Bat Ye'or

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Littman.

Bat Ye'or - nom de plume de Gisèle Littman-Orebi - est une essayiste britannique née au Caire en 1933[1],[2], juive d'origine égyptienne, écrivant en français et en anglais. Elle a également publié sous le pseudonyme arabe Yahudiya Masriya (« juive égyptienne »)[3].

Elle s'est spécialisée dans des études sur la notion de dhimmi[1], introduisant notamment dans ses ouvrages le néologisme controversé de « dhimmitude », associé par elle à un sens politico-historique très particulier[2], inventé spécialement pour exprimer le concept de dhimma, phonétiquement proche du mot « servitude » (qui existe en français et en anglais, et que l'on retrouve dans ses ouvrages dans ces deux langues)[7].

Elle est connue notamment pour sa thèse conspirationniste sur l'Europe contemporaine gouvernée par les musulmans.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

La future Bat Ye'or et sa famille sont déchus de leur nationalité égyptienne en 1956 dans la foulée des mesures prises contre les juifs égyptiens par Gamal Abdel Nasser après la Crise du canal de Suez. Ils émigrent au Royaume-Uni en 1957. La jeune femme se marie en août 1959 avec David Littmann, devenant ainsi britannique par mariage. De 1958 à 1960, elle étudie à l'Institut d'archéologie de l'université de Londres. En 1960, elle part s'installer avec son mari en Suisse, où ils résident depuis lors. En 1961 et 1962, elle étudie les sciences sociales à l'université de Genève. Ils ont eu trois enfants et plusieurs petits-enfants installés en Israël.

En 1961, Bat Ye'or et son mari David Littman prennent une part active à l'Opération Mural (en), montée par le Mossad pour transférer clandestinement plus de 500 enfants marocains juifs en Israël, via Morgins[8]. En juin 2008, ils seront reçus par le Président Shimon Pérès lors d'une commémoration organisée en leur honneur[9].

Bat Ye'or écrivit un premier livre intitulé en francais « Les Juifs en Egypte, apercu sur 3000 ans d'histoire ». Une version en hébreu fut publiée en 1974 « sur l'initiative du ministère israélien de la Culture et avec la participation du département d'études séfarades de l'Organisation Sioniste Mondiale »[10]. Cet imprimatur ouvertement issu des milieux officiels israéliens donnera à la perspective de Ye' or le statut d'interprétation normative dans les milieux sionistes, à tel point que ses ouvrages sont qualifiés de « sous-produits des milieux officiels israéliens »[11][pas clair].

Son nom[modifier | modifier le code]

Littman est le nom de son mari, David Littman, délégué auprès de l'Office des Nations unies à Genève de l'organisation non gouvernementale Association pour l'éducation d'un point de vue mondial, — en anglais Association for World Education (AWE).

Son nom de plume, Bat Ye'or (en hébreu בת יאור), signifie « fille du Nil » en hébreu[1].

Influences, prises de position et controverses[modifier | modifier le code]

Elle est influencée par l'historien, sociologue, théologien protestant[12] Jacques Ellul[2], penseur influent de la « société technicienne », qui dénonce en termes hostiles une incompatibilité entre le judéo-christianisme et l'islam et le danger que constituerait ce dernier pour l'Occident[13]. Elle se spécialise dès lors dans l’histoire des dhimmis, les minorités en terre d’islam. Ellul préfacera son livre Les chrétientés d'Orient entre jihâd et dhimmitude, paru en 1991. Certains de ses travaux ont été jugés comme partisans et peu scientifiques[14].

Son étude de la notion de « dhimmi » est l'objet de controverses[15], en particulier à propos de l'emploi de son néologisme « dhimmitude », utilisé par elle à la place de « dhimmité » pour exprimer le concept de dhimma : « dhimmitude » évoque une proximité phonétique voulue avec le mot « servitude » (qui existe en français et en anglais, et que l'on retrouve dans ses ouvrages dans ces deux langues).

