Barrage de castors

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Double barrage de Castor (Canal Whitefish, rapides St. Marys, Sault-Sainte-Marie, Ontario, Canada)
Les barrages sont plus nombreux dans les sections 1 et 2 de la classification des réseaux hydrographiques selon Strahler, et parfois dans les sections 3 et 4 dans les sous-bassin où la structure hydrographique est très arborescente
Barrage de Castor américain, dans le Parc provincial Algonquin (Ontario, Canada ; le barrage lui-même tend spontanément à se végétaliser. Les racines des plantes qui y poussent contribuent à le stabiliser, et ces plantes sont une source supplémentaire de nourriture pour le Castor. Ce dernier favorise le maintien de l'eau, au profit de l'orignal (seul mammifère non aquatique capable de brouter sous l'eau) et de nombreuses autres espèces
Végétation un peu plus ancienne colonisant la face externe d'un barrage (Parc provincial Algonquin)
Petit barrage de castor dans le parc de Yellowstone ; Noter l'accumulation d'algues et plantes flottantes juste en amont du barrage. Chaque barrage est aussi un gué pour les animaux qui n'aiment pas nager
Certains barrages accumulent des quantités significatives d'eau, qui contribuent à entretenir la nappe et remonter son niveau piézométrique, améliorant la constance des sources périphériques, et diminuant les risques d'incendie de forêt en saison sèche
Durant les travaux de construction et d'entretien du barrage, l'eau se trouble car le castor y est très actif, y tire des branches et y prélève de la boue pour étanchéifier le barrage. Ensuite, cette eau s'éclaircira
Quand ils sont disponibles dans leur environnement, et à bonne taille, le castor peut utiliser des galets, des pierres plates ou d'autres morceaux de roche, en complément de la boue et du bois dans la construction du barrage, ici : Bear Creek, l'un des affluents (tributaires) du Truckee River, in Alpine Meadows, California.
Utilisateurs de canoé essayant de franchir un barrage de castor américain (Algonquin Park, canada). le dénivelé est d'environ 1 mètre.
Cours d'eau évasé par un barrage de castor (Parc provincial Algonquin)
Photo d'archive (NARA) prise par William Henry Jackson (1843–1942) en 1870 et montrant un barrage dans une petite vallée relativement encaissée et peu arborée du Wyoming
Fond d'étang de Castor dont le barrage a été détruit (rivière Allegheny)
Autre vue (ancienne) d'un étang dont le barrage a été détruit, et où les buissons recépant là où le castor a coupé un arbre sont bien visibles (date non mentionnée)
Passage de barrage dans le Manitowish (Wisconsin). Noter la présence du nénuphar, favorisé par le barrage et qui est une nourriture appréciée du Castor
En terre de feu (patagonie) où le castor a été introduit pour sa fourrure, il provoque des dégâts en zone alluviale car les essences locales d'arbres n'ont pas coévolué avec le castor comme dans l'hémisphère nord ; elles ne recèpent pas (Comodoro Rivadavia, Argentine)

Un barrage de castors est un barrage naturel, construit en travers d'un petit cours d'eau par des castors. Il lui permet de protéger conserver de l'eau en été et de protéger son gîte contre les prédateurs (coyotes, loups, ours, cougars, gloutons, lynx, loutres), et aussi de garantir un accès facile aux provisions de branches stockées sous l'eau comme réserve hivernale de nourriture.

Ces structures, dont on peut trouver des traces fossiles[1],[2], modifient depuis des millions d'années l'environnement naturel, en augmentant notamment l'importance des zones humides et rivulaires, et modifient la forme des petits cours d'eau (de la basse montagne aux estuaires), au profit de nombreuses espèces (salmonidés, amphibiens, oiseaux d'eau et plantes aquatiques et palustres notamment) de l'écosystème global, ce qui fait du castor une espèce facilitatrice et « clé de voûte »[3]. Les castors travaillent essentiellement de nuit, portant boue et pierres avec leurs pattes de devant et capables de tracter de gros morceaux de bois en s'aidant de leurs dents. Les castors cherchent à réparer leur barrage principal dès qu'il se dégrade, mais ils ne peuvent entretenir les barrages secondaires aussi vigoureusement.

Les petits barrages sont étroits et souvent en grande partie fait de terre, alors que les grands barrages sont solidement construits avec une large base, des morceaux de bois plus solides et un sommet habituellement incliné vers l'amont pour résister à la force du courant.

