Bataille de Ia Drang

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Bataille de Ia Drang
Battle of Ia Drang Valley.jpg
Informations générales
Date 14—18 novembre 1965
Lieu Vallée de Ia Drang
Issue Victoire Strategique des Américains[1],[2],[3]
Belligérants
Flag of Vietnam.svg Nord-Viêt Nam
FNL Flag.svg Viet Cong
Drapeau des États-Unis États-Unis
Flag of South Vietnam.svg Sud-Viêt Nam
Commandants
Nguyễn Hữu An Thomas W. Brown
Harold G. Moore (X-Ray)
Robert McDade (Albany)
Forces en présence
Plus de 4 000
(Albany et X-Ray)
1000
(Albany et X-Ray)
Pertes
X-Ray : Est. 634 morts (Moore)
Albany : Inconnu[4]
(403 morts reportés)
Globalement pour la Campagne de Ia Drang (pas seulement pour ces combats) :
1 519 morts par le body count[4]
X-Ray : 96 morts
121 blessés
Albany : 155 morts
124 blessés
Globalement pour la Campagne de Ia Drang (pas seulement pour ces combats) :
305 morts[5]
524 blessés[4]
Guerre du Viêt Nam
Batailles
Opération Ranch HandOpération Sunrise

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Coordonnées 13° 35′ N 107° 43′ E / 13.58333333, 107.71666667 ()13° 35′ Nord 107° 43′ Est / 13.58333333, 107.71666667 ()  

La bataille de la Drang est l'un des premiers affrontements majeurs entre l'US Army et l'Armée populaire vietnamienne durant la guerre du Viêt Nam. Elle se déroula en deux parties entre le 14 et le 18 novembre 1965 autour de deux zones d'atterrissage, au nord de Plei Me, dans les Hauts Plateaux du Vietnam du Sud. La bataille tire son nom de la rivière Drang qui s'écoule tout au long de vallée, au nord de Plei Me, là où les combats se sont déroulés. Ia signifie « rivière » dans le dialecte montagnard local.

Les forces américaines en présence étaient le Premier et le Second bataillons du 7e de cavalerie et le Premier bataillon du 5e de cavalerie US. Les forces vietnamiennes comprenaient les 33e, 66e et 320e régiments de l'Armée populaire vietnamienne et le bataillon H15 du Front national de libération du Sud Viêt Nam (plus connu sous l'appellation « Viet-Cong »). La bataille a pour spécificité un appui aérien rapproché par les bombardiers américains. Les deux belligérants ont subi de lourdes pertes et tous deux revendiquèrent la victoire. Durant cette bataille, l'armée américaine perdit 234 soldats et 242 autres furent blessés. Le 17 novembre 1965 eut lieu l'embuscade la plus meurtrière de toute la guerre, avec 155 soldats tués et 126 blessés.

Cette bataille a fait l'objet d'un livre acclamé par les critiques, We Were Soldiers Once… And Young, de Harold G. Moore et Joseph L. Galloway, paru en 1992. En 2002, Randall Wallace adapta la 1re partie de la bataille au cinéma dans le film Nous étions soldats. La chaîne de télévision américaine National Geographic Channel diffusa un programme intitulé Day under Fire : Vietnam War (Journée sous le feu : La guerre du Viêt-Nam), principalement consacré à la bataille de Ia Drang.

Contexte[modifier | modifier le code]

Tout au long des années 1963 et 1964, une série d'incidents politiques et militaires a considérablement affecté les capacités de l'Armée de la République du Viêt Nam (ARVN) principale force militaire au Sud-Vietnam. Les commandants de l'ARVN furent d'abord sous l'autorité directe du président Ngo Dinh Diem, pour éviter à tout prix les batailles rangées, mais cela permit aux forces du FNL (plus connu sous le nom de Viet-Cong) de s'entrainer et de se développer sans réelle opposition. Même après le renversement de Diem dans le coup d'État de 1963, le nouveau commandement militaire sud-vietnamien resta globalement le même que celui qu'il avait mis en place. Ses membres montrèrent le même manque d'intérêt à combattre le FNL, préférant occuper leur temps à s’entre-déchirer.

