Avaaz.org

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Avaaz

Logo de l’association
Cadre
Forme juridique ONG
But Influencer les décisions politiques mondiales[1]
Zone d’influence Monde entier
Fondation
Fondation 2007
Fondateur Res Publica et MoveOn
Identité
Siège Delaware, États-Unis[2]
Structure Organisation citoyenne
Personnages clés Ricken Patel, Tom Periello (en), Tom Pravda, Eli Pariser, Andrea Woodhouse, Jeremy Heimans et David Madden (en)
Président Ricken Patel
Secrétaire Ben Bradzel
Trésorier Thomas Pravda
Président du CA Eli Pariser
Méthode Cyberactivisme, Pétitions, Non-violence, Désobéissance civile, Lobbying, campagnes publicitaires
Financement dons privés : 11,6 millions $ (2012) [3]
Volontaires 100
Membres 30 millions de membres[4]
Employés 39
Slogan « Le monde en action »
Site web www.avaaz.org

Notes

  1. « Page d'accueil », sur Le site officiel d'Avaaz.org (consulté en 25.02.2012)
  2. (en) Avaaz Expenses and Financial Information
  3. (en) [1], 990 Form, 2012
  4. Un « membre », selon le directeur exécutif d'Avaaz, est un internaute qui accepte de participer à une campagne en cliquant sur un lien. Selon Ricken Patel, c'est une conception « postmoderne » du statut de membre (interview d'octobre 2007 sur BBC World par Stephen Sackur, lors de l'émission HARDtalk (à 00:01:45).)

Avaaz.org est une organisation non gouvernementale internationale de cybermilitantisme, fondée en 2007. Se présentant comme une « communauté démocratique supranationale », elle déclare vouloir encourager les citoyens du monde entier à se mobiliser sur diverses questions internationales, comme le changement climatique, les droits de l'homme, la corruption ou la pauvreté. Elle se donne comme mission de « fédérer les citoyen(ne)s de toutes les nations pour réduire l'écart entre le monde que nous avons et le monde voulu par le plus grand nombre et partout ». Active dans 17 langues, Avaaz revendique, en novembre 2013, près de 30 millions de pétitionnaires ou « membres »[1], répartis dans 194 pays[2]. Selon The Guardian en 2012, « Avaaz n’a que cinq ans, mais a connu un essor exponentiel jusqu’à devenir aujourd’hui le plus grand et le plus puissant mouvement citoyen mondial en ligne ».

Elle fait toutefois l'objet de critiques visant son fonctionnement, la personnalité de ses fondateurs et son ingérence dans les affaires de certains pays.

Ricken Patel en est le directeur exécutif.

Historique et étymologie[modifier | modifier le code]

Le président fondateur et directeur exécutif d’Avaaz est le britannico-canadien Ricken Patel. Il a étudié la politique, la philosophie et l’économie au Balliol College de l'Université d'Oxford et est titulaire d'une maîtrise en politique publique de l’Université d’Harvard. Il a travaillé pour l'International Crisis Group, notamment en Sierra Leone, au Libéria, au Soudan et en Afghanistan. À son retour aux États-Unis, il travailla bénévolement pour l'association MoveOn, où il apprit à se servir des outils du militantisme en ligne[3].

Avaaz a été cofondé par Res Publica (ONG), se présentant comme un « groupe de professionnels du secteur public engagés à promouvoir la bonne gouvernance, le civisme et la démocratie délibérative », et par MoveOn, un groupe américain de mobilisation sociale sur internet[4],[5]. Avaaz a aussi été soutenue par l’Union internationale des employés des services en tant que partenaire fondateur, et par GetUp! (en), une organisation de mobilisation citoyenne australienne à but non lucratif.

Avaaz est financé en grande partie par le milliardaire George Soros, via le financement de MoveOn par le Soros Open Society Institute (Open Society Foundations)[6],[7].

Les cofondateurs individuels d'Avaaz.org, issus de six pays, sont Ricken Patel, Tom Periello (en), Tom Pravda, Eli Pariser (directeur exécutif de MoveOn), Andrea Woodhouse, Jeremy Heimans (cofondateur de Purpose.com) et David Madden (en)[4].

Le nom Avaaz signifie « voix » ou « son » en hindi (आवाज़ āvāz), en urdu (آواز āwāz) et en farsi (آواز āwāz). De même, avaaz peut se traduire par « voix » ou par « chanson » dans plusieurs autres langues, telles que le népalais, le turc et le bosniaque[4].

