Bande des Quatre

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La Bande des Quatre (chinois simplifié : 四人帮 ; chinois traditionnel : 四人幫 ; pinyin : Sì rén bāng) est le nom d'un groupe de dirigeants chinois qui furent arrêtés et démis de leurs fonctions en 1976, peu de temps après la mort de Mao Zedong. On les accusait d'être les instigateurs de la Révolution culturelle, qui fit de nombreuses victimes et plongea la Chine dans le chaos de 1966 à 1969.

La défaite politique de ce groupe et sa mise à l'écart brutale du pouvoir marqua la fin définitive de la Révolution culturelle et l'échec des maoïstes qui la soutenaient au sein du Parti communiste chinois dans la lutte pour la succession du Grand Timonier.

Membres[modifier | modifier le code]

La femme de Mao, Jiang Qing, appartenait à ce groupe, avec trois de ses proches, Zhang Chunqiao (membre du comité permanent du Bureau politique), Yao Wenyuan (membre du Comité central), et Wang Hongwen (vice-président du Parti)[1]. Deux autres personnalités du Parti, Kang Sheng et Xie Fuzhi, qui sont morts avant 1976, furent accusés d'avoir participé à l'activité de cette « bande ».

Implication de Mao Zedong[modifier | modifier le code]

Le sinologue Simon Leys évoque la « bande des cinq » car il considérait que Mao Zedong appartenait à cette faction[2].

La sinologue Marie-Claire Bergère indique que cette faction radicale tient son pouvoir de la « faveur personnelle de Mao Zedong vieillissant »[3]. Mao Yushi, auteur de rapports très critiques envers Mao Zedong, écrit « Le chef de la bande des Quatre, le meneur de ce désastre national était bel et bien au donjon de Tian’anmen »[4].

Objectifs et arrestation[modifier | modifier le code]

Alors qu'il avait lui-même lancé la Révolution culturelle, Mao avait été contraint de la réprimer brutalement dès 1969 pour en reprendre le contrôle.

Lors du 10e Politburo du Parti communiste chinois en 1973, la « Bande des Quatre » est promue aux postes principaux. Ses membres interviennent « contre le rétablissement du capitalisme sous toutes ses formes ». Pour critiquer l'action de Zhou Enlai et Deng Xiaoping, la bande des Quatre utilise même le roman Au bord de l'eau, datant du XVIe siècle et mettant en scène les aventures de bandits d'honneur aux prises avec les mandarins locaux[5].

À partir de l'arrestation de la Bande des Quatre, la propagande aux mains des nouveaux maîtres de la Chine proclama que Mao Zedong n'approuvait plus leur action quelque temps avant sa mort. La Bande aurait alors essayé de prendre le pouvoir.

Des années après les événements, il est difficile de savoir précisément ce qui s'est passé juste après la mort de Mao. Lin Biao avait aussi été accusé en 1971 d'avoir voulu s'emparer du pouvoir, sans que l'on sache aujourd'hui s'il s'agissait d'un prétexte pour l'éliminer ou si une tentative avait bien eu lieu. Il est certain que l'influence des radicaux avant la mort de Mao avait beaucoup décliné, car en janvier 1976, à la mort de Zhou Enlai, Premier ministre de la République populaire, c'était Hua Guofeng, un quasi-inconnu, qui lui avait succédé. Il est certain aussi que Jiang Qing, la femme de Mao et chef de file des radicaux, a tout fait pour s'emparer du pouvoir qu'elle considérait comme lui revenant. Leur tentative fit long feu face au front commun des maoïstes modérés (auxquels appartenait le Premier ministre Hua Guofeng) et des pragmatiques (emmenés par Deng Xiaoping) qui étaient prêts à tout pour éviter un retour aux excès des années précédentes qui avaient mené la Chine au bord du gouffre.

Mao mort le 9 septembre 1976, la « Bande » est arrêtée dès le 6 octobre[3]. D'autres partisans des Quatre comme Chi Qun et Xie Jingyi sont arrétés peu après[6]. Dans les grandes villes, la défaite des partisans de la « bande des Quatre » est rapide et les rétorsions réduites. Ainsi, à Shangai, « 1 500 personnes auraient été appréhendées » ce qui est relativement faible pour cette métropole, base du pouvoir maoïste. De même des arrestations s'opèrent dans les universités de Pékin. L'armée doit intervenir exceptionnellement dans le Jiangxi et la région de Baoding dans le Hebei[7].

