Baie d'Or

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Les Nymphéas (Claude Monet, 1908). Le personnage de Baie d'Or est étroitement lié aux nymphéacées.

Baie d'Or (Goldberry) est un personnage secondaire du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, qui apparaît également dans les poèmes « Les Aventures de Tom Bombadil » et « Once Upon a Time ». Surnommée « fille de la Rivière » (River-woman's daughter) et étroitement liée à l'élément aquatique, elle est la femme de Tom Bombadil. Sa nature exacte est tout aussi mystérieuse que celle de son époux.

Apparitions[modifier | modifier le code]

Baie d'Or apparaît pour la première fois dans le poème « Les Aventures de Tom Bombadil », publié en 1934 (une version révisée est parue en ouverture du recueil du même nom en 1962). Entre autres péripéties, il relate la première rencontre entre Tom Bombadil et Baie d'Or, la « fille de la Rivière » : elle le fait chuter dans le cours d'eau en le traînant par la barbe, puis s'en retourne auprès de sa mère « dans le creux le plus insondable » de la rivière. À la fin du poème, Bombadil prend sa revanche en capturant Baie d'Or par surprise et en l'épousant[1].

« Ses cheveux blonds tombaient en longues ondulations sur ses épaules ; sa robe était verte, du vert des jeunes roseaux, chatoyant d'argent semblable à des perles de rosée ; et sa ceinture était d'or, façonnée comme une chaîne d'iris des marais émaillée des yeux bleu pâle de myosotis. À ses pieds, dans de grands vaisseaux de poterie verte et brune, flottaient des lis d'eau, de sorte qu'elle semblait trôner au milieu d'un étang. »

— Première apparition de Baie d'Or dans Le Seigneur des anneaux[2]

Images externes
Baie d'Or (illustration de Ted Nasmith pour le calendrier Tolkien 2002).

Le personnage de Baie d'Or est réintroduit aux côtés de son époux dans Le Seigneur des anneaux. Le couple vit dans une petite maison au cœur de la Vieille Forêt, où Frodon, Sam, Merry et Pippin se reposent quelques jours. Baie d'Or conserve un lien avec la nature en général et plus particulièrement l'eau vive : elle est entourée de lys d'eau, cueillis pour elle par Bombadil, sa robe « bruiss[e] doucement comme le vent sur les rives fleuries d'une rivière », le bruit de ses pas évoque « un ruisseau coulant doucement d'une colline sur des pierres fraîches », et les chansons qu'elle chante aux hobbits leur évoquent « des étangs et des eaux plus vastes que toutes celles qu'ils avaient connues ». Sa stature est néanmoins bien plus considérable que dans le poème de 1934 : elle siège dans la demeure de Bombadil comme « une belle jeune reine elfe »[3].

Baie d'Or apparaît une dernière fois dans le poème « Once Upon a Time », probablement rédigé après Le Seigneur des anneaux et publié en 1965. Couronnée d'églantier, elle souffle sur un pissenlit, penchée sur la rive d'un étang[4].

Analyse[modifier | modifier le code]

Dans une lettre, Tolkien explique que Le Seigneur des anneaux se déroule « dans une contrée qui a de vraies rivières, en automne. Baie d'Or représente en fait le changement des saisons dans une contrée de ce genre[5] », ce que l'on peut rapprocher du poème déclamé par Frodon lorsqu'il la voit pour la première fois : « Ô toi, printemps et été, et de nouveau printemps après ! »[6]. Pour plusieurs critiques, l'apparition de Baie d'Or dans Le Seigneur des anneaux préfigure celle de Galadriel : toutes deux semblent de belles et jeunes reines elfes, vivent dans un domaine isolé et sont associées à l'eau[7],[8],[9].

Gene Hargrove se base sur les ressemblances physiques entre Baie d'Or et la Valië Yavanna (toutes deux sont blondes et vêtues de vert) et leur association avec le règne végétal pour affirmer leur identité, ce qui ferait de Tom Bombadil un avatar du dieu forgeron Aulë, l'époux de Yavanna[10]. D'autres ont vu en eux un couple de Maiar, autrement dit de divinités mineures[11].

Baie d'Or est souvent comparée aux nymphes des eaux ou aux nixes, en raison de son épithète de « Fille de la Rivière » et de ses liens avec l'élément aquatique[12],[13]. Du fait de cette association avec l'eau, Baie d'Or participe au rapprochement du personnage de Tom Bombadil avec celui de Väinämöinen du Kalevala : tous deux, en effet, ont une fiancée liée à l'élément liquide[14] (Aïno). Taryne Jade Taylor associe en particulier Baie d'Or au mythe grec de Perséphone, pour la façon dont elle est capturée par Bombadil et son association avec le rythme des saisons, ainsi qu'au mythe celtique d'Étain, divinité associée à la lumière[12]. L'apparente innocence et « primitivité » du couple formé par Bombadil et Baie d'Or a également suscité des comparaisons avec Adam et Ève[15],[13]. Pour Joseph Pearce, Baie d'Or et Tom Bombadil représentent « la Création qui n'a pas chu » (the Unfallen Creation)[16].