Objectifs[modifier | modifier le code]

L'organisation se donne pour mission de « fédérer les citoyen(ne)s de toutes les nations pour réduire l'écart entre le monde que nous avons et le monde voulu par le plus grand nombre et partout »[2]. Concrètement, il s'agit d'encourager les citoyens à utiliser toutes sortes de moyens de communication afin de faire entendre leurs opinions aux preneurs de décisions (gouvernements, mais aussi entreprises, organisations extra-gouvernementales…) et de les inciter à agir lorsqu'ils estiment qu'une prise de décision est nécessaire et urgente. Avaaz promeut ainsi une mobilisation citoyenne massive au moyen d'internet, également appelée cyberactivisme, qui repose sur l'idée qu'une grande masse d'efforts individuels peut se combiner pour produire une puissante force collective.

Financement[modifier | modifier le code]

Avaaz déclare être intégralement financée par les dons en ligne de ses membres[4]. Selon le journaliste Patrick Kingsley, depuis 2009 l'organisation n'accepte aucun don émanant de fondations ou de sociétés, et elle refuse toute somme dépassant les 5 000 dollars. Avaaz s'appuie simplement sur la générosité des membres individuels, qui avaient réuni en 2011 plus de 20 millions de dollars[8]. Le montant moyen des dons s'élève à environ 25 euros[4]. L'ONG affirme avoir choisi de ne pas rendre déductibles des impôts les dons effectués afin de garantir son indépendance et sa liberté d'expression sur les questions politiques[9].

Communauté[modifier | modifier le code]

L'inscription en tant que membre de la communauté est entièrement libre et gratuite et ne constitue aucune forme d'engagement en soi ; ainsi, un utilisateur inscrit ne donne sa voix à aucune cause particulière, mais sera informé des actions menées par les membres de la communauté ainsi que des moyens de s'impliquer personnellement. Ensuite, c'est au membre inscrit de décider et ce, pour chaque campagne, s'il souhaite se mobiliser, et de quelle manière. Généralement, les membres seront invités à signer une pétition rédigée par l'équipe d'Avaaz et transmise aux décideurs concernés, ou à les contacter personnellement eux-mêmes, par courriel, par téléphone, par courrier et sur leurs réseaux sociaux, afin de démontrer l'ampleur de la mobilisation citoyenne[2].

Avaaz déclare compter, en novembre 2013, près de 30 millions de « membres » répartis dans 194 pays. Les pays les plus représentés sont le Brésil et la France avec plus de 6 et 3 millions d'inscrits chacun[4],[10].

Chaque année, Avaaz organise un sondage parmi ses membres afin de définir les causes prioritaires à soutenir[11]. Puis, lorsqu'une cause est retenue par la communauté, c'est l'engagement des membres en faveur de celle-ci qui déterminera l'ampleur de la mobilisation[2].

Organisation[modifier | modifier le code]

Outre des milliers de bénévoles dans le monde entier, Avaaz est constituée d'une « équipe opérationnelle », répartie dans 18 pays[4], qui élabore les campagnes menées par l'organisation et communique par messagerie électronique avec les membres de la communauté afin d'informer ceux-ci des causes pour lesquelles ils pourraient souhaiter s'impliquer[2]. Les membres sont ainsi invités à signer des pétitions en ligne ou à interpeler directement un décideur par courriel, SMS ou téléphone.

En plus de la mobilisation en ligne, les équipes d'Avaaz organisent parfois des campagnes publicitaires dans les médias, des campagnes d'affichage public, des manifestations non violentes à thème lors des sommets du G8 ou des événements médiatiques. Ces actions peuvent être financées par les membres. Les fonds d'Avaaz ont également servi à soutenir des organisations d'aide humanitaire en réponse à un séisme, à monter des serveurs pour éviter la censure d'internet[12], ou encore à équiper et former des militants au journalisme citoyen.

Sélection des campagnes[modifier | modifier le code]

Les membres envoient des suggestions de campagnes, qui peuvent ensuite être complétées par des équipes spécialistes. Lorsqu’une proposition de campagne est identifiée comme ayant du potentiel, un e-mail test est envoyé à 10 000 membres d’Avaaz sélectionnés au hasard ; si les membres approuvent suffisamment la campagne, celle-ci peut alors être proposée à tous les membres d’Avaaz[13]. Seules les initiatives qui suscitent une forte réponse sont lancées à grande échelle.

