Baise-moi (film)

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Baise-moi

Réalisation Virginie Despentes
Coralie Trinh Thi
Scénario Virginie Despentes
Coralie Trinh Thi
Acteurs principaux
Sociétés de production Canal+
Pan Européenne Production
Take One
Toute Première fois
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Road movie
Sortie 2000
Durée 77 min.

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Baise-moi est un film français réalisé par Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi et sorti en l'an 2000. Il est adapté du roman éponyme de Virginie Despentes.

La question de savoir s'il s'agit d'un film pornographique a fait l'objet de controverses dans plusieurs pays. À la suite de ce film, le décret du 12 juillet 2001 permet au ministère de la Culture français d'interdir un film aux moins de 18 ans sans toutefois l’inscrire sur la liste des films pornographiques ou d’incitation à la violence.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Nadine aime regarder des films pornographiques, se livre à la prostitution pour gagner sa vie et pour son plaisir, et a pour meilleur ami Francis, un toxicomane qu'elle aide à se fournir en subutex. Ce dernier se fait bientôt assassiner en pleine rue par des inconnus. Par ailleurs, le mode de vie de Nadine insupporte sa colocataire qui jacasse à longueur de journée. Un soir, elles en viennent aux mains et Nadine l'étrangle.

Manu, jeune Maghrébine à la langue bien pendue, a une vie qui la satisfait  : elle arrive à trouver à peu près tous les jours à étancher sa soif de foutre, de bière et de whisky[1]. Elle tient tête aux mecs de son quartier après qu'ils s'en soient violemment pris à un plus jeune qu'eux. Un soir qu'elle se promène avec une autre fille, trois hommes les abordent, les emmènent dans un hangar et les violent. Manu est passive alors que l'autre résiste. Partant du principe que « ma chatte, je peux empêcher personne d'y entrer, alors je mets rien de précieux à l'intérieur », Manu rentre chez elle sans changer ses habitudes ni porter plainte. En voyant son état, son frère se doute de quelque chose et s'indigne qu'elle soit si désinvolte à propos de son viol. Manu prend le pistolet de son frère et l'abat. Il meurt sur le coup. Elle ramasse ensuite ses économies dont il n'a plus besoin, l'embrasse tendrement sur le menton et s'en va.

Un peu plus tard, Manu rencontre Nadine près d'une gare. Elles se trouvent un but commun : ne plus subir la vie, prendre la route et vivre à cent à l'heure. Elles deviennent vite inséparables et prennent leur pied dans des partouzes sans lendemain et des tueries sanglantes, qu'elles opèrent sur des inconnus sans aucune discrimination ni motif autre que l'éclate. Elles sont conscientes que l'aventure se terminera sans doute mal, et alors ?

Distribution[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

Le film a été réalisé en six semaines, entre novembre et décembre 1999, en région parisienne, dans les Vosges, à Biarritz, Bordeaux, Lyon et Marseille. Il a été fixé par vidéo numérique, sans éclairage artificiel. Cette méthode de tournage à faible budget a divisé la critique.

Bande originale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Baise-moi, le son.
  • La bande originale, parue sur un album intitulé Baise-moi, le son, a été composée, arrangée et réalisée par Varou Jan. D'autres artistes figurent dessus tel que Le Peuple de l'Herbe. Cette bande originale est épuisée mais reste trouvable sur des sites de vente en ligne.

Sortie[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

À sa sortie en France, le film a d'abord été interdit aux moins de 16 ans, ce qui a provoqué un débat, notamment suite à l'indignation de l'association religieuse Promouvoir[2], liée au Mouvement national républicain, du fait d'une extrême violence conjuguée à des scènes de sexe non simulées. Les réalisatrices se sont défendues de l'appellation « pornographique » de leur film, notamment Coralie Trinh Thi qui, ayant une carrière de hardeuse derrière elle, a déclaré que « le porno est un film de genre à vocation masturbatoire »[3], ce qui ne serait pas le cas de Baise-moi. Par la suite, le visa d'exploitation a été annulé par le Conseil d'État, jugeant la classification « illégale » et retirant de ce fait le film des cinémas français. C'était le premier film à être interdit en France depuis 28 ans, devenant de fait un événement médiatique. Le Conseil d'État a plus tard réautorisé sa distribution sous classement X, ce qui reléguait Baise-moi à une production pornographique conventionnelle. Finalement, la ministre de la Culture Catherine Tasca a statué en donnant au film une simple interdiction aux moins de 18 ans[4],[5].