Le paysage, sa géologie et la quantité d'eau présente en été ou en hiver ont une grande influence sur le fait que le castor construira ou non un barrage : Le castor ne fait pas de barrage là où la hauteur d'eau lui suffit (sur le cours moyen et aval de la Loire par exemple en France), et bien entendu pas là où il n'y a ni forêts ni zones buissonneuses denses sur les berges.

Différences entre barrages de Castors eurasiens et américains[modifier | modifier le code]

Bien que très proches pour leurs autres comportements et leurs effets environnementaux le castor européen et le castor américain n'ont pas tout à fait la même activité de constructeurs.

De manière générale, le castor nord-américain est connu pour ses barrages plus hauts et plus longs que son homologue européen[4]. Le pourcentage de familles de castors construisant un barrage est également plus important en Amérique (de même là où le castor canadien a été introduit en Europe ; ainsi dans le nord-ouest de la Russie où les deux espèces cohabitent depuis plusieurs décennies, Danilov, spécialiste russe du Castor a montré dans les années 1980 que 66,3% des colonies de castors nord-américains avaient fait un ou plusieurs barrages, contre seulement 45,2% pour les castors européens. Ces derniers semblent dans cette région préférer vivre dans des huttes (dans 75% des cas) et dans des terriers sous berge (dans 25% des cas). Danilov a aussi montré en 1985 que dans le nord-ouest de la Russie, plus on est au nord, moins le castor eurasien est constructeur : Près de la moitié des castors édifient des huttes dans la zone méridionale du nord-ouest de la Russie (régions de Pskov et de Novgorod, 58°N), contre seulement 10% au sud (réserve de Laponie) (Danilov, 1995).

Les études comparatives concluent que le Castor eurasien fait moins de barrages que son parent américain, mais ses effets sur l'environnement sont assez proches[5].

Localisation du barrage[modifier | modifier le code]

De manière générale le barrage est construit en tête de bassin et dans certaines petites plaines alluviales étroites ; là où l'eau risque de manquer en été et à proximité de saulaies et ripisylves, et dans des zones où de la terre (ou de la tourbe) est présente. Les barrages sont donc plus communs quand on se rapproche des sources et absents sur les grands fleuves.

Le Castor sait aussi profiter d'opportunités telles qu'un arbre spontanément tombé en travers d'un ruisseau. Il peut alors en faire l'ossature principale de son futur barrage (c'est un phénomène par exemple décrit (et photographié[6]) pour l'un des barrages construits dans le lit mineur de la Lienne en Belgique. Le castor, après avoir fait remonter le niveau de l'eau dans le lit mineur, peut ensuite allonger son barrage dans le lit majeur de manière à étendre la pièce d'eau. Quand la famille s'agrandit, le barrage peut être rehaussé.

Certains barrages sont maintenus au même endroit durant des décennies de génération en génération, et d'autres sont plus ou moins provisoires, pouvant être reconstruits un peu plus en amont ou en aval dans les années suivantes.

Construction du barrage[modifier | modifier le code]

Le Castor ne s'installe que dans un endroit où il y a toujours au moins 60 cm d'eau ou là où grâce à un barrage il peut maintenir un niveau d'eau minimum de 0,6 à 0,9 mètre, d'une part pour empêcher que l'entrée sous-marine de sa hutte ou de son terrier soit hors d'eau en été, et d'autre part pour éviter qu'elle ne soit bloquée par les glaces dans les régions aux hivers froids. Si l'eau n'est pas assez profonde, les castors construisent un barrage pour remonter son niveau, il peut faire de quelques centimètres à plus d'un mètre de hauteur et souvent jusqu'à plus de 2 mètres au Canada. Si le courant est trop fort pour les castors, ils peuvent en détourner provisoirement le flux pour réduire la pression d'écoulement de l'eau.

Les petits barrages (de quelques centimètres) peuvent n'être fait que de tourbes et de branchettes, mais les grands barrages sont construits de manière organisée : ces branches et petits rondins sont enfoncés dans la boue du lit du cours d'eau pour former une base. Ensuite, des branches mortes ou fraichement coupées sont apportée et plus ou moins entrelacées, avec parfois des pierres plates (s'il y en a à proximité). Puis les interstices sont soigneusement colmatés par des pierres, de la boue, de la tourbe, des touffes de racines, des feuilles, des plantes pour construire la superstructure.

