Barrière de Ross

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81° 30′ S 175° 00′ O / -81.5, -175 ()

  •      Barrière de Ross

La barrière de Ross ou plate-forme de Ross est la plus grande barrière de glace de l’Antarctique[1].

Toponymie[modifier | modifier le code]

La barrière de Ross s'étend devant la chaîne de la Royal Society, 1999 (NOAA)

La terminologie concernant la barrière de Ross est floue : parfois le terme « barrière » est utilisé pour désigner la bordure nord ressemblant à des falaises et le terme « plate-forme » pour désigner sa partie plane, parfois les deux termes désignent le même ensemble.

Elle porte le nom de James Clark Ross, son découvreur.

Géographie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Chaîne Transantarctique.

Cette barrière de glace est un glacier plat flottant sur la mer et rattaché à la côte[1]. Elle est alimentée par l'accumulation annuelle de neige et d'autres glaciers[1].

D'une largeur d’environ 800 km, sa superficie est d'environ 487 000 km2, soit environ celle de la France[2],[3].

Sa plus grande partie se trouve dans la Dépendance de Ross, territoire revendiqué par la Nouvelle-Zélande et entre les régions de Terre Victoria et de Terre Marie Byrd.

La limite sud et sud-ouest de la barrière de Ross est la chaîne Transantarctique, au nord ouest l'île de Ross et le Détroit de McMurdo et au nord la mer de Ross.

Plusieurs îles comme l'île Roosevelt sont complètement prises dans la glace de la barrière.

Climat[modifier | modifier le code]

La barrière est réputée pour son climat extrême. Le peu de relief de celle-ci ne freine pas le vent.

Relevé météorologique à la Base antarctique Scott (nord-ouest de la barrière)
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température moyenne (°C) −4,5 −11,4 −20,5 −24 −25,6 −26 −28,3 −29,7 −28,1 −21,3 −11,4 −4,8 −19,6
Source : niwa.co.nz


Histoire[modifier | modifier le code]

Découverte[modifier | modifier le code]

Article connexe : Expédition Erebus et Terror.
Le nord de la barrière de Ross
La barrière de Ross

La barrière a été découverte le 28 janvier 1841 lors de l'expédition Erebus et Terror (1839-1843) avec d'autres lieux qui prendront une grande importance historique comme l'île de Ross et le détroit de McMurdo. Le capitaine James Clark Ross qui menait l'expédition la nomme la « Grande barrière de glace » parce qu'elle l'empêche d'aller plus au sud et parce que sa hauteur la rend très imposante. Ce n'est que plus tard qu'elle prendra son nom.

Ross est encore à Hobart en Tasmanie quand il a vent de la découverte de la Terre Adélie par l'expédition française Dumont d'Urville (1839-1840) de Jules Dumont d'Urville et les plans de l'expédition américaine Wilkes (1839-1842) de Charles Wilkes[4]. Il décide alors de reporter son expédition dans ce secteur non cartographié[4], plus à l'est. Cela lui permet de faire l'une des découvertes les plus spectaculaires du XIXe siècle[4].

L'accès à la barrière est difficile, le HMS Erebus et HMS Terror, les bombardes en bois de Ross n'ont pas la puissance des brise-glace modernes, et le pack freine la progression. Ross aperçoit le cap Adare au nord-est de la Terre Victoria puis longe la côte vers le sud[4]. Il découvre le détroit de McMurdo et l'île de Ross et enfin une énorme barrière de glace de 50 m de haut[4]. La longeant partiellement, il estime la longueur de la barrière à 800 km[4]. Devant hiverner, il décide de rentrer à Hobart faute de lieux sûrs[4].

À son retour l'année suivante, les conditions météorologiques sont moins clémentes[4]. La barrière étant à sa bordure nord une énorme falaise de glace, il ne peut y débarquer des hommes et se contente de la cartographier sur sa partie Est jusqu'à 160° de longitude ouest.

Première exploration[modifier | modifier le code]

Article connexe : Expédition Southern Cross.

