Bataille d'Albuera

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Bataille d'Albuera
Le maréchal Beresford désarmant un Uhlan polonais Gravure par T.Sutherland, 1831.
Le maréchal Beresford désarmant un Uhlan polonais
Gravure par T.Sutherland, 1831.
Informations générales
Date 16 mai 1811
Lieu La Albuera, Espagne
Issue Indécise
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau de la Pologne Duché de Varsovie
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Flag Portugal (1707).svg Royaume de Portugal
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Espagne
Commandants
Jean-de-Dieu Soult William Carr Beresford
Joaquín Blake y Joyes
Forces en présence
23 000 fantassins
4 000 cavaliers
40 canons
6 500 Britanniques
10 000 Portugais
13 000 Espagnols
38 canons
Pertes
5 916 morts ou blessés 5 936 morts ou blessés
Guerre d'indépendance espagnole
Batailles
Campagne de Castille (1811-1812)

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Coordonnées 38° 43′ N 6° 49′ O / 38.71666667, -6.81666667 ()38° 43′ Nord 6° 49′ Ouest / 38.71666667, -6.81666667 ()  

Géolocalisation sur la carte : Espagne

(Voir situation sur carte : Espagne)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille d'Albuera.

À la bataille d'Albuera qui se déroula le pendant la guerre d'Espagne, les alliés Britanniques, Espagnols et Portugais repoussent l'armée française du maréchal Soult à Albuera, à environ 20 kilomètres au sud de Badajoz, en Espagne.

Il ne faut pas confondre la bataille d'Albuera et la bataille d'Albufera, victoire des Français (Maréchal Suchet) contre les Anglo-espagnols.

Contexte[modifier | modifier le code]

Jean de Dieu Soult
William Carr Beresford

Les Français tentent de renouveler leur invasion du Portugal de l’année précédente. Soult met ses troupes en mouvement pour dégager Badajoz, assiégée par les Anglais alors que Masséna fait de même vers Almeida. Les Français sont repoussés avec de lourdes pertes.

Les forces combinées anglo-portugaises sont sous le commandement de William Carr Beresford, maréchal de l'armée portugaise, les forces espagnoles sont commandées par le général Joaquín Blake.

Wellington passe l'hiver 1810-1811 à tenir la solide ligne de fortifications de Torres Vedras qui protège Lisbonne. Les troupes de Masséna, incapables de la prendre d'assaut, hivernent en face de cette ligne. Elles subissent des difficultés de ravitaillement, et ont des problèmes de survie. En mars 1811, Masséna reconnait le caractère intenable de la situation et se replie sur la forteresse de Ciudad Rodrigo, située en Espagne à la frontière avec le Portugal. Cette forteresse garde la route du Portugal à Salamanque. Il laisse une petite garnison dans la forteresse portugaise d'Almeida. L'hivernage face aux lignes de Torres Vedra et la retraite précipitée ont largement détruit la capacité offensive de son armée.

Au sud du Tage, la forteresse portugaise d'Elvas et la forteresse espagnole de Badajoz se dressent sur la même route allant du Portugal vers Madrid. Les opérations françaises dans cette zone sont sous la responsabilité de Soult, qui est par ailleurs très occupé, entre autres à poursuivre le siège de Cadix). En janvier 1811, Soult dépouille les lignes faisant le siège de la vile, afin de rassembler une armée de campagne et faire mouvement vers Badajoz. Les forces britanniques et espagnoles en profitent pour tenter de briser le siège, en déclenchant la bataille de Barrosa le 8 mars, qui est une défaite tactique pour les Français, mais n'est pas exploitée en vue de rompre le siège. Badajoz capitule le 10 mars[1], et Soult retourne sans attendre dans la région de Séville afin de reprendre le siège de Cadix et prévenir toute répétition des conditions qui avaient conduit à Barrosa.

Wellington considère que les quatre forteresses mentionnées ci-dessus doivent être prises afin de protéger le Portugal de toute nouvelle invasion, et de permettre l'entrée en Espagne des forces anglo-portugaises[2]. Il décide donc de diviser ses forces et de tenter de prendre à la fois Almeida et Badajoz. 20 000 hommes, dont 10 000 Britanniques, sous les ordres de Beresford sont affectées au siège de Badajoz, alors que lui-même marche avec environ deux fois cet effectif sur Almeida.

Il n'a cependant pas vraiment le matériel de siège nécessaire, et effectue le blocus d'Almeida, avec une force de couverture à l'Est. L'attaque de cette position par Masséna est repoussée à la Bataille de Fuentes de Oñoro le 5 mai. En conséquence, Almeida est évacué par la garnison française, le 11 mai, au cours d'un des épisodes les plus humiliants de l'histoire de l'armée britannique: la garnison dans son entier se glisse à travers les lignes de siège sans perdre un homme ni provoquer l'alarme.

