Bataille d'Ethandun

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Bataille d'Ethandun
Informations générales
Date mai 878
Lieu Edington (Wiltshire) ou peut-être Edington (Somerset)
Issue Victoire saxonne
Belligérants
Saxons de l'Ouest Vikings
Commandants
Alfred le Grand Guthrum l'Ancien

La bataille d'Ethandun eut lieu entre le 6 et le 12 mai 878. Elle opposa les forces du Wessex, menées par Alfred le Grand, aux envahisseurs danois de Guthrum l'Ancien.

La bataille dura presque toute la journée et s'acheva sur la victoire d'Alfred, qui combattit derrière un rempart défensif de boucliers rappelant la tactique des légions romaines. Les Danois s'enfuirent vers le Danelaw, et finirent par se rendre à Chippenham, après un siège de quatorze jours. Le roi danois fut par la suite baptisé, avec Alfred pour parrain.

Malgré la signature du traité de Wedmore, puis du traité entre Alfred et Guthrum, l'état de guerre se maintint entre Danois et Anglo-Saxons.

La bataille est généralement située à Edington, dans le Wiltshire, mais sans certitude. D'autres lieux ont été proposés, parmi lesquels Edington dans le Somerset.

Contexte[modifier | modifier le code]

Voir l’image vierge
Localisations possibles du champ de bataille en Angleterre

D'après la Chronique de Peterborough, les attaques des Vikings sur l'Angleterre remontent jusqu'en 793, année d'un raid sur l'abbaye de Lindisfarne, en Northumbrie[1]. Les Vikings se livrèrent à des attaques ponctuelles sur le Wessex après Lindisfarne, mais ne constituèrent une menace réelle qu'après la bataille de Carhampton, en 836[2]. Tout au long du IXe siècle, les Danois envahirent résolument l'Angleterre, pressant les Anglo-Saxons qui peuplaient la région. Les habitants du Wessex parvinrent tout d'abord à contenir raisonnablement la menace, même lorsque les envahisseurs s'allièrent aux Bretons de Cornouailles, mais les choses se gâtèrent à partir de 851. À l'arrivée de la Grande Armée païenne, en 865, ils étaient engagés depuis quatorze ans dans de vastes campagnes qui leur avaient coûté des pertes considérables[3].

La Grande Armée païenne n'était pas très importante, et ne correspond pas vraiment à l'idée moderne d'une armée : Jones estime qu'elle comprenait entre cinq cent et mille hommes, conduits par les frères Ivar, Ubbe et Halfdan Ragnarsson[4]. La différence entre cette armée et les autres Vikings qui l'avaient précédée était son but. Son arrivée déclencha « une nouvelle étape, celle de la conquête et de l'installation[5] ». En 870, les Danois avaient conquis les royaumes de Deira et d'Est-Anglie, et ils s'attaquèrent au Wessex en 871. Des neuf batailles mentionnées par la Chronique anglo-saxonne pour cette année, une seule fut remportée par les Saxons. Le roi Æthelred mourut peu après la défaite de Merton, et son frère Alfred lui succéda[6].

En 874, la Mercie s'effondra, et la cohésion de la Grande Armée avec elle. Halfdan retourna en Deira et y affronta les Celtes ; son armée s'y installa et il n'est plus mentionné après 876[7]. Accompagné de deux rois dont les noms sont inconnus, Guthrum partit pour Cambridge et, à partir de 875, attaqua à plusieurs reprises le Wessex, manquant capturer Alfred qui hivernait à Chippenham lors de la dernière de ces offensives[7].

En 878, les Danois contrôlaient l'est et le nord-est de l'Angleterre ; leur défaite à Ashdown les avait ralentis, mais non arrêtés. Alfred passa l'hiver avant la bataille d'Ethandun à Athelney, protégé par les marécages des Somerset Levels. Au printemps 878, il rassembla ses forces et marcha vers Ethandun, où il rencontra les Danois, menés par Guthrum l'Ancien.

Position d'Alfred avant la bataille[modifier | modifier le code]

Guthrum appliquait la stratégie danoise habituelle : occuper une place fortifiée et attendre un traité de paix, par lequel on leur cèderait de l'argent en échange de leur départ immédiat. En 875, l'armée de Guthrum occupa Wareham. Alfred les paya pour qu'ils quittent le pays[8], mais ils s'emparèrent d'Exeter, encore plus loin dans le royaume d'Alfred, où fut conclue à l'automne 877 une « paix ferme » avec Alfred[9], par laquelle les Danois s'engageaient à quitter son royaume et à ne plus y revenir[10]. Ils respectèrent le traité, passant le reste de l'année 877 (selon le calendrier grégorien) à Gloucester[10]. Alfred passa Noël à Chippenham, à une cinquantaine de kilomètres de Gloucester. Les Danois attaquèrent Chippenham « au milieu de l'hiver, après la Douzième Nuit[9] », soit probablement durant la nuit du 6 au 7 janvier 878. Ils s'emparèrent de la ville et manquèrent de peu la capture d'Alfred lui-même. Celui-ci dut s'enfuir « avec de maigres forces » dans la nature[9].

Durant cette période, Alfred semble avoir pourchassé les Danois sans grand succès dans tout le Wessex, tandis que les envahisseurs agissaient comme bon leur semblait. La Chronique anglo-saxonne tente de faire croire qu'Alfred gardait l'initiative : elle prend la forme d'une « chronique terne, qui retrace laconiquement les déplacements des Danois victorieux tout en essayant de donner sournoisement l'impression qu'Alfred gardait le contrôle[8] », sans vraiment y parvenir. Même si Alfred avait pu rattraper les Danois, il est peu probable qu'il ait pu faire quoi que ce soit. Le simple fait que son armée ait été incapable de défendre la place forte qu'était Chippenham, « à une époque […] aussi peu versée dans l'art de la poliorcétique[8] », ne permet pas vraiment de croire qu'elle aurait pu vaincre les Danois dans une bataille ouverte. Entre 875 et la fin 877, Alfred ne pouvait pas faire grand-chose pour contrer les Danois, hormis les payer à répétition.