Du fait de ce vide militaire, les forces du FNL furent en mesure de mener des opérations militaires de plus en plus importantes. Au début, elles se contentèrent de constituer de grandes formations de combat (bataillons et régiments), mais fin 1964, elles étaient passées à une guerre totale contre les unités de l'ARVN, qu'elles surpassaient dans tous les domaines. Au début de 1965, la majorité des régions rurales du Sud-Vietnam étaient sous contrôle limité des troupes Vietcong, de plus en plus soutenu par des unités régulières de l'armée Nord-Vietnamienne. En 1965, les unités de l'ARVN sur le terrain furent irrémédiablement surclassées, prises en embuscade et abattues.

Les conseillers militaires américains au Sud-Vietnam faisaient depuis longtemps pression pour que les forces de l'ARVN soient reprises en main par des commandants américains. En plus d'emmener véritablement les hommes au combat (ils semblaient généralement disposés à le faire une fois bien commandés), on prévoyait que le meilleur entraînement et le leadership du commandement américain seraient plus que suffisants pour combler les lacunes du commandement de l'ARVN. Le nouveau commandant de l'assistance militaire au Viêt-Nam, le général William Westmoreland, estimait toutefois que l'implication directe de forces américaines était une solution plus appropriée ; si les unités de l'ARVN ne voulaient pas combattre, il n'en serait pas de même pour des unités de l'armée américaine. Au début de l'année 1965, il avait obtenu l'engagement de 300 000 soldats américains par le président Lyndon B. Johnson, et s'efforçait de les avoir le plus rapidement possible au Sud-Vietnam. Le regroupement de forces prêtes au combat eut lieu au cours de l'été 1965.

En 1965, les forces du Vietcong avaient le contrôle de la plupart des campagnes et avaient établi une importante infrastructure militaire dans les Hauts Plateaux du Sud Vietnam, au nord-est de la région de Saigon. Au cours de la décennie précédente, les forces communistes vietnamiennes avaient déjà opéré dans cette zone contre les Français, remportant en 1954 une victoire importante et symbolique à la bataille de la passe de Mang Yang (aussi connue sous le nom de bataille d'An Khé). La zone comportait peu de routes fiables, ce qui en faisait un lieu idéal pour les forces communistes pour y installer des bases relativement à l'abri des attaques des forces de l'ARVN qui se cantonnaient aux routes. Au cours de l'année 1965, de grands groupes de soldats réguliers de l'armée nord-vietnamienne furent acheminés dans la région afin de prendre part à de grandes opérations offensives. Des attaques menées vers le sud-ouest à partir de ces bases menaçaient de couper le Sud-Vietnam en deux.

Le commandement américain vit cela comme l'endroit idéal pour tester ses nouvelles tactiques d'assaut aérien. Ce concept, élaboré pour des unités de la taille d'un bataillon, consistait à les acheminer, à les ravitailler, et à les extraire d'une zone d'opération en utilisant des hélicoptères. Les armes lourdes d'une force interarmes normale ne pouvant pas être acheminées par ce moyen, l'infanterie aéroportée devait être soutenue par un ensemble coordonné comprenant un soutien aérien et un soutien d'artillerie terrestre et aérien, basé à distance de la zone d'action et commandé par des observateurs sur place. Ces tactiques avaient été testées par la nouvelle 11th Air Mobility Division. La 11th Division fut renommée en 1st Cavalry Division. Ses soldats se baptisèrent eux-mêmes les "Air Cav". À partir de juillet 1965, ils commencèrent à être déployés au Camp Radcliffe à An Khe, au Sud-Vietnam. En novembre, la quasi-totalité des trois brigades de la division était sur le terrain et prête pour les opérations.