Pour Isabelle Pantin, la séquence avec Baie d'Or dans Le Seigneur des anneaux n'est pas sans rappeler un passage de The Golden Key de George MacDonald. Dans le roman de Tolkien, après avoir échappé au Vieil Homme-Saule, les Hobbits trouvent refuge chez Tom Bombadil, dont la femme a une parure d'ondine et un bassin de nénuphars, tandis que chez MacDonald, l'héroïne, Tangle, après avoir failli être étouffée par un arbre en se croyant poursuivie par les ours de Boucles d'or, est recueillie chez une grand-mère à la parure d'ondine et possédant un bassin plein de poissons[17]. Baie d'Or rappelle elle-même Boucles d'or : elle en a la chevelure, et sa maison présente le même confort que celle des ours[17].

Baie d'Or mélange des aspects naturels et des aspects domestiques. Elle est une bonne maîtresse de maison, l'hôtesse qui nourrit les voyageurs de passage[18], l'égale de son époux[9]. Pour Christina Ljungberg, Baie d'Or est l'une des trois divinités de la Nature qui existent du côté du Bien : elle représente la déesse immanente, aux côtés d'Elbereth la déesse transcendante et de Galadriel, qui mêle ces deux aspects[19].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Baie d'Or apparaît dans quelques-unes des adaptations du Seigneur des anneaux, bien que son caractère secondaire explique son absence dans beaucoup d'entre elles. Tolkien a d'ailleurs écrit, à propos du projet d'adaptation en dessin animé du Seigneur des anneaux de Forrest J. Ackerman, Morton Grady Zimmerman et Al Brodax, qu'il pensait que « [Baie d'Or] ferait bien mieux d'être supprimée plutôt que de faire une apparition sans aucun sens[20] ».

Dans la première adaptation radiophonique du Seigneur des anneaux, le producteur Terence Tiller fait de Baie d'Or la fille de Tom Bombadil : leur relation n'est jamais clairement définie dans le roman et Tiller a eu l'impression que Baie d'Or était l'équivalent féminin de Bombadil, une génération plus bas. Cette erreur agace Tolkien, qui trouve également Bombadil « catastrophique[21] », mais il admet avoir oublié que les événements relatés dans le poème de 1934 ne se trouvent pas clairement résumés dans Le Seigneur des anneaux[22]. Aucune actrice n'est créditée pour ce rôle, bien que Nicolette Bernard soit la seule femme de la distribution[23].

Les chapitres sur Bombadil sont omis de l'adaptation radiophonique du Seigneur des anneaux réalisée par Brian Sibley et Michael Bakewell en 1981, faute de temps. En 1992, Sibley réalise une nouvelle série radiophonique, Tales from the Perilous Realm, qui reprend des textes courts de Tolkien, et l'épisode « Les Aventures de Tom Bombadil » reprend les chapitres du Seigneur des anneaux coupés de l'adaptation de 1981. Baie d'Or y est doublée par Sorcha Cusack.

Dans le jeu de cartes à collectionner Le Seigneur des anneaux : les sorciers (ICE), Baie d'Or apparaît comme une « alliée », dessinée par Angus McBride.

Dans l'adaptation cinématographie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, Baie d'Or est absente, car les chapitres concernant la Vieille Forêt ont été omis, pour une question de timing.

Dans le jeu vidéo La Communauté de l'anneau, sorti fin 2002, Baie d'Or (doublée par Kath Soucie) apparaît comme personnage non-joueur dans la maison de Tom Bombadil. Dans le jeu de rôle en ligne massivement multijoueur Le Seigneur des Anneaux Online, Baie d'Or apparaît également comme un personnage non-joueur dans la Vieille Forêt.

Baie d'Or a inspiré plusieurs dessinateurs, comme Alan Lee[24], Angus McBride, les frères Hildebrandt[25], Anke Katrin Eissmann[26] ou Ted Nasmith[27].

La gamme de figurines Mithril, éditée par le fabricant Prince August, présente trois versions différentes de Baie d'Or[28]. Games Workshop a également créé une figurine représentant le couple Baie d'Or et Tom Bombadil[29].

