Bataille de Djerba

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Bataille de Djerba
Carte représentant la bataille de Djerba en 1560
Carte représentant la bataille de Djerba en 1560
Informations générales
Date 9 au 14 mai 1560
Lieu Au large de l'île de Djerba
Issue Victoire ottomane
Belligérants
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Empire ottoman Flag of Cross of Burgundy.svg Monarchie espagnole

Flag of Most Serene Republic of Venice.svg République de Venise
Emblem of the Papacy SE.svg États pontificaux
Flag of Genoa.svg République de Gênes
Savoie flag.svg Duché de Savoie
Flag of the Sovereign Military Order of Malta.svg Ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Commandants
Piyale Pacha
Dragut
Giovanni Andrea Doria
Forces en présence
86 galères et galiotes 54 galères
66 vaisseaux divers
Pertes
Quelques galères coulées
Environ 1 000 morts ou blessés
30 galères coulées
Environ 9 000 morts ou blessés et environ 5 000 prisonniers
Guerre contre les Turcs

La bataille de Djerba est une bataille navale qui a lieu du 9 au 14 mai 1560 le long des côtes tunisiennes (au large de Djerba)[1]. Elle oppose la flotte de l'Empire ottoman, commandée par Piyale Pacha et Dragut, à une flotte européenne principalement composée de navires espagnols, napolitains, siciliens et maltais.

Expédition de Tripoli et raid ottoman sur les îles Baléares[modifier | modifier le code]

Depuis la défaite de la bataille de Prévéza subie en 1538 face à la flotte ottomane, commandée par Khayr ad-Din Barberousse[2], ainsi que la désastreuse expédition d'Alger de l'empereur Charles Quint en 1541[3], les principales puissances navales du bassin méditerranéen, l'Espagne et la République de Venise se sentent de plus en plus menacées par les Ottomans et les corsaires barbaresques. En 1551, les Ottomans prennent Tripoli aux mains des Chevaliers de Malte, faisant de la ville un centre important pour les raids de pirates en Méditerranée et la capitale de la province ottomane de Tripolitaine.

Cette menace s'accentue lorsque Piyale Pacha mène un raid contre les îles Baléares en 1558 avec une force de 150 navires et 15 000 hommes et s'empare de Ciutadella de Menorca qui n'est défendue que par une petite garnison de quarante soldats (réduisant en esclavage plus de 3 000 habitants) et organise ensuite des raids contre les côtes méditerranéennes espagnoles en compagnie de Dragut. Le roi Philippe II d'Espagne décide alors de réagir et invite le pape Paul IV et ses alliés européens à entreprendre la reconquête de la ville de Tripoli, possédée par les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem jusqu'en août 1551, date à laquelle Dragut s'en empare, exploit qui lui a valu d'être nommé bey de Tripoli par le sultan ottoman Soliman le Magnifique.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

L'historien William H. Prescott aurait écrit que les sources décrivant la bataille étaient tellement contradictoires qu'il défiait le lecteur de les réconcilier.

En 1559, Philippe II autorise les chevaliers de Malte et le vice-roi de Naples à monter une expédition contre Tripoli et l'île de Djerba. Les historiens les plus réputés pensent que la flotte rassemblée par les puissances chrétiennes comporte environ cinquante à soixante galères et quarante à soixante navires plus petits. Par ailleurs, Giacomo Bosio, l'historien officiel de l'Ordre de Malte a indiqué qu'elle comportait 54 galères[4].

Fernand Braudel[5] donne également le chiffre de 54 navires de guerre complétés par 36 navires de transport. L'un des comptages les plus détaillés est celui de Carmel Testa[6] qui eut accès aux archives de l'Ordre de Malte. Il liste précisément 54 galères, sept bricks, 17 frégates, deux galions, 28 navires marchands et douze petits navires. Ils étaient fournis par une coalition composée des républiques de Gênes et Naples, de la Sicile, de Florence, des États pontificaux et de l'Ordre de Malte[7].

La flotte se rassemble à Messine sous le commandement de Giovanni Andrea Doria (neveu de l'amiral génois Andrea Doria) puis se dirige vers Malte où elle est bloquée pendant deux mois par le mauvais temps. Durant cette période, quelque 2000 hommes périssent en raison de diverses maladies. Le 10 février 1560, la flotte appareille pour Tripoli. Le nombre précis de soldats embarqués n'est pas connu. Braudel donne pour sa part le chiffre de 10 000 à 12 000, Testa 14 000 alors que des sources plus anciennes donnent un chiffre supérieur à 20 000, une exagération au regard du nombre d'hommes que peut contenir une galère du XVIe siècle.