Pendant ce temps, Beresford rassemble son matériel à partir d'anciens canons portugais venant d'Elvas, et commence les opérations de siège contre Badajoz le 8 mai. Avec 591 hommes du régiment de uhlans polonais de la Vistule et un régiment de grenadiers, en provenance des quatre régiments d'infanterie du Duché de Varsovie, sous les ordres du colonel Varrere (soit environ 24 000 hommes), Soult marche au secours de la ville. Beresford fait mouvement vers Albuera, forte position de couverture sur une crête orientée nord-sud, à proximité de la route Badajoz-Séville et à 20 km de Badajoz. 12 000 soldats espagnols, sous les ordres de Blake stationnés plus loin au sud, marchent pour le rejoindre.

Le 15 mai l'écran de cavalerie de Beresford fort de 2 500 hommes est aisément refoulé de la rive droite de la rivière Albuera par la cavalerie française[3]. Dans les premières heures du 16 mai, à l'insu de Soult, les forces de Blake rejoignent celles de Beresford, et sont déployées au sud de la position.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Carte du champ de bataille.

Le plan de Soult est de feindre, avec une brigade, une attaque sur la ville d'Albuera et de garder le gros de ses forces pour un large mouvement de flanc par le sud, dirigé contre l'aile droite alliée. Quatre pelotons de uhlans polonais traversent l'Albuera. Le général Long répond en déployant deux escadrons du 3e dragons de la garde.

Le premier escadron de ce régiment est détruit par les deux pelotons polonais. Quand le deuxième escadron attaque, et quand le feu devient trop intense, les Polonais battent en retraite de l'autre côté de la rivière, sous le feu des dragons britanniques. Les Polonais comptent 14 morts et 3 blessés, contre 20 morts et blessés chez les Britanniques.

Une brigade d'infanterie française commandée par le général Godin repousse une brigade de la Légion Royale Allemande (King's German Legion) du général von Alten. Ils traversent la rivière sur un pont mais subissent de lourdes pertes de l'artillerie portugaise, ce qui provoque le retrait du village d'une partie des allemands.

Attaque française de flanc[modifier | modifier le code]

Beresford détecte le mouvement de Soult et tente de redéployer ses forces. Les forces espagnoles (sur lesquelles l'attaque de flanc doit tomber) reçoivent l'ordre de faire face au sud. La 2e division britannique du général Stewart postée derrière Albuera est remplacée par une division portugaise et fait mouvement vers le sud afin d'étendre le flanc droit vers l'Ouest, restant échelonnée derrière les Espagnols. La 4e division du général Cole demeure en réserve. Cependant Blake, qui commande les Espagnols, refuse de bouger ses troupes car il est sûr que l'attaque principale va porter sur le village d'Albuera.

Quand le Ve corps français du général Girard commence son attaque contre les trois divisions espagnoles des généraux Zayas, Lardizabel et Ballesteros, seul Zayas a pris l'initiative de faire aligner ses hommes et peut faire face à l'attaque. Les flancs du Ve corps sont couverts par de l'artillerie montée. Sur le flanc gauche du Ve corps, une division française de dragons, sous le commandement du général Latour-Maubourg prend position. Sur son flanc droit se tient la division d'infanterie du général Werle.

Destruction de la brigade de Colborne[modifier | modifier le code]

La 2e division d'infanterie du général Stewart, accompagnée d'une batterie du KGL, fait mouvement pour donner assistance aux Espagnols de Zayas. La brigade de Colborne avance déployée en ligne pour faire feu sur le flanc gauche de la colonne française qui attaque[4]. Les Français sont foudroyés et Stewart ordonne la charge. Cependant, à ce moment-là, une averse réduit la visibilité, rendant très difficile la mise à feu des mousquets. L'infanterie britannique est déployée en ligne, avec peu ou pas du tout de puissance de feu et ignorante du fait que la cavalerie française, qui a effectué un large mouvement de flanc, se trouve sur sa droite et derrière elle.

À ce moment, le général Latour-Maubourg envoie le régiment de uhlans et le 10e régiment de hussards contre eux. Les trois régiments britanniques (le 3e, le 2/48e et le 66e régiment d'infanterie) sont presque totalement anéantis. Le 31e régiment d'infanterie réussit à former le carré d'infanterie juste à temps pour se sauver de la destruction par les lanciers franco-polonais. Les uhlans capturent cinq drapeaux et cinq canons de la batterie des KGL. Pendant ce temps, des troupes attaquent un bataillon du 31e, mais sont repoussés. Les uhlans attaquent ensuite une brigade espagnole commandée par le général d'Espana et l'état major de Beresford. Une partie des troupes espagnoles, principalement celles des divisions de Ballesteros et de Lardizabal s'échappent. Cette partie de la bataille se termine par une attaque sans succès du 4e régiment de dragons britannique, qui perd 27 hommes.

L'attaque échoue[modifier | modifier le code]

L'attaque française tombe alors sur la brigade de Houghton[5] de la 2e division, qui tient sur place en dépit de lourdes pertes. Tôt dans la bataille le colonel William Inglis, du 57e régiment d'infanterie (West Middlesex) est blessé par de la mitraille qui perfore un de ses poumons[6]. Il refuse d'être porté à l'arrière et reste couché au pied des couleurs. Tout au long de la bataille on pouvait entendre sa voix répéter calmement "Vendez chèrement votre vie 57e, vendez...." . En faisant ce qui leur était demandé le 57e gagne un surnom impérissable "Les durs à cuire"[7] et le seul régiment à avoir le droit de porter la distinction "Albuhera" aussi bien sur leurs couleurs que sur le badge de leur casquette. Jusque là la bataille s'est bien déroulée pour les Français. Cependant, Soult se rend compte que Blake a fait sa jonction avec Beresford et il hésite à engager ses réserves.