Au début du mois de novembre, la 3e brigade de la 1st division fut envoyée en mission Recherche et destruction pour traquer une force qui avait tenté en vain d'investir la base des Forces Spéciales située à Plei Me, à environ 40 km au sud de la base opérationnelle de la 3e brigade, à Pleiku. La 3e Brigade effectua des recherches autour de la base de Plei Me, mais sans résultat. Le général Westmoreland lui ordonna de continuer les recherches vers l'ouest, en direction de la frontière cambodgienne. Mais ne sachant pas où chercher, le colonel Thomas "Tim" Brown, commandant de la 3e Brigade rentra avec ses hommes à Pleiku pour tenter de recueillir des informations supplémentaires. Il apprit qu'il y avait une sorte de concentration de forces communistes sur la montagne Chu Pong 13° 34′ 11″ N 107° 40′ 54″ E / 13.56972, 107.68167 (Chu Pong), à 22 km au nord-ouest de Plei Me. Brown pensa que c'était probablement la seule piste qu'ils avaient et décida de vérifier le renseignement avec une reconnaissance en force.

Zones d'atterrissage[modifier | modifier le code]

Brown sélectionna pour cette mission le Premier Bataillon du 7e de cavalerie, dirigé par le lieutenant-colonel Hal Moore, avec l'ordre explicite de ne pas tenter d'escalader la montagne. Il y avait dans la région plusieurs clairières qui furent sélectionnées comme possibles zones d'atterrissage pour hélicoptères. Ces zones furent nommées comme à l'habitude d'après une lettre de l'alphabet phonétique de l'OTAN.

Moore sélectionna :
(LZ pour Landing Zone)

Un support d'artillerie fut fourni par la base d'appui-feu (Firebase) FB Falcon, située à environ 8 km au nord-est.

X-Ray était à peu près de la taille d'un terrain de football américain, avec environ 100 mètres de longueur (d'est en ouest). On estimait que seulement 8 Hueys pourraient s'y poser en même temps. Le 1er bataillon du 7e régiment de cavalerie était une unité typique de l'armée américaine de l'époque, constituée de trois compagnies de fantassins (compagnies Alpha à Charlie) et d'une compagnie d'armes lourdes (compagnie Delta), avec un total de 450 hommes environ, sur les 795 de l'effectif autorisé du bataillon. Ils devaient être transportés par 16 hélicoptères Huey, pouvant généralement accueillir entre 10 et 12 soldats équipés, de sorte que le bataillon devait être déposé en plusieurs vols transportant un peu moins d'une compagnie à chaque rotation. Chaque vol devait durer à peu près 30 minutes. Moore organisa les vols afin que la compagnie Bravo comprenant son équipe de commandement soit acheminée en premier, suivie par les compagnies Alpha, Charlie et pour finir Delta.

Le plan de Moore était de déplacer la compagnie Bravo vers le nord-ouest, le long du lit du ruisseau, et les compagnies Alpha et Charlie en direction du sud, vers la montagne. La compagnie Delta, qui comprenait des troupes d'armes spéciales, c'est-à-dire les équipes de mortiers et leurs pièces, une équipe de reconnaissance et les unités de mitrailleuses, devait être utilisée comme réserve de champ de bataille. Au centre de la zone d'atterrissage, se situait une grande termitière qui allait devenir le poste de commandement de Moore.

Le 1er Bataillon du 7e de Cavalerie et la bataille pour LZ X-Ray[modifier | modifier le code]

1er jour : 14 novembre[modifier | modifier le code]

Largages[modifier | modifier le code]

Largages du 1er bataillon du 7e de Cavalerie sur LZ X-Ray.

À 10 h 48, les premiers éléments de la compagnie Bravo du 1er bataillon du 7e de Cavalerie touchaient le sol de la zone atterrissage X-Ray, après environ trente minutes de tirs d'artillerie, de roquettes et de frappes aériennes. Le lieutenant-colonel Moore et son groupe de commandement accompagnaient la compagnie Bravo du capitaine John Herren. Au lieu d'essayer de sécuriser l'ensemble de la zone d'atterrissage avec le peu d'hommes largués (entre quatre-vingt-dix et cent), le gros de la compagnie Bravo resta au centre de la zone, tandis que de petits groupes de combats étaient envoyés aux alentours pour reconnaître les abords de la zone d'atterrissage.

