Bataille d'Abbeville

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Bataille d’Abbeville
Le mont Caubert en 2009
Le mont Caubert en 2009
Informations générales
Date du 28 mai au 4 juin 1940
Lieu Abbeville, mont Caubert
Issue Indécise
Belligérants
Drapeau français France
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Général Weygand
Colonel de Gaulle
generalleutnant Oskar Blümm
Heinz Guderian
Forces en présence
500 chars environ inconnues
Pertes
2900 morts
66 chars détruits
260 blindés détruits
1200 tués
300 disparus et 500 prisonniers
Seconde Guerre mondiale,
Bataille de France
Batailles
Bataille de France et campagne des 18 jours
Pour le front néerlandais, voir Bataille des Pays-Bas.

Prélude et traversée allemande des Ardennes

Drôle de guerre · Évacuation des civils de la ligne Maginot · Mobilisation · Offensive de la Sarre · Baie de Heligoland · Accident de Mechelen · Plan jaune · Plan Dyle · Luxembourg · Ében-Émael · Hannut

Percées de la Meuse et rupture du front belge :

Sedan · Dinant · Monthermé · Givet · La Horgne · Gembloux · Flavion · Louvain · Charleroi

Tentatives de contre-attaques alliées :

Stonne · Montcornet · La Sambre · Arras

Défense des ports de la Manche et rembarquement britannique à Dunkerque :

L'Escaut · Amiens · La Lys · Massacre de Vinkt · Boulogne-sur-Mer · Calais · Poche de Lille · Massacre du Paradis · Abbeville · Dunkerque · Capitulation belge

Effondrement de la Ligne Weygand et avancée allemande sur la Seine :

L'Aisne · L'Ailette · Opération Paula · l’Exode

Front italien et percée allemande dans le Sud :

Pont-de-l'Arche · Les Alpes · Vallon du Seuil · Bombardement de Toulon · Opération Vado · La Loire · La vallée du Rhône · Bombardements de Marseille · Pont Saint-Louis · Armistice du 22 juin

Carte de l'avancée allemande du 21 mai au 4 juin 1940.

En même temps que l'évacuation de Dunkerque et profitant que les forces blindées allemandes sont stoppées, le général Weygand (qui a remplacé Gamelin), tente à tout prix de creuser une route d'évasion à Abbeville. La bataille d'Abbeville est une bataille qui se déroula du 28 mai au 4 juin 1940.

Objectif[modifier | modifier le code]

Côté Alliés[modifier | modifier le code]

Weygand a passé plusieurs ordres du jour offensifs :

  • le premier est de couvrir les ports encore libres de Dieppe, Le Havre, Rouen alors que Calais, Boulogne et Dunkerque sont encerclés et tous sur le point de tomber ;
  • le deuxième est de repousser les Allemands de la tête de pont pour enfin ancrer une ligne défensive sur la Somme et mettre en place la « ligne Weygand ». On peut rapprocher cette idée du « miracle de la Marne » en 1914 arrêter les Allemands sur un fleuve et les contenir (Weygand tente ainsi de reproduire la manœuvre de Joffre). Encore une fois, on cherche à colmater et à établir un « front continu » et non pas à déstabiliser franchement l'adversaire. Pour les Français, l'opération est d'importance.

Côté allemand[modifier | modifier le code]

  • Pour les Allemands, il s'agit avant tout de protéger les flancs de leurs unités blindées qui combattent et contribuent, plus au nord notamment, à la prise des ports. Ils pouvaient très bien le faire de l'autre côté de la Somme et laisser les Français franchir le fleuve. Mais des décisions ont pesé sur l'OKH allemand pour que la tête de pont soit conservée. Lors du plan rouge (fall rot), les ponts d'Abbeville ne seront pourtant pas des passages privilégiés pour les Allemands, l'effort se fera plus à l'est. On peut donc dire qu’Abbeville revêt moins d'importance pour les Allemands que pour les Français.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Côté Alliés[modifier | modifier le code]

Weygand dispose, en récupérant ce qu'il reste des unités, de 400 chars, répartis entre la 1re division blindée britannique restée en Normandie, de la 4e DCR du colonel de Gaulle et la 2e DCR du colonel Perré. Après la bataille de Montcornet, et de l'attaque dans le secteur de Crécy-sur-Serre, la 4e DCR est à nouveau complétée.

Il reçoit aussi la 51e DI britannique du général Fortune, venant de Lorraine.

Côté allemand[modifier | modifier le code]

En face, sur le mont Caubert, se trouvent des éléments de la 57e division d'infanterie bavaroise « étirée en pelure d'oignon sur plusieurs dizaines de kilomètres[1] », équipée de canons de 37 mm, des 88 mm de la flak, de batteries de 105 et de 150 mm.

La bataille[modifier | modifier le code]

Bataille de chars[modifier | modifier le code]

En même temps que l'évacuation de Dunkerque, et profitant que les forces blindées allemandes sont stoppées, le général Weygand (qui a remplacé Gamelin) tente à tout prix de creuser une route d'évasion à Abbeville. Mais Weygand, au lieu de lancer toutes ses forces de blindés, envoie trois attaques successives. C'est la principale attaque blindée de l'ouest depuis le début de la guerre.