La bataille[modifier | modifier le code]

Cet état de fait devint encore plus vrai après l'attaque de la Douzième Nuit. Avec sa petite troupe, une maigre fraction de l'armée qu'il avait à Chippenham, Alfred ne pouvait espérer reprendre la ville aux Danois, qui s'étaient précédemment montrés capables de s'adapter à la défense de positions fortifiées (par exemple à Reading en 871[11]). Il se retira donc dans le sud pour refaire ses forces. La première mention d'Alfred après le désastre de Chippenham date des alentours de Pâques, lorsqu'il fonda une forteresse à Athelney[12]. Durant la septième semaine après Pâques (entre le 4 et le 7 mai[13]), Alfred convoqua ses hommes à Ecgbryhtesstan (Egbert's Stone). De nombreux hommes des comtés alentour (Somerset, Wiltshire et Hampshire), parmi ceux qui n'avaient pas déjà fui, le rallièrent[14]. Le lendemain, l'armée d'Alfred prit la route d'Iley Oaks, puis celle d'Ethandun le jour suivant[15]. Là, entre le 6 et le 12 mai[16], les Saxons affrontèrent les Danois. Selon le récit de la Vie d'Alfred :

« Combattant férocement, formant un mur dense de boucliers contre l'armée entière des païens, et luttant longuement et bravement [...] enfin [Alfred] emporta la victoire. Il renversa les païens dont il fit un grand massacre, et frappant les fugitifs, il les poursuivit jusqu'à la forteresse [Chippenham][17]. »

Après la victoire, lorsque les Danois se furent réfugiés dans Chippenham, les Saxons firent main basse sur toute la nourriture que les Danois auraient pu rapporter lors d'une sortie et attendirent[17]. Après deux semaines, les Danois affamés demandèrent la paix, cédant à Alfred des otages et jurant de quitter sur l'heure son royaume, comme à leur habitude, mais promettant en outre que Guthrum accepterait le baptême[18]. Cette fois-ci, la victoire d'Alfred était décisive, et contrairement aux traités de Wareham et Exeter, il semblait plus probable que les Danois respecteraient leur part du traité.

La principale raison de la victoire d'Alfred fut probablement la taille relative des deux armées. Les hommes d'un seul comté pouvaient constituer une force importante, comme le prouvèrent ceux du Devon la même année en écrasant l'armée d'Ubbe Ragnarsson à la bataille de Cynwit[19]. Par ailleurs, Guthrum avait perdu en 875 le soutien des autres seigneurs danois, dont Ivar et Ubbe. Des forces danoises qui auraient pu renforcer Guthrum s'étaient installées en Est-Anglie et en Mercie avant l'attaque du Wessex ; d'autres furent perdues lors d'une tempête au large de Swanage en 876-877, qui coula 120 vaisseaux[13].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Partage des îles britanniques entre états vikings (rouge), saxons (vert clair) et celtes (vert foncé) après la paix qui suivit la bataille d'Ethandun.

Après Ethandun, les Danois furent confinés dans le Danelaw, et le Wessex, dernier royaume anglo-saxon libre, resta vierge de tout contrôle danois. Si Alfred avait perdu la bataille, Guthrum aurait probablement conquis l'intégralité du royaume. La défaite de Guthrum démoralisa profondément les Danois, et le Wessex resta en paix pendant quelques années.

Une autre conséquence de la bataille, le baptême de Guthrum et de ses hommes à Aller, avec Alfred pour parrain de Guthrum, donna au roi du Wessex une certaine prédominance morale sur les guerriers du Danelaw.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Garmonsway, p. 57
  2. Yorke, p. 151 ; Garmonsway, p. 62-63
  3. Yorke, p. 151
  4. Jones, p. 219
  5. Jones, p. 218
  6. Garmonsway, p. 70-73
  7. a et b Jones, p. 221
  8. a, b et c Smyth, p. 70
  9. a, b et c Garmonsway, p. 74
  10. a et b Smyth, p. 72
  11. Garmonsway, p. 70
  12. Garmonsway, p. 76 ; Life, p. 26
  13. a et b Smyth, p. 74
  14. Life, p. 26 ; Garmonsway, p. 76
  15. Garmonsway, p. 76 ; Life, p. 26-27
  16. Smyth, p. 75
  17. a et b Life, p. 27
  18. Garmonsway, p. 76
  19. Life, p. 26

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

  • G. N. Garmonsway (trad.), The Anglo-Saxon Chronicle, Dent, Londres, 1972
  • Gwyn Jones, A History of the Vikings, éd. révisée, Oxford University Press, Oxford, 1984
  • Alfred P. Smyth, Alfred the Great, Oxford University Press, Oxford, 1995
  • Alfred P. Smyth (trad.), The Medieval Life of Alfred, Palgrave, Houdmills, 2002
  • Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Anglo-Saxon England, Routledge, Londres, 1997

Fiction sur fond historique[modifier | modifier le code]

  • Bernard Cornwell, Le dernier Royaume, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon,‎ 2004, 347 p. (ISBN 978-2-74990-393-4).
  • Bernard Cornwell, Le Quatrième Cavalier, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon,‎ 2006, 347 p. (ISBN 978-2-7499-0576-1).