Plateforme de campagnes citoyennes[modifier | modifier le code]

En 2012, Avaaz a lancé une plateforme de pétitions citoyennes permettant à chacun de lancer sa propre pétition en quelques minutes[14]. Des milliers personnes ont déjà créé leur propre campagne pour faire connaître d’importantes causes, de la défense des dauphins de Maui menacés d’extinction en Nouvelle-Zélande[15], au rapatriement de 100 travailleurs migrants indiens retenus au Bahreïn par l’entreprise de construction qui les employait[16].

Modes d'action[modifier | modifier le code]

  • Pétitions diffusées par courriel ou par réseautage social et blogs
  • Financement d'encarts médiatiques
  • Messages et appels téléphoniques aux dirigeants
  • Organisation de manifestations et d'évènements

Actions principales[modifier | modifier le code]

Depuis 2007, Avaaz a lancé des centaines de campagnes mondiales et nationales. S'appuyant sur sa communauté internationale de « membres », Avaaz a mené des actions pour lutter contre la corruption en Inde, en Italie et au Brésil, protéger les océans, les forêts vierges et la faune en voie de disparition sur la planète, défendre la liberté d’expression sur Internet et dans les médias, et encourager l'esprit démocratique au cœur des soulèvements du Printemps arabe.

2007[modifier | modifier le code]

Durant sa première année d’existence, Avaaz a fait campagne notamment pour soutenir les militants pro-démocratie en Birmanie, empêcher l’escalade militaire en Irak, soutenir une résolution équitable du conflit israélo-palestinien et inciter les dirigeants politiques dans les pays membres du G8 à inscrire le réchauffement climatique au programme de leur réunion[17].

2008[modifier | modifier le code]

Le mouvement a fait campagne notamment pour interdire les bombes à sous-munitions, appeler à une véritable démocratie au Zimbabwe, et lancer une pétition contre la répression chinoise des troubles au Tibet signée par 1.5 million de personnes[18] appelant à un dialogue constructif entre la Chine et le 14e dalaï-lama[19].

  • Une de ses vidéos a été élue meilleure vidéo par les utilisateurs de Youtube dans la catégorie politique[20].

2009[modifier | modifier le code]

Avaaz a organisé une gigantesque « alarme climatique mondiale », lutté pour protéger l'Amazonie au Brésil, apporté une aide aux victimes du cyclone Nargis en Birmanie[21], aidé à assurer la sécurité alimentaire dans les pays en développement, et lancé une campagne publicitaire pour la fermeture du centre de détention de Guantánamo[22],[23]. D'autres campagnes ont également été menées : contre le conflit entre Israël et Gaza en 2008-2009, la violence, les maladies et la faim au Zimbabwe, les attaques de novembre 2008 à Bombay, le projet de loi contre l'homosexualité (en) en Ouganda, et pour l’envoi d’une force européenne de maintien de la paix en République démocratique du Congo.

2010[modifier | modifier le code]

En 2010, Avaaz a fait campagne pour protéger les océans, défendre la liberté d’expression en Italie, apporter une aide humanitaire vitale aux victimes du tremblement de terre en Haïti et aux victimes des inondations au Pakistan, combattre un projet de loi contre l’homosexualité en Ouganda ainsi que la corruption au Brésil et le « viol correctif » en Afrique du Sud[24].

Elle a fait signer une pétition en ligne pour empêcher la création de la chaîne de télévision Sun News Network au Canada, par crainte qu’elle ne devienne similaire à la chaîne américaine Fox News[25]. Conjointement avec Greenpeace, elle a remis à la Commission européenne à la Santé une pétition paraphée par un million de citoyens européens opposés à la culture d'OGM[26],[27]. Lors de l'affaire de WikiLeaks et de la mise en accusation de Julian Assange, Avaaz.org a fait circuler une pétition de soutien à ce dernier, exhortant les « États-Unis et autres gouvernements et sociétés impliqués dans la répression de WikiLeaks » à mettre fin immédiatement à leur « campagne d'intimidation »[28].

2011[modifier | modifier le code]

Avaaz a fait campagne notamment pour mettre fin à la corruption en Inde, encourager une chaîne d’hôtels à protéger les femmes contre le trafic sexuel, soutenir les soulèvements pro-démocratie dans le monde arabe, confronter l’empire médiatique de Rupert Murdoch.

