Bataille de Fougères

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Bataille de Fougères
Le tambour Darruder vengeant son père abattu par les Vendéens, gravure de Swebach-Desfontaine.
Le tambour Darruder vengeant son père abattu par les Vendéens, gravure de Swebach-Desfontaine.
Informations générales
Date 3 novembre 1793
Lieu Fougères
Issue Victoire vendéenne
Belligérants
France Républicains Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Royal Standard of King Louis XIV.svg Chouans
Commandants
• Simon-Pierre Brière
• Alexandre d'Obenheim White flag icon.svg
Henri de La Rochejaquelein
Prince de Talmont
Jean-Nicolas Stofflet
Forces en présence
3 500 hommes 30 000 hommes
50 canons
Pertes
200 morts
400 à 800 prisonniers (relâchés)
inconnues
Guerre de Vendée
Coordonnées 48° 21′ 09″ N 1° 11′ 55″ O / 48.3525, -1.1986111111111 ()48° 21′ 09″ Nord 1° 11′ 55″ Ouest / 48.3525, -1.1986111111111 ()  

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La bataille de Fougères se déroula pendant la Virée de Galerne lors de la guerre de Vendée.

Prélude[modifier | modifier le code]

Le Château de Fougères, vu depuis l'église Saint-Léonard.

Les Vendéens et les Chouans venaient de prendre Mayenne et se décidaient à marcher sur Saint-Malo pour prendre contact avec les Britanniques. Les Vendéens, récemment rejoints par des Chouans, marchèrent donc sur Fougères, situé sur la route de Saint-Malo.

Article détaillé : Virée de Galerne.

Les Républicains, conscients du danger, mirent la ville en état de défense, l'adjudant général Brière rassembla 6 000 gardes nationaux et soldats de ligne, le chateau fut mis en défense, les murailles de la ville furent inspectées. Bon nombre d’administrateurs choisirent de quitter la ville et de fuir vers Rennes, à l’exception de quelques-uns, dont le maire Lesueur, qui choisit de rester.

La bataille[modifier | modifier le code]

Porte Notre-Dame à l'ouest de la ville

Le 2 novembre, à Ernée, le 19e régiment d'infanterie légère soutenu par le bataillon de la Côte-d'Or avait été mis en déroute à Ernée, 400 Républicains y avaient trouvé la mort.

Mais le 3 novembre, l'adjudant général Brière, commandant la place de Fougères donna l'ordre d'une nouvelle attaque et envoya de nouveau contre les Vendéens et les Chouans le 19e régiment d'infanterie légère, soutenu par le 6e bataillon de la Côte-d'Or, et cette fois renforcés par le 3e bataillon du Calvados, quelques troupes de la Manche et des gardes nationaux de Fougères et des rares communes patriotes des environs.

Les deux armées se rencontrèrent à 15 heures au village de l'Angevinière près de la Pellerine, les Républicains attaquèrent mais les Vendéens reproduisirent la même tactique qu'ils avaient employés à Ernée et à de nombreuses autres batailles et firent semblant de prendre la fuite. Les Républicains les poursuivirent et tombèrent de nouveau dans le piège, ils furent enveloppés sur leurs flancs et mis en déroute. Les Chasseurs à pied du 19e régiment d'infanterie légère subirent une fois encore l'essentiel des pertes, ils avaient perdu dans ces deux batailles les deux tiers de leurs effectifs.

Un tambour républicain de quatorze ans nommé Darruder se distingua lors de cet affrontement. Combattant au côté de son père, ce dernier fut tué près de lui. Darruder, s'empara du pistolet de son père, tua l'homme qui l'avait abattu puis continua à battre la charge.

Les Vendéens se lancèrent à la poursuite des Bleus et emportèrent les retranchements construits près de La Chaudronneraie à Beaucé. Les Républicains en déroute regagnèrent Fougères mais les Royalistes les suivaient de si près que les défenseurs de la ville ne purent faire usage de l'artillerie déployé sur la place d'arme en haut de la rue de Paris.

Eglise Saint-Léonard, vue depuis le château

Vers 18 heures, à la nuit tombante, les Vendéens et les Chouans étaient aux portes de Fougères. Le siège ne dura pas longtemps, les soldats républicains placés devant la porte Saint-Léonard furent balayés au bout d'un quart d'heure et la porte fut brisée à coup de canons. Les Vendéens entrèrent ensuite dans la ville mais les Républicains parvinrent à résister plus efficacement autour de l'église Saint-Léonard dans l'actuel jardin public.

