Bassa (langue bantoue)

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Bassa
basaá
Pays Cameroun
Nombre de locuteurs 800 000
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 bas
ISO 639-3 bas
IETF bas

Le bassa ou basaá, est une langue bantoue parlée par environ 800 000 personnes (5 % de la population camerounaise)[1], autour de la ville d'Édéa, entre Douala et Yaoundé et aussi, minoritairement, dans ces deux capitales, économique et politique. C’est la langue traditionnelle des Bassas.

Elle connaît des caractéristiques phonétiques et grammaticales communes à beaucoup de langues bantoues, comme les classes nominales, le b implosif et un système à tons : ton haut, ton bas, ton bas-haut, ton haut-bas, ton moyen[2],[3]. La langue est transcrite au moyen d'un alphabet latin adapté, comprenant les consonnes, voyelles et accents spécifiques aux langues bantoues[4].

Classification[modifier | modifier le code]

Le bassa appartient au groupe A de la sous-famille de langues bantoues stricte, du groupe de langue bantoïde sud de la famille des langues nigéro-congolaises.

  • Classification Guthrie : A.43a et A.43b[5].
  • Classification Bastin/Coupé/Mann : A.43a et A.43b[6].

Le bassa mbende est considéré comme standard (Guthrie A.43a).

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Le bassa est parlé autour de la ville d'Édéa dans le sud du Cameroun, dans la région du Centre, dans le département du Nyong-et-Kéllé, et dans la région du Littoral, dans les départements de Nkam et Sanaga-Maritime.même dans le département de l’océan (ville de Kribi) région du sud les bassa sont présents

Dialectes[modifier | modifier le code]

Guthrie 1967–1971 divise le bassa en deux groupe :

  • mbene (Mbɛ́nɛ̂) (A.43a) dans les départements de Nkam, Wouri, Sanaga-Maritime, Nyong-et-Kéllé et Kribi ;
  • bakoko (Bakókó) (A.43b) dans le Nkam et Sanaga-Maritime[7].

les dialectes du bassa sont : bakem, bon, bibeng, diboum, log, mpo, mbang, ndokama, basso, ndokbele, ndkopenda, nyamtam.

Écriture[modifier | modifier le code]

Le bassa s’écrit avec l’alphabet latin.

L’alphabet bassa est fondé sur l’Alphabet général des langues camerounaises (AGLC) utilise 24 lettres (7 voyelles et 17 consonnes)[8].

Lettres de l’alphabet (AGLC)
A B Ɓ C D E Ɛ G H I J K L M N Ŋ O Ɔ P S T U W Y
a b ɓ c d e ɛ g h i j k l m n ŋ o ɔ p s t u w y
Valeurs phonétiques
/a/ /b/ /ɓ/ /c/ /d/ /e/ /ɛ/ /ɡ/ /h/ /i/ /ɟ/ /k/ /l/ /m/ /n/ /ŋ/ /o/ /ɔ/ /p/ /s/ /t/ /u/ /w/ /j/

Les lettres ‹ f, r, v › sont utilisées pour certains mots d’emprunt[9], par exemple :

  • àviɔ́ŋ, « avion » ;
  • àràdìó, « radio » ;
  • fâm, « ferme ».

Les digrammes ‹ kw, gw, mb, nd, nj, ny, ŋg, ŋw, hy › et le trigramme ‹ ŋgw › représentent chacun un phonème[9].

Les tons sont représentés à l’aide d’accent suscrits aux voyelles :

  • ton haut, á
  • ton bas, a (sans accent)
  • ton descendant, â
  • ton montant, ǎ.

La nasalisation est représentée en utilisant la cédille sous la voyelle.

Prononciation[modifier | modifier le code]

Voyelle[modifier | modifier le code]

Antérieur Postérieur
Fermé i, iː u, uː
Mi-fermé e, eː o, oː
Mi-ouvert ɛ, ɛː ɔ, ɔː
Ouvert a, aː

Consonnes[modifier | modifier le code]

Bilabial Alvéolaire Palatal Vélaire Lab.-vél.
Occlusif p [b] t [d] c ɟ k [ɡ] ɡʷ
Implosif ɓ
Fricatif     s     x  
Nasal m n ɲ ŋ ŋʷ
Prénasal ᵐb ⁿd ⁿɟ ᵑɡ
Spirant     j   w
Spirant latérale   l      

Les consonnes /p, t, k/ deviennent voisées et sont réalisées [b, d, ɡ] lorsqu’elles ne sont pas dans la syllabe initiale ou lorsqu’elles ne sont pas après une pause. Elles s’écrivent alors ‹ b, d, g ›. Ces formes voisées peuvent aussi être réalisées comme des spirantes [β, r, ɣ][7].