Dans certains de ses ouvrages (Eurabia, Islam and Dhimmitude), elle dénonce un accord, ourdi selon elle entre certaines instances dirigeantes européennes et des pays arabes, visant à soumettre l'Europe au monde arabe afin de former une nouvelle entité appelée Eurabie. Cet accord, écrit-elle, aurait trouvé son origine dans le Dialogue euro-arabe mis en place à la fin du siècle dernier dans les instances européennes. Cette théorie est contestée, entre autres par le chercheur américain Jonathan Laurence coauteur, avec Justin Vaïsse, d'un ouvrage sur la question[16]. Selon ces chercheurs, le Dialogue euro-arabe avait essentiellement pour but d’assurer l’approvisionnement des États européens en hydrocarbures au lendemain du premier choc pétrolier. D'autres situent cette thèse dans un contexte de théorie du complot[2].

Le manifeste publié pour expliquer ses actes par Anders Behring Breivik, l'auteur des attentats de 2011 en Norvège, se réfère plusieurs dizaines de fois aux théories de Bat Ye'or [17].
Selon Alain Gresh, elle fait partie des purs idéologues dont les travaux relèvent uniquement d’une volonté d’engager le monde dans une guerre de civilisation[18].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Cette liste n'inclut pas une trentaine d'articles dans diverses langues, publiés à partir de 1969, ni les compte-rendus d'auditions devant des commissions du Congrès des États-Unis d'Amérique, en 1997 (deux fois) et en 2002.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c cf. Yves Ternon : « Bat Ye'Or, Juifs et chrétiens sous l'islam : les dhimmis face au défi intégriste », in Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1995, vol. 45, n° 1, pp. 167-168, recension en ligne
  2. a, b, c et d Ivan Jablonka, Bat Ye’or et le spectre de l’ « Eurabie », La Vie des idées, 01/05/2006, ISSN 2105-3030, article en ligne
  3. Voir les commentaires sur « Les juifs en Egypte »
  4. Bat Ye'or, « Terres arabes: terres de 'dhimmitude' », dans La Cultura Sefardita, vol. 1, La Rassegna mensile di Israel 44, no. 1-4, 3rd series (1983): 94-102
  5. Béchir Gemayel, dans un discours du 14 septembre 1982, reproduit dans le Lebanon News du 14 septembre 1985.
  6. entretien de Jerry Gordon avec Bat Ye'or, An Egyptian Jew in Exile: An Interview with Bat Ye’or[1], newenglishreview.org, octobre 2011.
  7. La plus ancienne utilisation attestée du néologisme « dhimmitude » par Bat Ye'or date de 1983[4]. C'est postérieur à une utilisation par Béchir Gemayel en 1982[5], mais dans un entretien publié en 2011[6], Bat Ye'or déclare être à l'origine du terme et de son utilisation par Béchir Gemayel.
  8. Michel Orcel , De la dignité de l'Islam, Bayard 2011, p. 107-108
  9. Conferring the "Hero of Silence" Order on David G. Littman, New English Review, 1er juillet 2009.
  10. Joel Beinin, The dispersion of Egyptian jewry, The American University in Cairo Press, 1998, ISBN 977 424 890 2.
  11. ibid, p. 14.
  12. Frédéric Rognon, Jacques Ellul : une pensée en dialogue, éd. Labor et Fidès, 2007, p. 139, extrait en ligne
  13. « Non à l’intronisation de l’Islam en France », Réforme, 15 juillet 1989.
  14. Hames Constant. Bat Ye'or Le dhimmi. Profil de l'opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe, Archives des sciences sociales des religions, 1980, vol. 50, n° 2, p.240.[2]
  15. Esther Benbassa « Réponse à une idéologue militante », in Le Point, 17/03/2005 : « L'auteur, qui n'a jamais été une historienne de métier, a en revanche une solide réputation d'idéologue militante [...] Ses écrits rassemblent une masse de sources hétérogènes qu'elle manipule à sa guise pour appuyer une thèse univoque ». Sur l'étude de la notion de dhimmi (en dehors de l'exégèse islamique sur cette question), les travaux des historiens sont nombreux. Pour d'autres approches occidentales du sujet, différentes de celle de Bat Ye'Or, voir par exemple, Esther Benbassa, « Comment être non-musulman en terre d'Islam », L'Histoire, 134, juin 1990, pp. 86-91.
  16. Jonathan Laurence et Justin Vaïsse, Integrating Islam : Political And Religious Challenges in Contemporary France, éd. Brookings Institution, 2005
  17. Toby Archer, Breivik's Swamp, Foreing Policy, 25 juillet 2011.
  18. Alain Gresh, « Bat Ye’or, Eurabia et l’axe euro-arabe », blog du Monde Diplomatique, 26 septembre 2006