Bande dessinée québécoise

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La bande dessinée québécoise, communément appelée « BDQ » (ou encore « BDK » dans la décennie 1970[1]), désigne généralement la bande dessinée créée par un ou des Québécois, éditée par une maison d'édition québécoise, distribuée et vendue au Québec. Toutefois, de nombreux bédéistes québécois publient aussi à l'étranger.

Malgré le petit marché francophone d'Amérique du Nord, elle réussit progressivement à se tailler une place au sein du milieu de la bande dessinée mondiale.[réf. nécessaire]

Histoire de la BDQ[modifier | modifier le code]

Des débuts prometteurs[modifier | modifier le code]

Il n’y a pas de réel consensus qui fixe une date précise en ce qui a trait à l’apparition de la première bd au Québec. On peut toutefois avancer sans se compromettre qu’entre 1878 et 1884, Henri Julien publie deux albums de caricatures à saveur politique, L’album drolatique du journal Le Farceur, dans lequel images et textes font très bon ménage. C’est un premier pas vers la narration imagée, mais ce n’est pas encore réellement de la BD.

Un autre fait dont nous sommes certains est que, comme pour les caricatures d’Henri Julien, la bd québécoise, évidemment aidée par la démocratisation de la linotypie et de la photogravure, fait ses premiers pas dans les journaux populaires de la province. On peut donc situer les premières publications de « comic strips » dès le début du XXe siècle dans Le Canard, La Presse et La Patrie. Dès l’an 1900 d’ailleurs, un dénommé Morissette publie Petit chien sauvage et savant, un récit sans parole ni case qui pourrait bien constituer la première narration imagée professionnelle du Québec. À partir de cette date, plusieurs dessinateurs et auteurs seront engagés par les grands journaux de Montréal et Québec. Parmi les plus marquants, on peut retenir Julien bien sûr, mais aussi Raoul Barré (Pour un dîner de Noël), Joseph Charlebois (Les aventures de Ladébauche) et Albéric Bourgeois (Les aventures de Timothée). Les journaux se rendent rapidement compte que ce genre de divertissement attire la population par son humour, mais aussi par sa faculté à mettre en scène des récits plus complexes qu’avec la caricature.

Ces premières BDQ sont considérées comme étant « [...]un reflet beaucoup plus fidèle et représentatif de la société québécoise [...] que les autres formes littéraires de la même époque[2]. »

Les années sombres[modifier | modifier le code]

Le grand drame de la bande dessinée québécoise commence dès son apparition : le fait que les journaux qui la publie soient toujours à la recherche du plus faible coût de publication possible pour maximiser leurs profits les amènent à se tourner très rapidement (dès 1909) vers les « comic strips » américains, dont les auteurs viennent de se regrouper en syndicats de distribution (appelés « Syndicates »), offrant des prix si compétitifs aux quotidiens québécois que ceux-ci délaissent les auteurs locaux, devenus trop chers et désavantagés comparés à leurs voisins du Sud.

Il est à noter que plusieurs auteurs québécois de bande dessinée ont offert, au fil des décennies, leurs services à ces fameux « Syndicates », sans succès, ceux-ci pratiquant une forme de protectionnisme bien dans la tradition américaine.

Une reprise sous la houlette religieuse[modifier | modifier le code]

Après une période sombre de dix ans, on peut constater une reprise massive du genre par le clergé. En 1919, la Société Saint-Jean-Baptiste publie deux séries de neuf Contes historiques, commises entre autres par le chanoine Lionel Groulx, Laure Conan et Thomas Chapais. Il va sans dire que ces bandes dessinées, d’obédience catholique, ne constituent pas une révolution au point de vue de la forme ou du genre, mais cette prise en charge par le clergé nous montre bien à quel point la bande dessinée s’avère être un média très efficace pour informer ou divertir les Québécois et Québécoises qui sont pour la plupart peu scolarisés à cette époque.

C’est ainsi que des groupes catholiques comme la JEC (qui fonde les revues François et Claire), l’association catholique des voyageurs de commerce de Trois-Rivières et surtout la maison d'édition Fides, qui entretient des liens étroits avec l’Église, se lancent dans l’aventure de la bande dessinée.

Il faut toutefois souligner une exception notable à cette reprise de la BD par les religieux : Albert Chartier crée en 1943 pour le Bulletin des Agriculteurs, en pleine « crise de la BD québécoise », le personnage humoristique Onésime, dont la publication des bandes surmonte l’adversité et survit malgré tout jusque dans les années 1990.