Expressions courantes[modifier | modifier le code]

  • saŋgo = monsieur
  • nyàŋgo = madame
  • ŋgɔ̀nd = mademoiselle
  • hìlɔga = jeune homme
  • mɛ̀ ǹyega = merci (on utilise couramment cette expression pour dire aussi bonjour à n'importe quel moment de la journée)
  • kɛl i lam = bonjour (employé le plus souvent pour prendre congé : "bonne journée")
  • kòkoa i lam= bonsoir
  • nan ii lam= bonne nuit
  • i ŋkɛ̀ laa? = comment vas-tu?
  • mɛ̀ nke longe = je vais bien
  • Nyambɛ̂ = Dieu
  • mɛ̀ ŋgwēs wɛ̂ = je t'aime
  • sogol = (le) grand-père / le père de l'époux pour une femme
  • nyògol = la belle-mère
  • mùt = la personne (homme ou femme)
  • mùnlom = l'homme
  • mùdàa = la femme

Les pronoms personnels[modifier | modifier le code]

Comme dans la plupart des langues bantoues, le genre n'existe pas en Bassa, ni le nombre en ce qui concerne les verbes : on dit "a nke" et "di nke" pour il(elle) est parti(e) et nous sommes parti(e)s respectivement.

Personne Sujet Complément d'objet Autre forme (moi, toi...) Forme pronominale
1è pers. sing. Me /mε/ Me Me verbe + suffixe "ba"
2e pers. sing. U/u/ We /wε/ We verbe + suffixe "ba"
3e pers. sing. A nye /njε/ nye verbe + suffixe "ba"
1è pers. plur. Di bés /bes/ bés verbe + suffixe "ba"
2e pers. plur. Ni Béé /be:/ Béé verbe + suffixe "ba"
3e pers. plur. / "on" Ba Bo /bɔ/ Bo verbe + suffixe "ba"

La conjugaison[modifier | modifier le code]

Obéissant à une règle commune aux langues bantoues, les verbes à un temps de conjugaison donné gardent la même forme à toutes les personnes.

  • L'infinitif peut se former en ajoutant le préfixe "li" au radical du verbe.
  • A l'indicatif, on compte le présent, les futurs (simple et antérieur), les passés (le composé en deux formes, le simple, l'imparfait, l'antérieur, le plus-que-parfait).
  • Le subjonctif se compose de deux formes : une simple et une composée.
  • L'impératif est essentiellement constitué d'un temps simple, mais peut se composer à l'aide d'un auxiliaire.
  • Le conditionnel se compose de la particule "ki", qui peut être traduite par "alors", précédant la forme indicative correspondant au temps de conjugaison.
  • Le participe, enfin, au présent s'obtient en suffixant "*k" au radical du verbe et, au passé, garde la forme d'origine du radical du verbe.

La conjugaison en détail[modifier | modifier le code]

  • Infinitif
    • Présent
      • Construction : le préfixe « li » se rattache au radical du verbe.
      • Emploi : S'emploie avec "liba", être, pour le présent progressif (voir plus bas).
    • Passé
      • Construction : on fait précéder le radical du verbe de "liba"
      • Emploi : indique une action terminée, de même et en les mêmes termes que le statut de celui qui l'a effectuée.
        • Liba mmalak = avoir fini pour celui qui fait l'action de limal, finir, terminer / être terminé pour l'objet qui subit l'action.
  • Participe
    • Présent
      • Construction : on ajoute un suffixe relatif au radical du verbe : k pour certains verbes, dépendant de la voyelle principale du radical pour d'autres.
        • A ndjôb a kwayak (likway, crier) = il(elle) est entré(e) en criant.
        • Ba mpot ba djek (lidje, manger). = Ils(elles) parlent en mangeant.
      • Emploi : Exprime une action simultanée à celle exprimée par le verbe précédent.
    • Passé
      • Construction :la particule "bi" précède le radical du verbe.
      • Emploi : le "bi" servant d'auxiliaire, on construit ainsi la deuxième forme de passé composé.
        • Di bi sak ngwa i len. Nous avons dansé il y a 5 jours.
Verbe Participe présent Infinitif passé
like, aller partir, marcher kenek nkenek
lipot podok mpodok
lisak sagak nsagak
liap abak ŋabak
lidjo djok ndjook
linol nolok nnolok
likôs kôhôk nkôhôk
ligwel gwelek ngwelek
lituk tuguk ntuguk
limil milik mmilik
  • Indicatif
    • Le présent
      • Construction :
        • Le préfixe "li" est remplacé par "n"
        • On fait précéder l'infinitif du verbe de l'auxiliaire être : forme progressive.
      • Emploi :
        • Exprime les faits qui se répètent tous les jours ou qui sont indépendants du temps
          • Me ntôde hiki kel i ngen i yada. = je me lève tous les jours à une heure. Litode = se lever, se réveiller
          • Ndap i yem i yé puba. = Ma maison est blanche. Liba = être, verbe irrégulier
          • Remarque d'usage : il s'emploie aussi pour exprimer un futur relativement proche.
            • Me nke ha i nano / i sôŋ i nlo. = Je pars dans un instant / le mois prochain.
        • Exprime ce qui se passe à l'instant où l'on parle.
          • A yé litila kaat. = Il écrit (est entrain d'écrire) une lettre/un livre.
          • Dans le langage courant, le "l" est supprimé et on dit "A yé i tila.", par exemple.
    • Le futur simple
      • Construction : il se construit en préfixant le radical du verbe de la particule "aga" et la voyelle finale du pronom personnel est élidée.
        • Remarque d'usage : Dans le langage parlé s'emploie une forme contractée dans laquelle on retranche le "ga" pour ne conserver que le "a" du préfixe.
        • Emploi : Il exprime les faits à venir d'une manière générale.
          • M'aga gués we/ Ma'a gués we.= Je t'aimerai. À noter qu'il arrive qu'on substitue le « w » au « u » dans l'écriture.
    • Le futur antérieur
      • Construction :
  • Subjonctif
  • Conditionnel
  • Impératif