Après son largage, Herren ordonna d'aller se positionner vers l'ouest le long du lit du ruisseau. Moins de trente minutes après, un de ces pelotons commandé par le sergent John Mingo surprit et captura un soldat non armé du 33e régiment de l'armée nord-vietnamienne. Le prisonnier révéla qu'il y avait trois bataillons de l'armée nord-vietnamienne en position sur la montagne Chu Pong, soit environ 1 600 soldats vietnamiens, pour moins 200 américains présents à ce moment dans la zone.

À 11 h 20, le second largage du bataillon arriva, avec le reste de la compagnie Bravo et un peloton de la compagnie Alpha, commandé par le capitaine Tony Nadal. À 12 h 10 eut lieu le troisième largage, comprenant la quasi-totalité de la compagnie Alpha. Celle-ci rejoignit les positions qui lui étaient assignées, c'est-à-dire à l'arrière et sur le flanc gauche de la compagnie Bravo le long du lit du ruisseau mais aussi à l'ouest et au sud, perpendiculairement au lit du ruisseau. À 12 h 15, les premiers coups de feu furent tirés en direction des trois pelotons de la compagnie Bravo qui patrouillaient dans la jungle au nord-est du lit du ruisseau. À 12 h 20, Herren ordonna à son 1er peloton (sous les ordres du lieutenant Al Devney) et à son 2e peloton (sous les ordres du lieutenant Henry Herrick), d'avancer côte à côte, et au 3e peloton (sous les ordres du lieutenant Dennis Deal) de suivre les deux pelotons en tant qu'unité de réserve.

Le peloton de Devney menait le groupe à environ cent mètres à l'ouest du lit du ruisseau, avec les hommes de Herrick sur ses arrières et son flanc droit. Juste avant 13 h 0, le peloton Devney fut durement attaqué par des soldats Nord-vietnamiens sur chacun de ses flancs, subissant des pertes et se retrouvant immobilisé. C'est à peu près au même moment que Herrick transmit par radio qu'il avait reçu des tirs sur son flanc droit et qu'il poursuivait une escouade de forces communistes dans cette direction.

Le peloton Herrick est isolé[modifier | modifier le code]

Dans sa poursuite des forces vietnamiennes qui venaient de l'attaquer sur son flanc droit, le peloton Herrick fut rapidement étalé sur une cinquantaine de mètres, et séparé du reste du bataillon par environ cent mètres. Très vite, Herrick demanda par radio s'il devait traverser ou contourner la clairière que son peloton venait de rencontrer dans la broussaille. Herrick dit qu'il craignait d'être coupé du reste du bataillon s'il essayait de la contourner et préférait donc la traverser pour continuer la poursuite des troupes communistes.

Un intense échange de tirs éclata rapidement dans la clairière ; durant les premières minutes, son peloton n'eut pas de victimes et infligea de lourdes pertes aux Nord-vietnamiens qui surgissaient de derrière les arbres. Herrick transmit par radio que l'ennemi tentait le prendre en tenaille sur ses flancs gauche et droit, menaçant de l'encercler. En réponse, le capitaine Herren lui ordonna de tenter de revenir au contact du 1er peloton de Devney. Herrick lui répondit que cela lui était impossible, car il en était séparé par une importante concentration ennemie.

La situation se détériora très rapidement pour le peloton Herrick, qui commença à subir des pertes sous la persistance de l'attaque Nord-vietnamienne. Herrick ordonna à ses hommes de former un petit périmètre défensif sur un petit monticule dans la clairière. En vingt-cinq minutes environ, cinq hommes du peloton furent tués, y compris Herrick, qui transmit par radio à Herren qu'il était touché et passait le commandement du peloton au sergent Carl Palmer. Avant de mourir, Herrick donna des instructions vitales à ses hommes, notamment de détruire les codes de transmissions radio et de faire appel à un soutien d'artillerie.

Le sergent Ernie Savage prit le commandement du peloton après que le sergent Palmer et le sergent Robert Stokes furent tués. Le peloton restait techniquement sous le contrôle du sergent de 1re classe Mac McHenry, qui se trouvait ailleurs sur le périmètre. Savage avait pris le commandement en vertu de la proximité de la radio et commença le processus d'appel pour des bombardements d'artillerie répétés autour de la position du peloton. À ce moment, huit hommes de celui-ci avaient été tués et treize autres étaient blessés. Sous le commandement de Savage, et avec les soins efficaces du médecin du peloton Chalie Lose, les hommes tinrent le monticule durant toute la durée de la bataille pour X-Ray.

