Bahaïsme en Tunisie

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Le bahaïsme en Tunisie apparaît aux environs de 1910, lorsque le premier baha'i arrive dans le pays, possiblement en provenance d'Égypte.

En 1956, à Ridván, un important festival durant lequel des élections importantes ont lieu, trois nouvelles assemblées spirituelles (en) régionales sont établies dont celle de l'Afrique du Nord-Ouest sous la direction d'Enoch Olinga (en). En 1963, la communauté tunisienne compte une assemblée et 18 groupes organisés de baha'is (entre un et neuf adultes). Des estimations du Département d'État des États-Unis mentionnent en 2001 une communauté d'environ 150 personnes. Toutefois, l'Association of Religion Data Archives (en) et diverses autres sources mentionnent plus de 1 000 baha'is dans le pays[1],[2],[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Émergence[modifier | modifier le code]

La première apparition du bahaïsme en Tunisie n'est pas bien documentée mais tout suggère l'arrivée de baha'is durant le ministère de ʿAbd-al-Bahāʾ, soit avant 1921. Il est suggéré qu'un baha'i aurait visité le pays vers 1910[4], possiblement en provenance d'Égypte[2],[5]. Le baha'i français Hippolyte Dreyfus-Barney[6] est connu pour avoir obtenu de la part des autorités du protectorat français de Tunisie l'autorisation de promulguer les enseignements baha'is (en). Shoghi Effendi, alors chef de la religion, se souvient de Dreyfus-Barney pour son « soutien stimulant » à la communauté baha'ie de Tunisie[7]. Plus tard, Hafez Nadim Effendi, mort en 1933, est encouragé par Effendi à visiter Tunis à deux reprises pour enseigner et encourager les baha'is[8]. Vers 1928, le premier pèlerinage baha'i (en) en provenance de Tunis ainsi qu'un représentant de son assemblée spirituelle locale visitent les centres spirituels et administratifs (en) de la religion baha'ie[9]. En 1937, le docteur M. Sálih, président de l'assemblée spirituelle nationale égyptienne (en), visite Tunis, à nouveau suite aux encouragements du chef de la religion, avec pour objectif de renforcer les baha'is en Tunisie et d'encourager leurs activités[10].

En 1956, à Ridván, un important festival durant lequel des élections importantes ont lieu, trois nouvelles assemblées spirituelles régionales sont établies dont celle de l'Afrique du Nord-Ouest. Placée sous la direction d'Enoch Olinga (en)[11],[12],[13], elle couvre la Tunisie et le siège de son secrétariat est basé à Tunis[12]. Une autre baha'ie bien connue, qui sert la région et cette assemblée à cette époque, est Helen Elsie Austin (en)[14],[15]. Cette assemblée couvre environ 600 baha'is[11] et 38 assemblées locales à travers le nord-ouest de l'Afrique[12]. Le siège de l'assemblée est plus tard transféré de Tunis vers Rabat[12]. L'assemblée nationale régionale incluant la Tunisie est incorporée en 1961[12].

Croissance[modifier | modifier le code]

Un recensement en 1963[16] compte une assemblée à Tunis, des groupes d'un à neuf adultes dans 18 localités[16] (Ben Arous, Douz, El Jem, Gafsa, Kébili, Kasserine, Ksour Essef, Le Kef, Makthar, La Manouba, Mégrine, Radès, Remada, Robaa, Sbeïtla, Sidi Bouzid, Siliana et Sousse), ainsi que six autres localités où des baha'is vivent isolés (Agareb, Borj El Amri, Bouchoucha, Jebiniana, Kairouan et Sfax).

En 1967-1969, l'assemblée régionale est réorganisée et dispose d'une autorité sur l'Algérie et la Tunisie. Lorsque les pionniers (en) en Tunisie sont expulsés en novembre 1968, la famille Attar-Hamedani laisse derrière elle une villa et un bureau avant de s'installer finalement à Hong Kong. En 1969, l'assemblée nationale régionale d'Afrique du Nord est dissoute lorsque la Tunisie est placée sous état d'urgence. L'assemblée spirituelle nationale de Tunisie est élue en 1972[12],[17].

Persécution[modifier | modifier le code]

En octobre 1984, les institutions baha'ies en Tunisie sont interdites et les baha'is interrogés[17]. Au milieu des années 1980, six polémiques sont lancées contre les baha'is dans la presse tunisienne[18]. À cette époque, Abdelfattah Amor est le doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis. Il travaille plus tard comme avocat des droits de l'homme et accordera une attention particulière au traitement des baha'is en Iran (en) en tant que rapporteur spécial des Nations unies[19]. Mohamed Talbi, professeur en lettres et sciences humaines à l'Université de Tunis, publie en 1986 un article intitulé What Muslims Really Believe About Religious Liberty dans le magazine Liberty dédié à la liberté de religion[20]. Bien qu'il ne mentionne pas la religion baha'ie, cet article est considéré comme assez significatif pour être repris par les baha'is avec la permission de l'auteur dans leur publication, Bahá'í News (en), en janvier 1987[21].

Traditionnellement, le gouvernement tunisien voit le bahaïsme comme une secte hérétique de l'islam et permet à ses adhérents de pratiquer leur foi uniquement en privé[22].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

En 2005, une universitaire tunisienne, le docteur Iqbal Gharbi, professeure de psychologie à l'Université Zitouna de Tunis, appelle les musulmans à se réconcilier avec les baha'is et d'autres groupes religieux, voire à s'excuser pour le fait que « les baha'is ont été humiliés et dénigrés dans les pays musulmans »[23],[24].

La communauté baha'ie moderne s'est retrouvée quelque peu exposée dans les médias depuis le Printemps arabe[25],[26]. Une série intitulée Tunisia’s Spiritual Pluralism l'évoque en février 2013[2] ; elle note que, bien que les baha'is n'aient « pas été ouvertement persécutés par l'État tunisien, néanmoins ils se sentent souvent marginalisés et exclus socialement ».

Si le gouvernement a interdit la pratique de la religion en public, il a permis aux baha'is de tenir des réunions de leur conseil national dans des maisons privées ainsi que d'élire trois assemblées spirituelles locales depuis 2004[22].

Nombres[modifier | modifier le code]

Des estimations publiées par le Département d'État des États-Unis en 2001 recensent quelques 150 baha'is en Tunisie[27] alors que la World Christian Encyclopedia (en) estime leur nombre à 1 450 en 1990[3]. L'Association of Religion Data Archives estime leur nombre à 2 000 en 2010[1]. Un baha'i cité par Tunisia Live estime leur nombre à plus d'un millier[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Most Bahá'í Countries », International > Regions > Northern Africa, sur The Association of Religion Data Archives,‎ 2010 (consulté le 3 août 2013)
  2. a, b, c et d (en) Roua Khlifi, « Tunisia’s Spiritual Pluralism: The Baha’i Faith », Tunisia Live,‎ 26 février 2013 (lire en ligne)
  3. a et b (en) « Tunisia: Treatment of Bahai's (or Baha'is) by non-Bahai's and Tunisian authorities; whether they have been targets of threats and/or violence; police attitude towards Bahai's, police response to complaints lodged by Bahai's and police protection available », sur Immigration and Refugee Board of Canada,‎ 17 avril 2003 (consulté le 3 août 2013)
  4. (en) Bernard Temple, « Persia and the Regenerations of Islam », Journal of the Royal Society of Arts, vol. 58, no 2001,‎ 27 mai 1910, p. 652–665 (lire en ligne)
  5. (en) Graham Hassall, « Egypt: Baha'i history. Asia Pacific Bahá'í Studies: Bahá'í Communities by country », sur Bahá'í Online Library (consulté le 3 août 2013)
  6. (en) Laura C. Dreyfus-Barney, Shoghi Effendi, « Biography of Hippolyte Dreyfus-Barney », sur Bahá'í Library Online,‎ 1928 (consulté le 3 août 2013)
  7. (en) Shoghi Effendi, The Unfolding Destiny of the British Baha'i Community, Londres, Baha'i Publishing Trust,‎ 1981 (ISBN 978-0-900125-43-0, lire en ligne), p. 84–85
  8. (en) « News of the Cause; International », Bahá'í News, no 81,‎ février 1934, p. 11 (ISSN 0195-9212, lire en ligne)
  9. (en) Shoghi Effendi, Dawn of a New Day, Londres, Baha'i Publishing Trust,‎ 1970 (lire en ligne), p. 21
  10. (en) The Bahá'í World; A Biennial International Record, vol. IX, 1940-1944 A.D., National Spiritual Assembly of the Bahá'ís of the United States and Canada,‎ 1945 (lire en ligne), p. 606
  11. a et b (en) Anthony Asa Lee, The Establishment of the Baha'i Faith in West Africa: The First Decade, 1952-1962, Ann Arbor, ProQuest,‎ 2007 (ISBN 978-0-549-40690-7, lire en ligne), p. 116
  12. a, b, c, d, e et f (en) Graham Hassall, « Bahá'í Communities by Country: Research Notes. Asia Pacific Bahá'í Studies », sur Bahá'í Online Library,‎ 26 août 2003 (consulté le 18 novembre 2008)
  13. (en) Maison universelle de justice, In Memorium : The Bahá'í World of the Bahá'í Era. 136-140 (1979-1983), vol. XVIII, Bahá'í World Centre,‎ 1986 (ISBN 978-0-85398-234-0, lire en ligne), p. 618–635
  14. (en) Ruhiyyih Rabbani, The Ministry of the Custodians. 1957-1963, Bahá'í World Centre,‎ 1992 (ISBN 0-85398-350-X, lire en ligne), p. 411
  15. (en) « Standing up for justice and truth », Bahá'í World News Service,‎ 5 décembre 2004 (lire en ligne)
  16. a et b (en) Mains de la Cause résidant en Terre sainte, « The Bahá'í Faith. 1844-1963: Information Statistical and Comparative, Including the Achievements of the Ten Year International Bahá'í Teaching & Consolidation Plan. 1953-1963 », p. 118-119
  17. a et b (en) G. Cameron et W. Momen, A Basic Bahá'í Chronology, Oxford, George Ronald,‎ 1996 (ISBN 0-85398-404-2), p. 373, 393 et 442
  18. (en) Denis MacEoin, William Collins, « Anti-Baha'i Polemics. The Babi and Baha'i Religions: An Annotated Bibliography », sur Bahá'í Online Library (consulté le 28 avril 2010), p. 190, 206, 207, 233, 281 et 369
  19. (en) « Baha'i International Community mourns passing of human rights expert », Bahá'í World News Service,‎ 8 janvier 2012 (lire en ligne)
  20. (en) Mohamed Talbi, « What Muslims Really Believe About Religious Liberty », Liberty, vol. 81, no 6,‎ septembre-octobre 1986, p. 16–19 (lire en ligne)
  21. (en) « What Muslims Really Believe About Religious Liberty », Bahá'í News, no 670,‎ janvier 1987, p. 8–10 (ISSN 0195-9212, lire en ligne)
  22. a et b (en) Bureau de la démocratie, des droits de l'homme et du travail, « International Religious Freedom Report 2010: Tunisia », sur Département d'État des États-Unis,‎ 14 septembre 2010
  23. (en) « Liberal Tunisian Researcher Dr. Iqbal Al-Gharbi: Muslims Must Take Responsibility for Past Mistakes », sur Middle East Media Research Institute,‎ 4 novembre 2005
  24. (it) Iqbal Gharbi, « Dove sono gli Arabi durante questo periodo di perdono? », sur Arabiliberali.it,‎ 24 octobre 2005
  25. (en) Radia Hennessey, « Tunisia’s Theocratic Temptation », The New York Times,‎ 2 mai 2013 (lire en ligne)
  26. (en) Billy Hallowell, « Christian Pastor pens emotional letter to wife detailing horrific abuse in Notorious Iranian Prison », The Blaze,‎ 23 mars 2013 (lire en ligne)
  27. (en) Département d'État des États-Unis, « International Religious Freedom Report 2001: Tunisia »,‎ 14 septembre 2001 (consulté le 3 août 2013)

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Bahá'í Faith in Tunisia » (voir la liste des auteurs)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]