Mais pendant ce temps, la cavalerie vendéenne commandée par Talmont attaquait la ville sur un autre point. Guidée par Boisguy, natif de la ville, elle emprunta des chemins de traverse dans les faubourgs et entra dans la ville en passant par la porte Notre-Dame que Brière n'avait pas cru bon de faire défendre. La cavalerie vendéenne se rendit maître du château par surprise, les Républicains qui s'y trouvaient mirent bas les armes sans opposer de résistance. 300 prisonniers royalistes condamnés à mort étaient enfermés dans le château : ils furent délivrés et se joignirent aux Vendéens.

La nouvelle de la prise du château se propagea rapidement aux soldats républicains postés à la porte Saint-Léonard, qui depuis les hauteurs de leur position avaient pu y assister, cela provoqua une véritable panique dans leurs rangs. Elle se répandit à tous les défenseurs et ce fut un sauve-qui-peut général. Néanmoins certains soldats ignoraient la prise du château et tentèrent de s'y réfugier ; ils tombèrent nez à nez sur les Royalistes à la rue de la Pinterie et furent écrasés. Les prisonniers délivrés, ivres de vengeance, se livrèrent à ce moment à des exécutions sommaires. L'armée républicaine, en déroute et dispersée, se replia en désordre sur Rennes, Vitré ou encore Avranches.

La marquise de Donnissan, épouse de Guy Joseph de Donnissan, écrit dans ses mémoires :

« On ne pouvoit rester à Laval malgré la victoire remportée parce que sept routes y conduisoient et que l'on pouvait être attaqué sur toutes. Il fut décidé dans le Conseil d'aller à Rennes ; mais des espions ou des gens intéressés firent changer la marche. L'armée prit la route de Mayenne. A Fougères la résistance dura quatre heures. Il y avoit de retranchements, un château qui pouvoit se déffendre plus longtemps. Je me rappelle avec effroi que j'entrois pelle melle avec les soldats. On tuoit auprès de moi ; on fracassoit les portes pour entrer dans les maisons. J'étois entrainée par mon cheval ; je n'avois plus la force de le tenir. Dans une grande rue plusieurs mourans demandoient des prêtres, une chaise couvroit la tête du blessé et le prêtre à terre l'écoutoit. Jamais, jamais ce tableau ne s'effacera de sa mémoire[1]. »

— Marie Françoise, marquise de Donnissan

Fougères était prise, environ 200 soldats républicains et 15 civils avaient été tués pendant le siège et 800 avaient été fait prisonniers.

Après la bataille[modifier | modifier le code]

Après leur victoire, les Vendéens pillèrent des habitations de patriotes pendant la nuit : des maisons furent incendiées, des vivres furent réquisitionnées.

La marquise de Donnissan, épouse de Guy Joseph de Donnissan, poursuit dans ses mémoires :

« L'armée se reposa trois jours à Fougères. On fit grâce à 800 hommes, qui étoient dans le château. Le pauvre M. de Lescure ne put survivre à ses douleurs que jusqu'à Ernée. Il mourut le mettant dans sa voiture. La malheureuse femme en fut très malade à Fougères. Une saignée faite à propos la rétablit ; l'instint de sa conservation lui rendit ses forces. Elle étoit alors grosse de quatre mois[2]. »

— Marie Françoise, marquise de Donnissan

Le général vendéen Lescure était mort le 3 novembre à la Pelerine des suites de ses blessures, ses hommes, craignant que les républicains n’exhument son corps comme ils l’avaient fait de Bonchamps, l’enterrèrent en cachette. Après quatre jours de repos l’armée vendéenne sortit de la ville et au lieu de marcher sur Saint-Malo comme le plan le prévoyait initialement, elle changea sa route et se dirigea vers Granville.

Le maire Lesueur, qui avait eu le courage de rester à son poste, fut jugé puis fusillé le 5 novembre au château, contre le mur de la tour Raoul paraît-il. On ne sait s'il fut exécuté seul ou avec d'autres prisonniers. Quelques captifs républicains, reconnus pour avoir trahi leur serment de ne plus combattre à l'Ouest auraient également été fusillés ; il semblerait qu'ils furent au nombre d'une dizaine. Les autres prisonniers, au nombre de plusieurs centaines, durent prêter le serment de ne plus combattre les Royalistes. Leurs cheveux furent ensuite coupés afin que l'on puisse les reconnaître s'ils trahissaient leur serment ; ils furent ensuite libérés.