Elle a lancé ou relayé plusieurs pétitions en ligne :

Avaaz commande à l'IFOP un sondage sur la création d'un État palestinien, dont les résultats paraissent en septembre 2011 : 82 % des Français estiment que les Palestiniens ont droit à leur propre État et 69 % souhaitent que la France le reconnaisse[34],[35].

Syrie[modifier | modifier le code]

Avaaz a soutenu des militants en Syrie en leur fournissant téléphones satellites et caméras afin que des images vidéo de la répression menée par le régime syrien puissent être diffusées en ligne. Avaaz a également envoyé des formateurs pour aider ces militants à apprendre à utiliser ces équipements et à faire du journalisme citoyen. Ces images vidéo ont été utilisées par les médias internationaux. Avaaz a par ailleurs aidé à permettre l'entrée d'au moins 34 reporters internationaux dans les zones de combat en Syrie, dont le photographe français Rémi Ochlik et la journaliste américaine Marie Colvin (tous deux trouvèrent la mort au cours du siège de Homs) et la reporter française Edith Bouvier, qui a été grièvement blessée[36]. Afin d’aider à exfiltrer le photojournaliste britannique Paul Conroy de la ville de Homs, l’organisation a soutenu le 28 février une opération menée par des militants syriens, aidé à évacuer 40 blessés graves du quartier de Baba Amr, et fait parvenir des fournitures médicales[37]. Avaaz recueille les témoignages de médecins et de bénévoles de la santé persécutés en Syrie[38]. L'ONG recense et liste les identités des opposants tués depuis l'intensification de la répression en mars 2011[39]. Le travail d'Avaaz en Syrie a cependant été très critiqué par différents acteurs et observateurs qui leur reprochent une mauvaise connaissance du dossier, une préparation peu rigoureuse de leurs militants, une forme d'interventionnisme politique ainsi que d'avoir exagéré leur rôle dans l'exfiltration des journalistes[40][41][42].

2012[modifier | modifier le code]

En 2012, Avaaz a travaillé à contrer les attaques contre l’Internet libre, permettre le choix de la contraception aux femmes du Honduras, mobiliser des soutiens pour la fin des subventions aux énergies fossiles à l’approche du Sommet de Rio, et aider à briser la censure des médias en Syrie.

2013[modifier | modifier le code]

Avaaz a fait campagne pour demander l'arrêt des violences faites aux femmes en Inde, l'interdiction des pesticides toxiques pour les abeilles, l'exclusion définitive des élus corrompus en France, l'abolition du poste de remémoreur de la Cité de Londres.

2014[modifier | modifier le code]

  • 21 septembre : une marche pour le climat est organisée dans le monde entier.

Critiques[modifier | modifier le code]

D'une manière générale, si les résultats de Avaaz.org – ou la qualité et les motivations de ceux-ci – sont contestés, l'organisation défend de son côté le fait d'avoir rapidement accompli à certains endroits ce que d'autres n'ont pas réussi à faire durant des années ; pour certains observateurs, l'organisation est ainsi devenue un acteur d'importance sur la scène mondiale[43]

Une critique récurrente issue de milieux militants « techno-utopistes » est le « slacktivism » ou « clicktivism »(activisme sur la Toile) qui, selon eux, dénature l'activisme, réduit sa dimension engagée, ce qui peut se résumer en paraphrasant la position de Evgeny Morozov[43] : « cliquer n'est pas sauver »[44]. Ce modèle de militantisme abaisserait potentiellement le niveau de réflexion et de participation mais l'absence de recherches sérieuses sur le phénomène ne permet pas de l'affirmer[45]. Le recours à des campagnes consensuelles – protection des forêts équatoriales, du climat, des sites archéologiques, appels à l'aide pour des régions touchées par une catastrophe naturelle, etc. – pour assurer la légitimité et la crédibilité de l'association, le langage très émotionnel pour convaincre de signer ses pétitions ainsi que l'absence de preuves ou d'informations de fonds accompagnant les pétitions sont également pointés du doigt[46][47]. Certains estiment par ailleurs que les dons au profit d'Avaaz.org se font au détriment d'ONG plus actives sur les différents terrains de crise[43]. D'autres soulignent le fait qu'Avaaz compte comme ses membres non pas uniquement des donateurs ou des militants nécessairement actifs mais des personnes qui ont simplement signé une pétition une fois ou sont abonnés à la newsletter et peuvent se retirer aussi vite qu'elles sont arrivées[48][45].

