Béchir Salah Béchir

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Béchir Salah Béchir, né en 1946 à Traghan dans le district de Mourzouq (ou à Agadez, au Niger)[1],[2], est un haut fonctionnaire et diplomate libyen.

Carrière dans la Jamahiriya[modifier | modifier le code]

Enseignant à Sebha, il est membre de l'opposition à la monarchie d'Idris Ier[3]. Après le coup d'État de 1969, le conseil de commandement de la révolution le nomme ambassadeur en République centrafricaine. Francophone, il est l'interlocuteur privilégié de l'Afrique de l'Ouest et de la France avec laquelle il œuvre pour un rapprochement et sert d'intermédiaire lors des crises entre les deux pays, notamment au Tchad lors des prises d'otages de l'officier de renseignement Pierre Galopin et de Françoise Claustre[4],[5]. Il est par la suite ambassadeur en Tanzanie puis en Algérie. En 1985, il devient gouverneur du Fezzan.

En 1992, il retourne au ministère des affaires étrangères en tant que directeur du protocole. En 1998, Mouammar Kadhafi le choisit pour devenir son directeur de cabinet. Selon le journaliste François Soudan, il réussit à « rendre logiques et rationnels les discours et décisions les plus invraisemblables » du chef de l'État[3]. Depuis ce poste stratégique, il dirige également la communication libyenne auprès des partis et médias étrangers, en particulier africains. En 2006, il préside le « Libyan African Investment Portfolio », un fonds d'investissement de 8 milliards de dollars qui lui donne une envergure internationale[6],[2].

Guerre civile libyenne de 2011[modifier | modifier le code]

Fidèle de Mouammar Kadhafi pendant la guerre civile, il se lance dans plusieurs missions diplomatiques secrètes pour trouver du soutien auprès des pays voisins[7]. Après la chute de Tripoli[7], il est recherché par interpol mais secrètement exfiltré vers Paris par la direction centrale du Renseignement intérieur français[8],[9]. Selon le Financial Times, il possède encore la clé de plusieurs milliards de dollars réclamés par les nouvelles autorités libyennes[10]. Interpol le recherche pour fraude[1],[11].

Présence en France et fuite en 2012[modifier | modifier le code]

Selon le Huffington Post[11], Saleh aurait été exfiltré par la France lors de la chute de Tripoli, fin août 2011 après avoir négocié les conditions de son exil.

Son épouse, Kafa Kachour Bashir, possède une résidence secondaire à Prévessin-Moëns dans l'Ain, commune frontalière de la Suisse située à quelques kilomètres de Genève. Le 25 avril 2012, le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse la condamne à verser une amende de 70 000 euros et à deux ans de prison avec sursis pour esclavage domestique de quatre Tanzaniens embauchés en Libye[12]. Le 16 mai 2013, la cour d'appel de Lyon la condamne à verser une amende de 150 000 euros et à deux ans de prison dont un avec sursis dans la même affaire[13].

Financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy[modifier | modifier le code]

Le 28 avril 2012, Mediapart publie un document rédigé en arabe qui tendrait à prouver que le régime libyen aurait accepté « d'appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Nicolas Sarkozy, pour un montant d'une valeur de cinquante millions d'euros ». Ce document serait consécutif à une réunion tenue à Tripoli et à laquelle auraient participé Moussa Koussa, alors ministre des Affaires étrangères, Abdallah Senoussis, directeur des services de renseignements libyens, Bachir Saleh, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine.

Le 29 avril 2012, Bashir Saleh émet « les plus expresses réserves sur l'authenticité de la note publiée par Mediapart et opportunément présentée comme constituant la preuve d'un financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy »[11]. Nicolas Sarkozy nie vigoureusement l'implication de la Libye dans le financement de sa campagne et porte plainte le 30 avril 2012 contre Mediapart.

Cependant, la présence de Bashir Saleh sur le territoire français, alors qu'il est recherché par Interpol, provoque des réactions[14]. Le 30 avril, le Premier ministre François Fillon indique sur RTL que Bashir Saleh jouit de l'immunité diplomatique car il possède un passeport diplomatique du Niger et nie qu'il existe un mandat international contre lui.

