Basilique de la Nativité de Bethléem

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Basilique de la Nativité *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Church of the Nativity (Bethlehem, 2008).jpg
Coordonnées 31° 42′ 15.5″ N 35° 12′ 27.5″ E / 31.704306, 35.20763931° 42′ 15.5″ Nord 35° 12′ 27.5″ Est / 31.704306, 35.207639  
Pays Drapeau de la Palestine Territoires palestiniens occupés
Subdivision Cisjordanie
Type Culturel
Critères (iv), (vi)
Année d’inscription 2012 (36e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

La Basilique de la Nativité (كنيسة المهد) à Bethléem est l'une des plus vieilles églises du monde, bâtie sur le lieu présumé de la naissance du Christ. Elle fut construite au IVe siècle par l'empereur romain Constantin Ier le Grand, et restaurée sous Justinien au VIe siècle[1].

Alors que l'Autorité palestinienne demandait depuis plusieurs années de l'inscrire au patrimoine mondial de l'UNESCO, invoquant le délabrement de l'édifice, les autorités israéliennes mettaient en doute l'urgence du classement de l'édifice et dénonçait une opération politique. Le 29 juin 2012, la basilique devient le premier site palestinien au Patrimoine mondial[2] puis la même année, elle s'ajoute à la liste des sites reconnus en péril par l'Unesco[3].

La basilique reçoit chaque année plus de deux millions de visiteurs[4].

Historique[modifier | modifier le code]

L'antiquité de cette tradition est attestée par l'apologiste chrétien Justin de Naplouse

(vers 100 - 165), qui indique, dans son Dialogue avec Tryphon, que la sainte Famille s'est réfugié dans une grotte, en dehors de la ville :

« Joseph a pris ses quartiers dans une grotte, près du village et pendant, qu'ils étaient là, Marie mit au monde le Christ et L'a placé dans une mangeoire et ici, les Rois Mages, venus d'Arabie, L'ont trouvé (Chapitre LXXVIII). »

En 135, l'empereur romain Hadrien transforme le site chrétien en un bocage qui sert de lieu de culte pour Adonis[5].

Origène d'Alexandrie (vers 185 - 254) a écrit :

« À Bethléem, la grotte où Il est né, est indiquée et la mangeoire dans la grotte où Il a été emmailloté dans ses langes. Et la rumeur, dans ces lieux et parmi les étrangers de la Foi, est en effet que Jésus est né dans cette grotte qui est vénérée et respectée par les chrétiens »

— Origène, Contra Celsum, livre I, chapitre LI

.

On peut toutefois soutenir que ces textes visent le Kathisme, à environ trois kilomètres du village en direction de Jérusalem[6].

La première basilique sur ce site est commandée par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin Ier. Sous la supervision de l'évêque Macaire de Jérusalem, la construction débute en 327 et est achevée en 333[7]. Ce premier édifice est incendié pendant la révolte des samaritains de 529.

La basilique actuelle est reconstruite, dans sa forme actuelle, en 565 par l'empereur Justinien. Lors de l'invasion perse de 614, sous le règne de Khosro II, la structure n'est pas altérée. Selon la légende, le commandant perse Schahr-Barâz ordonne que le bâtiment soit épargné, car il est ému de la représentation des Rois mages portant des vêtements perses, à l'intérieur de l'église. Les Croisés font des réparations et des ajouts à l'édifice pendant la période du Royaume de Jérusalem avec la permission et l'aide accordée par l'empereur byzantin. Baudouin de Boulogne, premier à porter le titre de roi de Jérusalem, est couronné dans l'église. Au fil des ans, l'ensemble architectural est élargi et aujourd'hui, couvre environ 12 000 mètres carrés.

L'église est une des causes directes de la participation française à la guerre de Crimée contre la Russie.

