Bacha posh

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Bacha posh ("habillée comme un garçon" dans la langue dari) est une pratique culturelle dans certaines parties de l'Afghanistan et du Pakistan où des familles qui n'ont pas eu de fils font le choix d'élever leur fille comme un garçon. Cela permet à l'enfant d'avoir plus de libertés: aller à l'école, accompagner ses sœurs en public, travailler. La famille surmonte ainsi la honte à laquelle elle aurait fait face pour ne pas avoir eu de fils.

Origines[modifier | modifier le code]

La coutume remonte à plusieurs siècles et est encore pratiquée aujourd'hui[1]. Elle aurait commencé avec les femmes qui se déguisaient en hommes pour combattre ou pour être protégées, pendant les périodes de guerre[2]. L'historienne Nancy Dupree a déclaré à un journaliste du New York Times qu'elle se souvenait d'une photographie datant du début des années 1900, sous le règne d'Habibullah Khan, dans laquelle des femmes habillées en hommes surveillaient le harem du roi, parce qu'officiellement, le harem ne pouvait être surveillé ni par des femmes, ni par des hommes. "La ségrégation appelle à la créativité», a-t-elle dit. «Ces gens ont la capacité d'adaptation la plus étonnante»[3].

Vue d'ensemble de la pratique[modifier | modifier le code]

En Afghanistan et au Pakistan, il y a une pression sociale qui poussent les familles à avoir un fils pour perpétuer le nom de famille et hériter des biens du père. En l'absence d'un fils, les familles peuvent habiller une de leurs filles comme un homme, cette pratique étant confortée par la superstition qu'avoir une bacha posh augmentera les chances pour une mère de donner naissance à un fils lors d'une grossesse ultérieure[3].

Une jeune fille vivant comme un garçon s'habille avec des vêtements masculins distinctifs, a les cheveux courts[4], et porte un nom masculin[5]. Le but de la pratique n'est pas la tromperie et beaucoup de gens, comme les enseignants ou les amis de la famille, sont conscients du fait que l'enfant est en réalité une fille. Dans sa famille, elle occupe une position intermédiaire dans laquelle elle est traitée ni totalement comme une fille, ni comme un fils, mais elle n'aura pas besoin de cuisiner ou de nettoyer comme les autres filles. Une bacha posh est plus facilement en mesure d'étudier, de se déplacer librement en public, d'accompagner ses sœurs dans des endroits où elles pourraient pas être sans un compagnon, de faire du sport et de trouver du travail[3].

Le statut de bacha posh pour une jeune fille se termine habituellement quand elle entre dans la puberté. Les femmes élevées comme des bacha posh ont souvent du mal à se faire à la transition de leur vie de garçon et à s'adapter aux contraintes traditionnelles imposées aux femmes dans la société afghane[3].

Azita Rafaat, un législateur élu à l'Assemblée nationale de l'Afghanistan pour représenter la province de Badghis, n'a pas eu de fils et a élevé une de ses filles comme une bacha posh. Celle-ci a déclaré qu'elle comprenait qu' «il était très difficile pour vous de comprendre pourquoi une mère peut faire ces choses à leur plus jeune fille», et que «les choses qui se passent en Afghanistan ne sont pas vraiment imaginables pour vous en tant qu'occidentaux»[3].

Oussama, le film écrit et réalisé par Siddiq Barmak en Afghanistan (2003), raconte l'histoire d'une jeune fille en Afghanistan sous le régime taliban qui se déguise en garçon, Oussama, afin de soutenir sa famille, puisque son père et son oncle avaient été tous les deux tués pendant la guerre soviétique en Afghanistan, sa mère et elle n'étaient donc pas capable de se déplacer par leurs propres moyens sans un "compagnon juridique" masculin[6].

Prévalence et acceptabilité[modifier | modifier le code]

La pratique de bacha posh est croissante en termes de prévalence[7]. Elle est largement acceptée, et est considérée comme une solution raisonnable au problème que pose le fait de ne pas avoir de garçon dans la famille[8]. Selon les experts, la pratique est assez courante, mais en raison de sa nature et de la mauvaise tenue des dossiers du gouvernement, on ne sait pas exactement combien de bacha posh il existe. En Afghanistan, tout le monde connaît au moins une famille où cette pratique existe, si ce n'est dans la leur[9].

Motivations et effets[modifier | modifier le code]

La spécialiste en psychologie clinique et développementale Diane Ehrensaft émet l'hypothèse que, en se comportant comme des garçons, les bacha posh n'expriment pas leur identité de genre réelle, mais se confortent simplement aux espoirs et aux attentes des parents. Elle cite les parents qui offrent à leurs filles les privilèges qu'elles n'auraient pas pu obtenir autrement, comme la possibilité de faire du vélo, de jouer au football ou au cricket, ainsi que le fait que les bacha posh se plaignent qu'elles ne sont pas à l'aise avec les garçons, et préféreraient vivre comme une fille[10].