La hauteur moyenne d'un barrage au Canada est d'environ 1,8 mètre, avec une profondeur moyenne de l'eau derrière le barrage de 1,2 à 1,8 mètre. L'épaisseur du barrage est souvent autour de 1,5 mètre ou plus. La longueur dépend de la topographie locale (qui « contrôle » la largeur et forme du cours d'eau), mais est en moyenne d'environ 4,5 mètres de long.

Les castors adaptent le type de construction du barrage et leur façon de le construire aux ressources naturelles disponibles, mais aussi au contexte hydrographique et notamment à la vitesse du courant :

  • Dans un cours d'eau lent, ils construisent un barrage droit ;
  • Dans une zone à courant plus rapide, ils lui donnent une forme plus courbe ; de même si le niveau de l'eau est élevé.

Un ou plusieurs déversoirs sont construits au sommet du barrage et entretenus de manière à ce qu'il ne devienne pas une brèche dans le barrage. Ils sont aussi utiles au Castor lorsqu'il faut descendre sur la face aval du barrage pour l'inspecter et, si besoin est, le réparer. Ces passages font souvent office de passe à poisson.

En terrain plat, certains plans d'eau créés par le Castor couvrent plusieurs hectares. Sur les terrains en pente, le plan d'eau est plus petit, mais plusieurs plans d'eau peuvent se succéder « en escalier » là où il n'existait qu'un ruisseau, éventuellement à sec en été.

Quand une famille s'installe, elle cherche à construire sa hutte à proximité d'un segment du barrage suffisamment haut pour garantir une bonne profondeur à l'entrée de la future hutte.

Effets écopaysager[modifier | modifier le code]

Là où le castor construit des barrages, il modifie profondément et assez rapidement[7] l'écologie du paysage avec, selon les scientifiques, un effet rapide d'enrichissement de la biodiversité et parfois de la biomasse animale et végétale ; ce pourquoi le castor est classé parmi les espèces ingénieur mais aussi comme « espèce facilitatrice ».

