Baiser amoureux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Baiser avec la langue)
Aller à : navigation, rechercher

Un baiser amoureux ou baiser avec la langue ou baiser profond (désigné au XIXe siècle sous le terme de « baiser florentin » et actuellement connu sous le terme de « French kiss ») est un baiser érotique ou sexuel dans lequel la langue d'un des deux partenaires touche les lèvres, la langue, ou entre dans la bouche de l'autre. Chez l'être humain, au niveau neurobiologique, le baiser sexuel est une activité érotique réalisée pour obtenir des récompenses cérébrales provoquées par la stimulation des zones érogènes.

Baiser érotique[modifier | modifier le code]

Le baiser avec la langue est une activité érotique hautement valorisée dans les sociétés occidentales, à tel point que le baiser est la seule activité sexuelle qui peut être pratiquée en public. Le baiser est même fréquemment diffusé dans les médias et reproduit sous diverses formes artistiques (cf. entre autres le « Baiser » de Rodin ou le « Psyché …» de Canova, ci-contre).

Le baiser lingual est souvent le premier échange physique intime entre deux partenaires. Dans la culture occidentale, il est un préliminaire généralement réalisé avant les activités génitales. Le baiser consiste en une exploration partagée et variée des lèvres, de la langue et de la bouche tout entière, avec de simples contacts ou des mordillements, accompagnés ou non de mouvements de la langue. La proximité des visages et des regards échangés favorise les émotions chaleureuses entre les partenaires[1].

Ethologie[modifier | modifier le code]

Le baiser lingual érotique est observé chez les hominidés. Mais c'est une activité qui est surtout pratiquée par les juvéniles (équivalent aux préadolescents chez les humains) et qui est moins fréquente que les activités génitales (seulement 6 % des activés sexuelles quotidiennes observées au zoo de San Diego, avec une fréquence moyenne d'une fois toute les 4 heures[2]).

Les mammifères, à part les hominidés, ne se stimulent pas sexuellement la bouche et la langue. Le léchage réciproque parfois observé chez certains mammifères, et qui semble être équivalent au baiser humain, est provoqué par les phéromones. Mais les mammifères non-hominidés ne mettent pas leur langue dans la bouche du partenaire, et ils ne recherchent pas des récompenses érotiques. La fonction du léchage de la face, et aussi de la région ano-génitale, est de recueillir des phéromones qui sont des molécules transmettant des signaux permettant de contrôler les comportements[3]. Les molécules sont ensuite transmises de la bouche vers la cavité nasale à travers le canal nasopalatin, puis vers l’organe voméronasal. Mais chez l'être humain, le canal nasopalatin est obturé[4] et l’organe voméronasal n’est plus fonctionnel[5]. Le léchage réciproque des mammifères non-hominidés et le baiser lingual humain ne proviennent donc pas des mêmes contrôles neurobiologiques.

Ethnologie[modifier | modifier le code]

Chez homo sapiens, le baiser érotique avec la langue n’est pas une activité universelle. Il n’est pas pratiqué dans plusieurs sociétés (Adaman, Balinais, Chamorros, Chewas, Lepchas, Manus, Sirionos, Thongas, Tinguians). À la place du baiser, les Tinguians approchent les lèvres près de la figure de leur partenaire et inhalent soudainement. Ailleurs, les personnes sucent les lèvres et la langue du partenaire pour que la salive s’écoule d’une bouche à l’autre (Kwakiutl, Trobriandais, Alorais, Truckais). Chez les Lapps, le baiser est réalisé simultanément avec la bouche et le nez. Dans d'autres sociétés, on considère le baiser comme dégoûtant, car les fluides corporels sont souvent considérés comme contaminants, ou impurs ou répugnants. Quand les Thonga ont observé les premiers Occidentaux s'embrasser, ils ont eu des réactions de moqueries en disant que les Occidentaux mangeaient leurs saletés. Enfin, certaines sociétés expliquent que la bouche est « naturellement » prévue pour l’alimentation, et en fonction de cette analyse considèrent le baiser comme une activité sexuelle « anormale » et « contre-nature »[6],[7].

Neurobiologie[modifier | modifier le code]

Pour quelles raisons neurobiologiques l’être humain stimule-t-il sexuellement les extrémités du tube digestif ? Chez les mammifères, la fonction de la bouche, des dents, des glandes salivaires et de la langue est principalement alimentaire, et ces organes constituent la première partie du tube digestif. Le baiser n’a donc pas de fonction reproductrice, et surtout il n’existe pas de précablage cérébral inné pour le baiser, tel qu’il en existe par exemple pour la position sexuelle cruciale de la lordose[8].

En effet, quand on analyse les circuits neurobiologiques qui contrôlent la copulation hétérosexuelle (circuits moteurs de la lordose, circuits olfactifs du traitement des phéromones sexuelles, circuits de la motivation sexuelle), on remarque que le baiser ne joue aucun rôle fonctionnel. Il n’existe ainsi aucune raison biologique pour qu’il soit inclus dans le contrôle de la copulation[9].

Le baiser humain apparaît plutôt comme une activité essentiellement érotique. Les lèvres et la langue sont évaluées comme une zone très érogène, juste après la région génitale, tant par les femmes que par les hommes[10]. Il semblerait que l’érogénéité de la zone buccale provienne de son innervation dense et de sa forte capacité d’éveil cortical[11]. Par ordre de préférence, le baiser est une activité érotique préférée, qui vient juste après les activités érotiques stimulant le pénis et le clitoris[12]. En synthèse, l’organisation neuroanatomique fait que cette activité érotique est potentielle, et peut être apprise en fonction du contexte culturel.