Le soldat spécialiste Galen Bungum du peloton Herrick dira plus tard de la position sur le monticule :

« Nous avons ramassé tous les chargeurs complets qu'on pouvait trouver et on les a empilés face à nous. Nous ne pouvions pas creuser de trous. Le manche de ma pelle avait été soufflé par une explosion et avait traversé une de mes gourdes. Le feu était si intense que si vous aviez essayé de vous lever pour creuser un trou, vous seriez mort. Ce n'était que mort et destruction tout autour de nous[6]. »

Le sergent Savage se souviendra plus tard des assauts répétés des soldats de l'armée nord vietnamienne :

« Il semblait qu'ils ne se souciaient pas de combien d'entre eux tombaient. Certains d'entre eux trébuchaient sur les cadavres, en fonçant droit sur nous. D'autres avaient leurs armes en bandoulière et chargeaient à mains nues. Je n'étais pas à court de munitions - j'avais une trentaine de chargeurs dans mon sac. Et pas de problèmes avec le M-16. Une heure avant qu'il fasse nuit, trois hommes se sont introduits dans le périmètre. Je les ai tués tous les trois à 15 mètres de distance[6]. »

La bataille pour le lit du ruisseau[modifier | modifier le code]

Avec le peloton Herrick isolé et encerclé, le reste du bataillon dut se battre pour maintenir le périmètre. À 13 h 32, la compagnie Charlie du Capitaine Bob Ewards arriva enfin, et prit les positions qui lui étaient attribuées au sud et au sud-ouest, face à la montagne Chu Pong.

Vers 13 h 45, par l'intermédiaire de son officier responsable des opérations aériennes au-dessus du champ de bataille (le capitaine Matt Dillon), Moore demanda des frappes aériennes, d'artillerie, et de roquettes sur la montagne pour empêcher les Nord-Vietnamiens de continuer leur avance sur les positions du bataillon.

Le 3e peloton du lieutenant Bob Taft, de la compagnie Alpha, affronta environ cent-cinquante soldats vietnamiens progressant sur la longueur et les côtés du lit du ruisseau (du sud) vers le bataillon. Il fut ordonné aux soldats du 3e peloton de laisser leurs sacs et de monter à l'assaut. L'échange de tirs consécutif fut particulièrement coûteux en hommes pour le 3e peloton – ses premières lignes étant rapidement abattues. Le 3e peloton fut contraint de se replier et Taft tué durant cette manœuvre. Le sergent Nathan Lorenzo, vétéran de la guerre de Corée, prit le commandement du 3e peloton et réussit à stopper l'avancée des Vietnamiens dans le lit du ruisseau.

Les forces vietnamiennes décidèrent de changer leur angle d'attaque, tentant de passer du flanc du 3e peloton à celui de la compagnie Bravo. Leur avance fut vite enrayée par le 2e peloton du lieutenant Walther "Joe" Marm de la compagnie Alpha, situé sur le flanc gauche de la compagnie Bravo. Moore avait ordonné au capitaine Nadal (chef de la compagnie Alpha) de prêter un de ses pelotons à la compagnie Bravo, pour permettre à Herren d'essayer de percer les lignes vietnamiennes pour rejoindre le peloton Herrick encore isolé.

Depuis leur nouvelle position, les hommes de Marm tuèrent quatre-vingt soldats vietnamiens à la mitrailleuse, au fusil et à la grenade. Les survivants battirent en retraite vers le lit du ruisseau, où ils furent abattus par des tirs provenant du reste de la compagnie Alpha. On retrouva les plaques d'identité du lieutenant Taft sur le cadavre d'un soldat vietnamien, abattu par les hommes du 3e peloton de la compagnie Alpha. Irrité que le corps du lieutenant Taft eût été laissé sur le champ de bataille au milieu du chaos, le capitaine Nadal et son radio, le sergent Jack Gell, ramenèrent le corps de Taft et des autres soldats américains vers le lit du ruisseau, sous un feu ennemi intense.