La 4e division de Beresford sous les ordres de Lowry Cole monte alors à l'attaque de la crête en venant de l'ouest. La brigade de Fusiliers[8], la 11/23 brigade portugaise et le 7e chasseur portugais s'y distinguent particulièrement. Ils repoussent les charges de cavalerie des dragons et des uhlans, et s'avancent à faible distance des colonnes françaises. Ils échangent des tirs de mousquet pendant 20 minutes, souffrant la perte de 1 000 hommes. L'infanterie française a souffert au moins aussi durement, mais finit par lacher lorsque les survivants britanniques lancent une violente charge à la baïonnette.

L'engagement se termine de façon non concluante après un combat très sanglant, la cavalerie polonaise de Soult détruit toute une brigade britannique, alors que les Espagnols repoussent l'une des plus puissantes attaques d'infanterie française de cette guerre[9].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Soult n'est pas parvenu pas à faire lever le siège de Badajoz, qui est abandonné un peu plus tard, quand le maréchal Auguste Marmont joint ses forces aux siennes. La ville ne tombe aux mains des alliés qu’en avril 1812.

Albuera eut peu d'effet sur le déroulement de la guerre. Mais l'efficacité des lanciers polonais conduisit l'armée Britannique à convertir quelques régiments de cavalerie en lanciers après Waterloo. Cette bataille aussi confirma la qualité combative de l'Armée Portugaise après sa réorganisation par les Britanniques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On suppose suite à la corruption de responsables plutôt que d'opérations militaires
  2. Les villes fortifiées étaient particulièrement importantes à cause du mauvais état des voies de communication dans la péninsule ibérique : elles étaient difficiles à contourner et la logistique nécessaire au déplacement et à l'approvisionnement du matériel de siège restait problématique
  3. Le général de brigade britannique responsable fut relevé de son commandement un peu plus tard
  4. La tactique française consistait alors à lancer des colonnes compactes à l'assaut, comme on lance un buttoir, pour défoncer les lignes ennemies en enlevant la position à la baïonnette, cette formation présentait par contre l'inconvénient d'offrir une cible optimale aux salves de mousquèterie et à la mitraille des canons ennemis, et de boucher le champ de tir des assaillants à partir du troisième rang. Alors que la tactique britannique, consiste (en l'absence de menace sérieuse de la cavalerie ennemie, auquel cas on prévoyait aussi l'ordre compact avec formation en carré), à attendre l'assaut en déployant les troupes en ordre peu serré sur trois rangs, afin d'offrir un bon angle de tir à tous les soldats, qui pouvaient non seulement viser le front de la colonne ennemie, mais grâce au large déploiement harasser aussi ses flancs. C'est précisément ce que Colborne fit à ce moment-là. Les soldats britanniques étaient entrainés à tirer et recharger au moins trois à quatre fois à la minute. Cette tactique permettait au second rang, puis au troisième de passer au premier rang pour décharger leurs armes, pendant que le premier rang rechargeait les siennes, et ainsi de suite, délivrant un feu roulant continu. Bien que le bilan des pertes montre que tous les tirs n'atteignaient pas une cible, (la visibilité était rapidement bouchée par le nuage de fumée) ce feu roulant avait un effet dévastateur sur le moral des colonnes car il provoquait une hécatombe dans leurs premiers rangs, et tous les assaillants devaient enjamber les morts et les blessés pour poursuivre l'assaut. Les mousquets de l'époque, à canon lisse, perdaient toute précision au-delà de 50 à 60 mètres, faisant de ce genre d'assaut une course de vitesse entre la progression des colonnes dans les derniers 100 mètres et la capacité des défenseurs à maintenir un feu roulant meurtrier. Par contre le déploiement en ligne ne permettait aucune résistance aux attaques de la cavalerie qui arrivaient au contact avant que les fantassins n'aient pu tirer une deuxième salve.
  5. 29e régiment d'infanterie, 1/48e régiment d'infanterie et 57e régiment d'infanterie
  6. Le colonel Inglis ne mourut pas de ses blessures et survécut pour atteindre le grade de lieutenant-général
  7. Jeu de mot intraduisible de l'anglais au Français "Die hard" à l'impératif signifiant vendez chèrement votre peau, du verbe to die: mourir, et comme surnom "Die hard" signifie trempé dur, ou dur à cuire, du nom die:moule, matrice
  8. 7e régiment d'infanterie et 23e régiment d'infanterie
  9. La ténacité des bataillons du général Zayas à Albuera mérite une bien meilleure réputation que celle qu'elle reçoit. La Guerre d'Espagne revêt une grande importance dans la tradition de l'armée britannique. Il est malheureux qu'une grande partie de cette tradition prenne un caractère anti-Espagnol, beaucoup plus qu'il n'est anti-Français.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]