Soutien[modifier | modifier le code]

En France, en novembre 1976, quelques intellectuels dont Maria-Antonietta Macciocchi, Philippe Sollers et Pierre Halbwachs signent un texte, publié dans le journal Le Monde, critiquant la nouvelle ligne chinoise menée par Deng Xiaoping et soutenant Jiang Qing, arrétée dans la nuit du 6 au 7 octobre, leader de la Bande des Quatre[8].

Le procès de Pékin[modifier | modifier le code]

Les membres de la Bande des Quatre ont été exclus à vie du Parti en juillet 1977. Ils ont été jugés en novembre 1980, avec six autres personnes : cinq hauts officiers proches de Lin Biao, dont Li Zuopeng, Wu Faxian, Qiu Huizuo et Huang Yongsheng, qui l'avaient aidé dans sa montée au pouvoir en 1971, et Chen Boda, secrétaire de Mao et promoteur de la Révolution culturelle.

Les accusés comparaissent devant 35 juges et 880 représentants du Peuple, tous des cadres du Parti communiste[9]. Le procès fut diffusé à la télévision. L'acte d'accusation précisait qu'ils étaient accusés d'être directement responsables de la persécution de « 729 511 personnes » et de la mort de 34 800 d'entre elles pendant la Révolution culturelle. Zhang Chunqiao garda le silence pendant tout le procès, alors que Jiang Qing fit montre de toute sa colère. Tous deux furent condamnés à mort avec un sursis de deux ans leur permettant de se repentir. Les autres furent condamnés à des peines de prison[10].

Sur ordre du Parti communiste, l'avocat Zhang Sizhi assure la coordination de la défense de la Bande des Quatre et des généraux de Lin Biao[11].

Ils servirent de boucs émissaires au régime entier. Pendant le procès sont mises en avant les « erreurs » de quelques leaders, ce qui permet de dénoncer la ligne politique des partisans de la révolution culturelle, puis d'effectuer un recentrage politique, et ce sans remettre en question l'héritage essentiel de Mao Zedong, ni la légitimité historique du Parti communiste chinois[12],[13].

Épilogue[modifier | modifier le code]

Après le procès, les condamnés furent placés dans la prison de Qincheng, prison spécifique qui accueille notamment les membres déchus du Parti communiste dans des conditions privilègiées [14].

La femme de Mao Zedong s'est pendue dans sa cellule en 1991. Wang Hongwen est mort de maladie en prison en 1992, Zhang Chunqiao en avril 2005 des suites d'un cancer. Enfin Yao Wenyuan est décédé le 23 décembre 2005 des complications d'un diabète[15].

Chen Boda, condamné à 18 ans de prison, est libéré pour raison de santé et décède en 1989.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bande des Quatre, Encyclopédie Larousse
  2. Claude Hudelot, Simon Leys, pourfendeur clairvoyant de Mao et du maoïsme 11 août 2014
  3. a et b Marie-Claire Bergère La République populaire de Chine de 1949 à nos jours Paris, Armand Colin, Page 160.
  4. Ming Pao, MAO Yushi : Mao Zedong tel qu'il a été Institut Ricci ; Le coin des penseurs, février 2012
  5. Jean-Pierre Duteil, La République populaire de Chine, de 1949 à nos jours Le monde de Clio, mai 2004.
  6. Jean-Luc Domenach Mao, sa cour et ses complots. Derrière les Murs rouges, p. 462.
  7. Jean-Luc Domenach, Chine : L'archipel oublié, Paris, Fayard, page 329.
  8. Christophe Bourseiller, Les Maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, 1996, page 411.
  9. Pascale Nivelle, La clique maléfique Libération, 1 août 2011
  10. 6 octobre 1976 Arrestation en Chine des membres de la « bande des quatre », Site de l'Université de Sherbrooke au Québec
  11. Bout Judith, L'invention de la défense en Chine, Retour sur le procès de la Bande des quatre, in La Vie des idées, le 20 novembre 2012.
  12. Wojtek Zafanolli, La signification politique du procès de Pékin
  13. Jean-Pierre CabestanLa juridiction d'exception du procès de la bande des quatre
  14. Régis Soubrouillard, Chine : la prison « 5 étoiles » des cadres du Parti Marianne, 25 octobre 2013
  15. Mort du dernier de la bande des Quatre Libération, 7 janvier 2006