Ensemble architectural[modifier | modifier le code]

L'ensemble architectural actuel est, en fait, une combinaison des deux églises et d'une crypte - la grotte de la Nativité - où Jésus a vu le jour, selon la tradition.

Basilique de la Nativité[modifier | modifier le code]

Porte de l'Humilité

Les deux entrées d'origine, datant du VIIe siècle, ont été condamnées, la porte nord par un contrefort ; celle du sud par le mur du monastère arménien contigu. L'entrée actuelle, situé à l'ouest, a été réduite au cours des siècles et se fait par une porte basse (1,2 m), appelée Porte de l'Humilité. Cette porte a été construite très basse pour éviter l'entrée de combattants à cheval.

Plan de l'église

L'église est conçue comme une basilique romaine classique, avec un narthex, une nef, quatre nefs latérales (deux de chaque côté - formé par des colonnes corinthiennes), un transept et une abside à l'extrémité orientale où se trouve le sanctuaire. D'orientation générale est-ouest, l'abside et le sanctuaire sont tournés vers l'est. Les murs latéraux sont couverts partiellement de mosaïques byzantines du XIIe siècle très dégradées. Le plancher original, de style roman, a été recouvert, mais une ouverture y a été pratiquée qui permet de révéler une partie des mosaïques d'origine. Les poutres de la charpente ont été données au XVe siècle par le roi Édouard IV d'Angleterre. Pour couvrir le toit, ce même roi a également fait don de plomb, mais celui-ci a été pris ultérieurement par les Turcs, qui l'ont fondu pour les munitions qu'ils ont utilisées dans la guerre contre Venise. Les escaliers de chaque côté du sanctuaire permettent d'accéder à la Grotte par des marches irrégulières.

L'église possède également un grand iconostase doré, et un ensemble complexe de lampes éternelles dans tout le bâtiment. L'accès aux monastères grec et arménien se fait par des portes situées sur le côté sud. Au nord, se trouve l'accès à l'église franciscaine de Sainte-Catherine.

Église Sainte-Catherine d'Alexandrie[modifier | modifier le code]

Attenante à la basilique, l'église Sainte-Catherine est construite en 1882, sur les ruines d'une église et d'un monastère des Augustins datant des Croisades. Elle a été modernisée en fonction de l'évolution liturgique qui a suivi le Concile Vatican II. Un escalier situé dans la nef sud de l'église permet d'accéder à des grottes, taillées dans la roche, abritant des chapelles. L'une d'elles est communément reconnue pour être celle dans laquelle, en 384, saint Jérôme traduisit la Bible en latin.

Les fondations d'un monastère byzantin se trouvent sous le cloître de l'église. Une porte à l'angle sud-ouest du cloître permet d'accéder à la chapelle des croisés (XIIe siècle). Ses murs sont décorés de fresques murales, partiellement restaurées en 1950.

Grotte de la Nativité[modifier | modifier le code]

Étoile à quatorze branches

Située sous la basilique, la grotte de 12,3 m sur 3,5 m et illuminée par 53 lampes consacre le site où Jésus serait né. Ses parois naturelles, décorées à l'époque de Constantin, sont recouvertes de marbre à l’époque byzantine.

Selon la tradition, l'endroit exact est indiqué sous l'« autel de la Nativité » (autel mis en place à l’époque byzantine) par une étoile en argent à quatorze branches qui a fait l'objet de conflits internationaux : installée par las catholiques en 1717, elle est enlevée par les Grecs en 1847, ce qui est un des éléments déclencheurs de la guerre de Crimée[8]. Elle est finalement remise en place par le gouvernement turc en 1853. Incrustée dans le sol de marbre, l'étoile est entourée par 15 lampes d'argent brûlant jour et nuit (six appartenant aux Grecs orthodoxes, quatre aux catholiques et cinq aux Arméniens) et a comme inscription en latin « Hic de Virgine Maria Iesus Christus natus est » (« ici naquit Jésus de la Vierge Marie »)[9].

