque Épaminondas, qui infligent une sévère défaite aux Spartiates du roi Cléombrote II.

Considérée par beaucoup comme une révolution tactique pour l'emploi de l'ordre oblique (ce qui reste discuté par les historiens, dont V. Hanson), la bataille de Leuctres marque un tournant dans les rapports entre cités grecques. L'hégémonie spartiate est mise à mal et la cité ne s'en relèvera pas. Thèbes au contraire commence une hégémonie qui dura 10 ans jusqu'à la mort d'Épaminondas tué à la bataille de Mantinée (en -362).


Contexte[modifier | modifier le code]

En 387 les cités grecques avaient juré de respecter chacune l'autonomie des autres (principe d'une paix commune). Mais, en 382 Sparte viole ce serment et prend Thèbes par ruse. En 378 les Thébains parviennent à rejeter les Spartiates hors de leurs terres. Après les échecs des campagnes de Cléombrote et d'Agésilas et la défaite cinglante de Tégyres, Sparte est contrainte de re-prêter serment en 375 en acceptant l'indépendance de Thèbes.

L'ennemi spartiate vaincu, Thèbes allait s'occuper de ses voisins béotiens qui avaient aidé les Spartiates contre elle : Thèbes attaque presque toutes les villes de Béotie et rase Platées et Tanagra, seule Orchomène lui résiste.

En 371 Thèbes accepte de jurer la paix commune uniquement si on lui reconnait la possession de la Béotie entière, ce que Sparte refuse. Sparte envoie alors une armée commandée par le roi Cléombrote.

Les Thébains affrontent alors l'armée spartiate dans la plaine de Leuctres. Les Athéniens ont refusé d'aider les Thébains, pourtant leurs alliés contre Sparte depuis 378.

Thèbes se retrouve seule avec le concours de quelques cités béotiennes. Jason de Phères, tyran (tagos) de Thessalie, accepte de jouer les intermédiaires dans un premier temps pour éviter tout combat. Mais, sur le chemin du retour, Cléombrote croise une armée de renfort qui le convainc cette fois de livrer la bataille.

D'après Pausanias, en 371 av. J.-C., les Thébains consultent l'oracle de Trophonios avant la bataille[2].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Épaminondas fait une brillante démonstration de ses talents de stratège : il renforce son aile gauche et non la droite comme de coutume (les hoplites thébains sont répartis sur une profondeur de 50 rangs, contre 12 pour les troupes lacédémoniennes), le Bataillon sacré thébain, mené par Pélopidas, fait directement face aux hoplites spartiates. Lors de l'assaut, cette puissante formation, agissant comme la proue d'un navire, enfonce les lignes lacédémoniennes, anéantissant leur aile droite, précisément là où sont situées leurs meilleures troupes.

Le résultat est terrible pour Sparte : les pertes sont élevées (1000 tués) et surtout le corps civique est saigné à blanc par la disparition de 400 des 700 citoyens spartiates mobilisés pour le combat.

Considérations tactiques[modifier | modifier le code]

Les historiens ont longtemps célébré, et depuis l'antiquité, la "révolution tactique" que représentait à leurs yeux l'emploi des troupes par Épaminondas. L'historien VD Hansen a tenté de relativiser cette opinion, insistant sur le fait que cette tactique longtemps attribuée au seul génie d'Épaminondas fut pratiquée dès la fin du Ve siècle av. J.-C., et que Leuctres ne serait en fait que le résultat d'une évolution stratégique. Il tendrait à relativiser le rôle du plus connu des généraux thébains : Épaminondas. Il peut s'appuyer en cela sur Xénophon, seule source historique contemporaine des événements, qui ne mentionne même pas son nom. La gloire d'Épaminondas nous viendrait d'une longue tradition historiographique antique qui commence avec Éphore de Cumes et Diodore de Sicile[3] et qui se poursuit jusqu'à nos jours[4].

Mythologies et superstitions[modifier | modifier le code]

Xénophon tout superstitieux qu'il est voit dans la défaite spartiate la vengeance des Dieux pour avoir violé les serments de 387.

Plutarque, qui est béotien, raconte toute une mythologie : Épaminondas aurait convaincu à lui tout seul l'armée de combattre, il aurait fait fabriquer de toutes pièces des oracles favorables pour encourager ses soldats.

Cicéron rapporte que les offrandes faites aux dieux pour le victoire sur Athènes en 404 sont tombés au sol peu avant Leuctres.

Diodore met en rapport la défaite de Sparte et un événement céleste.

Plus prosaïquement Xénophon explique la victoire des Thébains par leur accoutumance aux tactiques spartiates durant les nombreuses années d'affrontement précédant la bataille (depuis 378). Il reproche aux différents rois, Cléombrote mais aussi Agésilas, d'avoir permis aux Thébains de s'habituer à leurs pratiques et donc d'avoir su s'adapter au combat spartiate. Xénophon ne parle jamais d'Épaminondas ni de Pélopidas ni des Thébains ; en quelque sorte, pour lui, ce sont les Spartiates qui ont perdu, pas les Thébains qui ont gagné.

Conclusions[modifier | modifier le code]

En fait, Sparte avait déjà été vaincue plusieurs fois par Thèbes avant cette bataille : Pélopidas avait défait 2000 Spartiates à Tégyres avec seulement 400 de ses hommes. Les campagnes successives des rois Agésilas et Cléombrote n'avaient rien donné entre 378 et 375. Si le roi Cléombrote avait décidé de se retirer de Béotie sans combattre juste avant la bataille, c'est qu'il estimait ne pouvoir l'emporter de manière certaine, quand bien même son armée était plus nombreuse. Il ne revient livrer bataille que sous la pression de ses conseillers, qui craignent pour sa réputation de retour à Sparte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Volume 10 L-MEMN du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse
  2. Pausanias, IV, 32, 5-6.
  3. Plutarque, Cornélius Népos lui ont dédié une de leurs biographies.
  4. article de V. Hanson, in La Guerre en Grèce à l'époque classique, Rennes, 1999

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cartographie de la Bataille de Leuctres