Bataille d'Issos

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Bataille d’Issos
Alexandre et Darius face à face
Alexandre et Darius face à face
Informations générales
Date 1er novembre 333 av. J.-C.
Lieu Près d’Issos
Issue Victoire d'Alexandre
Belligérants
Macédoniens
et leurs alliés Grecs
Perses achéménides
Commandants
Alexandre le Grand Darius III
Forces en présence
30 000 fantassins[1]
6 000 cavaliers
70 000 fantassins

30 000 mercenaires grecs 50 000 cavaliers

Pertes
450 hommes ? 30 000 hommes[2]
Batailles
Bataille du Granique
Siège de Milet
Siège d'Halicarnasse
Bataille d'Issos
Bataille de Gaugamèles
Bataille de l'Hydaspe
Coordonnées 36° 50′ 16″ N 36° 12′ 40″ E / 36.837894, 36.21110936° 50′ 16″ Nord 36° 12′ 40″ Est / 36.837894, 36.211109  

Géolocalisation sur la carte : Turquie

(Voir situation sur carte : Turquie)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille d'Issos.

La Bataille d'Issus de Jan Brueghel l'Ancien, au Louvre
Dispositif initial
Engagement décisif

La bataille d'Issos s'est déroulée le 1er novembre 333 av. J.-C.[3] dans l'antique Cilicie. Elle oppose l'armée d'Alexandre le Grand à celle de Darius III. L'armée macédonienne remporte une victoire décisive sur l'armée perse pour la première fois commandée par Darius en personne. Le lieu de la bataille se situe près de l'actuel İskenderun en Turquie[4], aux abords d'un petit fleuve côtier appelé Pinaros durant l'Antiquité, à 10 km environ au sud d'Issos. L'identification de ce fleuve côtier pose problème mais il s'agirait bien de l'actuel Payas[5] (Pajas).


Contexte historique[modifier | modifier le code]

Alexandre le Grand débarque en Asie au printemps 334 av. J.-C. et défait les satrapes perses à la bataille du Granique. Mais dès l'hiver, Darius reprend l'initiative et commence à regrouper une armée à Babylone. Confiant dans ses capacités de stratège, il entend affronter Alexandre en personne et faire sa jonction en Syrie avec le contingent des mercenaires grecs amenés par la flotte de Pharnabaze, successeur de Memnon de Rhodes dans la défense de l'Égée.

À l'été 333 av. J.-C., Alexandre, qui vient à cette époque de soumettre toute l'Asie Mineure (hormis la Paphlagonie et la Cappadoce), apprend l'arrivée de Darius en Cilicie. Il quitte Gordion et décide de se porter au-devant de l'armée perse par la Lycaonie ; il soumet la Cilicie et occupe Tarse où il est retenu plusieurs semaines des suites d'une maladie (peut-être due à une hydrocution). Alexandre conserve donc le principal corps de troupes à Tarse mais envoie Parménion occuper la région d'Issos dont le Pilier de Jonas[6] et le col de Belen qui mènent de Cilicie en Syrie.

Désireux de rattraper le retard pris, Alexandre s'avance, quelque peu imprudemment, en novembre 333 av. J.-C. vers le sud à travers la passe de Jonas. Mais Darius est informé que Parménion tient déjà le terrain ; il débouche par les Portes de l'Amanos[7] au nord et se retrouve sur les arrières d'Alexandre. Darius capture la ville d'Issos sans opposition et tue tous les malades et blessés qu'Alexandre a laissé derrière lui. Pour autant Alexandre, acculé aux régions hostiles de Syrie et de Phénicie, essaye de rester maître de la situation. Il rebrousse chemin vers le Pilier de Jonas afin de mener combat dans un terrain connu. Malgré l'avis de ses conseillers grecs, Darius accepte la bataille dans une région pourtant peu propice à la cavalerie ; la supériorité numérique qui est son principal atout ne peut jouer à plein. En effet, Darius tient une position défensive dans une étroite plaine côtière que traverse le fleuve Pinaros.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Darius a l'avantage de mettre son armée la première en ordre de bataille. Il se positionne au centre, juché sur son char avec sa meilleure infanterie, les 10 000 hoplites mercenaires, les 10 000 Immortels et sa cavalerie royale. Il place 20 000 fantassins légers (les Cardaces armés comme des peltastes) sur les flancs de la montagne et dispose près de la côte, sur son aile droite, la plus grande partie de ses cavaliers légers perses et mèdes. Thymondas, fils de Mentor de Rhodes et neveu de Memnon de Rhodes, est un des commandants des mercenaires.