Cet autel est un lieu neutre, même s'il est essentiellement sous l'influence de l'Église apostolique arménienne. Un autre autel dans la grotte (l'« autel de la mangeoire » appelé aussi « autel de la crèche » exclusivement utilisé par les latins), mis au jour par les catholiques, marque traditionnellement le lieu où Marie a installé le nouveau-né dans la mangeoire. En face, se trouve l'« autel de l'adoration des trois mages » que décore un tableau représentant cet événement[10].

Trois parois de la grotte sont recouvertes d’amiante, don du Patrice de Mac Mahon en 1874, afin d’éviter un nouvel incendie comme celui de 1869 qui a détruit les riches tapisseries latines. Sous ce revêtement, les marbres originels sont encore visibles. Sur les parois sont suspendus des peintures sur bois d’aucune valeur artistique et des tentures dégradées par la fumée des cierges et par les mains des pèlerins frottant ces reliques de contact[11].

Chapelles[modifier | modifier le code]

Chapelle de Saint-Jérome

De nombreuses chapelles se trouvent dans l'ensemble architectural comme :

  • la chapelle Saint-Joseph, commémorant l'apparition de l'ange à Joseph lui commandant de fuir en Égypte (Matthieu 2:13)
  • la chapelle des Innocents, commémorant le massacre des enfants par Hérode (Matthieu 2:16-18)
  • la chapelle de Saint-Jérôme où, selon tradition, Jérôme de Stridon a traduit la Bible en latin (la Vulgate).

Place de la Mangeoire[modifier | modifier le code]

La place de la Mangeoire est une grande cour pavée en face de l'Église. Les croyants s'y réunissent le soir de Noël pour chanter des chants de Noël, en attendant la messe de minuit.

Cohabitation des trois Églises[modifier | modifier le code]

L'église est actuellement administrée conjointement par l'Église orthodoxe de Jérusalem, l'Église catholique et l'Église apostolique arménienne. Toutes les trois maintiennent des communautés monastiques sur le site. Un firman a fixé, en 1852 sous l'Empire ottoman, les droits, devoirs, privilèges et titres de propriétés des diverses autorités ecclésiastiques qui ont la garde des Lieux Saints. Ce « statu quo », toujours en vigueur à ce jour, est garanti par le traité de Berlin (1878).

  • L’Église orthodoxe de Jérusalem possède la partie principale de la basilique, l'ensemble des cinq nefs, le chœur et le transept sud dans la basilique, ainsi que l'autel de la Nativité dans la grotte.
  • L'Église apostolique arménienne possède le transept gauche et l'autel. Et, occasionnellement, l'autel de la Nativité dans la grotte.
  • Le Patriarcat latin de Jérusalem possède l'autel de l'Adoration des Mages dans la grotte de la Mangeoire. Mais, également, l'étoile d'argent située sous l'autel de la Nativité.

Réveillon de Noël[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réveillon de Noël.

La messe de Noël a lieu à des dates différentes pour les confessions occidentales et orientales :

L'Église grecque orthodoxe et l'Église arménienne observent liturgiquement le calendrier julien et célèbrent Noël le 25 décembre du calendrier julien, c'est-à-dire le 7 janvier du calendrier grégorien.

Le Patriarcat latin de Jérusalem suit le calendrier grégorien moderne. L'exarchat catholique romain célèbre donc la nativité le 25 décembre.

Siège de 2002[modifier | modifier le code]

De mars à avril 2002, Tsahal a réalisé l'Opération Rempart en Cisjordanie. Dans le cadre de ces opérations militaires de grande envergure, Bethléem est occupé et les militants palestiniens sont poursuivis par Tsahal. Le 1er avril 2002, environ 200 militants palestiniens trouvent refuge dans l'église. Après 39 jours de siège, le 22 mai, un accord est conclu entre l'armée israélienne qui lève le siège et les palestiniens qui évacuent l'église et s'exilent en Europe et dans la bande de Gaza.

