Bal des ardents

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Le Bal des ardents, illustré avant 1483 à Bruges[1]

Le Bal des ardents désigne un charivari (aussi appelé momerie), organisé par le roi français Charles VI le 28 janvier 1393, qui tourna à la tragédie et provoqua la mort de quatre compagnons du roi. Déjà très fragile mentalement, le monarque sombre définitivement dans la folie après cet épisode.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le 28 janvier 1393, Charles VI organise un bal à l'hôtel Saint-Pol[2], demeure royale située à Paris sur le bord de la Seine (actuel quai des Célestins) ou selon d'autres sources à l'hôtel de la Reine-Blanche[3] situé près des Gobelins (actuelle rue de la Reine-Blanche), pour les noces d'une demoiselle d'honneur de la reine Isabeau de Bavière, Catherine l'Allemande, veuve du sire de Hainceville. La dame se marie pour la troisième fois avec un homme choisi par la reine. À l'occasion d'un remariage comme dans le cas de Catherine l'Allemande, il est de coutume d'organiser un charivari.

La journée se déroule gaiement en fêtes et en banquets. Toute la cour a été invitée aux festivités qui se poursuivent le soir par un bal organisé à l'Hôtel Saint-Pol. Après la présentation des musiciens, ceux-ci commencent à jouer. Les convives se mettent à danser au son des trompettes, des flûtes et des chalumeaux (petit instrument à vent ancêtre de la clarinette) et d'autres instruments de musique. Ainsi débute le charivari.

Sur une idée de Charles VI et de Hugues de Guisay, le roi et quatre autres de ses compagnons (Milon, comte de Joigny, Yvain de Foix, Ogier de Nantouillet et Aymard de Poitiers) décident d'animer la fête en se déguisant en « sauvages ». Ils s'enduisent de poix recouverte de plumes et de poils d'étoupe avant de se lier les uns aux autres au moyen de chaînes. Seul le roi n'est pas attaché, ce qui lui sauvera sans doute la vie.

La noce bat son plein jusqu'au milieu de la nuit, lorsque les lumières s'éteignent et que les cinq sauvages se glissent au milieu des invités, gestuelles et cris à l'appui (danse de la sarrasine). D'abord surpris, les invités se prennent au jeu. Mais arrivent bientôt le duc d'Orléans, frère du roi, et son oncle le duc de Berry, qui ont déjà passé une partie de la soirée dans une taverne.

Intrigué par les danses de ces étranges sauvages, le frère du roi s'empare d'une torche pour mieux voir qui se cache sous les masques. Mais le duc d'Orléans s'approche trop près des déguisements et les costumes prennent feu immédiatement alors que les fêtards ne peuvent se dépêtrer à cause des chaînes.

Le roi ne doit son salut qu'à la présence d'esprit de sa tante Jeanne de Boulogne, duchesse de Berry, alors âgée de 14 ans, qui l'enveloppe immédiatement de sa robe et de ses jupons pour étouffer les flammes. Le sire Ogier de Nantouillet réussit à se libérer de sa chaîne et se jette dans un cuvier où se rinçaient les hanaps. Yvain de Foix, quant à lui, tente d'atteindre la porte où deux valets l'attendent avec un linge mouillé. Mais transformé en torche vivante, il n'y parvient pas. Les autres compagnons brûlent pendant une demi-heure sous les yeux impuissants du roi. Ils mourront l'un après l'autre après trois jours d'une terrible agonie.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le Bal des ardents. Miniature attribuée à Philippe de Mazerolles, tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart. British Library, Harley 4380, f.1

Le lendemain, la nouvelle fait le tour de Paris et la foule se dresse devant l'hôtel Saint-Pol, où réside le roi. Les gens ne comprennent pas que l'on ait permis à ce roi, à l'esprit déjà fragile, une telle mascarade. La rumeur veut en outre que ce soit après avoir aperçu un sauvage l'année précédente que le roi eut son premier coup de folie (au cours duquel il tua quatre de ses compagnons).

Quelques jours après le drame, très choqué, Charles VI publie une ordonnance par laquelle il confie la régence à « son cher et très aimé frère Louis duc d'Orléans, comte de Valois et de Beaumont, tant pour le bien, sens et vaillance de lui comme pour la très singulière, parfaite loyale et vraie amour qu'il a toujours eue à nous et à nos enfants ». Mais le duc d'Orléans étant jugé trop jeune, la régence échoit à ses oncles les ducs Jean de Berry et Philippe le Hardi. Charles VI n'a pas encore vingt-cinq ans et, comme le remarque le connétable de Clisson, il y a alors trois rois en France.

L'hôtel sera quant à lui démoli[3] sur ordre du roi et la rue de la Reine-Blanche ouverte en sa place. Il sera reconstruit plus tard à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe sous le nom du château de la Reine-Blanche situé entre les actuelles rues Berbier-du-Mets et Gustave-Geffroy. Il sera alors occupé par la famille Gobelin qui établira à proximité la Manufacture des Gobelins.

Remarques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7615&CollID=16&NStart=180502
  2. Gilles Roussineau, Perceforest, Librairie Droz, 2007, p. 
  3. a et b Félix et Louis Clément Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, éditions F. Lazare, 1844, p. 586

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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