Suivant le dispositif habituel, Alexandre dirige la cavalerie des Compagnons sur le flanc droit tandis qu'il place sur le flanc gauche, appuyée au rivage, la cavalerie thessalienne sous le commandement de Parménion. La phalange, disposée en retrait le long du cours d'eau, est protégée sur ses flancs par des bataillons de peltastes.

La bataille commence par un choc entre les deux infanteries sur les rives du Pinaros, tandis que les frondeurs, archers et javeliniers perses ne sont pas parvenus à diminuer la solide phalange. Les mercenaires grecs de Darius combattent avec vigueur et parviennent un temps à rompre les phalangites de Cratère. Au même moment la cavalerie perse se heurte à la résistance de Parménion qui tient l'aile gauche macédonienne. Appuyé par le corps d'élite des Hypaspistes, Alexandre, à la tête de la cavalerie des Compagnons, défait l'aile gauche adverse et se rabat vers le centre de Darius. Certaines sources antiques considèrent qu'Alexandre cherche à défier Darius en combat singulier[8], mais cette manœuvre au centre semble au départ davantage dirigée contre les mercenaires grecs[9]. Pour autant une fois Darius en vue, Alexandre lance l'assaut contre lui ; la garde royale perse oppose une vive résistance autour du char royal. Plusieurs satrapes et officiers de haut rang y laissent la vie. Ses chevaux étant gravement blessés, Darius aurait été contraint de changer de quadrige, quand un dernier mouvement de panique le contraint à la fuite, entraînant la débâcle de sa cavalerie puis de son armée tout entière. En déroute dans un étroit défilé, les cavaliers perses périssent en se foulant mutuellement ou en chutant dans les ravins. La cavalerie macédonienne poursuit Darius en vain jusqu'au coucher du soleil.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Darius parvient à s'enfuir vers l'Euphrate, laissant sa mère, ses épouses et ses enfants aux mains d'Alexandre, dont la magnanimité est grande à leur égard. C'est à ce moment que se situe l'épisode légendaire de la confusion faite par la mère de Darius entre Alexandre et Héphaistion. La défaite de Darius est un déshonneur selon les usages royaux achéménides : dans sa fuite il a abandonné ses insignes royaux (son quadrige, son arc, son bouclier et son manteau). Alexandre entame alors la conquête de la Phénicie et de l'Égypte et remporte ensuite une ultime victoire contre Darius à la bataille de Gaugamèles en 331 av. J.-C..

Postérité artistique[modifier | modifier le code]

Albrecht Altdorfer : La Bataille d'Alexandre, Munich, Alte Pinakothek
Alexandre chevauchant Bucéphale à la bataille d'Issos, Mosaïque d'Alexandre
Alexandre à la bataille d'Issos, Sarcophage d'Alexandre, musée archéologique d'Istanbul

Suivant Pline l'Ancien[10], la bataille d'Issos a été illustrée par un peintre grec, Philoxénos d'Érétrie, pour le compte de Cassandre de Macédoine vers 300 av. J.-C.. Cette peinture a été détruite mais elle a a inspiré la célèbre Mosaïque d'Alexandre, trouvée dans la maison du Faune à Pompéi. Cette mosaïque, qui daterait du IIe siècle av. J.-C., est visible au musée national de Naples. La bataille d'Issos est aussi probablement représentée sur le sarcophage dit d'Alexandre retrouvé à Sidon. Ce sarcophage a été sculpté au IVe siècle av. J.-C. pour le roi phénicien Abdalonymos, installé à la tête de la cité de Sidon par Alexandre.