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Faërie et autres textes, p. 324-338.
  2. Le Seigneur des anneaux, Livre I, chapitre 7, p. 145.
  3. Hammond & Scull, Reader's Companion, p. 131-132.
  4. Hammond & Scull, Reader's Guide, p. 689.
  5. Lettres, p. 272.
  6. Le Seigneur des anneaux, Livre I, chapitre 7, p. 146.
  7. J. R. R. Tolkien Encyclopedia, p. 128.
  8. « Goldberry and Galadriel: The Quality of Joy », Mythlore no  60 (1989).
  9. a et b « Tolkien's females and the defining of power », p. 95-96.
  10. « Who Is Tom Bombadil », Mythlore no 47 (1986).
  11. Encyclopedia of Arda, « Goldberry ».
  12. a et b « Investigating the Role and Origin of Goldberry in Tolkien's Mythology », Mythlore nos 103-104.
  13. a et b The Gospel According to Tolkien, p. 42.
  14. Tolkien et le Moyen Âge, « Tolkien et le Kalevala », p. 45.
  15. « Fair Lady Goldberry, Daughter of the River », Mythlore, nos 103-104.
  16. J.R.R. Tolkien Encyclopedia, « Redemption », p. 562.
  17. a et b Tolkien et ses légendes, « Au pays de la magie : dans la maison de Tom Bombadil », p. 124.
  18. J.R.R. Tolkien Encyclopedia, « Goldberry », p. 245.
  19. Root & Branch, « Re-enchanting Nature », p. 152.
  20. Lettres, no  210, p. 272.
  21. Lettres, no 175, p. 228.
  22. Hammond & Scull, Reader's Guide, p. 13.
  23. Radio Times, volume 129, no 1672, 25 novembre 1955.
  24. Alan Lee, Carnet de croquis du Seigneur des anneaux, 2006.
  25. Goldberry par les frères Hildebrandt.
  26. Tom Bombadil par Anke Katrin Eissmann, Baie d'Or apparaît sur l'illustration.
  27. Beyond the Old Forest par Ted Nasmith.
  28. Références LO14, LR28 en 54mm, MC34, MV375 In the House of Tom Bombadil, M321 en 25 mm.
  29. Figurines de Baie d'Or et Tom Bombadil.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires :
Sources secondaires :
  • (en) Ann McCauley Basso, « Fair Lady Goldberry, Daughter of the River », Mythlore, no 103-104,‎ 2008 (ISSN 0146-9339, lire en ligne)
  • (en) John M. Bowers, « Tolkien's Goldberry and The Maid of the Moor », Tolkien Studies, no 8,‎ 2011 (ISSN 1547-3155, lire en ligne)
  • (en) Michael D. C. Drout, J. R. R. Tolkien Encyclopedia : Scholarship and Critical Assessment, CRC Press,‎ juin 2006 (ISBN 0-415-96942-5)
    • (en) Marjorie Burns, « Doubles », dans J. R. R. Tolkien Encyclopedia, op. cit. (lire en ligne), p. 127-128
    • (en) Katherine Hesser, « Goldberry », dans J. R. R. Tolkien Encyclopedia, op. cit., p. 245-246
    • (en) Joseph Pearce, « Redemption », dans J. R. R. Tolkien Encyclopedia, op. cit., p. 562
  • (en) Nancy Enright, « Tolkien's female and the defining of power », Renascence: essays on Values in Literature, vol. 59, no 2,‎ hiver 2007, p. 93-108
  • (en) Mark Fisher, « Goldberry », sur Encyclopedia of Arda,‎ 2000
  • (en) Wayne G. Hammond et Christina Scull, The Lord of the Rings: A Reader's Companion, HarperCollins,‎ 2005 (ISBN 0-00-720907-X)
  • (en) Wayne G. Hammond et Christina Scull, The J.R.R. Tolkien Companion and Guide: Reader's Guide, Houghton Mifflin,‎ 2006, 1256 p. (ISBN 978-0-618-39101-1)
  • (en) Gene Hargrove, « Who Is Tom Bombadil », Mythlore, no 47,‎ 1986 (lire en ligne)
  • Christina Ljungberg, « Re-enchanting Nature : Some Magic Links between Margaret Atwood and J.R.R. Tolkien », dans Thomas Honegger, Root & Branch : Approaches towards Understanding Tolkien, Walking Tree Publishers, coll. « Cormarë Series » (no 2),‎ 2005, 2e éd. (1re éd. 1999) (ISBN 3-905703-01-7)
  • Isabelle Pantin, Tolkien et ses légendes : Une expérience en fiction, CNRS Éditions,‎ 2009 (ISBN 978-2-271-06876-7)
  • Tatjana Silec, « Tolkien et le Kalevala », dans Leo Carruthers, Tolkien et le Moyen Âge, Paris,‎ 2007 (ISBN 978-2-271-06568-1)
  • (en) L. Eugene Startzman, « Goldberry and Galadriel: The Quality of Joy », Mythlore, no 60,‎ 1989 (ISSN 0146-9339)
  • (en) Taryne Jade Taylor, « Investigating the Role and Origin of Goldberry in Tolkien's Mythology », Mythlore, no 103-104,‎ 2008 (lire en ligne)
  • (en) Ralph C. Wood, The Gospel According to Tolkien : Visions of the Kingdom in Middle-earth, Westminster John Knox Press,‎ 2003 (ISBN 0-664-22610-8)
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