L'influence des fondateurs d'Avaaz sur les campagnes est aussi mise en cause en raison de leur grande proximité avec le gouvernement américain et le Parti Démocrate : ces fondateurs sont notamment Ricken Patel, le diplomate britannique et conseiller du Département d'Etat américain Tom Pravda et Tom Perriello[46][49]. Ce dernier est un politicien catholique américain membre du Parti démocrate, défenseur de la guerre contre le terrorisme, de l’interventionnisme militaire en Afghanistan, de la présence américaine en Irak ou au Pakistan, ou encore du permis de port d'arme aux États-Unis, ce qui lui vaut le soutien de la National Rifle Association[50].

2012 : Actions en Syrie[modifier | modifier le code]

En février 2012, Avaaz revendique par communiqué de presse avoir joué un rôle-clé dans l'évacuation du photographe irlandais Paul Conroy et du journaliste espagnol Javier Espinosa de Syrie, une opération au cours de laquelle 13 militants de l'organisation auraient trouvé la mort[43]. Le communiqué trouve un grand écho dans la presse occidentale ce qui déplait à de nombreuses parties. Le journaliste Simon van Zuylen-Wood publie une enquête sur la participation d'Avaaz à cette opération dans le magazine américain The New Republic[40]. Il y interroge différents acteurs de l'opération. D'après Paul Conroy, Avaaz n'a joué strictement aucun rôle dans son exfiltration. De leurs côtés, Javier Espinosa et sa petite amie la journaliste Monica Garcia-Prieto, estiment que le lien entre Avaaz et les militants ayant participé à l'opération ne sont pas clairs. Tous trois s'accordent à dire que l'acteur majeur de l'opération était en fait l'Armée de libération syrienne avec qui Avaaz n'avait aucun contact. Lorsque van Zuylen-Wood demande à Ricken Patel pourquoi il n'a pas reconnu le rôle essentiel joué par l'Armée de libération syrienne dans son communiqué de presse initial, celui-ci répond que le communiqué "avait été écrit dans la hâte au milieu de la nuit et qu'il ne voulait pas que les médias appellent d'autres organisations, de crainte que des informations sur la localisation des autres journalistes puissent fuiter. En orientant les médias vers Avaaz, explique Patel, il essayait de préserver la sécurité des journalistes"[40]. Van Zuylen-Wood note cependant qu'aucune modification n'a été effectuée depuis dans les communications d'Avaaz sur les événements et que des documents mentionnant l'Armée de libération syrienne que Patel lui a montré ne semblent pas avoir été rendus publics. Une autre critique de cette opération concerne l'affiliation des 13 militants tués à Avaaz qui a mis en colère plusieurs acteurs de l'opération, notamment Paul Conroy. Le militant syrien Rami Jarrah impliqué dans les événements trouve cette affirmation d'Avaaz "immorale" parce que l'association aurait "pris avantage de la mort de 13 personnes pour coller à sa campagne médiatique"[40]. Avaaz réplique en disant que la dureté de ces paroles découlent d'une rivalité entre organisations et van Zuylen-Wood estime que c'est sûrement en partie vrai. Il pense d'autre part qu'Avaaz peut tout de même être crédité pour avoir coordonné les militants au début des événements, introduit des fournitures médicales, des journalistes et des moyens d'informations en Syrie. Le journaliste Miles Amoore explique qu'Avaaz a permis de fournir des informations de terrain importantes aux journalistes et aux militants. Dans une interview de 2013, Ricken Patel affirme d'autre part que Paul Conroy se serait excusé depuis "pour ce qu'il a dit"[51]. En conclusion de son enquête, van Zuylen-Wood reconnait le rôle important joué par Avaaz mais se demande si l'organisation n'a pas sacrifié une partie de la vérité au profit du "pouvoir et de la renommée"[40].