Albrecht Altdorfer a également représenté la bataille d'Issos dans la Bataille d'Alexandre en 1529, sur une commande de Guillaume IV de Bavière. On y voit Alexandre poursuivant Darius, au cœur d'une marée humaine sous un ciel tourmenté.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le montant des effectifs des deux armées, à prendre avec précaution, est basé sur un consensus entre les historiens modernes ; les auteurs antiques mentionnent par exemple que l'armée perse compte entre 400 000 et 600 000 hommes.
  2. Le nombre de combattants du côté perse et leurs pertes sont souvent exagérés pour embellir la victoire d'Alexandre.
  3. Sophie Chautard, Les Grandes Batailles de l'histoire, Studyrama, 2005
  4. İskenderun appelée Alexandrette (en grec : Ἀλεξανδρέττα) ou Alexandrie d'Issos (en grec : Αλεξάνδρεια της Ισσού ; en latin : Alexandria ad Issum). Iskandar en arabe : ʾiskandar, إسكندر mais avec l'article : al-ʾiskandar,الإسكندر et en persan iskandar, اسکندر, signifie Alexandre. La ville est a été fondée par Alexandre pour commémorer la victoire d'Issos. Il n'est pas certain qu’Iskenderun soit exactement à l'emplacement de la ville d'Alexandrie antique qui venait elle-même de supplanter la cité phénicienne préexistante Myriandre (Myriande, Myriandrus), située elle aussi dans le même voisinage.
  5. Pour des argumentq en faveur de cette hypothèse, voir par exemple : Donald W. Engels, Alexander the Great and the Logistics of the Macedonian Army, University of California Press,‎ 1980, 194 p. (ISBN 978-052004272-8, présentation en ligne, lire en ligne), « Appendix 2 : The Site of the Pinarus », p. 131-134. L'embouchure de la rivière Payas (Payas Çayı) est près de Yakacık (Payas) 36° 45′ 09″ N 36° 11′ 32″ E / 36.752467, 36.192291. L'autre rivière souvent citée est la Deli Çay (rivière folle) dont l'embouchure est près de Dörtyol (carrefour, mot-à-mot quatre chemins) 36° 49′ 50″ N 36° 10′ 03″ E / 36.830688, 36.167518 soit environ 10 km plus au nord. Une troisième rivière, plus rarement citée, est la Kuru Çay (rivière sèche) entre les deux précédentes à 2 km au sud de la Deli Çay.
  6. On parle aussi de la passe de Jonas. A 10 km au nord d'Iskenderun, la plaine côtière disparaît et la montagne ne laisse qu'un passage malaisé en bord de mer.
  7. Portes de l'Amanos ou Pyles Amanides (en grec : Amanides pylai, Ἀμανίδες πύλαι) (Col de Bahçe) à un peu moins de 1 000 m d’altitude. Bahçe est à 10 km sous le col du côté de la Cilicie c’est-à-dire sur le versant ouest. Position du col : 37° 10′ 06″ N 36° 40′ 47″ E / 37.168217, 36.679659.
  8. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVII, 33, 5 ; Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, 3, 11, 7.
  9. Arrien, « Anabase. Livre II, 11, 1-4. », sur « L'antiquité grecque et latine »
  10. Pline l'Ancien, « Histoire naturelle, Livre XXXV, 45. », sur « L'antiquité grecque et latine »

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Goukowsky, Alexandre et la conquête de l'Orient dans Le monde grec et l'Orient, II, PUF, 1975 ;
  • (en) Peter Green, Alexander to Actium : The Historical Evolution of the Hellenistic Age, 1990 ;
  • (en) N. Sekunda et J. Warry, Alexander the Great : His Armies and Campaigns 334-323 BC, London, 1998.

Voir aussi[modifier | modifier le code]