  • Effet sur la ripisylve (et les communautés rivulaires[8]). Pour faire son barrage, le castor prélève du bois dans la ripisylve en s'adaptant au contexte selon l'âge de la ripisylve et sa structure[9], et ce faisant il met une tache de sol en lumière (on peut parler de tache, car il ne s'éloigne jamais beaucoup de l'eau pour pénétrer la ripisylve et s'y nourrir[10],[11]). Dans le même temps son barrage fait monter le niveau de l'eau (de quelques centimètres à plus de 2 mètres parfois), ce qui crée un plan d'eau bien ensoleillé[12] et est également favorable à la ripisylve (qui risque ainsi moins de manquer d'eau en été). Ces deux nouveaux types de milieux n'existeraient sur le site sans le barrage, et le castor les entretient. Enfin, il creuse aussi quelques canaux à partir de son étang pour mieux circuler et tirer du bois coupé vers son gîte ou son barrage. Ces actions s'apparentent à certaines des actions menées par les gestionnaires de milieux naturels pour améliorer ou préserver la biodiversité des réserves naturelles, ce pourquoi il est souvent qualifié d'aménageur et de gestionnaire de son milieu[13]. Le bois mort et les branches coupées sont utiles à la biodiversité et à l'humus forestier[14] et le castor a une grande préférence pour les salicacées qui recèpent très facilement et qui apprécient l'eau[15].
  • Il complexifie le profil en large et en long de la rivière. Le castor allonge ainsi considérablement l'écotone eau-sol/forêt[16]. La sédimentation augmente juste en amont du barrage et diminue juste en aval, (provisoirement quand le barrage est temporaire).
    La nature du sédiment reflète la nature géologique et la végétation de la zone amont du barrage. Dans les régions montageuses on y trouve des galets, cailloux ou graviers, alors que dans une tourbière, il s'agira d'un sédiment fin et noir. Comme il recherche aussi des zones dont le sol est assez facile à creuser, on y trouve souvent dans la retenue un sédiment sablo-limoneux. Une partie du sédiment peut être réutilisée par le castor pour entretenir l'étanchéité de son barrage.
  • Il stocke de l'eau notamment en forêt boréale[17] (où le risque d'incendie estival sera ainsi réduit), et grâce au ralentissement du courant et à une plus large répartition de l'eau, celle-ci tend à déposer plus facilement sa charge sédimentaire.
    Il ralentit considérablement la vitesse de progression de la charge de fond (en Belgique, les castors ont au moins provisoirement ainsi piégé 8 t/km²/an de sédiment, soit 10 fois ce qu'était le transport de charge de fond avant leur arrivé. Et au cours des siècles et millénaires, le castor peut ainsi créer de véritables plaines alluviales où il allonge considérablement le linéaire de berge et de petits cours d'eau anastomosés[18] (« Les barrages de castors créent de larges zones humides, amplifient les superficies des étangs et s'étendent ainsi à de larges échelles. En outre, ils allongent les cours d'eau en détournant l'eau dans la plaine alluviale et créent ainsi un réseau de chenaux distributaires doté d'un style alluvial anastomosé »[19].
  • Ce faisant, le castor freine l'érosion hydrique et éolienne, tout en diminuant la turbidité moyenne de l'eau (sont travail source d'avulsion, mais plus encore de sédimentation, ce qui signifie que, globalement, il stabilise plus de matériaux qu'il n'en met en suspension ou n'en perd lors d'un « bris de barrage »). Il joue ainsi à long termes un rôle de créateur de paysages de petites plaines alluviales où il confine des sédiments. Les zones qu'il occupe sont comparables à des plaines de décantation, drainées par ses microcanaux et des ruisseau devenant plus sinueux, ce qui est considéré comme bénéfique à la biodiversité et à l'intégrité biologique de la plaine inondable, tout en protégeant l'aval du cours d'eau et des estuaires contre un apport excessif ou irrégulier de sédiments [20]. Butlera et Malanson considèrent même - suite à une étude qu'ils ont publié en (2005) sur l'influence géomorphologique des castors et sur le bris des barrages - que les barrages actuels de castors en Amérique du Nord, bien que ne constituant qu'environ un dixième de ce qu'ils étaient autrefois, sont encore responsables du confinement d'importants volumes de sédiments[21] ;
  • Grâce à ces travaux, le nombre de niches écologiques augmente, dans l'eau d'abord, et au profit des animaux aquatiques (poissons[22],[23],[24] et des ripisylves (amphibiens notamment[25]), mais aussi pour des mammifères volants tels que les chauve-souris[26],[27] dans les petites vallées.
  • Enfin, la réapparition et l'entretien des étangs de castors permet l'apparition d'une succession de macrophytes et de nouvelles ceintures de végétation qui n'existeraient pas en l'état sans ces plans d'eau[28]. Ray & al. (2001) ont étudié 36 étangs de castor canadiens (étangs âgés de 4 à 40 ans, isolés d'autres masses d'eau dans une zone de tourbière : Ils ont montré que « la richesse et la diversité en espèces augmente de façon linéaire dans les étangs au cours des quatre premières décades. L'âge de l'étang et le produit de la dimension de l'étang par le nombre d'étangs voisins dans un rayon de 250m explique 64 %[29] de la variation dans la richesse », avec une composition floristique qui semble fortement déterminée par les modes de dispersion des graines (apportées par le vent, les oiseaux ou d'autres animaux qui viennent profiter de ce nouveau point d'eau ou de la flore, faune ou fonge ou des microorganisme qu'il abrite)[28].
    Ici, ce sont les étangs les plus anciens (de 11 à 40) qui abritaient la plus grande richesse en macrophytes (tant émergées, flottantes que submergées). Ces derniers étaient dominés par les nymphéas (plante consommée par les castors) devant les potamots (Potamogetonaceae). À l'occasion de cette étude, les auteurs ont produit un « modèle de prédiction pour la succession des macrophytes dans les étangs à castors », qui pourra faciliter l'étude des processus écologiques liés aux macrophytes favorisés par les castors[28].
  • La combinaison des effets décrits ci-dessus est une amélioration du processus d'autoépuration du milieu colonisé par le castor[30], y compris concernant l'azote[31] (eutrophisant devenu problématique dans toutes les pays riches).
  • La partie haute du barrage bloque et filtre une grande partie des objets flottants et le cas échéant les algues filamenteuses et les lentilles d'eau (et dans les zones anthropisées il n'est pas rare de trouver des bouteilles ou sacs en plastiques réutilisés par le castor dans son barrage. Occasionnellement, des barrages peuvent aussi intercepter des nappes d'hydrocarbures ; ainsi, dans la forêt boréale canadienne en 2011 un barrage de castor a efficacement bloqué le pétrole issu d'une rupture d'un oléoduc de la compagnie pétrolière Plains Midstream Canada, évitant une marée noire sur le territoire des indiens du lac Lubicon situé en aval (six castors ont néanmoins été empoisonnés ou ont été euthanasiés, et quelques-uns soignés ; une dizaine de canards sont également morts) ; La fuite était équivalente à 28.000 barils de pétrole dont une partie avait abouti à la rivière[32],[33].