La maison d’édition Fides publient d’ailleurs, en 1944, une traduction du « comic » Timeless Topix créé par la Catechetical Guild Educational Society, qui sera plus tard rebaptisé Hérauts. le premier numéro du magazine est tiré à 100 000 exemplaires et est distribué dans les écoles de la province. Le contenu de bandes dessinées est de 100 % avant 1947, mais passe par la suite à 40 %… On ne peut toutefois pas considérer la BD présentée dans cette revue comme étant québécoise, étant donné que la majorité du contenu est américain. Il faudra attendre les années cinquante pour y voir apparaître des planches québécoises, mais au contenu toujours aussi religieux. En vedette : Le frère André, de Gagnier et Plamondon. Pendant ce temps, aux États-Unis, Charles Schulz crée la série Peanuts avec le personnage Snoopy… La Sainte Trinité que constituent François, Claire et Hérauts disparaît progressivement entre 1964 et 1965. Le conservatisme a moins la cote, la révolution tranquille est en cours et les années 1970 sont proches…

Le « printemps » de la bande dessinée québécoise[modifier | modifier le code]

C'est en 1968 qu'on assiste aux tout premiers soubresauts de ce que l'on a surnommé le « printemps de la BD québécoise », avec la création du groupe Chiendent, un collectif d’auteurs qui publie quelques planches dans La Presse et Dimanche-Magazine. Suite à cette ouverture du marché et à l’apparition de la photocopieuse, une pléthore de petits fascicules brochés au contenu souvent subversif et engagé voit le jour : c’est la naissance du fanzine québécois ! La majorité des projets n'ont, en moyenne, qu'une durée de vie de deux ans, faute de financement et d’un réseau de distribution capable de faire face à l’importance de l'étendue du territoire. Il est toutefois important de souligner que parmi eux, on retrouve L'Hydrocéphale illustré (1971-1972), publié par un certain Jacques Hurtubise

Suite à l’échec commercial des fanzines, les auteurs décident de se regrouper. C'est ainsi qu'est créé L'Hydrocéphale entêté, qui associe la bande de Jacques Hurtubise à plusieurs autres auteurs ayant participé à la première vague de publication de fanzines. Cette organisation crée une revue intitulée L’Illustré, un « comic book » (Les aventures du Capitaine Kébec), réalise des expositions à Montréal et à l’étranger, et fonde son propre « syndicate » : la coopérative Les Petits Dessins. Celle-ci ne réussit par contre qu’à publier six strips journaliers dans le quotidien Le Jour pendant moins d’un an. Les grands « Syndicates » américains font toujours la vie dure aux auteurs du Québec.

En 1974, la revue L'Écran est créée à Sherbrooke, dirigée par Daniel Racine, Denis Bachand, Léo Brodeur ainsi qu' André Carpentier, Jacques Samson et Richard Langlois à titre de principaux collaborateurs, tandis que dans la région de Québec c’est le magazine Plouf (Saint-Jean, Île d’Orléans), sous la houlette de Mario Malouin, et le magazine Patrimoine avec Louis Rémillard et André-Philippe Côté (qui signe alors André Côté).

L'humour comme bouée de sauvetage[modifier | modifier le code]

L’année 1979 est marquée par le phénomène Croc, revue mensuelle de satire sociale parrainée une fois de plus par Jacques Hurtubise. Cette fois-ci par contre, l’aventure s'avère être un succès populaire et commercial. Le magazine Croc publie 189 numéros de 1979 à 1995 qui touchent entre 70 000 et 90 000 lecteurs à chaque parution. Toutefois, Croc n’est pas exclusivement réservé à la bd, s'appuyant pour une grande partie de ses pages sur des textes humoristiques. Hurtubise tente donc, en 1983, de renverser la vapeur en lançant Titanic, une revue mensuelle de grande qualité consacrée totalement au neuvième art. Un an plus tard, Titanic coule, à bout de ressources, malgré un lectorat d’environ 17 000 personnes.

Malgré l'interruption de Titanic, la scène québécoise reste très dynamique. Un grand nombre d’associations se forment dans les années 1980, regroupant professionnels et intervenants désireux de faire la promotion de la bande dessinée québécoise : BD Estrie à Sherbrooke, la Société des créateurs et amis de la bande dessinée (ScaBD) à Québec et l’Association des créateurs et intervenants en bande dessinée (ACIBD) à Montréal. Notons cependant que L'ACIBD et la SCABD ne se voulaient pas des associations régionales, mais nationales représentant chacune de façon différentes les divers intervenants. On doit à l'ACIBD le dépôt d’un mémoire en commission parlementaire sur la situation de la bd québécoise. Les premières maisons d’éditions dites « sérieuses » voient d’ailleurs le jour à cette époque : les éditions Ovale, les Éditions du Phylactère et Kami-Case qui publient des auteurs comme Claude Cloutier, Rémy Simard, Garnotte, Caroline Merola, Luc Giard, Luis Neves, Éric Godin, Louis Rémillard, Marc Pageau, Éric Thériault, Benoît Joly et Pierre Drysdale.