La 57e division tient le choc, bien installée sur ses positions défensives. Les Anglais perdent 66 chars et se replient le 27 mai. De Gaulle tente de prendre à son tour le mont Caubert et attaque pendant trois jours de suite avec 190 chars, le 22e régiment d'infanterie coloniale et 1 200 dragons portés.

Canon de 88 mm de la flak

L'attaque échoue à cause des 88 de la flak et par manque de soutien d'infanterie. De Gaulle est ensuite relevé par la 51e division écossaise et par la 2e DCR.

Le bilan de ces journées de combat se solde par une perte de 260 blindés et 200 tués du côté allié, et du côté allemand, 1 200 tués. Cette attaque montre que même une attaque de chars peut-être neutralisée par de l'infanterie lorsque celle-ci est bien installée et munie de canons anti-chars, tels que les 88 de la flak. Les Allemands rééditeront cette défense quatre ans plus tard, le 18 juillet 1944 lors de l’attaque de Montgomery à l'est de Caen.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

27 mai, 11 h : du château coliné de Oisemont, le colonel de Gaulle donne ses ordres aux chefs d'unité françaises et britanniques, en vue de déloger les Allemands installés sur le Mont Caubert et dans le triangle formé par les trois communes : Cahon-Gouy, Erondelle et Huppy.

28 mai : l'attaque française commence à 17 h. Le premier objectif à atteindre est le village d'Huppy. Des tirs précis et intenses d'antichars allemands harcèlent les blindés français. De Gaulle est présent sur tous les points chauds, circulant à bord de sa berline noire au milieu des chars et des éclatements d'obus pour animer l'offensive. À la tombée de la nuit, les blindés français sont parvenus à atteindre Les Croisettes sur la commune de Béhen. De Gaulle se rend alors au château de Mérélessart et y rédige l'ordre référencé suivant : « PC 28 mai, 23 h, 4e DCR ; E-M, 3e Bureau, no 187/3P » pour les directives du lendemain. Cet ordre se termine au point IX par un éloge à ses troupes en ces termes : « Quoique avec un peu de lenteur dans le démarrage et d'hésitation dans la droite, la 4e DCR, a brillamment mené son attaque du 28 mai. »

29 mai : vers 4 h du matin, les 60 pièces d'artillerie allemande entreprennent un pilonnage de la région d'Huppy. À 8 h, de Gaulle revient aux Croisettes et ordonne au chef de bataillon Petit d'attaquer avec ses chars les monts Caubert. Des canons antichars allemands, bien camouflés sur la pente de ces monts, arrêtent l'avancée des blindés français qui subissent des pertes importantes. En fin de matinée, ils ont quand même atteint les villages de Béhen, Bienfay, Moyenneville et Mareuil. À Béhen, ils sont étonnés de voir le village désert et constatent alors que les habitants sont enfermés dans l'église, alors qu'à Boencourt, hameau de la dite commune de Béhen, ils sont prisonniers dans la salle de classe. Après les avoir délivrés, ils apprennent que les Allemands avaient enfermé les 250 personnes présentes dans le village durant les deux nuits précédentes, pour cause de sabotage des fils téléphoniques de la commune (fils coupés).

L'infanterie du 22e RIC a réussi à occuper les vergers au nord de Villers-sous-Mareuil. Le lieutenant Du Chatelet pénètre dans Mareuil avec cinq chars après avoir détruit une barricade. Dans le courant de l'après-midi, les Allemands contre-attaquent dans les bois de Villers-sous-Mareuil contre le 4e bataillon de chasseurs à pied.

La journée s'achève par un duel d'artillerie. Le colonel de Gaulle commandant la 4e DCR installe alors son PC au château d'Huppy où il prend quelques moments de repos.

30 mai : le colonel de Gaulle décide d'effectuer dès l'aube une percée vers Moyenneville et Cambron. Les canons antichars allemands, toujours bien camouflés sur le mont Caubert, arrêtent l'avancée des chars français qui subissent des pertes importantes. Le 1er bataillon du 22e RIC qui tient les hauteurs dominant Mareuil ainsi qu'une bonne partie de ce village, se fait à nouveau pilonner dans l'après-midi, par les canons de 105 mm de l'artillerie allemande.

Les Allemands lancent cinq contre-attaques qui sont toutes repoussées, tandis que l'aviation française bombarde les pentes de Mareuil et les ponts d'Abbeville.

En fin d'après-midi, des hauteurs de Villers-sous-Mareuil, le colonel de Gaulle, vêtu de sa veste de cuir, observe à la jumelle les différentes phases de la bataille, puis décide l'arrêt des combats. Il se rend alors au PC du colonel Le Tacon, commandant le 22e RIC installé au château d'Huchenneville, pour le féliciter et l'informer de ses nouvelles décisions.