Préservation du site[modifier | modifier le code]

Au fil des années, les infiltrations et les tremblements de terre successifs ont fragilisé la toiture charpentée de l'église originellement en cèdre du Liban et qui fut restaurée au XVe siècle par les franciscains avec du bois de mélèze et au XIXe siècle par l'Église grecque orthodoxe avec du chêne d'Anatolie[12]. La basilique est inscrite depuis 2008 sur la liste des cent sites les plus menacés de l'observatoire des monuments mondiaux créé par le Fonds mondial pour les monuments[13] :

« L'état actuel de l'église est préoccupant. Les poutres de la charpente sont pourries et n'ont pas été remplacées depuis le XIXe siècle. L'eau de pluie qui s'infiltre dans le bâtiment, non seulement accélère la pourriture du bois et porte atteinte à l'intégrité structurelle du bâtiment, mais endommage également les peintures et mosaïques murales du XIIe siècle. La présence d'eau augmente significativement les risques de court-circuit et d'incendie d'origine électrique. Si un autre tremblement de terre, de l'ampleur de celui de 1834, venait à se produire, le résultat serait très probablement catastrophique. …Il est à espérer que son inscription sur cette liste encouragera à sa préservation, notamment en incitant ses trois gardiens - l'Église orthodoxe grecque, l'Église orthodoxe arménienne et l'ordre franciscain - à travailler ensemble, ce qui ne s'est pas produit depuis des centaines d'années. Le gouvernement israélien et l'Autorité palestinienne devraient également travailler ensemble pour la protéger. »

De plus, les icônes, les fresques et les tapisseries sont recouvertes de suie par les lampes à huile[4].

L'Autorité palestinienne s'est engagée à restaurer l'église de la nativité, les travaux devant durer plusieurs années et coûter 15 millions d'euros[14].

La première tranche du chantier de restauration qui se concentre sur la toiture débute en décembre 2013. Ceci dans une optique de conservation du patrimoine et non pas dans l'optique de rendre le lieu « propre »[4].

Tombeau[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle est considérée comme sacrée à la fois par les chrétiens et par les musulmans, voir Jésus dans l'islam
  2. (en) Tovah Lazaroff, « UNESCO: Nativity Church heritage site in 'Palestine’ »,‎ 29 juin 2012
  3. « Lieu de naissance de Jésus : l’église de la Nativité et la route de pèlerinage, Bethléem », sur UNESCO,‎ 2012
  4. a, b et c Cyrille Louis, « Bethléem : le sauvetage de la basilique de la Nativité », sur Le Figaro,‎ 24 décembre 2013
  5. Léopold Sabourin, L'Évangile de Luc : introduction et commentaire, Gregorian Biblical BookShop,‎ 1987, p. 91
  6. (en) Hagith Sivan, Palestine in Late Antiquity, OUP Oxford,‎ 2008, p. 233
  7. (en) Leland M. Roth, Understanding Architecture. Its Elements, History and Meaning, Westview Press,‎ 1993, p. 30
  8. Nadine Picaudou, Territoires palestiniens de mémoire, Karthala Éditions,‎ 2006, p. 145
  9. (en) William D. Crump, The Christmas Encyclopedia, McFarland,‎ 2001, p. 157
  10. Clemens Kopp, Itinéraires évangéliques, Mame,‎ 1964, p. 124
  11. Yves Teyssier d'Orfeuil, Bethléem. 2000 ans d'histoire, Desclée de Brouwer,‎ 1999, p. 156
  12. (en) Mitri Raheb, Frederick M. Strickert, Bethlehem 2000. Past and Present, Palmyra,‎ 1998, p. 43
  13. Liste des 100 sites les plus menacés
  14. « Basilique de la Nativité : une restauration pour retrouver l'unité chrétienne », sur Le Point,‎ 10 février 2014