Bande dessinée alternative

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La bande dessinée alternative, dite aussi bande dessinée indépendante est un courant de la bande dessinée. Aux États-Unis elle apparaît au début des années 1980 faisant suite au courant underground de la fin des années 1960 - début des années 1970. Ses emblèmes sont des auteurs américains tels Robert Crumb, Gilbert Shelton, Art Spiegelman ou plus récemment Daniel Clowes, Craig Thompson et Chris Ware. Dans l'espace européen francophone elle se développe notamment dans les années 1990, grâce à des structures comme l'Association, avec Lewis Trondheim, Jean-Christophe Menu, David B., Stanislas, Mattt Konture, Killofer et Mokeït.

Définition[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, la bande dessinée alternative se définit à l'origine par l'opposition aux éditeurs de comics de super-héros et aux éditeurs dits mainstream. Les publications se différencient sur la forme : cela peut être en noir et blanc du fait des coûts de fabrication moindres ou à la pagination libre sortant du traditionnel 48 pages (48 CC) mais également des tailles d'ouvrage variées[T 1]. Sur le fond les histoires peuvent être intimistes, autobiographiques ou encore muettes, de manière générale plutôt destinées à un public adulte. La différence entre underground et alternative est historique avec des comics underground des années 1960 au milieu des années 1970 et une scène alternative qui prendrait sa place des années 1980 à nos jours[L 1].

Dans le monde de la bande dessinée européenne francophone, on tend à différencier la bande dessinée underground qui représenterait plus le monde du fanzine de bande dessinée (small press, bdzine, graphzine, one-man-zine...) et la bande dessinée alternative qui serait plus de la "micro-édition (...) entre l'édition artisanale et le fanzine de luxe"[1]. Depuis 2003, l'organisation du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême a décidé de séparer les deux thématiques et de les placer dans deux endroits différents.

Glénat a commencé par le fanzinat et est toujours indépendant tout comme Delcourt et Soleil Productions mais ces éditeurs ne sont pourtant pas dits indépendants. Des éditeurs comme Treize étrange, Emmanuel Proust, Akileos sont parfois classés en indépendants alors qu'il appartiennent à des grands groupes. D'où le choix des termes alternatif / underground préféré au terme indépendant.

Histoire[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis dans le milieu des années 1970, la bande dessinée underground connaît une crise. Les ventes s'effondrent et le message général contre les valeurs en place s'essouffle en même temps que les revendications politiques de la jeunesse des années 1960 s'effacent[B 1]. Heureusement, les auteurs et les éditeurs qui veulent diffuser des œuvres personnelles, éloignées des exigences du système et des codes mainstream trouvent un nouveau moyen pour toucher leurs lecteurs potentiels grâce à l'apparition des magasins spécialisés dans la vente de comics[L 1]. C'est le cas de Dave Sim qui à partir de décembre 1977 commence à publier sa série Cerebus the Aardvark. Commencée comme une parodie du comic book Conan de Roy Thomas et Barry Windsor-Smith édité par Marvel Comics, la série est aussi une tribune pour l'auteur qui peut exposer ses opinions souvent hétérodoxes sur les comics, les femmes et la réalité d'une manière générale][T 2]. De même en 1978 Wendy et Richard Pini commencent la publication d'Elfquest[T 3].

L'essor de la bande dessinée alternative démarre avec des magazines comme RAW dirigée par Françoise Mouly et Art Spiegelman (qui à partir du deuxième numéro y fait paraître sa série Maus). Le magazine est publié en deux séries de 1980 à 1991 avec notamment des auteurs européens et japonais. On trouve également le magazine Weirdo, initié par Robert Crumb, figure emblématique de la bande dessinée underground, et repris par Peter Bagge. Ce magazine est publié par Last Gasp de 1981 à 1993.

Le travail des éditeurs indépendants est, en effet, aussi important comme celui de Fantagraphics Books qui, après avoir lancé The Comics Journal, édite de jeunes auteurs tels que Dan Clowes ou Chris Ware[2], Drawn and Quarterly avec Seth ou Chester Brown, etc[3].

Différentes formes d'indépendance[modifier | modifier le code]

Rôle des fanzines[modifier | modifier le code]

Les fanzines sont un mode d'expression privilégié des auteurs de bande dessinée indépendants[réf. nécessaire].

Auto-édition[modifier | modifier le code]

L'auto-édition consiste pour un auteur à s'affranchir d'un éditeur et publier lui-même ses productions. Cela reste souvent artisanal, l'auteur assurant les travaux d'impression, découpage et reliure de ses albums.

Les maisons d'éditions alternatives[modifier | modifier le code]

Il existe cependant des auteurs de bande dessinée indépendante qui, sans s'auto-éditer, passe par des maisons d'éditions indépendantes des grands éditeurs. Les éditeurs de ce type de bande dessinée étant souvent financièrement fragiles et les ventes confidentielles comparées aux éditeurs traditionnels, les tirages sont plus faibles et des difficultés de distribution peuvent limiter la diffusion de ces publications.

Éditeurs francophones[modifier | modifier le code]

Ses premiers acteurs franco-belges, comme Artéfact, Futuropolis, L'Association, Frémok, Ego comme x, Cornélius ou bien Les Requins Marteaux ont permis un renouvellement de la bande dessinée qui a conduit de nombreux grands éditeurs à imiter leurs méthodes et à publier nombre de leurs auteurs.

Éditeurs américains[modifier | modifier le code]

Voici une liste non exhaustive d'éditeurs de bande dessinée alternative :

Diffusion de la bande dessinée alternative[modifier | modifier le code]

La bande dessinée alternative peut être diffusée par des distributeurs permettant d'en trouver dans la majorité des librairies spécialisées. Les festivals de bande dessinée sont un autre mode de diffusion.

Économie de la bande dessinée alternative[modifier | modifier le code]

Part de nouveautés édités chez les éditeurs alternatifs depuis 2000[4]

Année Pourcentage
2007 18 %
2006 15 %
2005 17 %
2004 16 %
2003 17 %
2002 18 %
2001 19 %
2000 20 %

Publications moyennes mensuelles en 2007 [4]: 51 avec un pic en novembre (96)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. p. 650
  1. a et b p. 85-87
  1. p. 14
  2. p. 66
  3. p. 65

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. Le Lézard n°4-5, Juillet 1991
  2. *(en) Chris Ryall et Scott Tipton, Comic Books 101 : The History, Methods and Madness, Impact,‎ 2009, 288 p. (ISBN 9781600611872, lire en ligne)
  3. * (en) Jean-Paul Gabilliet, Of Comics and Men : A Cultural History of American Comic Books, University Press of Mississippi,‎ 2010, 390 p. (ISBN 1604732679, lire en ligne), p. 107
  4. a et b 2007 : Diversité et Vitalité, Une Année de Bandes Dessinées sur le territoire francophone européen, Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) M. Keith Booker, Encyclopedia of Comic Books and Graphic Novels, ABC-Clio,‎ 2010, 763 p. (ISBN 978-0-313-35746-6, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Emma Tinker, Identity and Form in Alternative Comics : 1967-2007,‎ 2008, 292 p. (lire en ligne)
  • (en) Paul Lopes, Demanding Respect : The Evolution of the American Comic Book, Temple University Press,‎ 2009, 260 p. (ISBN 9781592134434, lire en ligne), p. 85-87Document utilisé pour la rédaction de l’article

Documentation[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]