Effets climatiques et microclimatiques[modifier | modifier le code]

Une étude[34] faite dans une région de l'Alberta où le castor avait disparu au XIXe siècle mais qu'il a récemment progressivement recolonisée (depuis 1954) a démontré qu'en forêt mixte boréale, des eaux libres estivales réapparaissent peu à peu depuis le retour de C canadensis.

Elle avait pour objectif de savoir dans quelle mesure les barrages et leurs retenues d'eau influençaient les microclimats voire les climats loco-régionaux (en termes d'hygrométrie, température, précipitations et de leurs fourchettes et variations).

Des photos aériennes faites de 1948 à 2002 ont permis d'observer les modifications de surfaces en eau sur la période de recolonisation (période comprenant des épisodes humides et secs)[34]. Elles montrent que le nombre de huttes occupées « expliquait » plus de 80 % de la variabilité de la présence d'eau libre durant ce demi-siècle[34]. Et les variables climatiques (températures et précipitations) avaient statistiquement « beaucoup moins d'importance » que la présence/absence de castor dans le maintien de ces zones d'eau libre[34].
« En outre, les années humides et sèches, l'étendue totale d'eaux libre était multipliée par 9 dans la zone où le castor était revenu (par rapport aux zone où il est resté absent) »[34]. Les auteurs en ont conclu que le castor a une influence considérable pour la création et l'entretien des zones humides, y compris durant une sécheresse extrême, et que pour cette raison, sa disparition doit être considérée comme néfaste aux zones humides et aux services écosystémiques qu'elles procurent[34], ce qui expliquerait en partie les fréquentes observations d'une augmentation de la biodiversité associée au retour du Castor.

Cette étude porte sur le Castor canadien, mais les chercheurs considèrent que les effets qualitatifs sur l'environnement du Castor européen sont comparables (là où il fait des barrages)[35] même si les barrages canadiens sont souvent plus imposants.

Durant la préhistoire[modifier | modifier le code]

On connait encore peu de choses des interactions entre les activités de l'homme préhistoire et les barrages de castors, notamment durant les interglaciaires précédents. On sait que cet animal était chassé et mangé par les hommes préhistoriques, en Europe et en Asie. Mais certains auteurs pensent qu'il a joué un rôle bien plus important que celui de proie et de gibier pour l'Homme de Néandertal et de Cro-Magnon.

Selon Coles & Orme[36], le Castor est un aménageur dont le rôle sur les paysages a pu être très sous estimé, et les préhistoriens ont attribué à l'Homo sapiens des changements de paysages post-glaciaires qui ont en réalité peut-être ou probablement été directement induits par le Castor et sa capacité à retenir l'eau et freiner les eaux douces dans leurs course vers l'océan, à accumuler du bois et ouvrir les ripisylves.

Le castor, peut-être même avant le retour post-glaciaire d'Homo-sapiens régulait le débit de l'eau et amélioraient la capacité de charge des eaux douces (plus de poissons en particulier, y compris salmonidés) tout en améliorant la vitesse et l'importance de la recharge des nappes (cf loi de Darcy).

Mais aussi la succession de ses barrages a pu jouer un rôle très important de rétention des sédiments qui ont participé à la création de riches plaines ou microplaines alluviales[35],[37],De Visscher, M., Nyssen, J., Pontzeele, J., Billi, P., Frankl, A. Spatio-temporal sedimentation patterns in beaver ponds along the Chevral River, Ardennes, Belgium. Hydrological Processes, submitted. Une étude récente a montré en belgique que les barrages y interceptaient les sédiments (à raison de 25 cm en moyenne en 7 ans dans un sous-bassin des Ardennes belges).

