Ave Verum Corpus

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Ave Verum Corpus (AVC) est une prière catholique dédiée à Jésus-Christ. Son titre latin signifie Salut, Vrai Corps en français reconnaissant sa Présence réelle dans le pain et vin consacrés au cours de la messe. On rencontre parfois la forme plus courte Ave Verum.

Histoire[modifier | modifier le code]

La prière fut composée au XIVe siècle à Reichenau aujourd'hui en Allemagne et son auteur est anonyme. Il est attribué par le codex 213 de Reichenau au « Pape Innocent  » et son indulgence au « Pape Léon » [1]. Dans la liturgie, elle sert à accompagner l'élévation de l'hostie pendant la messe ou pour saluer l'élévation du Christ sur la croix.

Ce chant liturgique a notamment été l'objet d'œuvres composées par William Byrd, Palestrina, Mozart, Schubert, Gounod, Francis Poulenc, Gabriel Fauré, Saint Saëns, Franz Liszt et Tchaïkovski. Ses quatre premiers vers latins sont rimés en ine.

Le motet de Mozart fut composé le pour la fête du Corps du Christ. Il l'a adressé à son ami Anton Stoll, qui était aussi l'ami de Josef Haydn. Ce motet de quarante-six mesures seulement est simplement écrit en sotto voce pour un chœur, des cordes et un orgue.

Quand il l'a écrit, Mozart travaillait sur La Flûte enchantée, il visitait sa femme Constanze enceinte de son sixième enfant près de Bade et il lui restait moins de six mois à vivre. Mozart mourut juste avant son trente-sixième anniversaire, le . Tchaïkovski a repris cette pièce de Mozart dans son Mozartiana, et le chœur des garçons de Vienne a fait des enregistrements notables du même Ave Verum Corpus.

Ce texte a en fait inspiré de nombreux musiciens, dont Franz Liszt qui l'a paraphrasé sous forme symphonique dans "A la Chapelle Sixtine" où il voisine d'ailleurs avec un emprunt au miserere d'Allegri. Mais l'achèvement le plus parfait est certainement celui qu'en fit William Byrd (1540-1623), souvent considéré comme le plus grand compositeur anglais de tous les temps, et dont l'Ave Verum pour 4 voix atteint la perfection contrapuntique tout en permettant une extraordinaire expression d'humble détresse soumise au divin qui ne peut manquer de frapper le mélomane.

Cette pièce est comme une conclusion de ce grand siècle de la musique sacrée que fut la Renaissance, où Josquin des Prés, Johannes Ockeghem, Giovanni Pierluigi da Palestrina, Roland de Lassus, Thomas Tallis, Tomas Luis de Victoria, pour ne citer que les principaux, transportèrent la musique vocale jusqu'aux portes du ciel, avant que l'avènement du baroque ne renverse les valeurs de la composition en ramenant subitement les élans musicaux à l'expression de l'homme tel qu'il est: l'Ave Verum de Byrd est à coup sûr une pièce hors du commun.

On a fait remarquer que dans le codex initial, les cinq voyelles sont liées diagonalement, une difficile coïncidence :

A VEVERUMCORPUSNATUMDEMARIAVIRIGINE
VE REPASSUMIMMOLATUMINCRUCEPROHOMINE
CUI USLATUSPERFORATUMFLUXITAQUAETSANGUINE
ESTO NOBISPRAEGUSTATUMMORTISINEXAMINE
OIESU DULCISOIESUPIEOIESUFILIMARIAE

Interprétation[modifier | modifier le code]

icône du Novgorod XII° siècle

La prière médite sur la passion du Christ et sur sa présence réelle. Le «vrai corps» en question, c'est le Corpus Christi, c'est-à-dire l'Eucharistie, qui est le pain de la vie éternelle dans la religion chrétienne.

Lors du récit de la crucifixion de Jésus-Christ, qui se trouve dans la Bible, Jésus donne son sang; c'est le vin de la Cène. Dans le même récit, il laisse aussi couler de l'eau de son côté, et cette prière fait allusion à ceci, comme le fait la prière Âme du Christ. La prière n'oublie pas de faire référence à la Vierge Marie, qui a aussi souffert lors de la Passion (cf. Stabat Mater, chapelet des douleurs).

Ici, les fidèles prient un Christ « immolé », sacrifié, comme dans l'Agnus Dei. Ceux qui prient demandent la rédemption et la miséricorde divine. Le confort à l'heure de mort est un souhait final adressé, comme ceux qui prient «à l'heure de notre mort» à la Vierge Marie dans l'Ave Maria et dans O Sanctissima.

icône du Sinaï XII° siècle

Jean-Paul II aimait cette prière, comme il aimait particulièrement le chant Bogurodzica, qui est le plus ancien monument littéraire polonais. Il l'a recommandée pour la liturgie du jeudi saint et c'est par cette prière qu'il a conclu son encyclique L'Église vit de l'Eucharistie[2].

Le texte de la prière[modifier | modifier le code]

Français[modifier | modifier le code]

Je vous salue Jesus Vrai corps né de la Vierge Marie Qui avez vraiment souffert et avez été immolé sur la croix pour l'homme Vous dont le côté transpercé a laissé couler du sang et de l eau Puissions nous vous recevoir dans l'heure de la mort.O doux, O bon, O Jésus fils de Marie
. Ainsi soit-il.

Latin[modifier | modifier le code]

Ave Verum Corpus natum de Maria Virgine
Vere passum, immolatum in cruce pro homine,
Cuius latus perforatum fluxit aqua et sanguine,
Esto nobis praegustatum in mortis examine.
O Iesu dulcis, O Iesu pie, O Iesu, fili Mariae.

Pour la troisième ligne, Mozart utilise un texte légèrement différent:
Cuius latus perforatum unda fluxit et sanguine

Liens externes[modifier | modifier le code]

Interprétations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eucharistica Par H T Henry
  2. Au point de vue de la prière catholique proprement dite, inspirée par l' Evangile de Saint Jean , 19, le Pape Jean-Paul II aimait aussi particulièrement une religieuse mystique polonaise qu'il fit béatifier, sainte Faustine Kowalska, favorisée d'apparitions du Christ, reconnues par l'Eglise catholique, laquelle répandit une courte prière  : « O Sang et Eau jaillis pour nous du côté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, j'ai confiance en vous » ainsi que d'un chapelet destiné à redonner confiance aux agonisants, le Chapelet de la Divine Miséricorde (offrande du Corps et du Sang de Jésus ), on voit qu'il s'agit ici du XV° au XX° siècle de la même dévotion dans la Miséricorde Divine destinée à donner confiance en Dieu à l'heure de la mort. On comprend dès lors qu'il aimait aussi particulièrement cette prière