Attaque venant du Sud[modifier | modifier le code]

À 14 h 30, les derniers soldats de la compagnie Charlie arrivèrent, avec les éléments principaux de la compagnie Delta du capitaine Ray Lefebvre. Le largage eut lieu sous un feu nourri des troupes vietnamiennes, prenant pour cible la zone d'atterrissage ; les équipages des hélicoptères et les soldats fraîchement débarqués subirent de nombreuses pertes.

Le petit contingent de la compagnie Delta prit position sur le flanc gauche de la compagnie Alpha. La compagnie Charlie, rassemblée au complet au sud et au sud-ouest, fut atteinte en quelques minutes par un assaut frontal vietnamien. Le capitaine Edwards de la compagnie Charlie transmit par radio qu'environ 175 à 200 soldats vietnamiens chargeaient les lignes de sa compagnie. Avec une vue dégagée sur le champ de bataille, la compagnie Charlie fut en mesure de faire appel et de guider précisément un soutien d'artillerie, notamment avec des obus au napalm, qui infligea de très lourdes pertes aux forces vietnamiennes. À 15 h 0, l'attaque vietnamienne avait été enrayée, et les forces vietnamiennes rompirent le combat, environ une heure après le début de l'attaque.

Attaque contre Alpha et Delta[modifier | modifier le code]

Environ à la même heure, Alpha et les éléments de tête de Delta (qui avait accompagné Alpha sur le périmètre à proximité du lit du ruisseau) sont accueillis par une attaque féroce de l'armée populaire vietnamienne, couvrant le flanc gauche, critique en raison du déploiement de Nord-Vietnamiens.

Les troupes de Delta subissent de lourdes pertes en repoussant l'attaque nord-vietnamienne et le capitaine Lefebvre est blessé peu après son arrivée à X-Ray. Un de ses chefs de peloton, le lieutenant Raoul Taboada est également grièvement blessé. Lefebvre remet le commandement au sergent Gonzales George (qui, à l'insu de Lefebvre, avait également été blessé).

Alors que des hélicoptères d'évacuation médicale (évacuations sanitaires) étaient censés transporter les victimes de plus en plus nombreuses du bataillon, seulement deux ont été évacuées par les pilotes avant que les évacuations sanitaires soient suspendues en raison de l'intensité du feu nord-vietnamien. L'officier de renseignement, le capitaine Tom Metsker (déjà blessé), est mortellement touché à bord d'un Huey.

Les Américains se retranchent pour la nuit[modifier | modifier le code]

Situation durant la nuit du 14 novembre.

À 17h00 les éléments principaux de la compagnie Bravo sont arrivés à LZ X-Ray afin de renforcer le bataillon en difficulté. En vue de préparer une position défensive pour la nuit, Moore ordonne à au capitaine Myron Diduryk de la compagnie Bravo de placer deux pelotons sur le côté nord-est du périmètre près des positions de Delta.

Lorsque la nuit tombe, Bravo avait subi 47 pertes (dont un officier) et Alpha 34 (dont trois officiers). Les pertes de la compagnie Charlie étaient proportionnellement minimes, se montant à seulement quatre blessés.

Les forces américaines sont placées en alerte complète tout au long de la nuit. Les Vietnamiens attaquent les positions américaines. Les équipes de M-60, placées tactiquement autour du périmètre pour fournir des champs de tirs multiples, reçurent l'ordre de retenir leur feu, de manière à dissimuler leur véritable emplacement.

Le peloton sous le commandement du sergent Savage subit trois attaques importantes au cours de la nuit (une peu avant minuit, une à 3h15, et la dernière à 4h30). L'armée populaire vietnamienne, utilisant des clairons pour signaler sa présence, a été repoussée de la butte avec de l'artillerie et des grenades.

2e jour : 15 novembre[modifier | modifier le code]

Juste avant l'aube à 06h20, Moore ordonne à ses troupes de mener des patrouilles de reconnaissance.