Après avoir vécu comme bacha posh pendant un certain temps, la plupart ont du mal à se socialiser de nouveau avec les filles parce qu'elles sont devenues à l'aise avec les garçons, puisque c'est comme ça qu'elles ont grandi. Elaha, qui était une bacha posh depuis vingt ans, a repris à nouveau sa vie de fille quand elle est entrée à l'université et a déclaré à la BBC qu'elle était revenue en arrière seulement en raison des traditions de la société. La raison pour laquelle il est si difficile pour les bacha posh de revenir aux filles qu'elles étaient, c'est parce qu'elles sont des garçons quand elles sont censées développer leur personnalité, elles développent donc des personnalités de garçons. Certaines bacha posh ressentent la perte de leurs souvenirs d'enfance essentiels et de leur identité de fille. D'autres pensent que c'est une bonne chose pour elle d'avoir appris à connaître les libertés qu'elles n'auraient pas eu si elles avaient été des filles normales qui grandissent en Afghanistan[11]. Le changement lui-même peut aussi être très difficile car presque, sinon la totalité, des droits et des privilèges des femmes sont enlevés dans leur transition entre leur vie d'homme et de femme. Beaucoup de femmes ne veulent pas revenir en arrière une fois qu'elles ont vécu la liberté comme un garçon. Le cœur de la controverse sur cette pratique en termes d'évolution récente des droits des femmes afghanes est de savoir si la pratique des bacha posh émancipe les femmes et les aide à réussir ou si la pratique est dommageable psychologiquement[12]. Beaucoup de femmes qui ont vécu le processus disent que pour elles l'expérience a été autant valorisante qu'éloignante. Pour les militants, le vrai problème n'est pas la pratique elle-même, mais les droits des femmes dans la société[8],[12].

Retour dans la société[modifier | modifier le code]

Lorsque les bacha posh atteignent l'âge auquel elles doivent se marier (autour de 17-18 ans, parfois plus tôt), elles reviennent alors au statut de filles, bien que dans de rares cas, cela peut se produire plus tard[9]. Souvent, ce changement se produit quand elles sont forcées de se marier avec quelqu'un par leurs parents. Beaucoup de bacha posh ne veulent pas se marier parce qu'elles estiment qu'une fois mariées, elles seront étouffées et maltraitées par leur mari et la société. Cette peur de la répression n'est pas sans fondement, au vu de la place hiérarchique des hommes par rapport aux femmes dans la culture afghane. En outre, puisque les bacha posh sont techniquement des garçons qui grandissent, elles n'apprennent pas ce que les femmes sont censées apprendre quand elles sont jeunes, comme la cuisine, la couture et autres tâches ménagères. Cela rend la vie conjugale difficile pour elles parce qu'elles ne savent pas comment faire les choses essentielles qu'elles sont censées connaître[13].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Cheryl Waiters, with Darnella Ford, Blood, sweat, and high heels: a memoir, Bloomington, iUniverse, 9 p. (ISBN 146205496X)
  2. (en) Mudassar Shah, « Boys no more », Nepali Times,‎ 24 August 2012 (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e Nordberg, Jenny. «Where Boys Are Prized, Girls Live the Part" , The New York Times, 20 septembre 2010. Consulté le 20 septembre 2010.
  4. (en) Tahir Qadiry, « The Afghan girls who live as boys », BBC News,‎ 27 March 2012 (consulté le 2012-03-28)
  5. (en) Nushin Arbabzadah, « Girls will be boys in Afghanistan », Guardian,‎ 30 November 2011 (lire en ligne)
  6. Wajihuddin, Mohammed. "Agony and Ecstasy" , Ariana Television Network, 27 août 2004. Consulté le 20 septembre 2010.
  7. (en) Natasha Warcholak, « Cross dressing in quest for education », Guardian,‎ 30 May 2012 (lire en ligne)
  8. a et b Jenny Nordberg, Where Girls Will be Boys, The (ON)
  9. a et b (en) Tahir Qadiry, « The Afghan Girls Who Live as Boys », BBC,‎ Mar 27, 2012 (lire en ligne)
  10. (en) Diane Ehrensaft; foreword by Edgardo Menvielle, Gender born, gender made: raising healthy gender-nonconforming children, New York, Experiment, 3e éd. (ISBN 1615190600)
  11. (en) Tahir Qadiry, « The Afghan Girls Who Live As Boys », BBC,‎ Mar 27, 2012 (lire en ligne)
  12. a et b (en) Tahir Qadiry, « The Trouble With Girls », BBC,‎ Jan 17, 2012 (lire en ligne)
  13. (en) « The Bacha Posh Afganistan's Youngest Crossdressers » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), University of Illinois at Chicago. Consulté le May 22, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]