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Malherbe, Les Langages de l'humanité, p. 595
  2. Dominique Nyacka, Joseph Mben Mben, Basogol ba nkal le. Textes basaá pour l'enseignement, p. 14
  3. Pierre Lemb, François de Gastines, Dictionnaire basaá-français, p. 28
  4. Pierre Lemb, François de Gastines, Dictionnaire basaá-français, p. 23-28
  5. M. Guthrie, The Bantu Languages of Western Equatorial Africa, p. 28-40
  6. Maho 2002
  7. a et b Hyman 2003
  8. Atindogbe 2003
  9. a et b Hartell 1993

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gratien Gualbert Atindogbe, Standardization and harmonization of Cameroonian languages, Cape Town, Centre for Advanced Studies of African Society (CASAS), 2003, (ISBN 1919799931)
  • Malcolm Guthrie, The Bantu Languages of Western Equatorial Africa, Londres, 1953.
  • Malcolm Guthrie Comparative Bantu: an introduction to the comparative linguistics and prehistory of the Bantu languages, 4 volumes, Gregg Press, Farnborough, 1967–1971.
  • June Hobley, Bassa Verbal Formations, The Journal of West African Languages, Vol. II. No. 2, 1965, p. 39-50.
  • Larry M. Hyman, Basaá (A.43), dans Derek Nurse et Gérard Philippson (ed.), The Bantu Languages, Routledge, 2003, p. 257–282. (ISBN 0-7007-1134-1)
  • Pierre Lemb, François de Gastines, Dictionnaire basaá-français, Collège Libermann, Douala, 1973
  • Jouni Maho, Bantu line-up: comparative overview of three Bantu classifications, Department of Oriental and African Languages, Göteborg University, 2002, http://www.african.gu.se/research/bantu.html
  • Michel Malherbe, Les Langages de l'humanité, Bouquins, Robert Laffont, 2002, (ISBN 2221059476)
  • Bellnoun Momha, Meinrad Pierre Hebga (préface), Dictionnaire bassa-français, L'Harmattan, 2008, (ISBN 9782296047181)
  • Bellnoun Momha, Meinrad Pierre Hebga (préface), Dictionnaire français-bassa, L'Harmattan, 2008, (ISBN 9782296047198)
  • Pierre-Emmanuel Njack, Basaa-English-French-German Dictionary, SIL Cameroun,‎ 2005 (lire en ligne)
  • Dominique Nyacka, Joseph Mben Mben, Basogol ba nkal le. Textes basaá pour l'enseignement, Langues et littératures nationales, Collège Libermann, Douala, 1977, 288 p.
  • Deborah Schmidt, Phantom consonants in Basaa, Phonology 11, 1994, p. 149-178.
  • G. Schürle, Die Sprache der Basa in Kamerun. Grammatik und Wörterbuch, Hambourg, 1912.
  • Rhonda L. Hartell (éd.), The Alphabets of Africa, Dakar, UNESCO et Summer Institute of Linguistics, 1993, http://www.archive.org/details/rosettaproject_bas_ortho-1

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]