À 06h50, des patrouilles de la compagnie Charlie du 1er peloton (commandé par le lieutenant Neil Kroger) et 2e peloton (commandé par le lieutenant John Geoghegan) avancent de 150 mètres à partir du périmètre et entrent en contact avec les troupes de l'armée populaire vietnamienne. Un échange de tirs éclate, forçant les soldats américains à se replier.

Peu après, une force estimée à plus de 200 soldats nord-vietnamiens lance un assaut contre les 1er et 2e pelotons sur le côté sud du périmètre. Un soutien d'artillerie lourde est appelé par les défenseurs américains, mais les Vietnamiens se trouvent bientôt à 75 mètres des lignes du bataillon.

Les deux pelotons subissent des pertes importantes lors de cette attaque, marquée notamment par la mort de Kroger et de Geoghegan. Geoghegan est tué en tentant de secourir un de ses hommes blessés, le soldat de première classe Willie Godboldt (mort de ses blessures peu après). Deux équipes de M-60 repoussent l'avance nord-vietnamienne.

Après cette attaque, la 3e section de Charlie est également prise à parti par l'armée populaire vietnamienne. Le capitaine Edwards est blessé et le lieutenant John Arrington doit assumer le commandement de la compagnie, avant d'être lui-même blessé.

À 7h55, les Vietnamiens intensifient leurs attaques et les Américains doivent faire appel à un soutien aérien, notamment sur les lignes de la compagnie Charlie. 2 F-100 Super Sabre s'approchent de X-Ray, bombardant au napalm par inadvertance les lignes américaines. Hastings demande frénétiquement par radio aux avions de changer de cap, mais le raid était déjà terminé. Plusieurs Américains ont été blessés ou tués lors de cette frappe aérienne fratricide.

À 10h00, les Vietnamiens battent en retraite malgré l'affaiblissement des lignes américaines.

Nuit du 15 au 16 novembre[modifier | modifier le code]

Durant la nuit, à 4h00 du matin, les Vietnamiens lancent une contre-attaque. La compagnie Bravo parvient à repousser 300 soldats de l'armée populaire vietnamienne en quelques minutes grâce à l'utilisation de 4 batteries d'artillerie. Les Vietnamiens répètent leur attaque 20 minutes après mais sans succès : ils attaquent au total 4 fois jusqu'à l'aube.

La compagnie Bravo dénombre dans ses rangs seulement 6 blessés et aucun tué.

3e jour : 16 novembre[modifier | modifier le code]

Dans la matinée du 16 novembre, les Américains de la 5e et 7e divisions de cavalerie parviennent à sécuriser LZ X-Ray, perdant 79 hommes et dénombrant 127 blessés lors des affrontements.

4e jour : 17 novembre[modifier | modifier le code]

Le 17 novembre au matin, alors qu'ils progressaient pour rejoindre LZ Albany, les Américains sont pris en embuscade et, dépassés numériquement, s'engagent dans des combats à courte portée et au corps-à-corps. À 14h, des renforts arrivent finalement, et les combats durent jusqu'au crépuscule. 155 Américains sont tués ou disparus et 124 autres blessés.

Le journaliste Joseph L. Galloway fut récompensé de la Bronze Star pour avoir à plusieurs reprises essayé de sauver des soldats US sous le feu ennemi[7].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

Le film Nous étions soldats (We Were Soldiers) de Randal Wallace, avec Mel Gibson, sorti en 2002, tente d'évoquer heure par heure cette bataille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Harold G. Moore et Joseph L. Galloway, We Were Soldiers Once… And Young, HarperCollins,‎ 1992 (ISBN 0-06-050698-9), p. 2
  2. « Prologue to We Were Soldiers Once... And Young »
  3. Ravi Rikhye, « Operation Silver Bayonet:The Battle of the Ia Drang, 1965 » (consulté le 2008-06-08)
  4. a, b et c The Battles of la Drang Valley
  5. http://www.themilitarybookreview.com/html/Weweresoldiers.shtml
  6. a et b (en) Moore, Harold G. & Joseph L. Galloway, We Were Soldiers Once… and Young, HarperTorch,‎ 1992 (ISBN 978-0-679-41158-1)
  7. Biographie de Joseph L. Galloway, TheHuffingtonPost.com

Liens internes[modifier | modifier le code]

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