Cour du château de Fougères. La tour Raoul et la tour Surienne vues depuis la tour Mélusine.

La marquise de Bonchamps, veuve du général Charles de Bonchamps rapporte dans ses mémoires :

« A la prise de Fougères les généraux s'étant laissé entraîner par leur ardeur à la poursuite des bleus, l'officier chargé de la garde des prisonniers, ayant à se plaindre de la cruauté de quelques-uns, voulut user de représailles, et dans un moment de fureur il ordonna de fusiller ces malheureux républicains. On vint sur le champ m'en avertir, je courus aussitôt au lieu ou devait se faire l'exécution ; il me semblait que le nom que je portais me donnait le droit et le pouvoir de prévenir cette barbarie ; je rappelai les dernière paroles de M. de Bonchamp sur son lit de mort ; je menaçais l'officier de le faire justement fusiller lui-même par les Vendéens qui m'avaient suivie, s'il commettait une action si lâche, si cruelle et si contraire aux lois de la guerre. Les prisonniers, en apprenant que j'étais la veuve du héros que pleurait l'armée, m'entourèrent et se jetèrent à mes pieds : j'obtins pour eux ce que je demandais[3]. »

— Marquise de Bonchamps

Un volontaire républicain, Sinion, écrit le 9 novembre dans une déclaration du Comité de surveillance de Saint-Lô :

« Je viens de Fougères, où j'ai été fait prisonnier dimanche dernier. Les brigands m'ont enlevé mon fusil, mon habit et m'ont coupé les cheveux. Ils m'ont arraché mon casque et ont marché dessus. Ils m'ont proposé de servir avec eux. Sur mon refus de marcher contre les nôtres, ils m'ont fait mettre au château, où je suis resté jusqu'à mercredi soir, ils m'ont donné un billet, dont suit copie, après m'avoir fait promettre que je ne servirais plus contre eux et m'avoir fait crier : « Vive le Roy ! », ce que je n'ai fait que pour sauver ma vie car ils allaient me fusiller.
La ville de Fougères était pleine ; ils venaient dans les campagnes, comme des chasseurs. Il y avait beaucoup de paysans, ils étaient pour la plupart armés de fusils de chasse. Les sentinelles qui nous gardaient m'ont dit qu'ils avaient plus de 1 500 prêtres dans leur armée, qu'ils avaient 18 pièces de canon. Ils faisaient un feu d'artifice et de mousqueterie soutenu dans la ville. Les bourgeois de Fougères tiraient sur nous par les fenêtres ; ils disaient aux brigands : « Mes amis, il y a longtemps que nous vous attendions. » Les brigands ont fusillé tous ceux qu'ils ont pu reconnaître comme anciennement servi. Ils en prirent une vingtaine dans la chambre où nous étions et les fusillèrent dans la cour. Je ne dois la vie qu'à une femme que les républicains avaient incarcérée et qui demanda grâce pour moi et pour mes camarades.
Les brigands disaient qu'ils allaient à Rennes et de là à Saint-Malo, qu'il fallait que sous peu ils eussent un port de mer et qu'ils auraient ensuite la France entière. Au surplus ils ont prodigieusement perdu du monde, sans que je puisse en fixer le nombre[4]. »

— Volontaire Sinion

Le billet remis à Sinion est le suivant :

« De par le Roy et les chefs de l'armée catholique et royale, permettons au sieur Sinion de s'en retourner et prions tous les bons Français de lui être utiles[5]. »

— Donnissan, commandant en chef.

D'Obenheim, officier du génie, passa dans les rangs vendéens (il changea toutefois de nouveau de camp à la fin de la guerre).

Massacre des blessés[modifier | modifier le code]

Le 18 novembre, les généraux républicains Christian Joseph Hammel, François Pierre Amey et Simon Canuel, à la tête des « Mayençais », entrèrent dans Fougères. Ils trouvèrent dans les hôpitaux les malades et blessés vendéens. Des groupes de soldats mayençais les massacrèrent tous, femmes et hommes ; ils épargnèrent toutefois les religieuses qui les soignaient. La Mère Sainte-Catherine fit le récit suivant :