Bien que l'expédition n'accoste pas loin de Tripoli, le manque d'eau, la maladie et une violente tempête poussent les commandants à abandonner leurs objectifs d'origine et, le 7 mars, ils appareillent vers l'île de Djerba qu'ils prennent rapidement. Le vice-roi de Sicile, Don Juan de la Cerda, duc de Medina Coeli, ordonne la construction d'un fort sur l'île. À ce moment-là, une flotte ottomane d'environ 86 galères et galions, placés sous le commandement de l'amiral ottoman Piyale Pacha, est déjà en route depuis Istanbul. Cette flotte arrive à Djerba le 11 mai, à la surprise des forces chrétiennes[8].

Bataille[modifier | modifier le code]

La bataille est une affaire d'heures : près de la moité des galères chrétiennes sont prises ou coulées. Anderson[7] donne le bilan total des pertes chrétiennes à 18 000 mais Guilmartin[8] les réduit à environ 9 000 dont près des deux-tiers sont des rameurs.

Les survivants trouvent refuge dans le fort, achevé quelques jours auparavant, qui est rapidement attaqué par les forces combinées de Piyale Pacha et Dragut (qui a rejoint Piyale Pacha au cours du troisième jour) mais pas avant que Giovanni Andrea Doria réussisse à s'échapper dans un petit navire. Après un siège de trois mois, la garnison se rend et, selon Bosio, Piyale Pacha ramène 5 000 prisonniers à Istanbul, dont le commandant espagnol, Don Alvaro de Sande, qui avait pris le commandement de la flotte chrétienne après la fuite de Doria. Les circonstances des derniers jours de la garnison assiégée sont contradictoires. Ogier Ghislain de Busbecq, l'ambassadeur autrichien à Istanbul, raconte dans son fameux Turkish Letters que, reconnaissant la futilité de la résistance armée, de Sande essaya de s'échapper dans un petit bateau mais fut rapidement capturé[9]. Dans d'autres récits, notamment celui de Braudel, il dirige une tentative de sortie le 29 juillet et se fait alors capturer. À travers les efforts de Busbecq, de Sande est libéré quelques années plus tard. Il combattra à nouveau les Ottomans lors du siège de Malte en 1565.

Silhouette du Borj-er-Rous

Une tour composée de crânes, dite Borj-er-Rous, aurait été érigée par Dragut en hommage à cette bataille. Elle est détruite en 1848 sur ordres du bey de Tunis, à la demande du ministre espagnol des affaires étrangères, et remplacée par un obélisque.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La bataille de Djerba représente l'apogée de la domination navale des Ottomans en Méditerranée qui grandissait depuis leur victoire à la bataille de Prévéza 22 ans plus tôt. Ils assiégent ensuite la nouvelle base de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1565 (après l'avoir chassé de Rhodes en 1522) mais perdent cette bataille décisive. Il faut attendre la destruction d'une large flotte ottomane à la bataille de Lépante en 1571 pour que la réputation d’invincibilité des Ottomans s'effondre[10].

Toutefois, suite à la prise de Chypre en 1571[11], peu après la bataille de Lépante, les Ottomans parviennent à reconstruire leur flotte en moins d'un an et prennent Tunis aux Espagnols et à leurs vassaux hafsides en 1574[12]. Néanmoins, leur suprématie en Méditerranée touchait bel et bien à sa fin.

Source[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William Stewart, Admirals of the world: a biographical dictionary, 1500 to the present, éd. McFarland, Jefferson, 2009, p. 240
  2. (fr) Joël Schnapp, Le voyage d'Occident, éd. Anacharsis, Toulouse, 2003, p. 36
  3. (fr) Baptistin Poujoulat, Histoire de Constantinople, comprenant le Bas-empire et l'Empire ottoman, éd. Amyot, Paris, 1853, p. 87
  4. Giacomo Bosio, History of the Knights of St. John, éd. J. Baudoin, 1643, livre XV, p. 456
  5. Fernand Braudel, The Mediterranean and the Mediterranean World in the Age of Philip II, éd. University of California Press, Berkeley, 1995
  6. Carmel Testa, Romegas, éd. Midsea Books, Malte, 2002
  7. a et b R. C. Anderson, Naval Wars in the Levant 1559-1853, éd. Princeton University Press, Princeton, 1952
  8. a et b John Guilmartin, Gunpowder and Galleys, éd. Cambridge University Press, Cambridge, 1974
  9. Oghier Ghiselin de Busbecq, Life and Letters, volume I, éd. Slatkine, Genève, 1971
  10. Raymond de Belot, La Méditerranée et le destin de l'Europe, éd. Payot, Paris, 1961, p. 71
  11. (fr) Paul Balta, Méditerranée : défis et enjeux, éd. L'Harmattan, Paris, 2000, p. 201
  12. (fr) Nicolas Béranger et Paul Sebag, La Régence de Tunis à la fin du XVIIe siècle, éd. L'Harmattan, Paris, 1993, p. 12