Canada[modifier | modifier le code]

Le film a été interdit en Ontario, car estimé trop pornographique[6]. Les producteurs ont demandé sa recommercialisation sous classement X, ce qui a abouti à une nouvelle interdiction parce que le film était trop violent pour une production pornographique. Finalement, le film a été recommercialisé sous classement 18A, suite notamment aux plaintes de cinéastes renommés comme Atom Egoyan[7] et Denys Arcand qui se sont soulevés contre la censure. Au Québec, le film a eu un succès modéré pour une distribution indépendante, faisant 250 000 $ canadiens de recettes pendant ses deux premiers mois à l'affiche. Un des spectateurs au cinéma de Montréal s'est fait connaître en faisant irruption dans la salle de projection pendant le film et en volant la pellicule tout en endommageant du matériel[8].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

L'accueil critique du film a été mitigé. Il obtient 2,9 / 5 pour l'ensemble des critiques presse française sur allociné[9] et un pourcentage global « pourri » de 21 % pour les critiques américaines sur Rotten Tomatoes[10]. Il obtient 4.4 étoiles sur 10 sur IMDb [11].

Le Monde ou L'Express lui ont donné une note positive ; Les Inrockuptibles salue l'intégrité des réalisatrices qui « ne racolent pas [...] ne se prennent pas pour des cinéastes qu'elles ne sont pas et [...] balancent la sauce ». « Ni film porno, ni film bête et méchant d'incitation à la violence, ni grand film, Baise-moi est un bon petit film de genre, fidèle au bouquin, un film de décharge pure, de défoulement, étuvé à la brutalité banale et quotidienne du RMI et de la dope. »

En revanche, Télérama ou Première donnent une mauvaise note : « [...] pas de quoi fustiger. Si le film inspire un sentiment, c'est le dépit », écrit François Gorin de Télérama, qui termine en soulignant que le film fait vieilli.

Studio, qui lui attribue deux étoiles, parle d'« une cavale sexuelle et meutrière filmée crûment et sans voyeurisme »[12] et le qualifie de « Thelma et Louise, version hard » qui « fait exploser le tabou du sexe au cinéma »[12], notant toutefois le manque d'originalité et de finesse des répliques qui « ont la légèreté d'un sac de plomb »

Autour du film[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Virginie Despentes, Baise-Moi, Éditions J'ai lu,‎ mai 2005, p. 14 Il n'y a strictement rien de grandiose en elle. À part cette inétanchable soif. De foutre, de bière ou de whisky, n'importe quoi pourvu qu'on la soulage.
  2. CE, 30 juin 2000, n° 222194 et 222195
  3. Coralie Trinh Thi, La Voie Humide, Au Diable Vauvert,‎ 2007, 781 p. (ISBN 978-2-84626-123-4) Chapitre 13, page 507.
  4. «[...] Catherine Tasca a annoncé la publication d'un décret permettant l'interdiction aux moins de 18 ans, sans frapper les films de l'infamante lettre X. »liberation.fr
  5. « Baise-Moi a été censuré, puis autorisé à sortir en salle mais sous une interdiction pour les spectateurs de moins de 18 ans. »[cinema.krinein.com/baise-moi-671/critique-671.html]
  6. (en)« Ontario upholds ban on Baise-moi », sur screendaily.com,‎ 21 novembre 2000
  7. (en)« News for Atom Egoyan », sur imdb.com,‎ 24 novembre 2000
  8. [1]
  9. Page allocine
  10. [2]
  11. [3]
  12. a et b « Baise-moi », Studio, no 158,‎ juillet-août 2000, p. 30

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]