Sur ce travail en Syrie, la journaliste et militante américaine Jillian C. York écrit un article sur son blog en 2012 où elle exprime ses doutes[41]. Bien qu'elle précise ne pas avoir de problème particulier avec le choix des campagnes, elle pense que l'organisation est naïve par rapport à la Syrie et que son manque de rigueur, notamment en ne formant pas ses militants aux questions de sécurité relatives aux téléphones satellite, a pu causer la mort de certains d'entre eux. Elle se pose la question de la méthodologie employée par Avaaz lors de ses recherches sur la Syrie et les soupçonne encore une fois de manquer de rigueur et de sérieux, une critique qu'elle n'est pas d'ailleurs pas la seule à formuler sur ce dossier[42]. Elle se demande aussi pourquoi le responsable libanais de la campagne en Syrie Wissam Tarif est souvent identifié comme "syrien" dans les médias sans qu'Avaaz ne semble chercher à corriger cette erreur. Dans son article, Jillian C. York rappelle qu'Avaaz semble avoir de surprenants problèmes informatiques : "Avec un budget informatique de 400 000 dollars, on pourrait espérer qu'ils seraient préparé à une cyber-attaque (...). Et avec un tel budget, on pourrait penser qu'ils n'auraient pas besoin de demander des fonds d'urgence à leurs membres pour ce genre de questions. Mais ce qu'Avaaz a fait à la place a été exactement ça : envoyer immédiatement un message à leurs membres pour demander des dons. Dans le style typique d'Avaaz, le message était urgent et vague". Elle s'interroge enfin sur le manque de transparence de l'association[41].

Malgré les critiques exprimées, Ricken Patel continue en 2013 à se dire "extrêmement fier" du travail d'Avaaz en Syrie[51].

2014 : Levée de fonds pour créer une banque de semences agricoles[modifier | modifier le code]

En juillet 2014, l'association Kokopelli publie un communiqué sur son site où elle refuse toute association avec Avaaz. Elle reproche à l'organisation une campagne de levées de fonds pour la création d'une banque de semences agricoles destinée à contrer le géant Monsanto et souligne que "les termes sont particulièrement évasifs ; qu'il n'existe aucun site Internet relatif au projet évoqué ; que les “fermiers” et “organisations” partenaires ne sont pas nommés ; que les éventuels fournisseurs et bénéficiaires des semences ne sont pas identifiés"[52]. Le journal en ligne The Ecologist soulève de son côté les aspects problématiques du projet lancé par Avaaz et explique qu'il n'est pas bien reçu par les acteurs du milieu. L'auteur ajoute qu'il "est impossible de ne pas questionner les motivations d'une ONG capable d'induire à ce point en erreur ses supporters"[53]. Il cite le Réseau français Semences Paysannes qui déclare ne connaitre "de par le monde aucune organisation de petits paysans qui puisse concevoir un tel projet". Le réseau craint en effet que le projet ne fasse plus de mal que de bien aux paysans en profitant aux grosses industries, souligne qu'"Avaaz ne dit pas à qui sera confié l'argent récolté, ni qui le gérera" et conclut en expliquant que "les agriculteurs sont heureux lorsque des ONG les aident à s'organiser. Mais ils n'ont pas besoin d'ONG qui tentent de mobiliser la société civile en leur nom pour des objectifs qui ne sont pas les leurs" [54]. La militante environnementaliste indienne Dr Vandana Shiva dont le nom a été utilisé pour la campagne d'Avaaz publie elle aussi un message sur son blog expliquant que son nom a été utilisé sans sa permission, que c'est un manque d'éthique et qu'elle n'aurait pas soutenu le concept évoqué dans la campagne même si son nom n'y avait pas été associé de cette manière[55].