De fait, Bashir Saleh reçoit un passeport diplomatique du Niger le 12 mars 2012, «sur le conseil et la pression d'un pays européen» non précisé[14], et est nommé conseiller à la présidence[2]. Il aurait cependant rendu ce passeport peu après[14],[11].

Bashir Saleh quitte la France au début du mois de mai 2012[15]. Selon Les Inrockuptibles, sa fuite aurait eu lieu le 3 mai 2012, quelques jours avant le deuxième tour de l'élection présidentielle et quelques heures après une rencontre au Champ-de-Mars avec l'homme d'affaires Alexandre Djouhri, proche de Nicolas Sarkozy, « qui faisait la navette entre lui et l'ancien patron de la Direction centrale du Renseignement intérieur Bernard Squarcini »[16].

Selon Le Canard enchaîné[17] et des médias sénégalais[18], il se serait réfugié au Sénégal, ce qui est contesté par son avocat Marcel Ceccaldi qui affirme qu'il se trouve désormais dans un endroit « en situation régulière ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Fiche « Wanted persons » de Bashir Al Shrkawi (Bashir Saleh) », sur interpol.int, Interpol (consulté le 1 mai 2012)
  2. a, b et c Actuniger, «Un passeport diplomatique à Bashir Saleh: de qui se moque-t-on ?», 18 mars 2012
  3. a et b François Soudan, « Béchir Salah Béchir, le dernier kaddafomane », Jeune Afrique,‎ 1er juillet 2011
  4. Laurent Correau, « 1974-1977 L’affaire Claustre et la rupture avec Habré », RFI,‎ 18 août 2008
  5. Arnaud Castaignet, « Bachir Saleh, ex-proche de Kadhafi est-il protégé par la France? », Slate,‎ 4 mai 2012 (lire en ligne)
  6. Pascal Airault, « Les fonds libyens ne connaissent pas la crise », Jeune Afrique,‎ 7 juillet 2009 (lire en ligne)
  7. a et b « où est passé Béchir Salah ? », Jeune Afrique,‎ 25 novembre 2011 (lire en ligne)
  8. Vincent Duhem, « Béchir Salah Béchir, l'homme qui valait sept milliards », Jeune Afrique,‎ 11 avril 2012
  9. Brigitte Rossigneux, « Le caissier de Kadhafi câliné par Guéant », Le Canard enchaîné,‎ 4 avril 2012, p. 3
  10. (en) Borzou Daragahi, « Gaddafi aide holds key to missing Libya funds », Financial Times,‎ 8 avril 2012 (lire en ligne)
  11. a, b, c et d Paul Ackermann, « Quand Sarkozy rencontrait en 2011 Bachir Saleh, l'intermédiaire de Kadhafi mis en cause dans les documents de Mediapart », Le Huffington Post,‎ 30 avril 2012 (lire en ligne)
  12. « L’épouse d’un proche de Kadhafi jugée aujourd’hui », Le Dauphiné libéré,‎ 28 août 2011 (lire en ligne)
  13. « A Lyon, la femme de l’ex-bras droit de Kadhafi condamnée à de la prison ferme pour esclavage moderne », Rue89Lyon,‎ 17 mai 2013 (lire en ligne)
  14. a, b et c Antonin Chilot, « Libye : l'embarrassant Bachir Saleh, recherché par Interpol et vivant en France », Le Parisien,‎ 30 avril 2012 (lire en ligne)
  15. Bachir Saleh, ex-proche de kadhafi, en fuite, Libération, 15 mai 2012 [lire en ligne]
  16. Les Inrocks, «Bernard Squarcini et Alexandre Djouhri ont-ils participé à l’exfiltration du Libyen Bachir Saleh ?», 19 septembre 2012
  17. Conviction des services secrets sénégalais : Bachir Saleh est entré illégalement au Sénégal, Setal.net, 16 mai 2012 [lire en ligne]
  18. Bachir Saleh : L’espion De Khadafi Serait à Dakar, RFM via Senego.com, 9 mai 2012 [lire en ligne]