« Ils ôtèrent à ces malheureux quelques reste de vie de la manière la plus barbare. Notre R.Mère et l'hospitalière firent des efforts les plus généreux, allant au-devant de ces hommes altérés de sang pour apaiser leur fureur. Les raisons les plus touchantes, les plus capables d'émouvoir des cœurs sensibles à l'humanité, à l'honneur, ne firent qu'augmenter leur férocité. Ils menacèrent de les tuer elles-mêmes si elles ne se retiraient pas promptement. Elles n'avaient pas d'autre parti à prendre. Leur vie n'eut pas protégé celle de ces malheureuses victimes. Aussitôt ces cruels bourreaux se jetèrent sur leur proie avec la plus violente impétuosité. Avec la pointe de leur sabre, ils rouvraient leurs blessures avant de leur donner la mort ; ils faisaient même enter des cuillers dont les infortunés se servaient ; ils leur arrachèrent les yeux et commirent des horreurs si atroces qu'une domestique de l'hôpital, qu'ils forcèrent d'assister à cet affreux spectacle, ne voulut pas nous en faire le détail. Cette pauvre fille en fut tellement effrayée, qu'aussitôt elle fut frappée de maladie dont elle mourut peu de jours après. Pendant cette inhumaine expédition, nous étions dans la plus vive consternation ; nous ignorions même si nous allions être l'objet de leur barbarie. Dieu nous réservait encore les maux les plus amers et les plus sensibles. Ils se bornèrent à ces infortunés ; ils passèrent le reste de leur rage à dévaster l'hôpital. Les dommages qu'ils firent furent évalués à 10 000 livres. »

Le médecin Gainou écrivit à un de ses confrères à Rennes :

« Il faut te dire que des soldats indisciplinés, pas susceptibles de la moindre réflexion, se sont portés dans les hôpitaux de Fougères, y ont égorgé les blessés des brigands dans leurs lits. Plusieurs femmes des brigands y étaient malades, ils leur ont arraché les poils et les ont égorgées après, sans qu'ils eussent reçu aucun ordre, ni des représentants, ni des généraux. J'ai vu parmi ces horreurs un beau trait : une de ces femmes, elle pouvait avoir vingt ans et assez jolie, pria un capitaine de canonniers de vouloir la tuer. Lui, plein de générosité et d'humanité, défit sa redingote et la lui mit sur le corps, car on lui avait pris ses jupes. Ils l'ont sortie de l'hôpital le sabre à la main et lui ont sauvé la vie. »

Les victimes étaient au nombre de 2 000 selon certains rapports républicains, nombre certainement exagéré. Le nombre total des victimes fut plus probablement de 200[6].

Le 24 novembre les Vendéens revinrent à Fougères. L’abbé Étienne-Alexandre Bernier célébra un te deum à l’église Saint-Léonard pour célébrer la victoire de Dol-de-Bretagne, mais, cette fois, les Vendéens, ne restèrent pas longtemps à Fougères, leur état devenait désastreux, la victoire ne leur avait assuré qu'un sursis.

Plus tard, les autorités civiles qui avaient fui retournèrent à Fougères, mais de nouveaux problèmes apparurent. Conformément à un décret voté par l’assemblée nationale, le gouvernement parisien ordonna que Fougères soit incendiée. Le décret indiquait que toute ville qui tomberait aux mains des Vendéens sans avoir employé le maximum de ses ressources serait détruite. En réaction, les élus fougerais firent circuler une pétition pour tenter de convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision. On ne sait comment se déroulèrent la suite des négociations, mais, finalement, Fougères ne fut pas brûlée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Le Boutellier, La Révolution dans le Pays de Fougères, Société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères,‎ 1989
  • Théodore Lemas, Le district de Fougères pendant les Guerres de l'Ouest et de la Chouannerie 1793-1800, Rue des Scribes Éditions,‎ 1894
  • Étienne Aubrée, Le général de Lescure, librairie académique Perrin,‎ 1936, p.149-164.
  • Étienne Aubrée, Les prisonniers de Malagra, Éditions Perrin,‎ 1938, 175 p.
  • Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, Robert Laffont,‎ édition de 2009, p.293-294.
  • Charles-Louis Chassin, La Vendée Patriote (1793-1800), Tome III, édition Paul Dupont, 1893-1895, p.259.
  • Colonel Gillot, Fougères ville d'art, édition Arthaud

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 155-156.
  2. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 156.
  3. Étienne Aubrée, Les prisonniers de Malagra, p. 63.
  4. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 160-161.
  5. Étienne Aubrée, Le général de Lescure, p. 161.
  6. *Félix Jourdan, La chouannerie dans l'Avranchin, 1re partie,‎ 1907, p.82. [1], p.45.
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