En réponse, le Centre pour la Sécurité Alimentaire (Centre for Food Safety - CFS) publie à son tour un communiqué expliquant qu'il est à l'origine de l'appel aux dons d'Avaaz et qu'il s'agit d'un "malentendu" et d'une "erreur de communication" entre son équipe et le Dr Shiva. Il souligne qu'il prend toute la responsabilité de cette erreur et "qu’Avaaz a été de bonne foi tout au long du processus"[56]. De son côté, Avaaz se dit enthousiasmé par l'idée du CFS mais prêt à en discuter avec ses détracteurs voire à rembourser les donations s'ils se rendent compte que le projet n'est pas viable[53].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. voir le compteur en temps réel du nombre de membres
  2. a, b, c, d et e « Page d'accueil », sur Le site officiel d'Avaaz.org (consulté en 01.12.2012)
  3. Sarah Bentley, « The Times profile of Avaaz and Ricken Patel », The Times,‎ 9 février 2011
  4. a, b, c, d, e, f et g « "Tout savoir sur Avaaz" », sur Le site officiel d'Avaaz.org (consulté en 25.02.2012)
  5. Saran Koly, Une campagne TV contre le réchauffement, Libération, 1 février 2007 : « Le groupe a été créé conjointement par Res Publica, un groupe de campagnes civiques transnationales, et par MoveOn.org, un groupe américain de mobilisation sociale sur internet. »
  6. (en) Avaaz, Soros, Israel and the Palestinians sur ngo-monitor.org
  7. (en) [2] sur le site washingtonpost.
  8. (en) « Avaaz, activism or 'slacktivism' », sur The Guardian.co.uk,‎ 20 juillet 2011 (consulté en 25.02.2012) : « Since 2009, Avaaz has not taken donations from foundations or corporations, nor has it accepted payments of more than $5,000 (£3,100). Instead, it relies simply on the generosity of individual members, who have now raised over $20m (£12.4m). »
  9. non déductibilité des dons. Consulté le 14 mars 2013.
  10. « Carte représentant la taille du mouvement Avaaz dans chaque pays », sur Le site officiel d'Avaaz.org (consulté en 23.06.2014)
  11. « Sondage de janvier 2010 », sur Le site officiel d'Avaaz.org,‎ janvier 2010 (consulté en 25.02.2012)
  12. « Iran: Mettez fin à la censure », sur avaaz.org (consulté le 27 février 2012)
  13. http://www.avaaz.org/fr/about.php
  14. http://www.avaaz.org/fr/petition/?hp
  15. http://www.avaaz.org/fr/petition/Save_The_Maui_Dolphin/
  16. http://www.avaaz.org/fr/petition/Save_100_friends_trapped_in_Bahrain/
  17. « Une campagne TV contre le réchauffement », sur Libération.fr,‎ 1er février 2007 (consulté en 25.02.2012).
  18. (en) Yvonne Jewkes, Majid Yar, Handbook of Internet Crime, 2013, p. 568
  19. (en) OLYMPIC TORCH ARRIVES IN BEIJING AS CRACKDOWN IN TIBET INTENSIFIES THOUSANDS DEMAND “NO TORCH IN TIBET” IN GLOBAL DAY OF ACTION, World Tibet News, 2 avril 2008,
  20. [vidéo] Disponible sur YouTube
  21. «Notre ONG est un voilier, on va où le vent nous porte», sur Libération.fr,‎ 12 décembre 2009 (consulté en 27.02.2012)
  22. « Oussama Ben Laden dans le métro de Washington », sur Libération.fr,‎ 1er octobre 2009 (consulté en 27.02.2012)
  23. « Ben Laden aime Guantanamo et le métro de Washington », sur Le Monde.fr,‎ 29 septembre 2009 (consulté en 25.02.2012)
  24. « En Afrique du Sud, des lesbiennes sont violées pour être "guéries" », sur Le Monde.fr,‎ 10 mai 2011 (consulté en 25.02.2012)
  25. https://www.theglobeandmail.com/news/politics/ottawa-notebook/margaret-atwood-takes-on-fox-news-north/article1692853/
  26. « Publié le 09/12/2010 », sur France 2.fr,‎ 9 décembre 2010 (consulté en 25.02.2012)
  27. « Un million de signatures pour durcir la législation européenne sur les OGM », sur Le monde.fr,‎ 9 décembre 2010 (consulté en 25.02.2012)
  28. « Une pétition en faveur de WikiLeaks réunit 600.000 signatures », sur Libération.fr,‎ 13 décembre 2010 (consulté en 27.02.12)
  29. « Abeilles : plus d'un million de signatures pour interdire les pesticides », sur AFP,‎ 17 février 2011 (consulté en 25.02.2012)
  30. « "Les Egyptiens veulent en finir aujourd'hui" », sur L'Express.fr,‎ 01.02.2011 (consulté en 25.02.2012)
  31. http://thinkprogress.org/security/2011/06/02/234337/formula-1-bahrain/
  32. http://www.channel4.com/news/bahrains-f1-grand-prix-given-green-light
  33. « Bolivie : mobilisation contre un projet de route en Amazonie », sur France24,‎ 3 octobre 2011 (consulté en 25.02.2012)
  34. « Les Palestiniens font pression pour obtenir leur Etat », sur La Croix.com (consulté en 25.02.2012)
  35. « Palestine > Qui soutient le nouvel Etat ? », sur Ouest-France.fr,‎ 17 septembre 2011 (consulté en 25.02.2012)
  36. « http://www.france24.com/en/20120302-campaign-group-avaaz-plays-key-syria-role » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-11-21
  37. http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-17199253
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