C'est au cours de l'expédition Southern Cross (1898–1900) que Carsten Borchgrevink et deux hommes parvient à escalader la barrière et peuvent l'explorer via une pente sur celle-ci. Ils réalisent un « Farthest South » à la latitude de 78°50'S, c'est-à-dire en atteignant une latitude que personne avant eux n'avait réalisée. Ils ne restent pas beaucoup de temps sur celle-ci, leur camp de base principal étant au cap Adare.

Les observations indiquent que la barrière s'est déplacée de quelque 30 km au sud depuis l'époque de Ross[5].

Percées décisives[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Expédition Discovery et Expédition Nimrod.
Trajet de l'expédition Nimrod dans les terres connues à l'époque.

Les expéditions suivantes qui ont permis d'atteindre le pôle Sud lors de l'Âge héroïque de l'exploration en Antarctique (1895-1922) passèrent toutes par la barrière afin d'atteindre le plateau Antarctique.

L'expédition Discovery (1901-1904) de Robert Falcon Scott et l'expédition Nimrod (1907-1909) de Ernest Shackleton tenteront sans l'atteindre le pôle Sud mais donnant une pratique et une expérience qui sera importante dans les expéditions suivantes.

Sur la route du Pôle Sud[modifier | modifier le code]

Les expéditions britanniques prenaient comme base le détroit de McMurdo et l'île de Ross pour leurs tentatives et l'expédition Amundsen (1910-1913) du norvégien Roald Amundsen la baie des Baleines (Framheim)[6].

L'expédition Amundsen atteignit le pôle par le glacier Axel Heiberg et l'expédition Terra Nova (1910-1913) de Robert Falcon Scott par le glacier Beardmore. Les cinq hommes de cette dernière tomberont à son retour sur un climat particulièrement rigoureux, et bloqués par la tempête et à court de provisions, moururent. Depuis cet événement tragique, les conditions climatiques sur la barrière sont considérées comme décisives dans les tentatives à pieds.

Seconde phase d'exploration[modifier | modifier le code]

Article connexe : Richard Byrd.

En 1928, Richard Byrd place son camp de base Little America à la baie des Baleines et en fait la tête de pont pour cinq expéditions américaines entre 1929 et 1956[7].

L'est de la barrière de Ross est notamment exploré en 1934[7].

Période moderne[modifier | modifier le code]

Plusieurs bases antarctiques se situent proches de la barrière, notamment la base néo-zélandaise Scott et la base américaine McMurdo toutes deux sur la péninsule de Hut Point de l'île de Ross.

Trois aéroports saisonniers, Ice Runway, Williams Field et Pegasus Field, se situent sur la barrière.

Évolution et conservation[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Iceberg B-15, Iceberg C-18 et Iceberg C-19.
Déplacements de l'Iceberg B-15

Avec le réchauffement climatique, l'inlandsis de l'Antarctique est très touché. Dès les années 2000, certains scientifiques ont envisagé une dislocation partielle de la barrière de Ross à moyen terme[3].

De par sa masse, si elle venait à dériver vers le nord et donc être plus au contact des rayons du Soleil, elle pourrait provoquer une hausse du niveau des mers.

En 2000, l'Iceberg B-15 d'environ 11 000 km2, soit plus que la taille de la Jamaïque, s'est désolidarisé de la barrière. En 2002, c'est l'Iceberg C-19 d'environ 5 500 km2 et l'Iceberg C-18 d'environ 560 km2 se sont détachés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand défi des pôles, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard »,‎ 1987 (réimpr. 2006), 224 p. (ISBN 9782070763320)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a, b et c « Plateforme de glace », sur recherchespolaires.veille.inist.fr, INIST-CNRS (consulté le 29 juillet 2009)
  2. (en) Antarctic Hazards, British Antarctic Survey.
  3. a et b (en) « Ross Ice Shelf could 'collapse quickly' », sur theaustralian.news.com.au, The Australian,‎ 29 novembre 2006 (consulté le 29 juillet 2009)
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand défi des pôles, p. 38
  5. (en) « Antarctic Explorers – Carsten Borchgrevink », www.south-pole.com (consulté le 10 août 2008)
  6. Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand défi des pôles, p. 86
  7. a et b Bertrand Imbert et Claude Lorius, Le grand défi des pôles, p. 103