Article connexe : Comportement érotique.

Par ailleurs, le baiser peut jouer des rôles indirects et/ou secondaires chez l'être humain. Le baiser permettrait l’échange d’informations génétiques ou phéromonales, la diminution de l’anxiété ou la formation de l’attachement. En effet, le baiser permet de réduire les niveaux de cortisol, l'hormone de stress et d'augmenter la production d'hormone de l'attachement, l'ocytocine[13]. Néanmoins la plupart de ces effets, comme la diminution de l’anxiété et la formation de l’attachement, ne sont pas spécifiques au baiser. Toutes les activités érotiques produisent apparemment des effets similaires. D'après le biologiste Thierry Lodé ce type de baiser, qui induit l'échange de salive, donne des informations sur le système immunitaire du partenaire et produirait un évitement des personnes qui ont une trop grande parenté génétique. En effet, d'un point de vue évolutif, le partenaire sexuel doit disposer d'un système immunitaire différent pour être attrayant et apporter la diversité génétique qui favorisera la santé de la progéniture[14]. L'identification des odeurs salivaires modifiée par le système immunitaire, permettrait de déclencher le désir, le consentement amoureux, et enfin l'acte sexuel proprement dit[15].

Maladies[modifier | modifier le code]

La plupart des maladies sexuellement transmissibles ne se transmettent pas par le baiser.

Néanmoins, un échange d'environ 250 types de bactéries et d'éventuels virus se produit, et il y a donc un risque de carie dentaire (risque pratiquement inexistant, l'endommagement de l'émail se faisant sur le long terme), de méningite, de mononucléose infectieuse ou d'herpès buccal qui peut, par la suite, se transmettre aux organes sexuels

Représentation médiatique et artistique[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

En anglais, on emploie l'expression French kiss[16] et en espagnol aussi Beso francés (« baiser français »)[17]. Il est fréquemment employé dans le cinéma pour exprimer le désir sexuel entre deux amoureux.[réf. souhaitée]

En musique[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Une émission de télé-réalité française, diffusée sur la chaîne NRJ12, et intitulée 'French Kiss', met en scène 5 candidats français se retrouvant à Miami, et dont le but du jeu est d'être élu meilleur 'French lover'. Au gré des épreuves, les candidats doivent accumuler les 'French kiss' dans tous les lieux possibles (plages, discothèques, rues, bars…). Les épreuves délivrent des immunités d'élimination, des conforts, des dollars (chaque French kiss crédite de 5$ US le candidat). Les dollars permettent de 'survivre' en ville (tant sur le plan de l'hygiène (dentifrice, savon, ...) que sur le plan alimentaire ou matériel) et donc d'augmenter ses chances d'arriver au bout de l'aventure.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Langis P., Germain B. La sexualité humaine. De Boeck, 2010
  2. (en) De Waal F.B.M. The communicative repertoire of captive bonobos (pan paniscus), compared to that of chimpanzees. Behaviour, 106(3-4):183-251, 1988
  3. (en) Keller M., Bakker J. Special issue (12 articles) : Pheromonal communication in higher vertebrates and its implication on reproductive function. Editorial. Behavioural Brain Research, 200(2):237-238, 2009
  4. (en) von Arx T., Bornstein M.M. Canal nasopalatin perméable. Une anomalie développementale rare et un piège diagnostique. Rev Mens Suisse Odontostomatol, 119(4):385-389, 2009
  5. (en) Nei M., Niimura Y., Nozawa M. The evolution of animal chemosensory receptor gene repertoires: roles of chance and necessity. Nat. Rev. Genet., 9(12):951-963, 2008
  6. (en) Ford C.S., Beach F.A. Patterns of sexual behavior. Eyre & Spottiswoode, London, 1952
  7. (fr) Malinowski B. La vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la mélanésie. Petite bibliothèque Payot, 1930, réédition, 1970
  8. (en) Kow L.M., Florea C., Schwanzel-Fukuda M., Devidze N., Kami K.H., Lee A., Zhou J., Maclaughlin D., Donahoe P., Pfaff D. Development of a sexually differentiated behavior [lordosis] and its underlying CNS arousal functions. Curr. Top. Dev. Biol., 79:37-59, 2007
  9. (fr) WUNSCH Serge, Comprendre les origines de la sexualité humaine. Neurosciences, éthologie, anthropologie. [PDF] L'Esprit du Temps, 2014.
  10. (en) Turnbull O.H., Lovett V.E., Chaldecott J., Lucas M.D. Reports of intimate touch: Erogenous zones and somatosensory cortical organization. Cortex, 2013
  11. (en) Schober J., Weil Z., Pfaff D. How generalized CNS arousal strengthens sexual arousal (and vice versa). Hormones and Behavior, 59(5):689-695, 2011
  12. (fr) WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [PDF] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.
  13. (en) Caroline Williams, 10 Mysteries of you: Kissing, sur le site newscientist.com
  14. Thierry Lodé, La biodiversité amoureuse, sexe et évolution, Eds Odile Jacob, Paris, 2011, page ?
  15. Thierry Lodé, La guerre des sexes chez les animaux, Eds Odile Jacob, Paris, 2007, page ?
  16. Le "French kiss" entre dans le dico, Courrier international
  17. (es) Besos. ¿Qué hay detrás?, El País

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :