Bagaudes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Pillards gaulois par Évariste-Vital Luminais. Musée de la société historique et archéologique de Langres.

Les bagaudes (bagaudae en latin) étaient, sous l'Empire romain du IIIe et IVe siècle, le nom donné aux bandes armées de brigands, de soldats déserteurs, d'esclaves et de paysans sans terre qui rançonnaient le nord-ouest de la Gaule. Le poids de la fiscalité romaine conjugué à la misère causée par le refroidissement du climat et les pillages des barbares venus du nord semble être, pour la plupart de ces hommes, le motif de vouloir vivre de rapines. Ce nom bagaude dérive d'un mot celtique qui a donné le breton bagad, qui signifie troupe, groupe, troupeau. Certaines bagaudes se doteront d'une organisation politico-militaire. Dans leur plus grande extension, elles couvriront les deux cinquièmes du territoire de la Gaule (Nord-ouest principalement).

On peut aussi faire un rapprochement avec les usurpations contemporaines qui semblent également la conséquence des problèmes sociaux et de l'agitation politique de l'époque, même si elles ne concernent pas les mêmes classes sociales et ne sont pas identifiées comme bagaudes. Par exemple, en 281 les habitants de Lugdunum soutinrent l'usurpation de Proculus, riche propriétaire terrien qui arma ses 2 000 esclaves. Il prit la fuite dès que les légions impériales s'approchèrent.

Premières bagaudes[modifier | modifier le code]

En 284 apparaissent les premières bagaudes menées par Pomponius Aelianus dans une Gaule du Nord à peine remise des ravages de l’invasion germanique de 276. Des paysans gaulois se révoltent contre l'administration impériale. Ils avancent jusqu'à Augustodunum (Autun) sans toutefois parvenir à prendre la ville[1]. Contenus quelque temps par Aurélien et Probus avec qui Aelianus traite d'égal à égal, ils se révoltent de nouveau sous Dioclétien, ayant à leur tête un certain Amandus. Ces bagaudes sont vaincues en 286 par le coempereur Maximien Hercule.

La reprise[modifier | modifier le code]

Les révoltes bagaudes reprennent au IVe siècle, lors des invasions germaniques en Gaule et en Espagne. Les ravages exercés sur la population rurale et urbaine, ainsi que l’anarchie développée par le recul de l’autorité impériale parfois remplacée par des dominations barbares moins assurées, induisent de nouveau le regroupement de bandes armées de paysans ruinés et de déserteurs, auxquelles se joignent depuis les villes des esclaves fugitifs et des citadins endettés, luttant pour leur survie ou tentés de se joindre aux pillages des barbares. Certains historiens y ont vu aussi des aspirations autonomistes contre l’Empire romain, dans les interactions entre les bagaudes et les réfugiés bretons d’Armorique ou les tribus basques en Espagne. Mais la faim et l’appât du gain facile semblent des motivations suffisantes lors d’une telle époque de bouleversement.

Aurelius Victor[2] signale des attaques de bagaudes vers 360 à la périphérie des villes. Un soulèvement de bagaudes eut lieu vers 410 assez loin des régions habituelles, dans la basse vallée de la Loire[3].

Bagaude de Tibatto[modifier | modifier le code]

En 435, Tibatto est le chef d'une bagaude qui, selon la Chronica gallica, provoque la sécession de la Gaule ultérieure et à laquelle se joignent tous les esclaves. Tibatto est vaincu et capturé en 437.

Dernières bagaudes[modifier | modifier le code]

Peu après cette date, une révolte bagaude est réprimée en Espagne par les Wisigoths, sur ordre des autorités romaines.

En 448, une nouvelle bagaude en Gaule centrale est dirigée par un médecin nommé Eudoxe. Battu, il se réfugie à la cour d’Attila.

La légende de Saint-Maur-des-Fossés[modifier | modifier le code]

Un texte ecclésiastique du XIe siècle mentionne un retranchement des bagaudes dans la localité de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), sur les bords de la Marne près de Paris, au lieu Bagaudarum castrum. Une porte de Paris dans la direction de Saint-Maur-des-Fossés aurait reçu, en mémoire des Bagaudes, le nom de porta Bugaudarum puis, par abréviation, porta Bauda[4]. Un boulevard des Bagaudes existe dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés ; la plaque porte la curieuse mention « peuplade gauloise ». Cependant, ce n'est qu'au XIVe siècle ou au XVe siècle que ce texte a été ajouté au manuscrit du XIe siècle sur la vie de saint Babolin, premier abbé de Saint-Maur au VIIe siècle[5] [6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guerre & Histoire n° 18, avril 2014, p. 76, Bagaudes, les insurgés de la Gaule romaine.
  2. Aurelius Victor, De Caesaribus 3, 16.
  3. Marie-Claude L'Huillier, « Notes sur la disparition des sanctuaires païens », in Marguerite Garrido-Hory et Antonio Gonzalès, Histoire, espaces et marges de l'antiquité : hommages à Monique Clavel-Lévêque, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2005 (ISBN 9782848671123), p. 290.
  4. Dictionnaire universel françois et latin, Les libraires de Paris, 1763, p 936.
  5. Guerre & Histoire n° 18, avril 2014, p. 74, Bagaudes, les insurgés de la Gaule romaine.
  6. « Malgré quelques rares vraisemblances on ne trouve finalement guère de base au récit romancé du siège des bagaudes » (La nouvelle histoire de Saint-Maur-des-Fossés des origines aux Bagaudes, in La légende saint-maurienne, publication du Vieux Saint-Maur, 1987 (ISBN 2950173705) p. 70-71).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Youenn Cóic, Les Ploucs : essai de chronique paysanne, Paris, Pierre Jean Oswald, 1973. Rééd. sous le titre Les Ploucs ou la Révolte des Bagaudes : essai de chronique paysanne, L'Harmattan, 1979.
  • John Drinkwater, « The Bacaudae of fifth-century Gaul », in John Drinkwater, Hugh Elton, Fifth-century Gaul. A crisis of identity? Cambridge, New York, Cambridge University Press, 1992, p. 208-217.
  • Juan Carlos Sánchez León, Les Sources de l'histoire des Bagaudes, Presses universitaires de Franche-Comté, 1996.

Voir aussi[modifier | modifier le code]