Le succès de Croc fait des petits. Bien sûr, plusieurs autres projets ont vu le jour l’histoire de deux ou trois ans, mais on retient plus particulièrement l’apparition en 1987 de la revue Safarir, qui marque en quelque sorte le début de la fin de Croc, en misant davantage sur le public jeune et sur un humour un peu plus bon enfant, moins politisé. Toutefois, les phénomènes Croc et Safarir n’ont pas fait que du bien à la bande dessinée québécoise. Ils constituent, en effet, l’argument principal pour légitimer l’opinion, qui était fondée à l'époque mais très réductrice, selon laquelle il n’y aurait que la BD d’humour qui pourrait être rentable au Québec…

On ne peut non plus passer à côté de l’heureuse initiative de l’agence Science-Presse, qui lance en 1982 le magazine jeunesse Je me petit débrouille, qui devient en 1992 Les Débrouillards. Il permet à des dessinateurs tels que Jacques Goldstyn et Jean-Paul Eid d’y faire leurs armes.

Le monde de la science-fiction met aussi l'épaule à la roue, puisque le magazine Solaris ouvre ses pages à la publication de bandes dessinées de 1981 à 2000 et crée le Prix Solaris, qui récompensera le talent de plusieurs auteurs québécois au fil des années, dont André-Philippe Côté, Jean-François Bergeron, Pierre-Yves Clerson, Benoît Joly, Marc Pageau, Robert Julien, Laurine Spehner, Christian Vadeboncoeur et Éric Lacasse.

Le marché se développe lentement[modifier | modifier le code]

Les années 1990 sont un point marquant dans l’histoire de la bd québécoise. En effet, on constate un regain d’énergie du côté des fanzines, qui sont toutefois beaucoup moins politisés que dans les années 1970. De plus, un bon nombre de maisons d’édition généralistes, toujours actives aujourd’hui, sont créées tout au long de cette décennie. Ainsi, en 1989, les éditions Mille-Îles, qui deviennent Les 400 coups en 1994, se lancent dans la bd grand public et publient un nombre important de bd de qualité comme La Mare au diable, de VoRo, Théogonie, de Dominique Desbiens et Gilles Laporte ou Le naufragé de Mémoria, de Jean-Paul Eid. Les 400 coups deviennent, entre autres, partenaire des Éditions du Phylactère et créent la collection Zone Convective en 1996, qui flirte avec la bd underground.

Les Éditions Falardeau, les éditions Soulières et La Pastèque sont aussi lancées, respectivement en 1993, 1996 et 1998. La Pastèque se lance dans l’aventure en publiant Spoutnik, premier périodique « mondialisé » québécois, qui réunit des auteurs français et québécois. Depuis, La Pastèque a pris un espace considérable dans l’arène grâce à Paul, personnage du graphiste Michel Rabagliati. Soulières, dont la ligne éditoriale est principalement vouée à la littérature jeunesse, ne publie que des projets « coup de cœur », comme Le jour à Wentworth, des auteurs Jean-Marc Saint-Denis et Olivier Morissette. Plusieurs albums d'André-Philippe Côté sont publiés chez Falardeau, notamment ceux de son personnage Baptiste, l'homme qui vit dans une poubelle. Falardeau cesse ses activités en 1998.

Il convient de souligner la création, en 1995, du site internet BD Québec, une initiative de Michel Pleau qui s'enrichira au fil des années, au point de devenir une référence obligée des visiteurs intéressés par ce qui se produit dans le domaine au Québec.

Les années 2000 et l'explosion Internet[modifier | modifier le code]

Le tournant du siècle voit l'arrivée d'une toute nouvelle voie de distribution, Internet, qui permet aux auteurs québécois d'exposer leurs œuvres de manière plus globale sans pour autant être édités sur papier. Plusieurs auteurs se créent un site, tandis que d'autres se lancent dans l'aventure de la publication en ligne (le phénomène « webcomic »).

Jimmy Beaulieu (lauréat du prix Bedeis Causa en 2008), auteur québécois et membre du collectif Mécanique générale, devient directeur des différentes collections de bande-dessinées des 400 Coups en 2002. Ils deviennent donc, avec La Pastèque, le plus gros producteur de bandes dessinées du Québec aujourd'hui. Beaulieu met toutes les énergies dans la collection Mécanique Générale. Beaulieu quitte son poste de directeur en 2009 et est remplacé par Michel Viau.

La bd québécoise est aussi de plus en plus présente sur le marché français avec des auteurs comme Thierry Labrosse, VoRo, Lamontagne, Denis Rodier, Gabriel Morrissette, Marc Delafontaine (Delaf), Maryse Dubuc ou Yves Rodier.

Éditeurs de BDQ[modifier | modifier le code]

Périodiques[modifier | modifier le code]

Magazines[modifier | modifier le code]

Fanzines[modifier | modifier le code]

Festivals et salons de BD au Québec[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Carpentier A. et al., La Bande dessinée kébécoise, La barre du jour, 1975
  2. Viau M., Grande presse et petits bonhommes, la naissance de la BDQ, in Formule Un, Mécanique Générale, 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]