Le bilan de ces combats est très lourd. La 4e DCR du colonel de Gaulle, a subi des pertes de 800 hommes. En matériel, 113 blindés sont inutilisables, il n'en reste que 54. Mais, elle a en revanche, détruit avec son artillerie de nombreuses armes antichars et aussi décimé la 57e ID bavaroise. Elle a également capturé près de 400 prisonniers allemands et pris à l'ennemi un matériel important.

31 mai : la 4e DCR est relevée par la 2e DCR, et le 22e RIC par la division écossaise du général Fortune.

Après avoir reçu un rapport du colonel de Gaulle, le général Altmayer réunit à Saint-Maxent les généraux commandant la 51e DI anglaise, la 4e DCR, les 2e et 5e DLC. Ils lui exposent leur situation et l'état de leurs troupes après l'opération des trois journées précédentes dans la région d'Abbeville.

1er juin - 3 juin : reprise de l'attaque des têtes de ponts à Saint-Valery par les Écossais et à Abbeville par la 2e DCR. Le général Fortune installe son PC avancé à Martainneville.

4 juin : l'attaque part à l'heure dite, les débuts à Yonval permettent de présumer un succès, mais une violente contre-attaque ennemie en direction de Bienfay renverse la situation. La 51e DI écossaise revient sur la base de départ. Le général Fortune décide à ce jour de ne plus lancer une nouvelle attaque et fait replier les chars restants de la 2e DCR sur la Bresle pour s'y reformer et panser ses blessures.

22e régiment d’infanterie coloniale[modifier | modifier le code]

Le fait que le 22e RIC lui soit alloué force le colonel de Gaulle à modifier le plan élaboré par son chef d'état-major, le commandant Chomel.

  • L'attaque sur Abbeville sera donc faite par trois mouvements parallèles.

L'attaque du 28 mai est la seule grande offensive lancée par les Alliés. Précédés par un matraquage d'artillerie, les Français bousculent le dispositif allemand. Le régiment occupe Mareuil-Caubert, face à la 57e division du generalleutnant Oskar Blümm.

Au nord, les I et II/22e RIC ont pris le village de Villiers, puis le bois face au mont Caubert, mais celui-ci résiste toujours. Les pertes à Abbeville sont de 500 morts. Le 30 mai, la 4e DCR est relevée et le 22e est remplacé par les Écossais.

La bataille d'Abbeville qui vit attaquer plus de 500 chars et 4 divisions d'infanterie constitue la plus grande offensive que les Allemands aient subi avant la bataille de Koursk.

Le 22e RIC combat toujours les 5,6 et 7 juin sur la ligne Weygand (dans la région d'Airaines). Obligé de se retirer, il est acculé à la mer près de Saint-Valery-en-Caux. Mal nourris, sans ravitaillement en vivres et en munitions, épuisés, combattant toujours, ce qui reste du régiment (environ 400 hommes) se réfugie dans une ferme qui servira d'ultime défense. Le régiment refuse de se rendre et décide de faire « Bazeilles ». Les Panzer sont appelés en renfort et crachent de tous leurs tubes sur la ferme, mais l'infanterie allemande ne progresse pas. Le combat dure 3 heures et faute de munitions, le colonel Le Tacon décide de se rendre.

Le 22e RIC compte alors 2 200 tués ou blessés.

Article général Pour un article plus général, voir 22e régiment d’infanterie coloniale .

Conséquence et conclusion[modifier | modifier le code]

On présente généralement la bataille d'Abbeville comme un succès réel mais d'ampleur limitée, qui à lui seul était bien incapable de renverser le cours de la campagne, et qui s'est avéré inutile en raison de la déroute finale. La bataille d'Abbeville finissait à peine que Dunkerque tombait déjà (4 juin), détruisant quasiment l'espoir d'une victoire de l'armée française.

Henri de Wailly, dans De Gaulle sous le casque, est encore plus sévère puisqu'il compare l'entêtement de De Gaulle à attaquer de front le mont Caubert à l'entêtement des chevaliers français à Crécy.

Remarques[modifier | modifier le code]

Le colonel de Gaulle fut nommé général de brigade, le 24 mai 1940, à titre temporaire avec effet au 1er juin.

À la suite de cette bataille d'Abbeville, le général de Gaulle est cité à l'ordre de l'Armée en ces termes : « Le 7 mai 1940, à peine formée, la 4e DCR, sur les ordres du colonel de Gaulle a été jetée dans la bataille. Isolée de toute unité combattante au nord de l'Aisne au cours d'actions sur Montcornet, Crécy-en-Serre et dans le massif de Laon, a pris l'ascendant sur l'ennemi. Quelques jours plus tard, par une série de fougueuses attaques, a arrêté l'ennemi débouchant d'Abbeville.... La 4e DCR a bien mérité de la Patrie ».

Décoration[modifier | modifier le code]

LA SOMME 1940 est inscrit sur le drapeau des régiments cités lors de cette bataille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri de Wailly

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri De Wailly, De Gaulle sous le casque, Abbeville 1940, Paris, Librairie académique Perrin, 1990.
  • Jean Marot, Abbeville 1940, avec la division cuirassée de Gaulle, Paris, G. Durassié et Cie, 1967.

Lien externe[modifier | modifier le code]