Interruption médicale de grossesse

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L'interruption médicale de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, est une interruption volontaire de grossesse pour motif médical.

En France, en pratique, elle « peut, à toute époque, être pratiquée si deux médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a rendu son avis consultatif, soit que la grossesse met en péril grave la santé de la femme, soit qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic ». Elle est possible en France à tout âge, et jusqu'au terme de la grossesse (article L. 2213-1).

Aspects légaux[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Le fœtus n'a, aux yeux de la loi française, pas d'existence en tant que personne légale.

Les modalités pratiques de « l'interruption médicale de grossesse » ont été précisées à partir de 1975 avec la loi no 75-17 du 17 janvier 1975[1] instaurée par Simone Veil, et entre autres, par l'article 13 de la loi 94-654 du 29 juillet 1994, qui précise que « En outre, si l'interruption de grossesse est envisagée pour motif médical,elle doit être acceptée par deux médecins, l'un de ces deux médecins devant exercer dans un Centre de Diagnostic Prénatal Pluridisciplinaire. »

Indications[modifier | modifier le code]

Le cadre légal français concernant l'interruption médicale de grossesse a été encore modifié en 1999 par la création des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal (49 répartis sur le territoire national), et par la loi du 4 juillet 2001 qui définit deux indications :

  • pour une interruption médicale de grossesse pour raison fœtale : elle ne peut se faire qu'à la demande de la femme enceinte, après avis du Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (agréé par l'Agence de la Biomédecine) et si deux médecins de ce Centre attestent qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection de particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Hors urgence médicale, la femme se voit proposer un délai de réflexion d'au moins une semaine avant de décider d'interrompre ou de poursuivre sa grossesse ;
  • pour une interruption médicale de grossesse pour raison maternelle : elle ne peut s'envisager que si la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme. Dans ce cas, l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme comprend au moins quatre personnes dont un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique et membre d'un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal[2].

Technique[modifier | modifier le code]

Elle varie en fonction du terme de la grossesse au moment de l'interruption.

Avant 22 semaines d'aménorrhée[modifier | modifier le code]

Préparation par la prise d'anti-progestérone, puis 48 heures après déclenchement du travail par prise orale ou vaginale de prostaglandines, médicaments entraînant une dilatation du col et des contractions utérines avec expulsion du fœtus. Une perfusion d'antalgiques à la demande est instituée (morphiniques).

Dans les rares circonstances où la voie basse est impossible (placenta devant le col, par exemple), une mini-césarienne est possible.

Après 22 semaines d'aménorrhée et jusqu'au terme[modifier | modifier le code]

La limite de 22 semaines est essentielle puisqu'au-delà de ce terme l'enfant est considéré comme tel (droit à l'inhumation, congé maternité et également congé paternité depuis l'arrêté du 9 janvier 2008) ce qui n'était pas le cas avant.

L'interruption médicale est réalisée par injection dans le cordon ombilical (cordocentèse) par voie transabdominale (comme pour une amniocentèse) d'un morphinique puissant (sufentanil) pour anesthésier le fœtus suivi de l'injection de (lidocaïne) si besoin de façon répétée. En cas d'échec de la procédure, cela peut être complété par l'injection de chlorure de potassium (KCl) qui s'utilise exclusivement par voie intracardiaque. Les médicaments induisant la mort mais dont l'injection est douloureuse ne sont plus utilisés qu'en dernier recours[3].

Le déclenchement du travail est ensuite obtenu par prise de prostaglandines, avec éventuellement rupture de la poche des eaux, sous la forme d'un accouchement dirigé, le plus souvent sous anesthésie péridurale.

Pratiques rares[modifier | modifier le code]

Une autre procédure, très rare est la procédure de dilatation et extraction intacte. Celle-ci est réservée pour des avortements tardifs au troisième trimestre. Elle est utilisée dans les cas où le fœtus est mort, mourant ou mal formé, ou lorsqu'il présente un danger pour la santé de la mère. Cette technique abortive est interdite aux États-Unis depuis 2003 (l'avortement y est légal jusqu'à la fin de la grossesse en fonction des états, tout comme au Canada) à la suite d'une loi promulguée à l'initiative du président George W. Bush.[réf. nécessaire]

Aspects moraux[modifier | modifier le code]

Le centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal doit apprécier en conscience si l'indication est conforme à la législation : forte probabilité que l'enfant à naître ait une affection de particulière gravité incurable au moment du diagnostic (indication foetale) ou poursuite de la grossesse mettant en péril grave la santé de la mère (indication maternelle).

Pour limiter les possibilités de dérives, les conditions pour accorder une IMG doivent être très strictes ; cela varie selon le pays.[évasif]

Conséquences[modifier | modifier le code]

Eugénisme génétique[modifier | modifier le code]

Plusieurs études conduites aux États-Unis ou au Royaume-Uni ont montré que 90 à 93 % des grossesses ayant donné lieu au diagnostic du syndrome de Down ont été interrompues[4],[5]. En France, le pourcentage d’interruption de grossesse à la suite d'un diagnostic prénatal de trisomie 21 est de 96 %[6]. Ces chiffres donnent parfois lieu à des accusations d'eugénisme[7]. Certaines associations de défense des personnes handicapées (Collectif les Amis d'Éléonore, Fondation Jérôme-Lejeuneetc.) font valoir que ces avortements envoient un message très dévalorisant aux personnes affectées : « il est préférable de ne pas exister que d'avoir un handicap[8]. »

Alternative[modifier | modifier le code]

Face au diagnostic prénatal de maladie réputée létale pour leur enfant, des parents peuvent faire le choix de poursuivre néanmoins la grossesse. Dans ce cadre, ils peuvent bénéficier de soins palliatifs pour l'enfant et d'accompagnement en maternité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/interruption/sommaire.asp
  2. http://www.famili.fr/,interruption-medicale-de-grossesse,378,388318.asp
  3. IMG et soins palliatifs sur soinspalliatifs.pontoise.over-blog.com
  4. (en) Caroline Mansfield et al. « Termination rates after prenatal diagnosis of Down syndrome, spina bifida, anencephaly, and Turner and Klinefelter syndromes: a systematic literature review » Prenatal Diagnosis 1999 (vol. 19 no 9, p. 808–812 résumé en ligne
  5. (en) David W. Britt et al. « Determinants of parental decisions after the prenatal diagnosis of Down syndrome: Bringing in context »American Journal of Medical Genetics 1999 (vol. 93 no 5, p. 410–416), résumé en ligne
  6. Le Quotidien du médecin (Antoine Dalat) 12/05/11
  7. Par exemple sous la plume de l'éditorialiste américain George Will, en avril 2005 : Eugenics by abortion: Is perfection an entitlement?, paru dans le Washington Post.
  8. (en) The Politics of Women's Health : Prenatal Testing and Disability Rights

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]