Contrôle par l'homme du barrage[modifier | modifier le code]

Il arrive qu'un barrage puisse être gênant pour les activités humaines, par exemple parce qu'inondant un champ ou un chemin ou bouchant un ponceau ou un exutoire de drain. La baisse du niveau de l'eau juste à son aval peut aussi déstabiliser les constructions ou seuils présents à cet endroit. On détruisait autrefois ces barrages gênants à la main, puis au moyen d'engins, voire (en Amérique du Nord) de dynamite. Mais détruire un barrage sans autres précautions est souvent sans effet à long terme, d'une part parce qu'en cas de destruction brutale une « vague de crue » est produite, avec un risque d'« effet domino » en aval, et d'autre part car les castors risquent de cherche à le reconstruire rapidement.

Divers moyens[38] permettent maintenant soit d'en contrôler le niveau sans avoir à le détruire, soit d'encourager le castor à construire son barrage à un autre endroit.

Il a été démontré que le castor se met à réparer son barrage quand il entend de l'eau couler ou perçoit un accroissement local du courant qui indique une fuite. Grâce à cela, on sait aujourd'hui que la pose d'un siphon silencieux permet de contrôler le niveau du plan d'eau créé par un barrage de castor. La prise d'eau de ce siphon doit être située à quelques mètres en amont du barrage et le rejet doit être situé à quelques mètres en aval. L'entrée de la prise d'eau doit être entourée d'une crépine (grillage de protection), sinon le castor le boucherait ou risquerait de s'y noyer, et le siphon risquerait de se boucher avec des feuilles morte. Ce dispositif suffit à contrôler le niveau de l'eau[39].

Si le castor a commencé à construire un barrage ou qu'il risque de le faire à l'entrée d'un ponceau, il est possible de créer un peu en amont un pré-barrage : ce pré-barrage « invite » le castor à faire son barrage là où on le souhaite (le site doit aussi convenir au castor, en particulier le fond qui doit permettre l'ancrage du nouveau barrage)[40];

Sauf en cas de crue brutale et exceptionnelle, grâce à l'entrelacement des pièces de bois, un barrage de castor ne cède pas brutalement, et ils se montrent même très difficiles à démonter manuellement.

Un cas particulier est celui d'un barrage ancien et qui ne serait plus entretenu par un groupe de castor (par exemple décimé par une maladie). Généralement, il perd peu à peu son eau et sur la zone asséchées enrichie en sédiments la forêt se reconstitue rapidement, mais dans un contexte anthropisé, une analyse de risque mérite d'être faite et aboutir à un traitement adapté du problème (si un problème est mis en évidence)[41].


Enjeux de conservation[modifier | modifier le code]

Comprendre les rôles et services écosystémiques autrefois et actuellement joué par les barrages et plans d'eau construits par les Castors est un enjeu écopaysager et de biodiversité, mais aussi un enjeu pour l'eau et le climat.

Denise Burchsted & son équipe notaient en 2010 que des milliards de dollars sont dépensés aux États-Unis, depuis quelques décennies par des instances publiques, associatives ou privés pour restaurer les rivières. De même en Europe des efforts importants sont faits pour retrouver le bon état écologique des cours d'eau et don cde leurs bassins versants[42]. Après avoir dégradé les cours d'eau et les zones humides durant des siècles, il s'agit dans ces deux cas de retrouver un « état ​​de référence souhaité »[42]. Cet état n'est cependant pas clairement défini, ou pour ce qui concerne le castor et ses effets, il sous-estime l'écopotentialité des bassins versants (faute d'études et de connaissance sur les paléoenvironnements et leur fonctionnement écologique)[42]. Les grands barrages artificiels posent indiscutablement des problèmes majeurs pour la migration des poissons, mais par crainte des inondations, de nombreuses collectivités suppriment les embâcles naturels dès qu'ils se forment, et un paradigme récemment devenu dominant chez les techniciens et gestionnaires de cours d'eau est qu'il faudrait rétablir une « libre circulation des poissons » en supprimant tous les obstacles significatifs à l'écoulement de l'eau au motif qu'ils seraient défavorables à la circulation des poissons[42]. Toutes les études[43] ayant porté sur le bilan des effets directs et connexes les barrages de castors sur les plans physique (hydrogeomorphie[44], géomorphologie[41].), climatiques et écologiques montrent que la somme et le bilan de ces effets sont au contraire positifs pour la faune (salmonidés y compris), la flore, les écosystèmes, la recharge des nappes, la qualité de l'eau, les microclimats, et que la gêne qu'ils occasionnent parfois pour les activités humaines peut presque toujours être réduites, annulée ou compensée. Quand cela ne semble pas possible, reste la possibilité de déplacer les castors.

Selon Burchsted & al., il est urgent d'introduire dans les critères de restauration des milieux aquatiques une notion de discontinuité dynamique qu'ils nomment « beaver-mediated discontinuity » ; car dans la Nature, « les processus géologiques et écologiques créent des systèmes fluviaux épars et discontinus ». Les barrages faits par les castors nord-américains généraient autrefois en permanence de telles discontinuités, tout au long des parties amont des systèmes fluviaux « pré-coloniaux » d'Amérique du Nord[42].

Dans le contexte contemporain, les barrages de castors créent encore (là où ils existent) des séquences dynamiques d'étangs et de prairies humides entrecoupées de segments à écoulement libre[42]. Le territoire d'une seule famille peut dépasser 1 km de cours d'eau, mais aussi inonder la vallée latéralement, et fondamentalement modifier les cycles biogéochimiques et les structures écologiques en place, à plusieurs échelles spatiale et temporelles[42].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kraus S M. & Wells T. (1999) “ Recognizing avulsion deposits in the ancient stratigraphical record”, in : N.D. Smith et J. Rogers (eds.), Fluvial Sedimentology VI, International Assoc iation of Sedimentologists, Special Publication , 28 : 251 - 268
  2. John S. & Klein A (2004), « Hydrogeomorphic effects of beaver dams on floodplain morphology : avulsion processes and sediment fluxes in upland valley floors (Spessart, Germany) ; Les effets hydro-géomorphologiques des barrages de castors sur la morphologie de la plaine alluviale : processus d'avulsions et flux sédimentaires des vallées intra-montagnardes (Spessart, Allemagne) », Quaternaire , 15 (1-2) : 219 - 231. ([PDF], avec Persée)
  3. AFP, « Le plus grand barrage de castors découvert grâce à Google Earth », Libération,‎ 7 mai 2010 (lire en ligne)
  4. Danilov, P.I. & Kan’shiev, V.Ya. (1982). Some morphological and ecological features of the Eurasian and Canadian beaver in the USSR northwest. in : Fauna : ecologiya ptic (mlekopitajvscic) Severo-Zapada SSSR, Petrozavodsk : 109-123.
  5. Nolet BA (1996) La gestion du castor (Castor fiber) : vers la restauration de son ancienne répartition et de sa fonction écologique en Europe. Ed. Conseil de l'Europe, coll. Sauvegarde de la Nature, 86 : 7-34.
  6. voir photo p 5/13 , in Petit, F., Denis, A. C., Levecq, Y., Houbrechts, G., Hallot, E., Van Campenhout, J., & Peeters, A. (2012) L'effet des barrages de castors sur le système hydrographique ; Université de Liège (PDF]) ; 6ème rencontre entre acteurs de la rivière : « La cohabitation avec le castor en Wallonie »
  7. Plunus J (2009) Paramètres hydrologiques et impacts hydrologiques et géomorphologiques des barrages de castors en région wallonne. Mémoire de Master en Sciences géographiques. Université de Liège, Liège.
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  18. le mot anastomose est ici à comprendre comme « style de ruisseau à chenaux multiples, mais stables, sinueux, étroits et profonds (ratio largeur/profondeur faible) et à pente plutôt faible, isolant des îles de grandes dimensions par rapport à la taille des chenaux ». (Malavoie et Bravard (2010), « Eléments d'hydromorphologie fluviale »)
  19. Stefan, J. et Andreas, K. (2004). Hydrogeomorphic effects of beaver dams on floodplain morphology: avulsion processes and sediment fluxes in upland valley floors (Spessart, Germany) [ Les effets hydro-géomorphologiques des barrages de castors sur la morphologie de la plaine alluviale : processus d'avulsions et flux sédimentaires des vallées intra-montagnardes (Spessart, Allemagne)] ; Quaternaire, vol 15, n°1-2, p. 219 à 231. voir notamment p.219 & figure 2.1
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]